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Un système qui a changé la guerre aérienne
Le S-75 Dvina, baptisé SA-2 « Guideline » par l'OTAN, est le premier missile sol-air soviétique déployé à grande échelle. Mis en service en 1957, il est devenu le système de défense aérienne le plus répandu de l'histoire, exporté dans plusieurs dizaines de pays.
Sa notoriété vient de trois épisodes : la destruction de l'avion espion U-2 de Francis Gary Powers au-dessus de l'URSS le 1er mai 1960, celle d'un autre U-2 au-dessus de Cuba en octobre 1962, et son emploi massif au Nord-Vietnam contre l'aviation américaine.
Derrière cette efficacité se cache une organisation lourde : un missile à ergols liquides, une batterie de tir semi-mobile d'une trentaine de véhicules et une chaîne logistique reposant presque entièrement sur des camions ZIL. Les chiffres donnés dans ce document sont approximatifs et varient selon les versions (S-75, S-75M Volkhov, versions d'exportation) et selon les armées utilisatrices.
Le missile V-750
Le V-750 et ses dérivés forment un missile de deux étages, long d'environ 10,6 m et pesant plus de 2 tonnes au lancement.
Le choix d'ergols liquides stockables s'explique par la technologie des années 1950 : les propergols solides de l'époque ne donnaient pas assez d'énergie pour un missile de cette taille. Le revers est connu : ergols toxiques et corrosifs, durée de maintien ravitaillé limitée, et forte dépendance à la zone technique.
La terminologie soviétique diffère de la terminologie occidentale. L'unité de tir de base, appelée « division de tir » (ogneviï divizion) en russe, correspond à ce qu'on appelle en Occident un « site » ou une « batterie » SA-2. C'est elle qui met en œuvre un radar de conduite de tir et six lanceurs.
À l'intérieur d'une division de tir, on distingue deux sous-unités principales : la batterie radiotechnique (radars et cabines de conduite de tir) et la batterie de lancement (lanceurs et transporteurs-chargeurs).
La batterie de tir (division de tir)
Composition en matériels et véhicules
Total indicatif : une trentaine de véhicules et remorques pour une division de tir, soit 25 à 40 selon la version et la dotation. En déplacement, la colonne s'étire sur plusieurs kilomètres.
Effectifs
Les effectifs varient fortement selon l'armée, l'époque et le degré d'automatisation. Les ordres de grandeur ci-dessous concernent une division de tir soviétique type des années 1960-1970.
Au Nord-Vietnam, les sites étaient souvent renforcés par des canons antiaériens (37 et 57 mm) et par des unités de milice, ce qui portait l'effectif présent autour d'un site bien au-delà de la seule division de tir. La division technique du régiment compte à elle seule plusieurs centaines d'hommes en ajoutant les services.
Disposition et superficie du site
La batterie s'organise en étoile autour du radar SNR-75, disposition très reconnaissable sur les photos aériennes de l'époque (la fameuse « étoile de David » des photo-interprètes américains).
Délais de mise en œuvre
C'est pourquoi le système est dit semi-mobile : il se déplace par la route, mais ne tire pas en mouvement et ne s'installe pas rapidement. Au Vietnam, les Nord-Vietnamiens ont pourtant appris à changer très souvent de position, parfois après chaque engagement, en préparant à l'avance de nombreux sites vides.
La chaîne de camions ZIL
Les camions ZIL sont la colonne vertébrale du S-75 : ils tractent les lanceurs, les cabines radar et les PR-11, portent le radar P-12, les shelters et les citernes. Le choix de châssis standard, communs à toute l'Armée soviétique, simplifiait l'entretien et les pièces détachées, et a facilité l'exportation vers des armées déjà équipées de ces camions.
Tracteur tout-terrain des premières versions du S-75, surnommé « Zakhar » par les soldats. Robuste et très franchissant grâce au gonflage centralisé des pneus, mais gourmand en essence.
Successeur du ZIL-157 à partir de la fin des années 1960, il reprend exactement les mêmes rôles avec plus de puissance, une meilleure charge utile et une cabine plus moderne.
Le KUNG (caisse fermée unifiée) est une cellule métallique isolée montée sur le plateau du camion. Chauffée, éclairée et parfois climatisée, elle transforme un camion standard en local technique mobile. Dans un régiment S-75, on les trouve dans de nombreux rôles :
Le PR-11 est la pièce la plus caractéristique de la chaîne. Il s'agit d'une semi-remorque tirée par un ZIL-157V puis un ZIL-131V, qui porte un missile ravitaillé et le transfère sur la rampe. Le camion recule jusqu'au lanceur, la remorque s'aligne sur la rampe, et le missile glisse de l'un à l'autre. Une équipe entraînée recharge ainsi un lanceur en quelques minutes.
Récapitulatif des véhicules
La chaîne logistique
Le missile ne quitte l'entrepôt qu'après un passage par la zone technique, en retrait du site de tir. C'est là que se concentre l'essentiel du travail, et du danger. Le trajet est le suivant :
La division technique met en œuvre ses propres matériels : camions-citernes, compresseurs, grues, cabines de contrôle en shelter, moyens de neutralisation et de lavage. Les ergols étant toxiques et corrosifs, le personnel travaille avec masques et combinaisons.
Le missile ravitaillé a une durée de vie limitée. Au-delà, il doit revenir en zone technique pour être vidangé et neutralisé. Cette rotation permanente mobilise des hommes, des véhicules et du temps. C'est cette lourdeur qui a poussé les systèmes suivants vers le propergol solide, livré prêt à tirer dans un conteneur scellé.
Emploi opérationnel et héritage
Face à lui, les Occidentaux ont développé le brouillage électronique, les missiles antiradar et les tactiques de vol à basse altitude. Le SA-2 a donc largement façonné la guerre électronique moderne.
Aujourd'hui, le système est retiré dans la plupart des pays. Il laisse un héritage encombrant : des stocks d'ergols vieillis, toxiques et corrosifs, dont la destruction a demandé des programmes internationaux, notamment avec l'OSCE en Europe de l'Est et dans le Caucase. |
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