Ce petit panneau conservé au Museo Archeologico Nazionale di Napoli (MANN), représente Vénus (Aphrodite) dans le geste de délier sa sandale,. C 'est un thème iconographique parmi les plus répandus dans l'art antique pour figurer la déesse de l'amour.
Vénus se présente debout, légèrement cambrée, le corps nu et pâle se détachant sur un fond noir d'ardoise qui est la couleur typique des panneaux décoratifs pompéiens de luxe. Elle porte des bracelets dorés aux poignets et au-dessus des seins, seuls ornements qui soulignent sa nudité divine. Sa chevelure, rousse ou dorée, est coiffée en chignon, attribut fréquent de la déesse. Elle s'appuie contre ce qui semble être un pilier ou un terme, élément architectural ou divin très courant dans les représentations d'Aphrodite.
Il provient de Regio I Insula 2 Domus 10 Domus de L. & M. Volusii Fausti
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C 'est une oeuvre en Opus Sectile figuratif donc ce n 'est pas une mosaïque à tesselles (opus tessellatum)
Cette œuvre est répertoriée dans les collections du MANN sous l'intitulé « Vénus qui délace sa sandale, Triclinio, Pompéi » Naples-Napoli — ce qui nous indique qu'elle provient d'un triclinium, c'est-à-dire la salle à manger de prestige d'une demeure pompéienne.L 'opus sectile est considéré comme l'une des techniques de décoration du marbre les plus raffinées et les plus prestigieuses, à la fois pour les matériaux utilisés avec des des marbres rares donc chers et pour la difficulté de réalisation : il est nécessaire de disséquer le marbre en feuilles très minces appelées crustae, pour le façonner avec une grande précision et utiliser les qualités les plus diverses du marbre, afin d'obtenir les effets chromatiques souhaités.Pline l'Ancien décrit cette technique dans le livre XXXVI de son Histoire Naturelle, indiquant l'invention du procédé par les Grecs en Carie et sa première application au Mausolée d'Halicarnasse au IVe siècle av. J.-C. Les exemples provenant de Pompéi montrent que cet art était déjà bien présent en Italie antérieurement à son introduction officielle à Rome
Ce type de panneau figuratif décorait les murs des pièces de réception les plus luxueuses triclinia ou oeci des grandes domus pompéiennes.C'est donc un symbole de statut social : seul un propriétaire très riche pouvait se payer un tel décor En effet le marbres venaient de tout l'Empire romain, ce qui témoigne de la richesse extraordinaire du commanditaire.
Les propriétaires : les Volusii Fausti
À Pompéi, le système de numérotation établi par Giuseppe Fiorelli en 1858 permet d'identifier chaque bâtiment par sa région, son insula et son numéro d'entrée — par exemple, I (région), 2 (îlot), 10 (numéro de porte).
Les Volusii Fausti dont au moins deux membres de la famille, Lucius et Marcus sont identifiés comme propriétaires grâce à des inscriptions, des sceaux ou des graffiti retrouvés dans la demeure lors des fouilles.
C'est la méthode habituelle d'attribution des maisons pompéiennes : on ne connaît pas toujours avec certitude le dernier occupant au moment de l'éruption de 79 ap. J.-C., mais les noms des Volusii Fausti sont suffisamment documentés pour désigner la maison.
Le gentilice Volusii est connu à Pompéi il s'agit d'une famille de notables locaux, probablement d'origine campanienne.
Localisation dans Pompéi La Regio I est le quartier résidentiel du sud-est de la ville, l'un des plus densément fouillés. Elle longe la Via dell'Abbondanza au nord et la Via Stabiana à l'ouest. Ce secteur de la ville, déjà fréquenté à l'époque archaïque, est principalement constitué d'habitations entre le IIe et le Ier siècle avant J.-C., avec une prédominance de maisons à atrium ou à cour interne. La présence de grandes maisons à jardins y est notable, notamment à l'époque impériale.
L'Insula 2 de la Regio I est un îlot particulièrement riche : elle abrite notamment des maisons importantes, des thermopolia et des boutiques le long de la Via Stabiana.
Dans l'insula I.2, on trouve notamment : la boutique de C. Hostilius Conops et Hirtia Psacas (I.2.7–8), un thermopolium (I.2.8), et plus loin la Casa dell'Atrio tetrastilo aussi appelée Casa della grata metallica ou maison de Cassandre en I.2.28.
Cette domus a été endommagée lors des bombardements alliés de septembre 1943, qui visaient les voies ferrées et les infrastructures militaires de la région de Naples mais touchèrent également le site de Pompéi. Ces bombardements causèrent des destructions significatives dans plusieurs insulae de la Regio I, II et IX, détruisant des fresques et des structures irremplaçables.
C'est dans cette domus qu'a été découvert le panneau en opus sectile représentant Vénus s'attachant la sandale (inv. 109678, MANN), daté vers 41–68 ap. J.-C. Sa datation julio-claudienne correspond bien au cadre historique de la maison, dont le décor intérieur appartient aux dernières phases de l'occupation pompéienne avant l'éruption de 79.
Description
Elle a été découverte en 1873, alors que le directeur des fouilles de Pompéi était Giuseppe Fiorelli,
C'est donc sous son mandat qui courait de 1860 à 1875. que la Domus Volusii Fausti fut mise au jour. Fiorelli se concentra notamment sur le dégagement des insulae encore partiellement recouvertes par les matériaux éruptifs, en élargissant progressivement la zone excavée le long de la Via Stabiana la rue même sur laquelle donne l'entrée I.2.10 de la Domus Volusii Fausti.
C'est lors de ces travaux systématiques le long de la Via Stabiana que fut découvert le sceau en bronze au nom des Volusii Fausti, qui donna son nom à la maison, ainsi que l'inscription sur amphore mentionnée dans le Bulletin de l'Institut de 1874.
La déesse est représentée dans le geste d'attacher ou détacher sa sandale, un thème iconographique extrêmement répandu dans l'art romain de Campanie. Ce geste signifie qu'elle s'apprête à entrer dans l'eau — la mer d'où elle naquit selon le mythe ou à une union amoureuse.
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| Les pierres typiques des décorations les plus riches sont le marbre jaune antique et surtout les porphyres rouge et vert. La présence du giallo antico pour la colonne confirme ici le très grand raffinement de l'œuvre. |
Ce type statuaire d'Aphrodite s'attachant la sandale était bien connu dans tout le monde romain, comme en témoignent de nombreux exemplaires dispersés dans différents musées du monde. À Pompéi même, on retrouve ce motif sous plusieurs formes : panneaux en opus sectile, fresques, statuettes de marbre.
Son état de conservation après l'éruption du Vésuve en 79 après J.-C., durant laquelle de nombreux panneaux en opus sectile ont été détruits ou dispersés est remarquable.
Cette mosaique est enchâssée dans son cadre de bois brun-rouge qui a ajouté lors de l'entrée au musée au XIXe siècle Por sa datation la fourchette date 41–68 ap. J.-C.
Le geste de délier ou d'attacher sa sandale est l'un des motifs les plus chargés de sens dans l'iconographie antique. Il signifie que la déesse s'apprête à entrer dans l'eau un bain sacré, la mer d'où elle est née ou qu'elle se prépare à une union amoureuse. Ce type d'Aphrodite s'apprêtant à délier sa sandale est bien connu par d'autres exemplaires, notamment une statuette en marbre blanc trouvée à Pompéi, dite « Vénus en Bikini », représentant la déesse intenta a slacciarsi il sandalo pronta ad immergersi nell'acqua prête à s'immerger dans l'eau. Une autre version célèbre montre Aphrodite détacher de sa main droite la sandale de son pied gauche, sous lequel se trouve un petit Éros touchant la semelle de la main droite, tandis que la déesse penche son bras gauche sur une figure barbue
En conclusion avec ses
Les bracelets aux bras (armillae), attributs classiques de Vénus
La pose en contrapposto légèrement tordu, héritage grec
Le regard légèrement relevé, mélancolique ou rêveur
L'appui sur une colonne de marbre, symbole architectural de l'aristocratie romaine
La chevelure rousse relevée en chignon, coiffure typique des femmes romaines du Ier siècle ap. J.-C. c 'est une tres belle mosaïque.
Le thème remonte donc à des prototypes grecs hellénistiques du IIIe–IIe siècle avant J.-C., repris et adaptés par les artisans romains de Campanie.
La palette chromatique
La sobriété chromatique de cette œuvre blanc nacré du corps, or des bijoux, noir du fond, ocre-jaune du pilier est caractéristique de la peinture et de l'artisanat décoratif pompéien du Ier siècle avant et après J.-C. Ce contraste fort entre la carnation claire de la déesse et le fond sombre crée un effet de relief presque sculptural, donnant à la figure une présence lumineuse et presque immatérielle.
| Partie |
Marbre |
Origine antique |
| Fond noir |
Nero antico |
Turquie (Chios) |
| Corps de Vénus |
Marbre blanc/crème |
Carrare ou Paros |
| Colonne |
Giallo antico |
Tunisie (Chemtou) |
| Bracelets |
Pierre rouge |
Rosso antico (Grèce) |
| Chevelure |
Pierre ocre/dorée |
Calcaire coloré |
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Sa place dans la domus
Elle devait se trouver dans le Triclinium qui est la pièce la plus représentative du statut social dans la maison romaine. C'est la salle où le maître de maison reçoit ses invités pour les banquets (convivia). Sa décoration est donc particulièrement soignée et symbolique.
Les mosaïques et panneaux décoratifs occupaient ici une place centrale dans ces pièces de prestige :Ils ornaient le centre du sol ou les parois, offrant aux convives allongés sur leurs klinai un spectacle visuel raffiné tout au long du repas
La présence de Vénus dans un triclinium n'est pas anodine : la déesse de l'amour, de la beauté et de la fécondité est une figure tutélaire des plaisirs du banquet. Elle incarne la douceur de vivre (otium) à laquelle aspire l'aristocratie pompéienne.