|
|||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||
Photoscopes Voir Ici
Le Vent Divin Origines
Le miracle de 1274 : le premier Kamikaze
Pour comprendre les Tokkotai, il faut remonter au XIIIe siècle. En 1274 et 1281, deux armées d’invasion mongoles gigantesques, rassemblées par Kubilai Khan, menaçaient d’écraser le Japon. Des flottes imposantes donc la seconde comptait près de 4 400 navires et 140 000 hommes se présentaient devant les côtes japonaises. Les défenseurs nippons, largement dépassés en nombre, semblaient voués à la défaite.
Mais à chaque fois, un typhon providentiel s’abattit sur la flotte mongole, la détruisant presque entièrement. Les Japonais interprétèrent ces tempêtes comme l’intervention divine des Kami les esprits de la nature qui avaient soufflé le « vent divin », le « Kamikaze », pour protéger leur île sacrée.
Près de sept siècles plus tard, en 1944, alors que les armées américaines approchaient inexorablement du Japon, les militaires japonais convoquaient consciemment ce même mythe fondateur : puisque les dieux avaient autrefois envoyé leurs vents sauver le Japon, peut-être que de jeunes hommes se sacrifiant au nom de l’Empereur pourraient invoquer à nouveau leur protection divine.
La situation militaire désespérée de 1944
En 1944, la réalité militaire japonaise est brutale. Après les victoires éclatantes de 1941-1942 Pearl Harbor, Singapour, les Philippines, l’Indonésie le reflux s’est installé. La bataille de Midway (juin 1942) avait brisé la suprématie navale japonaise en coulant quatre porte-avions essentiels. La bataille de la mer des Philippines (juin 1944), surnommée « la Grande Chasse aux Dindons des Mariannes » par les Américains, avait costé au Japon 476 avions et trois porte-avions en deux jours.
Yamamoto aurait dit Je crains que nous n'ayons fait que réveiller un géant endormi et l'avoir rempli d'une terrible résolution. » Les pilotes japonais expérimentés ceux qui avaient frappé Pearl Harbor, pris l’Asie du Sud-Est étaient morts en grande majorité. Les remplacements, formés à la hâte avec moins de carburant et moins d’heures de vol, ne pouvaient rivaliser avec les as américains qui s’étaient affinés dans deux ans de combats intenses.
Le vice-amiral Onishi Takijiro, chargé de défendre les Philippines en octobre 1944, prit acte de cette réalité : avec des pilotes peu expérimentés, le taux de russite d’une bombe larguée en piqé conventionnel sur un porte-avions était de moins de 1 %. En revanche, un pilote qui viserait délibérément et s’écraserait avec sa bombe sur le pont ennemi avait une probabilité bien supérieure d’atteindre sa cible. La logique du sacrifice était née.
En octobre 1944 il dit“Seule une attaque spéciale peut renverser la situation. Nos pilotes ne sont pas assez expérimentés pour réussir des bombardements conventionnels. Il n'existe qu'un seul moyen de toucher les porte-avions ennemis : nous écraser dessus.”
La Naissance des Tokkotai
2.1 L’unité Shinpu — 25 octobre 1944
Le 25 octobre 1944, une escadrille commandee par le lieutenant Seki Yukio, as de l’aviation japonaise reconverti en kamikaze malgré ses réticences initiales, décolla de la base de Mabalacat sur l’île de Luzon, aux Philippines. Ces avions, des chasseurs Zero porteurs de bombes de 250 ou 500 kg, faisaient partie d’une unité nouvellement formée par le vice-amiral Onishi : une « unité d’attaque spéciale » (tokkotai) baptisée Shinpu. Les caractères de ce nom signifient « vent divin » ils peuvent aussi se lire Kamikaze, le nom que l’histoire retiendra.
Ce jour-là, l’escadrille coula le porte-avions d’escorte USS St. Lo le premier navire américain envoyé par le fond par une attaque kamikaze délibérée. Le résultat était spectaculaire. En quelques semaines, le programme fut élargi à l’ensemble du Pacifique.
2.2 Qui étaient ces hommes ?
L’image du kamikaze fanatique, impatient de mourir pour son Empereur, ne résiste pas à l’examen des sources primaires. Les journaux intimes et lettres d’adieu retrouvés après-guerre dressent un portrait bien plus nuancé et poignant.
Les Tokkotai étaient composés majoritairement d’étudiants des grandes universités japonaises, convoqués sous les drapeaux à partir de 1943 lorsque les sursis universitaires furent supprimés. Beaucoup étudiaient la philosophie, la littérature, le droit — des intellectuels formés à la pensée critique. Ironiquement, c’est cette même culture qui leur permit de laisser des documents d’une sincere profondeur sur leurs motivations et leurs doutes.
L nom et le mythe Le Shinpū Tokkōtai À l'été 1944, la situation stratégique du Japon impérial est catastrophique. Les îles Mariannes viennent de tomber aux mains des Américains (juin-juillet 1944), offrant à l'USAF des bases de décollage pour ses B-29 Superfortress capables d'atteindre les îles japonaises. La bataille de la Mer des Philippines (19-20 juin 1944) dite « Grande Chasse aux Dindons des Mariannes » par les Américains a anéanti ce qui restait de l'aviation embarquée japonaise : 600 appareils et trois porte-avions perdus en deux jours.Face à cette catastrophe aérienne, la marine impériale se retrouve dans une impasse tactique majeure. Les pilotes expérimentés sont morts. Les remplaçants reçoivent une formation précipitée, insuffisante pour engager les pilotes américains aguerris. Les avions japonais, techniquement inférieurs aux F6F Hellcat et F4U Corsair, sont abattus en masse lors des attaques conventionnelles. Le taux de pertes est insoutenable ; l'efficacité des frappes, négligeable. Le 15 octobre 1944, en pleine mer des Philippines, un événement catalyseur se produit. Le contre-amiral Masafumi Arima, commandant de la 26e flottille aérienne, ôte ses insignes de grade devant ses hommes médusés. Sans mot dire, il monte dans un bombardier et le dirige vers le porte-avions USS Franklin. Il le manque de peu, mais son geste — un officier supérieur choisissant délibérément la mort frappe les esprits et finit de convaincre les derniers réticents de l'état-major. Quatre jours plus tard, le 19 octobre 1944, le vice-amiral Takijirō Ōnishi, commandant de la 1re Flotte aérienne aux Philippines, réunit ses officiers à Mabalacat sur l'île de Luçon. Il leur expose sans détour la situation : les Philippines sont en passe d'être envahies, la flotte américaine est écrasante, les attaques conventionnelles ne donnent rien. Sa conclusion est implacable : la seule façon d'infliger des pertes sérieuses aux porte-avions ennemis est de transformer les avions eux-mêmes en missiles guidés par des hommes consentant à mourir. La naissance officielle Le Shinpū Tokkōtai est officiellement constitué le 19 octobre 1944 par le vice-amiral Ōnishi. La première escadre porte le nom de Shikishima premier des quatre noms poétiques tirés d'un poème du moine Motoori Norinaga (XVIIIe siècle) évoquant l'âme japonaise et la fleur de cerisier. Voici ces vers « Si on vous demande ce qu'est l'âme du Japon,c'est la fleur de cerisier des montagnes, parfumée sous le soleil levant. Ainsi on va avoir » Shikishima (敷島) — Yamato (大和) — Asahi (朝日) — Yamazakura (山桜) Les quatre noms des premières unités kamikaze étaient donc littéralement extraits de ce poème un seul poème pour nommer quatre escadres :Ainsi le choix de ce poème n'était pas anodin car Ōnishi voulait ancrer le sacrifice des pilotes dans l'essence même de l'identité japonaise. Mourir en Tokkōtai, c'était incarner littéralement l'âme du Japon. La première mission est confiée au lieutenant Yukio Seki, l'un des meilleurs pilotes de chasse de la marine japonaise — un choix délibéré de l'état-major pour montrer que ces missions n'étaient pas réservées aux pilotes ordinaires. Seki confiera à un journaliste peu avant sa mission : « Le Japon est perdu si la guerre doit être gagnée de cette façon. » Structure et hiérarchie Le Shinpū Tokkōtai se structure rapidement en plusieurs niveaux. À la tête, l'état-major de la Marine impériale puis celui de l'Armée de terre (qui constitua ses propres unités parallèles). Sur le terrain, des flottilles aériennes organisées par théâtre d'opération Philippines, Formose, Okinawa, Kyūshū — regroupaient plusieurs escadres, elles-mêmes divisées en escadrilles d'attaque. Chaque unité portait un nom symbolique, souvent tiré de la nature japonaise, de la mythologie ou de la poésie classique. Ces noms n'étaient pas anodins : ils constituaient un langage symbolique fort, ancrant les pilotes dans une tradition culturelle millénaire et transformant leur mort en acte poétique. Tableau des principales unités
Recrutement, profil et formation des pilotes
Qui étaient les Tokkōtai ? Contrairement à l'image souvent véhiculée de fanatiques ultra-endoctrinés, le profil des pilotes Tokkōtai était bien plus complexe et nuancé. On distingue plusieurs générations et catégories : Les pilotes expérimentés (1944) : Les premières missions, à Leyte, furent confiées à des pilotes chevronnés comme le lieutenant Seki. L'état-major voulait montrer l'exemple et démontrer l'efficacité de la tactique. Les étudiants mobilisés : À partir de fin 1944, la grande majorité des recrues Tokkōtai étaient des étudiants universitaires convoqués sous les drapeaux — jusqu'ici exemptés de service combattant car destinés à former l'élite intellectuelle du futur empire. Cultivés, instruits, certains parlaient plusieurs langues et avaient des ambitions de carrière civile. Dans leurs lettre d adieu ceertains les pilotes sont conscients de leur geste “Je ne veux pas mourir. Je n’ai pas envie de mourir. Mais si ma mort peut protéger ma famille, mes amis, le Japon que j’aime, alors je mourrai avec le sourire. Ce n’est pas du fanatisme. C’est de l’amour.” Les jeunes recrues précipitées : En 1945, certains pilotes n'avaient que quelques dizaines d'heures de vol. La formation était réduite à l'essentiel : décoller, naviguer, piquer sur la cible. Les « malgré-nous » : Des recherches historiques récentes ont montré que, si beaucoup étaient sincèrement volontaires, d'autres subissaient une pression sociale et hiérarchique intense rendant le refus quasi impossible. La question du volontariate mot « volontaires » mérite une sérieuse nuance : dans la culture militariste japonaise de l’époque, refuser une telle mission aurait déshonnêré non seulement le soldat, mais toute sa famille ses parents, ses frères et soeurs, ses ancêtres. Le poids social était écrasant. Des témoignages rapportent des commandants parcourant les rangs et demandant à qui voulait « se porter volontaire » avec l’implication claire que lever la main était attendu, et que ne pas le faire était une honte indicîble. La doctrine officielle affirmait que tous les Tokkōtai étaient volontaires. En réalité, le mécanisme du recrutement était plus subtil. Les officiers demandaient à leurs hommes de « lever la main » devant leurs camarades pour se porter volontaires. Refuser sous le regard de ses pairs, dans une culture où la honte collective est une valeur cardinale était socialement dévastateur. Rares étaient ceux qui osaient. Les journaux intimes et lettres retrouvés après la guerre révèlent une réalité humaine bouleversante : beaucoup de pilotes exprimaient en privé leur peur, leur tristesse, leurs regrets — tout en acceptant stoïquement leur destin par sens du devoir. Certains écrivaient à leurs familles des lettres empreintes d'une tendresse et d'une mélancolie déchirantes. La formation et les rituels La formation des pilotes Tokkōtai évoluait selon les périodes. Au début, ils étaient des pilotes entraînés reconvertis. Plus tard, la formation se réduisit parfois à quelques semaines de vol de base. Un entraînement idéologique intense accompagnait la formation pratique : cours sur le Bushidō, le code d'honneur des samouraïs, lectures de textes classiques sur le sacrifice, cérémonies rituelles. Le cérémonial du départ Avant chaque mission, des rituels précis étaient observés : Les pilotes décollaient sans parachute Le rituel de départ des Tokkotai était soigneusement orchestré pour fortifier l’état d’esprit des pilotes. La veille de leur mission, ils prenaient un bain rituel de purification, revêtaient un kimono blanc couleur du deuil et de la pureté et participaient à un banquet d’adieu. Le matin du départ, coiffés d’un bandeau blanc (hachimaki) orné d'un soleil levant rouge symbole du sacrifice , ils buvaient une coupe de sake, récitaient un haïku évoquant la fleur de cerisier qui tombe, belle et éphémère. La métaphore était délibérée : comme la fleur du cerisier qui s’épanouit et tombe au sommet de sa beauté, le Tokkotai mourait jeune, dans l’éclat de sa jeunesse, avant les degats du temps Ils décollaient sans parachute inutile puisqu’ils ne reviendraient pas Ainsi l'absence du parachute symbolise définitif du caractère sans retour de leur mission. . Un avion d’escorte les accompagnait parfois jusqu’à la zone de combat pour confirmer leur impact et transmettre un rapport. Seule l’absence de navires ennemis à portee les forcerait à rentrer.Ils repartaient le lendemain L’Arsenal des Tokkotai Mais l'arsenal desTokktai ne se resume pas qu'aux Avions Le programme dépassa rapidement les simples chasseurs Zero chargés de bombes. Le Japon développa toute une gamme d’armes suicides couvrant les trois dimensions du combat air, surface et sous-marin dans une course technologique désespérée contre l’inexorable avance americaine.
L'avion principal : le Mitsubishi A6M Zéro
Le chasseur Mitsubishi A6M Zéro, légendaire depuis Pearl Harbor, fut l'appareil le plus utilisé pour les missions Tokkōtai. Chargé d'une bombe de 250 à 500 kg fixée sous le fuselage ou les ailes, il était guidé vers sa cible par son pilote jusqu'à l'impact. Sa silhouette était familière aux équipages alliés, ce qui le rendait parfois plus difficile à distinguer des appareils conventinels jusqu'au dernier instant.
D'autres appareils furent utilisés selon les disponibilités : bombardiers Aichi D3A Val, Yokosuka D4Y Suisei, Nakajima B6N Tenzan, et même des avions d'entraînement ou de transport en fin de guerre, lorsque les machines de combat manquaient. Tactiques d'approche
Les pilotes Tokkōtai développèrent plusieurs tactiques pour déjouer les défenses alliées :
Attaque en masse (Kikusui) : Lancement de vagues successives de dizaines à plusieurs centaines d'appareils simultanément, pour saturer les défenses antinatériennes et la Combat Air Patrol (CAP). Approche à basse altitude : Vol rasant sur la mer pour éviter les radars alliés, remontée finale en chandelle vers la cible. Attaque au crépuscule ou à l'aube : Exploitation des difficultés de visibilité pour réduire l'efficacité des chasseurs de protection. Imitation des appareils alliés : Certains pilotes cherchaient à se mêler aux formations de retour de mission alliées pour approcher les navires sans alerte. Ciblage prioritaire : Les porte-avions étaient la cible idéale, suivis des cuirassés et des croiseurs. Les destroyers en piquet radar, en première ligne, furent paradoxalement parmi les navires les plus touchés Ce concept était redoutable en théorie : transporté à 6 000-7 000 mètres d’altitude sous le ventre d’un bombardier Mitsubishi G4M (« Betty »), largü à environ 30 km de sa cible, le pilote planait silencieusement, puis allumait ses trois fusees à propergol solide pour atteindre une vitesse terminale proche de 1 000 km/h. À cette vitesse, le navire cible n’avait guère le temps de manoeuvrer ou de riposter efficacement. En pratique, le système souffrit d’une faiblesse fatale : le bombardier Betty porteur, alourdi par le poids de l’Ohka, était lent, lourd et vulnerable. Les chasseurs américains F6F Hellcat interceptèrent systématiquement les formations de Betty avant qu’elles n’atteignent la zone de largage. De nombreuses équipages de Betty 365 hommes au total — périrent en protégeant des Ohka qui ne purent jamais être utilisés. Des 55 pilotes d’Ohka qui décollèrent en mission, la grande majorité périrent avec leur avion porteur avant le largage. Seul un destroyer américain fut coulé par un Ohka. L’ironie tragique : l’arme la plus sophistiquée du programme fut aussi l’une des moins efficaces. Shin'yō (震洋) « Secousse Marine » Version IJN Le Shin'yō était un petit bateau-suicide en contreplaqué, propulsé par un moteur d'automobile Toyota, portant une charge explosive dans l'étrave. Le pilote devait diriger le bateau contre un navire allié, utilisant des fusées SO-RA pour l'accélération finale, la charge explosant à l'impact. Caractéristiques : Type 1 : 1,35 tonne — 26 nœuds — 1 homme — charge de 270 kg + 2 roquettes antinaviresType 5 : 2,2 tonnes — 30 nœuds — 2 hommes 6 197 exemplaires construits (avril 1944 – juin 1945) sur 11 300 planifiés Maru-ni (丸に) — Armée impériale Le Maru-ni, utilisé par l'Armée de terre japonaise, était équipé de deux grenades sous-marines et n'était pas à proprement parler un bateau-suicide : l'idée était de larguer les charges et de faire demi-tour avant l'explosion. En pratique, peu d'opérateurs survécurent. Environ 3 000 Maru-ni furent produits pour l'Armée. Utilisation au combat L'emploi opérationnel principal eut lieu lors de la campagne des Philippines (1944–45). Le 10 janvier 1945, les USS LCI(G)-365 et USS LCI(M)-974 furent coulés dans le golfe de Lingayen, Luçon, et l'USS War Hawk sérieusement endommagé. L'USS Charles J. Badger fut endommagé par un Shin'yō le 19 mai 1945. Les bateaux étaient extrêmement difficiles à détecter : bas sur l'eau, camouflés, en bois (radar inefficace), approche moteur au ralenti. Environ 400 bateaux furent transportés à Okinawa et Formose — le reste fut stocké sur les côtes japonaises pour la défense ultime contre l'invasion attendue des îles nationales. Le paradoxe du Maru-ni Le Kaiten La Torpille Humaine
Le Kaiten (« renversement du destin » ou « départ vers le ciel » — les deux lectures sont possibles et les deux sont significatives) était une torpille de quinze mètres pilotée par un seul homme. Le pilote entrait dans l’engin avant son lancement depuis un sous-marin, et n’en sortirait plus. Les Kaiten possédaient en théorie une trappe d’évacuation permettant une survie du pilote en cas de problème mais elle était totalement inutilisablevue la vitesse opérationnelle de l engin . Elle semble avoir été installée davantage pour préserver l’apparence de « non-suicide » vis-à-vis des conventions de Geneve que pour être réellement utilisée. Le bilan du programme Kaiten fut désastreux : seuls 45 Kaiten explosrent sur des objectifs ennemis, causant la mort de 179 marins américains et coulant trois petits navires. En contrepartie, plus de 1 500 soldats japonais membres du programme furent tués, ainsi que dix sous-marins océaniques —des bâtiments précieux et irremplacables. Chaque sous-marin qui transportait des Kaiten sera la plupart du temps coulé par les Americains représentait une double perte : le sous-marin et ses Kaiten non utilisés. « Dragon de Mer » 海龍 — Kairyu Sous-marin de poche suicide
C 'etait un sous-marin de poche destiné aux missions suicides, et pour la defense cotière conçu à partir de 1943 par la Marine impériale japonaise. Sa construction était volontairement simple : les trois sections du submersible de 17 mètres au total étaient boulonnées entre elles pour faciliter la production de masse. Caractéristiques techniques
Il emportait deux hommes d'équipage, deux torpilles latérales et 600 kg d'explosifs logés dans une ogive à la proue
Doctrine et emploi Ces sous-marins, incapables de naviguer en haute mer à cause de leurs dimensions, étaient destinés à la défense de la baie de Tokyo face à un éventuel débarquement américain. Un plan d'urgence autorisa la construction de 760 unités du type Kairyu, dont 212 virent le jour avant l'armistice.
Tous les Kairyu furent construits et stockés pour l'opération Downfall l'invasion américaine des îles japonaises prévue en novembre 1945. La capitulation du Japon le 15 août 1945 les rendit inutiles avant même qu'un seul n'ait été utilisé Certains Kairyu gisent encore dans les cimetières sous-marins du Pacifique, témoins silencieux d'une guerre qui se termina avant l'ultime bataille
Dragon accroupi » 伏龍 — Fukuryū Le plongeur-mine kamikaze
Le Fukuryū (伏龍 — « Dragon accroupi ») était un scaphandrier kamikaze développé par le Japon impérial à la fin de la guerre. Le système consistait en des équipes de plongeurs se déplaçant sur les fonds marins pour frapper la coque des navires ennemis avec des perches de bambou auxquelles étaient fixés des explosifs le souffle tuant le plongeur lui-même. C était l'arme la plus archaïque de l'arsenal suicide japonais un homme, une perche, une mine, la mer. La technologie de la lance de samouraï appliquée à la guerre navale du XXe siècle.
Équipement et fonctionnement Chaque plongeur était armé d'une mine de 15 kg d'explosifs fixée à l'extrémité d'une perche de bambou de 5 mètres. Il devait plonger, placer la perche contre la coque d'un navire ennemi et la faire exploser — se détruisant dans le processus.
Les hommes étaient équipés d'une veste et d'un pantalon de plongée, de chaussures et d'un casque de plongée fixé par des boulons. Ils étaient lestés par 9 kg de plomb et alimentés avec des aliments liquides.
Ils devaient être capables de marcher sur les fonds à 5–7 mètres de profondeur pendant environ 6 heures, cachés sous les navires en attente des envahisseurs.
Dispositif tactique Les Fukuryū faisaient partie d'un système de défense en trois niveaux : des mines de fond déclenchées par câbles au large, une ligne intermédiaire, et les plongeurs eux-mêmes postés tous les 20 mètres le long des plages d'invasion potentielles couvrant chaque mètre de littoral
L'arme ne fut jamais engagée au combat mais il y eut de nombreuses victimes lors de l'entraînement, dues aux équipements respiratoires rudimentaires. Un raid aérien en juin 1945 tua environ 280 instructeurs et stagiaires en pleine séance d'entraînement. Six mille hommes étaient prévus pour ce programme. Tous attendaient l'invasion américaine qui ne vint jamais la capitulation du 15 août 1945 les libéra d'une mort certaine dans les eaux côtières du Japon.
Les Kikusui Chrysanthèmes Flottants sur Okinawa 4.1 L’invasion d’Okinawa — 1er avril 1945
La bataille d’Okinawa (avril-juin 1945), surnommée par les Américains « l’Acier de Typhon », fut l’utilisation la plus massive et la plus destructrice des Tokkotai dans toute la guerre. L’île, située à seulement 550 km du Japon métropolitain, était perçue par les deux camps comme la dernière ligne avant l’invasion du sol japonais.
La doctrine japonaise était la suivante Le général Ushijima avait fortifié l'île avec 110 000 soldats décidés à vendre chèrement chaque mètre de terrain. Simultanément, la Marine impériale lançait depuis Kyūshū des vagues massives d'attaques Tokkōtai contre la flotte d'invasion américaine. La stratégie combinée était claire : épuiser les Américains sur terre et en mer, leur infliger des pertes si catastrophiques qu'ils renoncent à envahir les îles principales du Japon.
Attaques aérienne Les Kikusui les opérations masssives Les Japonais lancèrent dix vagues massives d’attaques coordonnées, baptisées Kikusui (« chrysanthèmes flottants » le chrysanthème étant l’emblème impérial). Chaque Kikusui mettait en jeu des centaines d’avions attaquant simultanément la flotte américaine depuis des directions multiples pour saturer la défense.
La bataille d’Okinawa vit les kamikazes couler 20 navires (contre 9 par attaques conventionnelles) et en endommager plus de 200. La flotte américaine perdit 400 navires endommagés et 36 coulés pendant toute la bataille les pertes les plus élevées de toute la guerre pour la marine américaine.
L’effet psychologique sur les Alliés
Au-delà des dommages matériels, les Tokkotai infligèrent une blessure psychologique sans précédent aux marins américains. Une attaque aérienne conventionnelle avait une logique que les soldats pouvaient comprendre : l’ennemi lachait ses bombes et s’enfuyait. Le kamikaze ne s’enfuyait pas. Il fonçait. Et si vous l’aviez manqué une première fois, il continuait droit sur vous. un correspond de guere dira L’attente terrible, l’anticipation de la terreur, rendue plus vive par l’expérience, conduit certains hommes à l’hystérie, la folie, la dépression la plus profonde. Aucun autre armé n’est aussi épuisante pour les nerfs.”
Des marins rapportent avoir vu leurs camarades sombrer dans des troubles nerveux graves après des semaines de guet à scruter un horizon où n’importe quel point sombre pouvait se transformer en mort. Des destroyers pickets — les navires placés en avant-garde pour donner l’alerte — étaient attaqués en premier et subissaient des pertes terribles. Servir sur un picket était connu comme l’une des missions les plus dangereuses de la guerre du Pacifique.
Attaque Maritime Tentative avec le Cuirassé Yamato qui jouera le rôle d'un cuirassé Kamikaze Le cuirassé Yamato représentait le summum de la puissance navale japonaise eten même temps le symbole de son obsolescence. Mis en chantier en grand secret en 1937 aux chantiers navals de Kure et lancé en août 1940, il constituait avec son jumeau Musashi la classe Yamato, la plus formidable paire de cuirassés jamais construits.
Ironiquement, ce monster d’acier entra en service 9 jours après Pearl Harbor la bataille qui avait définitivement prouvé que l’ère des cuirassés était révolue et que le porte-avions était la nouvelle reine des mers. Le Yamato était désuet avant même d’avoir tiré son premier coup de canon en combat.
La carrière opérationnelle du Yamato fut un catalogue de rendez-vous manqués et d’inaction frustrante. Consommateur de carburant phénoménal car il consommait des quantités de mazout telles que le Japon ne pouvait plus se permettre et il passa l’essentiel de ses deux années de service à l’ancre à Truk puis à Kure, surnommé avec amère ironie « l’Hôtel Yamato ».
Sa seule grande action fut la bataille du golfe de Leyte (octobre 1944), où il participa avec la flotte centrale de l’amiral Kurita. Il tira contre des navires de surface les seules fois de toute sa vie. Mais le résultat de la bataille fut une défaite japonaise totale. Le Yamato rentra à Kure, pratiquement indemne mais inutilisé, pendant que le Japon s’effondrait autour de lui. Netre temps son jumeau le Musashi avait été coulé
Au début 1945, la flotte impériale japonaise n’existait plus comme force cohérente. Le Yamato était l’un des derniers grands bâtiments encore à flot, quasiment immobilisé faute de carburant, attendant une fin que tous savaient inévitable.
Quand les Américains débarquèrent à Okinawa le 1er avril 1945, l’Empereur Hirohito aurait exprimé son étonnement de ne voir aucune initiative navale japonaise. La pression impériale força les amiraux à concevoir à la hâte l’Opération Ten-Go.
Le plan était d’une logique suicidaire implacable : le Yamato, avec le croiseur léger Yahagi et huit destroyers, foncerait vers Okinawa. Une fois arrivé, il s’échouerait délibérément sur la plage et servirait de batterie flottante fixe, combattant jusqu’à sa destruction totale pour retarder l’avance américaine.
Le détail le plus glaçant : Yamato et Yahagi ne reçurent que la ration de carburant nécessaire pour l’aller. Pas de retour possible. Pas de réserve. Pas d’ambiguïté sur la nature de la mission. Quand les commandants des navires de l’escorte découvrirent le plan jusqu’alors gardé secret—, ils le rejetèrent unanimement. Puis s’y plièrent par devoir. Le commandant de la force Ten Go dira Nous ne pouvons pas envoyer ces jeunes marins à une mort certaine sans raison valable. Mais si l’Empereur le demande, nous mourrons avec le Yamato.” Vice-amiral Seiichi Ito, Les Américains avaient percé le code dess transmissions japonaises et savaient exactement quand et où le Yamato partirait. L’escadre fut d’abord repérée par des sous-marins qui transmirent sa position, puis suivie par des hydravions Mariner que les canons anti-aériens du Yamato y compris ses colossaux canons de 460 mm tirés en obus anti-aériens de type San Shiki ne parvinrent pas à abattre.
La couverture aérienne kamikaze promise pour protéger la flotte ne put jouer son rôle à cause des mauvaises conditions météorologiques et du manque de pilotes expérimentés. Le Yamato était seul.
Le 7 avril à 12h37, des vagues successives d’avions américains décollèrent de onze porte-avions : 386 appareils au total. Les groupes d’attaque se succédèrent toutes les vingt minutes environ, coordinat l’assaut pour empêcher les servants des canons anti-aériens de souffler.
Le cuirassé combattit avec une énergie remarquable. Ses 152 canons anti-aériens de 25 mm créèrent un rideau de feu. Mais les torpilles frappèrent rendant le cuirassé inapte au combat. L’eau s’engouffra, les compartiments coulèrent les uns après les autres.
A 14h23 une heure et quarante-six minutes après le debut de l’attaque le Yamato chavira.et explosa Le champignon de fumée s’éleva à 6 000 mètres. Sur un équipage de 2 767 hommes, 2 498 périrent. L’amiral Ito resta à bord.
Bilan Global des Tokkotai
Ces chiffres illustrent une vérité paradoxale : les Tokkotai furent à la fois le système d’armes le plus efficace du Japon en 1944-1945 en termes de ratio coût/dommages infligés et une tragique absurdité stratégique. Ils ne pouvaient pas changer l’issue de la guerre. Ils ne pouvaient que la rendre plus sanglante.
Pourquoi les Tokkotai échouèrent Stratégiquement
La doctrine Tokkotai reposait sur un pari : si les pertes américaines devenaient inacceptables, le gouvernement américain négocierait la paix plutot que d’envahir le Japon. Ce pari surestima fondamentalement la détermination américaine après Pearl Harbor, et surestima la tolérance américaine aux pertes à une époque où l’opinion publique soutenait massivement la guerre.
Par ailleurs, les Américains s’adaptèrent rapidement : radars améliorés pour une détection plus précoce, disposition des destroyers pickets, coord coordination perfectionnee entre l’artillerie anti-aérienne, et formation de chasseurs en patrouille permanente de cap (CAP). Le taux d’interceptation des Tokkotai s’améliora régulièrement. Enfin, et surtout, les bombes atomiques sur Hiroshima et Nagasaki (6 et 9 août 1945) rendirent obsolètes toutes les stratégies japonaises d’un seul coup. Le Japon capitula le 15 août 1945, évitant l’invasion terrestre que les Tokkotai cherchaient à rendre trop coûteuse. Clap de fin
Les deux amiraux qui avaient créé et commandé le programme Tokkotai choisirent de mourir comme leurs hommes.
Le vice-amiral Onishi Takijiro, fondateur des unités kamikazes, se fit hara-kiri le 16 août 1945 le lendemain de la capitulation japonaise. Il refusa que son assistant l’aide à mourir plus vite, prolongeant son agonie pendant des heures en signe d’expiation. Ses derniers mots : « Je demande pardon aux âmes des pilotes disparus et à leurs familles éplorées. » Le vice-amiral Ugaki, qui commandait la Ve flotte aérienne du Kyûshû, fit sa propre sortie kamikaze le 15 août 1945 quelques heures après l’annonce de la capitulation par l’Empereur. Accompagné d’une vingtaine de volontaires qui ne voulaient pas survivre à l’honneur de n’avoir pu se sacrifier pour l’Empéreur, il s’envola en direction d’Okinawa et se perdit en mer. Ce fut officiellement la dernière mission kamikaze.
La fin du Yamato a acquis une dimension métaphorique considérable dans la culture japonaise. Le mot « Yamato » était depuis des siècles utilisé comme synonyme du Japon lui-même, de son essence culturelle profonde. La mort du cuirassé Yamato, envoyé dans une mission impossible sans carburant pour le retour, résonrait donc comme la mort symbolique de l’empire. Cette histoire est aujourd’hui veneree dans la culture japonaise comme légende tragédie — un effort vain mais sublime des marins japonais pour défendre leur patrie jusqu’à leur dernier souffle. Elle a inspiré le roman « Le Cuirassé Yamato » de Yoshida Mitsuru, témoin du naufrage, et la franchise animée « Space Battleship Yamato » (1974) où le cuirassé renaît dans l’espace pour sauver la Terre.
Questions éthiques et mémoire
Mais le débat sur les Tokkotai reste vif au Japon. Furent-ils des héros, des victimes, des fanatiques ? La vérité semble être les trois à la fois.
Héros parce qu’ils acceptèrent de mourir pour leur pays avec sincérité. Victimes parce qu’ils furent pris dans un système militariste qui ne leur laissait guère le choix. Fanatisme Ici il le voir avec prudence : beaucoup de leurs écrits montrent des hommes lucides, qui ne croyaient pas à la victoire, mais qui ne pouvaient pas refuser sans détruire leur famille. Ce qui est indiscutable : ces hommes étaient jeunes, souvent brillants, et mouraient en sachant que leur sacrifice ne changerait pas l’issue de la guerre. C’est peut-être cela, plus que tout, qui fait de leur histoire l’une des plus poignantes de tout le conflit mondial.
Conclusion
Les Tokkotai sont nés du désespoir et morts dans l’inutilité stratégique. Ni le sacrifice de milliers de jeunes hommes, ni le naufrage titanesque du Yamato, ni les dix vagues de Kikusui sur Okinawa ne purent renverser une guerre déjà perdue.
Mais réduire les Tokkotai à leur inutilité stratégique serait négliger l’essentiel : ce que cette histoire révèle sur la nature humaine, sur la capacité d’un système à transformer des individus pensants en instruments de mort, sur le poids insupportable de la culture, de l’honneur et du devoir dans une société militaristée.
Le Yamato à flot pendant deux heures sous des centaines de bombes et de torpilles, se battant jusqu’au bout sans espoir ; les étudiants-kamikazes écrivant des poèmes d’adieu la veille de leur mission ; l’amiral Onishi mourant lentement en signe d’expiation pour ses hommes : autant d’images qui disent que la guerre n’est jamais simple, jamais propre, et que ses victims les plus profondes sont parfois ceux qui la font.
Epilogue
Le kamikaze japonais choisissait sa mort dans un cadre codifié et consenti. Le soldat allemand de 1945 mourait souvent sur ordre, sans le choix, sans rituel ce qui est peut-être encore plus sombre.
|
|
Droit d’auteur La plupart des photographies publiées sur ce site sont la propriété exclusive de © Claude Balmefrezol Elles peuvent être reproduites pour une utilisation personnelle, mais l’autorisation préalable de leur auteur est nécessaire pour être exploitées dans un autre cadre (site web publications etc) Les sources des autres documents et illustrations sont mentionnées quand elles sont connues. Si une de ces pièces est protégée et que sa présence dans ces pages pose problème, elle sera retirée sur simple demande. Principaux Collaborateurs:
Nb
de visiteurs:9328248 Nb
de visiteurs aujourd'hui:2481 Nb
de connectés:48
| |||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||