Rome Pompéï Les Mosaïques

Article écrit par : Claude Balmefrezol

Mis en ligne le 18/04/2026 à 21:55:43



Rome Pompéï Les Mosaïques 
 

Rome Pompéï Archéologie Histoire d'une redécouverte
Rome Pompéï Les Fresques  Bientôt
Rome Pompéï Les Domus Bientôt
Rome Pompéï Les Artefacts  Bientôt

 

LA MOSAÏQUE À POMPÉI ou de  l'héritage hellénistique à l'expression romaine
Introduction
Engloutie par l'éruption du Vésuve en 79 après J.-C., Pompéi a préservé sous ses cendres un témoignage unique et irremplaçable sur la civilisation romaine. Parmi les trésors mis au jour depuis le XVIIIe siècle, les mosaïques occupent une place de choix : elles nous révèlent non seulement les goûts artistiques d'une élite cultivée, mais aussi les techniques, les influences et les évolutions stylistiques d'un art qui couvre plusieurs siècles d'histoire.Car la mosaïque de Pompéi n'est pas monolithique. Elle évolue, se transforme, se réinvente au fil des générations, portant successivement les traces de l'influence grecque orientale, de l'école alexandrine, puis de l'affirmation d'un style proprement romain. C'est cette histoire, riche et nuancée, que cet article se propose de raconter.
I. Les origines : un art grec adopté par Rome
La mosaïque est un art inventé par les Grecs dès le Ve siècle avant J.-C. À l'origine, il s'agit de simples galets naturels soigneusement disposés pour former des motifs géométriques ou figuratifs sur les sols des maisons et des lieux de culte. La technique est longtemps modeste, mais elle porte en germe toutes les ambitions futures de cet art.
Lorsque Rome conquiert progressivement le monde grec et s'ouvre au monde hellénistique à partir du IIe siècle avant J.-C., elle hérite de ce savoir-faire et le porte à un niveau de raffinement inédit. Le terme même de "mosaïque" naît à Rome au Ier siècle av. J.-C. : il vient du latin musiuum opus, qui désignait les ornements des grottes et fontaines consacrées aux Muses.
Les Romains furent d'abord fortement influencés par les motifs marins et les scènes de la mythologie grecque — et par les artistes eux-mêmes, car de nombreuses mosaïques romaines signées portent des noms grecs. Les artisans grecs, attirés par les commandes importantes que leur offraient les riches propriétaires de Campanie, constituèrent le vivier technique de la grande mosaïque pompéienne.
Pompéi, carrefour commercial et culturel entre l'Orient hellénistique et le monde romain, devient ainsi l'un des hauts lieux de cet art. La ville connaît plusieurs phases de développement artistique qui se lisent littéralement dans ses sols.
II. Les techniques : du plus grossier au plus subtil
Les artisans de l'Antiquité disposaient d'un répertoire de techniques bien distinct, chacune répondant à des ambitions artistiques et à des moyens financiers différents.
L'opus signinum le plus ancien

C'est la technique la plus primitive retrouvée à Pompéi, caractéristique de la période préromaine. Il s'agit d'un simple mortier de chaux mêlé d'éclats de briques et de tuiles concassées, dans lequel on incruste çà et là quelques tesselles blanches de calcaire pour former de simples motifs : losanges, étoiles, méandres. Le résultat est modeste, d'un rouge brique caractéristique, mais déjà décoratif. On en a découvert de nombreuses traces dans la Pompéi d'avant Sylla, dans les couches les plus anciennes des fouilles.
L'opus tessellatum la technique courante


C'est la forme standard de la mosaïque romaine, celle que l'on retrouve dans la grande majorité des maisons de Pompéi. La réalisation suit un processus rigoureux en plusieurs étapes superposées : d'abord le statumen, une couche de grosses pierres drainantes ; puis le rudus, une couche de nivellement en chaux et gravier ; enfin le nucleus, un mortier plus fin sur lequel les tesselles sont directement posées.
Les tesselles de l'opus tessellatum mesurent généralement entre 1 et 2 centimètres de côté. Taillées dans du calcaire, du marbre, de la terre cuite ou du verre coloré, elles permettent la réalisation de motifs géométriques précis et de grandes surfaces décoratives. Cette technique convient particulièrement bien aux fonds, aux bordures et aux motifs répétitifs.
L'opus vermiculatum le sommet de l'art


C'est ici que réside le véritable génie de la mosaïque antique. Le nom vient du latin vermiculus (vermisseau) : il évoque les lignes sinueuses formées par les minuscules tesselles, qui épousent les contours des figures comme des vers. Les tesselles employées ont des formes cubiques ou en biseau, avec des dimensions pouvant se réduire à seulement 2 à 3 millimètres de côté.
Cette finesse extrême permet de reproduire avec une précision stupéfiante les effets de la peinture : dégradés de couleurs, ombres portées, reflets, expressions des visages, drapés des vêtements. L'opus vermiculatum est généralement réservé aux emblèmes — les panneaux centraux des compositions — entourés d'un opus tessellatum plus grossier pour les fonds et les bordures.
Les artisans les plus habiles travaillaient souvent hors site dans des ateliers spécialisés, transportant ensuite les panneaux achevés jusqu'à leur destination finale. La célèbre Mosaïque d'Alexandre, par exemple, fut vraisemblablement réalisée en Égypte avant d'être acheminée jusqu'à Pompéi.
L'opus sectile le luxe du marbre

 


Plus tardif et plus coûteux encore, l'opus sectile utilise de grandes plaques de marbres précieux (porphyre, serpentine, giallo antico...) découpées en formes géométriques et assemblées comme des pièces de puzzle. Réservé aux commanditaires les plus fortunés, il orna principalement les sols des grandes villas impériales à partir du Ier siècle après J.-C.
L Opus Musivum
Cette  technique de mosaïque utilisant de la
pâte de verre.
l'opus musivum représente le chaînon manquant entre la décoration artisanale des fontaines et grottes romaines et la grande mosaïque sacrée byzantine — un art qui a littéralement donné son nom à toute la discipline. La Maison du Squelette d'Herculanum en offre l'un des plus beaux exemples conservés in situ de la période romaine impériale.
Le terme opus musivum  ou 'œuvre des Muses » est attesté dès le IVe siècle par saint Augustin, en référence aux grottes et nymphées consacrés aux Muses, dont les parois étaient décorées de mosaïques et de coquillages. C'est ce musivum opus qui a donné naissance à notre mot moderne « mosaïque ».Cet opus musivum est un type de décor particulier, un peu hybride, qui tient à la fois de la mosaïque, de la peinture murale et du travail du stuc. Son histoire se déroule du Ier siècle avant J.-C. jusqu'au Bas-Empire et à l'époque byzantine.
Il était souvent reserver aux  grottes  placés dans les revêtements de la fin de la République romaine et des plus anciennes fontaines de Pompéi. Le premier exemple documenté date du milieu du Ier siècle av. J.-C. dans le nymphée de la Villa de Cicéron à Formia, où des éclats de marbre, de la pierre ponce et des coquilles furent utilisés.
À l'origine, l'opus musivum se compose de trois éléments fondamentaux : le pumex (pierre ponce) ou les concrétions calcaires qui peuvent le remplacer, les coquillages, et un pigment coloré — le bleu égyptien. Ce n'est que dans un deuxième temps que les tesselles cubiques caractéristiques de la mosaïque et la pâte de verre apparaissent.
Dans ses premiers développements, cet art utilise des matériaux aussi divers que les coquillages, le bleu égyptien, les racailles, le verre (sous forme de fragments, de figures moulées, de rubans torsadés et de tesselles), et la pierre en éclats ou en tesselles. Sous ses dernières formes byzantines, il n'utilise plus que les tesselles de mosaïque.
Mais sa spécificité est  la mosaïque murale et non des sols C'est sa caractéristique essentielle qui le distingue de tous les autres opus romains : tandis que l'opus tessellatum, l'opus vermiculatum ou l'opus sectile ornent les pavements, l'opus musivum s'applique aux parois, voûtes, niches et fontaines.
Les musivarii  spécialisés dans les grandes compositions géométriques ou florales s'appelaient tessellatori. Ceux qui s'occupaient des scènes figuratives et des emblèmes étaient les musivarii  les maîtres de l'opus musivum.
Les grandes réalisations
L'opus musivum connaît son apogée dans trois contextes principaux :
Les nymphées de Campanie (Pompéi, Herculanum) — Ier siècle av. J.-C./ap. J.-C. — avec leurs frises de pâte de verre bleu, coquillages et motifs marins ou mythologiques, comme précisément à la Maison du Squelette d'Herculanum.
Les thermes impériaux romains — voûtes et absides décorées de tesselles de verre coloré.
Les basiliques paléochrétiennes et byzantines — où l'opus musivum atteint son expression la plus grandiose, avec l'introduction des tesselles d'or (feuille d'or enfermée entre deux couches de verre), dans des monuments comme Ravenne, Constantinople ou Saint-Pierre de Rome.
La mosaïque byzantine, faite de pâte de verre et d'or, est essentiellement murale et représente des thèmes de la religion chrétienne ou des figures du pouvoir politique. C'est l'héritière directe de l'opus musivum romain, porté à son ultime perfection dans l'art sacré.

III. Les écoles selon les époques
La mosaïque de Pompéi n'est pas un art figé. Elle évolue clairement en fonction des périodes, des influences culturelles et des goûts de chaque génération. On peut distinguer quatre grandes phases successives, presque comme quatre écoles différentes.
1re école — La période samnite (IIIe–IIe s. av. J.-C.)
C'est la phase la plus ancienne, antérieure à la romanisation de Pompéi. La ville est alors un centre samnite prospère, ouverte aux influences grecques qui lui parviennent par la Grande-Grèce (les colonies grecques du sud de l'Italie) et par la Sicile hellénistique.
Les sols sont traités en opus signinum. Les décors restent géométriques et sobres : méandres, grecques, losanges, tresses entrelacées composés de quelques tesselles blanches sur fond rouge brique. La technique est encore rudimentaire, mais on perçoit déjà une vraie recherche décorative et un souci d'harmonie avec les peintures murales du premier style pompéien.
Les premières mosaïques de Pompéi datant de la fin du IIe et du début du Ier siècle avant J.-C. étaient clairement dérivées du modèle grec hellénistique, notamment de la tradition sicilienne de Morgantina et de Syracuse.
2e école La période hellénistique (IIe–Ier s. av. J.-C.)
C'est l'âge d'or absolu de la mosaïque pompéienne. Avec la conquête romaine et l'ouverture au monde méditerranéen, des artisans de formation hellénistique — et notamment des mosaïstes venus directement d'Alexandrie ou formés dans sa tradition — s'installent en Campanie et révolutionnent l'art du pavement.
Les techniques atteignent un niveau de virtuosité sans précédent. L'opus vermiculatum permet désormais de reproduire avec une fidélité stupéfiante les effets de la grande peinture grecque : profondeur, perspective, rendu psychologique des personnages. Les palettes de couleurs s'enrichissent, les sujets s'ambitionnent. Ce sont de véritables tableaux transposés en pierre.
Cette école alexandrine, profondément hellénocentrique, privilégie les grandes scènes figuratives : batailles historiques, épisodes mythologiques, sujets dionysiaques. Elle marque durablement Pompéi, comme en témoigne le fait que l'art pompéien était, selon les commentateurs de l'Antiquité eux-mêmes, fondamentalement alexandrin dans son esprit.
3e école — La période républicaine tardive (Ier s. av. J.-C.)Un tournant stylistique majeur s'opère dans le courant du Ier siècle avant J.-C. La grande mosaïque polychrome hellénistique ne disparaît pas, mais elle cède progressivement du terrain face à un nouveau style : le noir et blanc.
C'est à partir de cette période que la mosaïque romaine trouve vraiment sa voix propre, distincte de l'héritage grec. Les motifs géométriques en noir et blanc — méandres, tresses, damiers, entrelacs — créent des effets optiques saisissants et une esthétique puissante, sobre et efficace. La technique est plus rapide, moins coûteuse, mais d'une grande cohérence visuelle.
Le célèbre Cave canem ("Attention au chien") de Pompéi, avec sa mosaïque figurative intégrée à un avertissement textuel, incarne parfaitement l'esprit de cette époque : un art qui se démocratise, qui entre dans des maisons de taille plus modeste, qui adopte l'humour et le quotidien comme sujets légitimes.
C'est aussi à cette période que la mosaïque romaine commence à s'intégrer au décor intérieur de la maison d'une façon nouvelle : là où la mosaïque grecque était un tapis autonome ajoutant sa polychromie à celle des murs, la mosaïque romaine tend à dialoguer avec l'architecture, à imiter les caissons des plafonds, à annoncer les voûtes.
4e école — La période impériale (Ier s. ap. J.-C.)
C'est la dernière phase visible à Pompéi avant sa destruction brutale en 79 après J.-C. La mosaïque figurative polychrome de grand format se raréfie dans les maisons ordinaires, réservée aux demeures les plus luxueuses. Pour les habitations courantes, c'est le règne du motif géométrique raffiné, toujours en noir et blanc ou en bichromie sobre.
Les artisans locaux campano-romains ont désormais pleinement assimilé les techniques hellénistiques et développé un savoir-faire autonome. Ils ne dépendent plus des ateliers alexandrins : ils ont leurs propres traditions, leurs propres répertoires de motifs, leurs propres clientèles.
Les mosaïques narratives — scènes de chasse, jeux du cirque, sujets saisonniers — gagnent en popularité, reflétant les goûts d'une société romaine impériale qui s'affirme dans sa propre identité culturelle. L'opus sectile commence à concurrencer la mosaïque de tesselles dans les intérieurs les plus luxueux, annonçant les évolutions décoratives du siècle suivant.

Tableau récapitulatif des périodes
Période
Style dominant
Technique principale
Influence majeure
IIIe–IIe s. av. J.-C.
Géométrique simple
Opus signinum
Samnite / Grecque archaïque
IIe–Ier s. av. J.-C.
Figuratif polychrome
Opus vermiculatum
École d'Alexandrie
Ier s. av. J.-C.
Noir et blanc
Opus tessellatum
Romaine propre
Ier s. ap. J.-C.
Géométrique raffiné
Tessellatum / Sectile
Campano-romaine
IV. L'école d'Alexandrie : l'influence orientale
Parmi toutes les influences qui ont façonné la mosaïque de Pompéi, l'école d'Alexandrie occupe une place absolument centrale. Cette ville égyptienne fondée par Alexandre le Grand en 331 avant J.-C. est devenue, sous les Ptolémées, la capitale culturelle et artistique du monde hellénistique : une ville cosmopolite où se croisaient artistes grecs, orientaux et égyptiens, où les techniques se croisaient et s'enrichissaient mutuellement.
Les mosaïstes alexandrins avaient développé une maîtrise exceptionnelle de l'opus vermiculatum, leur permettant de créer des effets picturaux d'une précision remarquable. Leurs œuvres, caractérisées par des compositions complexes, un réalisme saisissant et une palette de couleurs sophistiquée, circulaient à travers toute la Méditerranée.
À Pompéi, cette influence alexandrine se manifeste de plusieurs façons : par la présence supposée d'artisans venus d'Alexandrie, par l'importation de panneaux réalisés en atelier, et par l'adoption de motifs typiquement alexandrins — scènes du Nil avec ibis, crocodiles et hippopotames, personnifications de l'Égypte, figures dionysiaques dans la tradition hellénistique orientale.
Les sujets égyptiens, en particulier, deviennent à la mode à Pompéi après la bataille d'Actium (31 av. J.-C.) et la conquête de l'Égypte par Rome. Les représentations du Nil et de sa faune exotique ornent de nombreuses maisons pompéiennes, témoignant de cette fascination durable pour l'Orient.
V. Les grands thèmes de la mosaïque pompéienne
Le répertoire iconographique de la mosaïque pompéienne est d'une richesse remarquable, couvrant pratiquement tous les domaines de l'expérience humaine.
Les scènes mythologiques
Dionysos et son cortège (satyres, ménades, panthères), Thésée et le Minotaure, Méduse, Neptune et les créatures marines : la mythologie grecque fournit une source inépuisable de sujets. Ces thèmes, outre leur valeur décorative, témoignent de l'imprégnation culturelle grecque des élites pompéiennes et de leur désir d'afficher une culture classique raffinée.
Les scènes historiques
La grande mosaïque d'histoire, dont la Bataille d'Alexandre est l'exemple le plus illustre, occupe une place à part dans le répertoire pompéien. Ces œuvres monumentales, copies de peintures hellénistiques aujourd'hui perdues, témoignent d'un goût pour la grandeur épique et pour la commémoration des hauts faits de l'Histoire.
La nature et les animaux
Poissons, oiseaux, fleurs, plantes, fruits : la nature est omniprésente dans les mosaïques de Pompéi. Les xenia (natures mortes représentant des cadeaux alimentaires) ornent de nombreux triclinia. Les scènes de chasse témoignent d'une vie aristocratique qui valorise la maîtrise de la nature sauvage.
La vie quotidienne et l'humour
C'est peut-être le domaine le plus surprenant : les mosaïques pompéiennes n'hésitent pas à représenter des scènes de comédie, des trompe-l'oeil amusants (comme ce sol couvert d'épluchures et d'os censé imiter les restes d'un banquet), des avertissements pratiques (Cave canem) ou des scènes de genre tirées de la vie ordinaire.
Les sujets géométriques
Méandres, tresses, guillochis, entrelacs, damiers, rosaces : les motifs purement géométriques constituent la majorité des mosaïques pompéiennes en nombre. Moins coûteux que les grandes compositions figuratives, ils sont accessibles à une clientèle plus large et témoignent d'un goût pour l'ordre, la symétrie et l'effet optique.
VI. Le chef-d'œuvre absolu : la Mosaïque d'Alexandre
Parmi tous les trésors mis au jour à Pompéi, une œuvre domine toutes les autres par son ambition, sa taille et sa qualité technique : la Mosaïque de la Bataille d'Alexandre, découverte le 24 octobre 1831 dans la Maison du Faune.
La signification politique
La présence de cette mosaïque monumentale dans la salle de réception (exèdre) de la Maison du Faune n'est pas anodine. À une époque où Pompéi s'engageait dans les guerres sociales contre Rome (début du Ier siècle av. J.-C.), afficher dans sa demeure l'image du plus grand conquérant de l'Histoire était un message politique fort. Alexandre incarnait le chef militaire idéal, mais aussi — dans la tradition hellénistique — une figure comparable à Dionysos, dont les thèmes ornent le reste de la maison.
VII. La mosaïque comme marqueur social
À Pompéi, posséder une belle mosaïque n'est pas seulement une question de goût esthétique — c'est une affirmation publique de statut social, de culture et de richesse.
La maison romaine, contrairement aux apparences, n'est pas un espace privé au sens moderne. L'atrium et le tablinum sont des espaces semi-publics où le propriétaire reçoit clients, amis et représentants. Le sol que foulent les visiteurs est donc un message, un curriculum vitae en tesselles : il annonce le niveau culturel du maître de maison, sa connaissance du monde grec, ses ambitions sociales.
Les Romains regardaient la Grèce comme un pays vaincu dont le prestige tenait dans son passé ; ils la considéraient comme un musée et l'admiraient pour ce qu'elle avait été. Posséder une mosaïque de style grec, exécutée dans la grande tradition hellénistique, c'était donc s'approprier symboliquement ce prestige culturel. L'éclectisme était, à cette époque, synonyme de richesse, de pouvoir et de tradition.
Cette dimension sociale explique la hiérarchie des techniques et des sujets que l'on observe à Pompéi : l'opus vermiculatum figuratif pour les pièces de réception, le tessellatum géométrique pour les espaces de circulation, l'opus signinum pour les arrière-cours et les espaces de service. Chaque technique a sa place précise dans l'organisation sociale et spatiale de la maison romaine.
Conclusion
La mosaïque de Pompéi est bien plus qu'un art décoratif : c'est un document historique d'une valeur inestimable. Elle nous raconte, par ses techniques et ses sujets, l'histoire des échanges culturels entre Orient hellénistique et Occident romain ; par ses styles successifs, l'évolution du goût et des sensibilités à travers trois siècles ; par ses chefs-d'œuvre, l'ambition d'une élite soucieuse d'inscrire sa demeure dans la continuité de la grande civilisation grecque.
De l'opus signinum samnite aux grandes compositions alexandrines, du style noir et blanc républicain aux raffinements géométriques de l'époque impériale, Pompéi nous offre une coupe stratigraphique unique dans l'histoire de cet art. Nulle part ailleurs au monde on ne peut lire aussi clairement, dans les sols d'une ville, l'histoire culturelle d'une civilisation entière.
Et lorsqu'on se souvient que cette ville, avec tous ses trésors, fut préservée par la catastrophe même qui la détruisit — les cendres du Vésuve l'ensevelissant mais la protégeant du temps et des hommes — on mesure mieux encore l'étrange fortune de Pompéi : celle d'une ville morte qui en sait plus sur la vie antique que toutes les villes qui ont survécu.

 
 Les mosaiques de Musée de Naples dans Maquetland  

Introduction

Ensevelie sous plusieurs mètres de cendres et de lapilli lors de l’éruption du Vésuve en octobre 79 après J.-C., la cité romaine de Pompéi a légué à la postérité le témoignage le plus complet et le plus saisissant de la vie urbaine et privée du monde romain. Parmi l’extraordinaire richesse de son patrimoine archéologique, les mosaïques occupent une place de toute première importance : elles constituent à la fois un sommet de l’art antique et une source documentaire irremplaçable sur les goûts, la culture, la philosophie et les pratiques sociales des élites pompéiennes au tournant de notre ère.
Les mosaïques de Pompéi ne sont pas de simples décors. Elles sont des images soigneusement conçues, pensées en relation étroite avec la fonction de la pièce qu’elles ornaient, la position sociale de leur commanditaire et les courants artistiques et philosophiques du temps.
Un emblema placé au centre d’un triclinium ne décorait pas seulement le sol : il engageait le regard et la réflexion des convives, affichait la culture hellénique du maître de maison, signalait son appartenance à une élite intellectuelle qui se reconnaissait dans les références à Alexandrie, à la philosophie grecque ou aux paysages du Nil.
Le présent article se propose de recenser et de décrire les principales mosaïques figurées de Pompéi en adoptant le classement topographique mis en place par Giuseppe Fiorelli en 1858 et toujours en usage dans la littérature scientifique contemporaine.
Ce système divise la cité intra-muros en neuf Regiones, elles-mêmes subdivisées en Insulae les îlots délimités par les rues et en numéros individuels attribués à chaque entrée de bâtiment. Ainsi, la référence VI, 12, 2 désigne sans ambiguïté l’entrée numéro 2 de l’insula 12 de la Regio VI, soit la célèbre Maison du Faune.
Ce système, d’une logique et d’une efficacité remarquables, permet de localiser avec précision chaque œuvre dans son contexte architectural et spatial d’origine.
À ces neuf Regiones s’ajoutent les zones suburbaines  situées hors les murs de la cité, à l’extérieur des portes d’Herculanum, du Vésuve, de Stabies ou de la mer  qui abritaient certaines des plus somptueuses villas pompéiennes.
C’est dans ces demeures extra-muros, on repertoriées par Fiorelli, que furent découverts quelques-uns des chefs-d’œuvre de la mosaïque romaine : la célèbre scène de l’Académie de Platon (MANN inv. 124545), provenant de la Villa de T. Siminius Stephanus à l’extérieur de la Porta Vesuvio, ou encore les mosaïques de Dioscoride de Samos tirées de la Villa de Cicéron.
Chaque article du présent article va essayer de présenter,chaque œuvre, avec  sa localisation précise (Regio, Insula, numéro de porte), la domus ou l’édifice d’origine, sa date de découverte, la technique employée — opus vermiculatum, opus tessellatum, opus sectile , les matériaux constitutifs et les dimensions de l’œuvre, ainsi qu’une description iconographique détaillée et un renvoi à son lieu de conservation actuel, le plus souvent le Musée Archéologique National de Naples (MANN), et parfois son numéro d’inventaire.
La mosaïque pompéienne s’inscrit dans une longue tradition artistique qui remonte à l’art hellénistique du IIIe siècle avant J.-C. Les ateliers d’Alexandrie, de Pergame et de Délos avaient porté cet art à un degré de raffinement extrême, notamment avec la technique de l’opus vermiculatum  ces tesselles minuscules de quelques millimètres qui permettaient de rivaliser avec la peinture dans le rendu des détails, des ombres et des dégradés. Ce savoir-faire fut adopté et adapté par les commanditaires romains, qui y virent un moyen d’afficher leur philhellénisme et leur appartenance à la culture du monde méditerranéen cultivé.
À Pompéi, l’art de la mosaïque connaît son apogée entre le IIe siècle avant J.-C. et la destruction de la ville en 79 après J.-C.
Les fouilles menées depuis 1748  d’abord de façon désordonnée sous les Bourbons, puis avec une rigueur croissante sous la direction de Fiorelli, de Maiuri et de leurs successeurs, jusqu’aux campagnes actuelles du Grand Projet Pompéi ont mis au jour des centaines de mosaïques figurées et décoratives.
Réparties dans toutes les zones de la ville, elles témoignent d’une production extrêmement variée, allant des simples tapis géométriques en noir et blanc ornant les seuils des boutiques populaires, jusqu’aux chefs-d’œuvre polychromes en opus vermiculatum des grandes demeures aristocratiques.
Parmi les sites les plus riches en mosaïques figurées, on distingue particulièrement la Regio VI, qui abrite la Maison du Faune (VI, 12, 2) avec son extraordinaire ensemble de mosaïques alexandrines — dont la célèbre Bataille d’Issos (MANN inv. 10020) et les scènes nilotiques (MANN inv. 9990) — mais aussi la Maison des Vettii (VI, 15, 1) et la Maison du Poète Tragique (VI, 8, 3). La Regio I offre quant à elle des témoignages précieux sur la vie artisanale et commerciale, comme la tannerie de M. Vesonius Primus (I, 5, 2) avec son célèbre Memento Mori philosophique (MANN inv. 109982). La Regio VIII, au cœur de la ville ancienne, recèle plusieurs maisons richement décorées, dont la Casa del Cinghiale (VIII, 3, 8) et sa mosaïque de canards (MANN inv. 9983). Les zones suburbaines, enfin, ont livré des œuvres d’une qualité exceptionnelle qui témoignent du faste des villas extra-muros.
Cet  article  cherche à constituer un outil de référence à la fois le plus  précis sur le plan topographique et accessible dans sa présentation descriptive, à l’usage du lecteur des étudiants et de tout amateur d’archéologie souhaitant appréhender la richesse incomparable du patrimoine mosaïstique de Pompéi.

Il s’appuie sur mes visites sur le site  ma connaissance historique mes liens avec des autres Webmasters et il sera mis à jour régulièrement 
A ce catalogue sur les Mosaiques va se greffer un dossier sur
les Fresques  Les Domus et aussi les Artefacts
Sur chaque Ligne vous avez un hyperlien qui vous renvoie à l article en question 
Note sur le classement topographique
Le classement adopté dans ce catalogue suit rigoureusement le système établi par Giuseppe Fiorelli en 1858, dont la logique peut être résumée ainsi :
Regio Grand quartier de la ville (I à IX pour l’intra-muros)
Insula Ìlot de maisons délimité par les rues, numéroté au sein de chaque Regio
N° de porte Numéro d’entrée individuel attribué à chaque bâtiment ou boutique
Pour les zones situées hors des murs de la cité, les édifices sont référencés par leur porte d’accès (HGW pour Herculaneum Gate West, VGN pour Vesuvian Gate North, etc.) et, le cas échéant, par le fonds cadastral sur lequel les fouilles ont été menées.

Chaque porte génère deux zones : côté est (East) et côté ouest (West) ou nord/sud selon l'orientation. La convention anglaise est utilisée par la communauté scientifique internationale :

Abréviation Nom complet Porte Direction Exemples de villas
HGW Herculaneum Gate West Porta Ercolano Ouest Villa de Cicéron, Villa des Mystères, Villa de Diomède, Villa des Colonnes à mosaïque
HGE Herculaneum Gate East Porta Ercolano Est Tombes et boutiques côté est
VGN Vesuvian Gate North Porta Vesuvio Nord Villa de T. Siminius Stephanus (mosaïque Académie de Platon)
VGS Vesuvian Gate South Porta Vesuvio Sud Zone de Civita Giuliana (char de cérémonie 2021)
NGE Nola Gate East Porta di Nola Est Nécropole de Nola
NGW Nola Gate West Porta di Nola Ouest Habitations suburbaines
SGW Stabiae Gate West Porta di Stabia Ouest Zone thermale, habitations
SGE Stabiae Gate East Porta di Stabia Est Nécropole de Stabia
MGN Marine Gate North Porta Marina Nord Thermes suburbains, zone portuaire
MGS Marine Gate South Porta Marina Sud Zone maritime et commerciale
NCG Nocera Gate Porta di Nocera Nécropole de Nocera (la mieux fouillée avec celle d'Herculanum)
Tableau Généré par IA


Chaque mosaïque décrite est accompagnée si possible de son numéro d’inventaire au MANN lorsqu’elle a été transférée au musée, ou d’une indication de conservation in situ lorsqu’elle est encore visible sur le site de Pompéi. Les dimensions indiquées sont celles de l’emblema figuré, sans le cadre environnant, sauf mention contraire.

MAJ 02/05/2026

 

REGIO INCONNUE
Mosaïque Rome Italie Pompéi Regio Inconnue Mosaique Couple Canards Naples MAN
 

 

REGIO I
Mosaïque Rome Italie Pompéi Regio I Insula 5 Officina coriariorum M. Vesonius Primus Tannerie Memento Mori Naples MANN
Mosaïque Rome Italie Pompéi Regio I Insula 2 Domus 10 Domus de L. & M. Volusii Fausti Naples MANN

 

 

REGIO VI
Mosaïque Rome Italie Pompei Regio VI Insula 1.7 Casa delle Vestale  Pavement opus SectileNaples MAN
Mosaïque Rome Italie Pompéi Regio VI Insula 1.7 Casa delle Vestale Tete Meduse Naples MANN

Mosaïque Rome Italie Pompéi Regio VI Insula 12 Domus del Fauno Carpe Diem Naples MAN
Mosaïque Rome Italie Pompéi Regio VI Insula 12 Domus del Fauno Mosaico di Alessandro Naples MAN
Mosaïque Rome Italie Pompéi Regio VI Insula 12 Domus del Fauno Mosaico di Alessandro Naples MAN
Mosaïque Rome Italie Pompéi Regio VI Insula 12 Domus del Fauno Mosaico di Alessandro Naples MAN
Mosaïque Rome Italie Pompéi Regio VI Insula 12 Domus del Fauno Mosaique Nilotique Naples MAN
Mosaïque Rome Italie Pompéi Regio VI Insula 14.20 Domus Orfeo Cane Nero Naples MAN

REGIO VII
Mosaïque Rome Italie Pompéi Regio VII Insula 4 Domus 57 Domus Capitelli Decorati Scénes Dionysiaques Naples MANN

 

 

REGIO VIII
Mosaïque Rome Italie Pompei Regio VIII.3.8 Casa del Cinghiale Mosaïque des Canards Naples MANN
REGIO IX

Mosaïque Rome Italie Pompéi Regio VIIII. IX Insula 2 Domus 27 Domus du Grand Duca di Toscana Pesce e Anatre Naples MANN


HERCULANUM GATE WEST
Mosaïque Rome Italie Pompéi Regio Suburmanum Superior Est Domus Ciceron Visite Magicienne Naples MAN
Mosaïque Rome Italie Pompéi Regio Suburmanum Superior Est Domus Ciceron Musiciens Ambulants Culte Cybèle Naples MAN


 

 

 

   


Copyright © 2003-2026 MaquetLand.com [Le Monde de la Maquette] et AMM- Tous droits réservés - Contactez l'Administrateur en cliquant ici

Ce site sans aucun but lucratif n’a pour but que de vous faire aimer l’ Histoire
Droit d’auteur
La plupart des photographies publiées sur ce site sont la propriété exclusive de © Claude Balmefrezol
Elles peuvent être reproduites pour une utilisation personnelle, mais l’autorisation préalable de leur auteur est nécessaire pour être exploitées dans un autre cadre (site web publications etc)
Les sources des autres documents et illustrations sont mentionnées quand elles sont connues. Si une de ces pièces est protégée et que sa présence dans ces pages pose problème, elle sera retirée sur simple demande.

Principaux Collaborateurs:

Gimeno Claude (+)
Brams Jean Marie
Janier Charles
Vincent Burgat
Jean Pierre Heymes
Marie Christophe (+)
Jouhaud Remi
Gris Patrice
Luc Druyer
Lopez Hubert
Giugliemi Daniele


Nb de visiteurs:9332099
Nb de visiteurs aujourd'hui:1000
Nb de connectés:42