
Article fait par :Claude Balmefrezol
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Les lance Roquettes Occidentaux Britanniques et américains ,
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Tableaux générés par IA sur mes indications
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Allemagne Artillerie Les Lance-Roquettes Multiples de la Seconde Guerre mondiale
Allemagne Artillerie Les Lance-Roquettes Multiples de la Seconde Guerre mondiale
Allemagne Artillerie Nebelwerfer
URSS Artillerie Les Lance roquettes Katyuska
USA Grande Breatagne ArtillerieLes Lance Roquettes Occidentaux Britanniques et américains ,
Ces diverses approches nationales révèlent des philosophies radicalement différentes de l'emploi des lance-roquettes multiples, chacune dictée par les contraintes industrielles, doctrinales et tactiques propres à chaque nation.
Les Allemands vont privilégier la puissance brute et déficit de mobilité et elle misera sur des systèmes remorqués à gros calibre, offrant une puissance par roquette élevée mais une mobilité réduite après le tir. La signature fumigène très visible de leurs roquettes les exposait aux tirs de contre-batterie adverses. Les Nebeltruppen durent constamment déplacer leurs pièces pour éviter d'être détruites après chaque salve. Néanmoins, leur effet moral et leur puissance de feu en firent une arme redoutée sur tous les fronts.
Les Soviétiques eux vont privilégier la doctrine du « tirer et décrocher » Les Soviétiques comprirent immédiatement l'avantage décisif de la mobilité. Montés sur camions, leurs Katioucha pouvaient délivrer une salve dévastatrice en quelques secondes, puis se replier à grande vitesse avant d'être localisés. Cette philosophie — qui domina les développements d'après-guerre jusqu'aux systèmes MLRS et BM-21 Grad modernes qui combinait économie de production, facilité de fabrication dans des usines de petite taille, et efficacité psychologique redoutable. La production de 10 000 lanceurs et 12 millions de roquettes témoigne de l'ampleur industrielle du programme.
Les Britanniques et Canadiens eux vont entrer dans la danse tardivement en privilégiant la précision Cette arrivée tardive apportra toutefois des innovations significatives comme le rayage des tubes conférant une stabilisation gyroscopique aux roquettes, et l'usage de spoilers pour régler la portée minimale
Ces deux innovations représentaient des avancées techniques absentes chez leurs adversaires et alliés. Le Land Mattress se distingua comme un système précis et à longue portée, efficacement employé lors des grandes franchissements de fleuves et de canaux de 1944-1945.
Les Américains vont jouer sur l'intégration blindée L'approche américaine, en intégrant les lance-roquettes directement sur des chars Sherman, sacrifiait la portée et le volume de feu brut au profit de la protection et de la mobilité tactique. Cette philosophie garantissait une intégration directe avec les formations blindées, mais limitait l'efficacité à des emplois d'appui direct plutôt que d'artillerie à longue portée. L'effet psychologique de la Calliope comparable à celui des chars lance-flammes Crocodile constituait toutefois en réalité son atout le plus décisif.
En conclusion: La Seconde Guerre mondiale confirma définitivement la valeur des lance-roquettes multiples comme composante indispensable de l'artillerie moderne. La Katioucha préfigura directement le BM-21 Grad soviétique, le MLRS américain, et tous les systèmes de roquettes multiples qui dominent aujourd'hui les arsenaux de l'ensemble des armées mondiales.
Tableau Comparatif avec les autres nations
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Les Britanniques et les Canadiens
Il y a une longue tradition britannique des roquettes . C'est l'héritage Congreve car les Britanniques ne découvrent pas la roquette militaire en 1939 .Ils en sont en quelque sorte les pionniers modernes. Le colonel William Congreve développe dès 1804 une famille de roquettes de guerre qui sera utilisée lors des guerres napoléoniennes (bombardement de Boulogne en 1806, Copenhague en 1807, Leipzig en 1813), de la guerre de 1812 contre les États-Unis, et jusqu'à la guerre de Crimée.
La Fusée Congreve est née de la rencontre entre le génie britannique et les roquettes indiennes de Mysore, la fusée Congreve fut l'une des premières armes à propulsion autonome de l'histoire moderne aussi spectaculaire qu'imprévisible, aussi redoutée qu'imparfaite.
Tout commence en Inde, à la fin du XVIIIe siècle. Lorsque les troupes britanniques de la Compagnie des Indes orientales affrontent le sultan Tipu Sahib lors des guerres du Mysore (1780–1799), elles découvrent avec stupeur une arme qu'elles n'ont jamais vue sur les champs de bataille européens : des roquettes à enveloppe de fer, portant une charge incendiaire ou explosive, lancées en masse contre leurs formations. Ces engins mysoréens, légers et mobiles, pouvaient terroriser les chevaux et semer le désordre dans les rangs, là où les canons classiques restaient lourds et fixes. Après la prise de Seringapatam en 1799 et la mort de Tipu Sahib, les Britanniques récupèrent plusieurs centaines de ces fusées et les rapatrient à Londres pour étude. Sir Willian Congreve ecrit en 1801 Ces fusées tirées par les Indiens contre nos propres troupes nous ont convaincus que cette arme méritait d'être perfectionnée pour le service de Sa Majesté. »
Sir William Congreve (1772–1828), fils du contrôleur de l'Arsenal royal de Woolwich, est officier d'artillerie, ingénieur et inventeur prolifique. Dès 1801, il étudie les engins ramenés d'Inde et entreprend de les améliorer méthodiquement. En 1804, après des années d'essais sur la Tamise et à Woolwich, il présente son système au gouvernement britannique : la fusée de guerre Congreve est née. Sa contribution essentielle réside dans la standardisation et l'industrialisation. Là où les Indiens produisaient des fusées artisanales de tailles variables, Congreve met au point une gamme normalisée, reproductible, et accompagne son invention de rampes de lancement portatives ce qui est une révolution logistique.
Composition et fonctionnement technique
La fusée se compose de quatre éléments principaux :
Le cartouche et le Tube de fer forgé on trouve une armature (tête) Boulet ou chapeau avec diversTypes disponibles Boulet creux explosif, charge à balle (shrapnel), ou chapeau incendiaire — au choix selon la cible
.Le Mélange propulsif est composé de 50 % soufre · 25 % pulvérin · 17 % salpêtre · 8 % poudre en grain. Pression atteignant 30 atmosphères à la combustion.
La baguette directrice sert de Stabilisateur en bois D'abord de 5 mètres, raccourcie progressivement à 1 mètre lorsqu'on apprend à la fixer dans l'axe du cartouche.L'espolette Système de mise à feu qui s déclenche la charge d'éclatement à partir de la combustion du propulsif donc il n y pa de mèche externe nécessaire.
Les Calibres disponibles vont de 6 à 32 livres avec une portée maximale de 1 800 à 2 700 m pour une poussée de 225 à 1 300 kg
Le tir se fait à partir d"une rampe portative ou affût naval
Chronologie des emplois depuis 1805
1805
Premier essai opérationnel contre la flotte française mouillant devant Boulogne-sur-Mer, en attente d'une éventuelle invasion de l'Angleterre. L'effet psychologique est considérable, mais les dégâts matériels restent limités.
1807
Bombardement de Copenhague : lors de l'opération visant à s'emparer de la flotte danoise, la Royal Navy déclenche un déluge de fusées Congreve sur la ville pendant trois jours. Des centaines de bâtiments prennent feu. C'est la première démonstration massive de l'arme, qui frappe les observateurs européens et donne à Congreve sa réputation internationale.
1808
Le commodore Thomas Cochrane est chargé de tester les fusées pour la Royal Navy. Des rocket vessels qui sont des navires spécialement équipés sont mis en service.1809
Un brûlot britannique équipé de fusées s'échoue sur l'île d'Aix,prés de La rochelle. Les Français s'en emparent et étudient à leur tour l'arme, lançant leur propre programme de développement les « rochettes » ou « fusées à la Congrève »
Le mot "roquette" est emprunté de l'italien rochetta, "projectile en forme de fusée", dérivé par analogie de forme de rocca, "quenouille", lui-même issu du germanique rukka, de même sens.
Et confirmation remarquable : "rochette" existe bel et bien en français c'est le terme désuet du XIXe siècle pour désigner une fusée explosive propulsée. On trouve cette citation : "Les fusées ou rochettes dont les Anglais commencèrent à faire usage contre nous, en 1806..."
Donc en résumé Rochette va donner roquette : la filiation est réelle C'est une analogie de forme : la roquette ressemble à une quenouille (rocca en germanique), le fuseau sur lequel on enroule le fil à tisser cylindrique, effilé aux extrémités
La chaîne complète :donne en langue germanique rukka en italien rocca/rocchetta en français rochette puis roquette d'où en anglais rocket
1812–1814
Guerre anglo-américaine : les fusées Congreve sont déployées sur le théâtre américain, notamment lors des batailles de St. Leonard Creek (Chesapeake) et de Baltimore (septembre 1814). C'est ce bombardement nocturne qui inspire à Francis Scott Key les vers du futur hymne national américain : "the rockets' red glare".
1813
Bataille de Leipzig (Bataille des Nations) : les fusées Congreve sont utilisées par les forces alliées contre les troupes napoléoniennes dans la plus grande bataille terrestre de l'ère napoléonienne.
1815
Waterloo : le Rocket Troop de la Royal Horse Artillery participe à la bataille, déployant des fusées contre la cavalerie et l'infanterie françaises. L'effet terrorisant sur les chevaux reste leur principal avantage tactique.
1816
Bombardement d'Alger : la flotte britannique (avec des alliés néerlandais) bombarde le port d'Alger pour libérer des esclaves européens. Les fusées Congreve participent à l'opération.
Années 1820–1850
Utilisées lors des guerres coloniales en Afrique et en Asie — en Birmanie, en Inde, et lors de conflits africains. La mobilité de l'arme (pas besoin de chariot d'artillerie lourd) en fait un outil idéal pour les campagnes en terrain difficile.
Années 1860
L'avènement du canon rayé, bien plus précis et puissant, sonne le glas des fusées Congreve dans les armées européennes. L'arme est progressivement retirée du service actif de l'armée britannique.
Mais malgré ses succès retentissants, la fusée Congreve souffrait d'un défaut rédhibitoire Le son emit lors qu tir
Sir William Congreve, 1827, avec amertume fait face à la réticence de l'état-major Congreve rêvait d'employer ses fusées en bataillons entiers une « orgue de Staline » avant la lettre capables de saturer une zone de feu. Le commandement militaire britannique, méfiant, préféra les cantonner à de petits détachements spécialisés. Son inventeur mourut à Toulouse en 1828, déçu de ne pas avoir vu son système adopté à grande échelle.
Malgré ses limites, la fusée Congreve fut rapidement copiée ou adaptée par la plupart des grandes puissances : la France dès 1810 (avec quatre générations successives entre 1816 et 1866), le Danemark (qui améliora les engins capturés à Copenhague), puis la Prusse, l'Autriche et la Russie.
Son héritage le plus durable est peut-être culturel : inscrite à jamais dans les paroles de l'hymne américain, la fusée Congreve est l'ancêtre symbolique de tous les systèmes de roquettes modernes — du Katyusha soviétique aux missiles de croisière contemporains. William Congreve peut être considéré comme l'un des premiers ingénieurs militaires à avoir compris le potentiel de la propulsion par réaction dans la guerre moderne.Et il faut avoir à l espirt l 'hymne nationale des USA qui en parle avec and the rockets' red glare qui n fait précisément référence aux roquettes Congreve utilisées lors du bombardement de Fort McHenry en 1814.
Cette tradition très ancienne explique en partie pourquoi les ingénieurs britanniques, dès les années 1930, reprennent les recherches sur les roquettes militaires avec une certaine continuité intellectuelle — contrairement aux Soviétiques ou aux Allemands qui repartent davantage de zéro.
Revenons aux années d'éavant guerre
Cette tradition ne se traduit pas par un programme de lance-roquettes multiple prioritaire dans les années 1930. Les militaires britanniques restent attachés à l'artillerie classique et ne voient pas l'intérêt de réinvestir ce domaine. C'est la menace aérienne allemande croissante, bien plus que les besoins terrestres, qui relance les recherches dès 1936-1937. Pour eux la priorité absolue est la défense antiaérienne : la RAF et l'armée de terre cherchent désespérément des moyens de saturer l'espace aérien face à la Luftwaffe. C'est dans ce contexte défensif et non offensif comme en URSS ou en Allemagne que naissent les premiers lance-roquettes britanniques de la guerre.
La roquette de base est la UP-3 (3 pour pouces)
La pièce maîtresse de tout le système britannique est la roquette non guidée de 3 pouces (76,2 mm), officiellement désignée Unrotated Projectile 3-inch ou UP-3. Le préfixe « Unrotated » (non rotative) la distingue des obus d'artillerie rayés qui tournent en vol La UP-3 est stabilisée par ailettes, comme la M-13 soviétique.
Les recherches débutent vers 1936 sous l'égide du département scientifique de l'Air Ministry, et la roquette est adoptée initialement pour l'armement des avions de la RAF — c'est la RP-3 (Rocket Projectile 3-inch) dans sa version aéroportée. Sa version terrestre, la UP-3, suit naturellement. Le propergol est une poudre cordite SC sans fumée, produisant une poussée de 2,94 kN pendant environ 0,45 secondes.
Caractéristiques techniques
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Comme la M-13 soviétique, la roquette UP-3/RP-3 est déclinée en plusieurs versions d'ogive selon la mission. L'ogive Semi-Armour Piercing (SAP) est la plus lourde et la plus courante en usage naval et aérien contre les blindages légers. L'ogive High Explosive (HE) à fragmentation est la plus utilisée dans les systèmes terrestres. Une version Armour Piercing (AP) à charge creuse améliore les performances antichars mais reste peu diffusée. Des versions fumigènes et éclairantes complètent la famille.
Arrive alores la RP-3 qui devient l'arme des avions d'attaque comme les Typhoon et Tempest qui sont la terreur des Panzers
La version aéroportée RP-3 est l'une des armes les plus redoutables de la RAF en 1944-1945. Montée sous les ailes des Hawker Typhoon (4 roquettes par aile, soit 8 au total) et Hawker Tempest, elle transforme ces chasseurs-bombardiers en véritables chasseurs de chars et de locomotives.
Lors des opérations en Normandie et lors de la percée vers l'Allemagne, les escadrons de Typhoon de la 2e Tactical Air Force équipent chaque appareil de 8 roquettes RP-3 HE ou SAP de 60 livres. Un seul Typhoon emporte ainsi l'équivalent en puissance explosive d'une salve d'un destroyer. La tactique d'attaque en piqué à 45° sur les colonnes blindées en retraite est baptisée par les Allemands le « Jabo-Terror ».
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Mais la question de l'efficacité réelle des RP-3 contre les blindés allemands a fait l'objet de vives controverses après la guerre. Les revendications des pilotes de Typhoon lors de la percée de Falaise (août 1944) font état de centaines de chars détruits. Les études d'après-guerre menées par l'Operational Research Section de la 2e TAF sur les épaves de la poche de Falaise tempèrent considérablement cet optimismeSur environ 300 blindés examinés dans la poche, seuls 5 à 10 % montraient des traces d'impacts de roquettes — et parmi ceux-ci, seule une minorité présentait des dégâts suffisants pour immobiliser le véhicule. La grande majorité des chars allemands avaient été abandonnés par manque de carburant ou de munitions, ou détruits par l'artillerie terrestre. La RP-3 HE de 60 livres s'avère très efficace contre les véhicules légers, les camions et le personnel, mais insuffisante contre le blindage frontal des Panzer IV ou du Tiger. En revanche, son effet psychologique sur les équipages et le personnel d'accompagnement est indéniable.
Le Sea Mattress les roquettes de la Navy
Le premier système de lance-roquettes multiple terrestre britannique naît paradoxalement en mer. Face au besoin d'appui-feu massif lors des opérations amphibies, la Royal Navy développe dès 1942 le « Sea Mattress » (matelas de mer) — surnommé ainsi par les équipages en référence à l'aspect visuel des rampes de lancement alignées.Le principe est simple : installer sur des péniches de débarquement (Landing Craft) des batteries de rampes de lancement de roquettes UP-3, capables de saturer les plages et les positions côtières défensives lors de l'approche finale. Les péniches à traction classique, trop lentes et trop vulnérables pour une approche directe sous le feu, peuvent ainsi délivrer un volume de feu considérable avant que les troupes ne touchent terre.
Le vecteur principal du Sea Mattress est le Landing Craft Tank (Rocket) — LCT(R). Il s'agit d'un Landing Craft Tank standard converti par l'ajout de 1 080 rampes de lancement sur sa plateforme, disposées en batteries orientées vers l'avant. Le LCT(R) peut tirer une salve de 1 080 roquettes UP-3 en quelques secondes, couvrant une zone de 700 m x 150 m d'une densité de feu comparable à une préparation d'artillerie lourde.
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Caractéristique |
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Base |
Landing Craft Tank Mk.3 converti |
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Nombre de rampes |
1 080 rampes de lancement UP-3 |
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Zone couverte par salve |
700 m × 150 m (à portée nominale) |
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Portée |
3 200 m (distance de tir standard) |
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Durée de la salve |
30 à 45 secondes (tir en salves successives) |
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Équipage |
12 à 15 hommes |
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Rechargement |
Non rechargeable en mer — usage unique par opération |
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Opérations |
Sicile 1943, Italie, Normandie 1944, Walcheren 1944 |
Le LCT(R) est engagé pour la première fois lors du débarquement en Sicile (opération Husky, juillet 1943) avec des résultats jugés satisfaisants contre les positions côtières légères. Il est ensuite amélioré et massivement utilisé lors du débarquement en Normandie (juin 1944), où plusieurs LCT(R) accompagnent les vagues d'assaut sur les plages britanniques et canadiennes (Sword, Juno, Gold). L'utilisation la plus spectaculaire reste l'assaut sur l'île de Walcheren (novembre 1944), nécessaire pour débloquer le port d'Anvers. Les LCT(R) tirent en soutien des commandos britanniques qui attaquent les fortifications allemandes depuis la mer, contribuant à neutraliser les batteries côtières qui interdisaient l'accès à l'Escaut.
Vient ensuite laLe Z Battery qui est une Katioucha antiaérienne
L'une des contributions les plus originales de la Grande-Bretagne à l'histoire des lance-roquettes multiples est le Z Battery (Z pour « Unrotated Projectile AA Battery ») .C est un système de défense antiaérienne par roquettes développé dès 1940-1941 pour la défense des villes et des installations vitales contre les bombardiers de la Luftwaffe.
L'idée est aussi simple qu'audacieuse : face au manque de canons antiaériens pour défendre toutes les cibles prioritaires, créer un rideau de roquettes dans l'espace aérien emprunté par les bombardiers. Une batterie Z peut mettre en l'air des dizaines ou des centaines de roquettes en quelques secondes, créant une zone de danger que les pilotes allemands répugnent à traverser.
Le lance-roquettes Z est nommé Projector 3.7-inch UP
Le système de base est un lanceur simple — le Projector 3.7-inch Unrotated Projectile — qui tire la roquette UP-3 verticalement ou à angle variable. Plusieurs modèles se succèdent : le lanceur individual de 2 tubes, la tourelle de 20 tubes montée sur camion, et le lanceur rotatif de 9 tubes (Projector 9-barrel) installé en batterie fixe.
Modèle
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Tubes |
Montage |
Usage |
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Projector 2-bar. |
2 |
Fixe au sol |
Positions individuelles |
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Projector 9-bar. |
9 |
Fixe / semi-fixe |
Batteries Z permanentes |
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Projector 20-bar. |
20 |
Camion (mobile) |
Défense mobile de convois |
Les batteries Z sont déployées dès l'automne 1940 pour défendre Londres, les villes industrielles des Midlands et les ports. À leur apogée en 1941-1942, plus de 1 000 lanceurs Z sont en service autour des principales agglomérations britanniques. Bristol, Birmingham, Liverpool, Glasgow, Sheffield comptent chacune plusieurs batteries Z intégrées dans leur défense antiaérienne. L'évaluation de leur efficacité réelle est plus délicate.
Très peu de bombardiers allemands sont confirmés détruits directement par des roquettes Z. En revanche, leur effet dissuasif est réel : les pilotes de la Luftwaffe rapportent la surprise et la gêne causées par ces rideaux de roquettes qui montent soudainement devant eux. Les batteries Z obligent souvent les bombardiers à monter en altitude ou à modifier leur trajectoire d'attaque, dégradant ainsi la précision de leurs bombardements. Le système est progressivement retiré du service à partir de 1943-1944, à mesure que la Luftwaffe réduit ses opérations sur la Grande-Bretagne et que des canons antiaériens plus efficaces deviennent disponibles.
Le Land Mattress
Le Land Mattress (matelas terrestre) est le système de lance-roquettes multiple terrestre le plus abouti des Alliés occidentaux issu du système Sea Mattress
Il apparait tardivement, en 1944, sous l'impulsion d'officiers canadiens. C'est le lieutenant-colonel canadien Eric Harris, assisté du lieutenant-colonel britannique Michael Wardell, qui conçoit et fait aboutir ce système en réponse aux besoins de la Première Armée canadienne en Europe du Nord-Ouest.
Harris avait assisté à une démonstration de lance-roquettes en 1943 et compris immédiatement le potentiel du concept pour l'appui des traversées de fleuves et des attaques de position. Les dix premiers prototypes sont assemblés dans une usine d'embouteillage reconvertie (Meyer-Dunford) — anecdote révélatrice de l'improvisation britannique et canadienne et arrivent en France en septembre 1944.
Caractéristiques techniques
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Paramètre |
Valeur |
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Désignation officielle |
Projector, Rocket 3-inch, No. 8 Mk. I |
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Calibre |
76,2 mm (3 pouces) |
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Nombre de tubes |
32 (prototypes) → 30 (version définitive) → 16 (version légère) |
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Poids du système |
1 120 kg (version 30 tubes) |
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Longueur |
1,77 m |
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Vitesse initiale |
353,5 m/s |
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Portée minimale |
3 565 m (avec déflecteurs) |
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Portée maximale |
7 225 m |
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Cadence de tir |
4 roquettes/seconde — salve complète en 7 secondes |
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Rechargement |
10 à 12 minutes (équipage entraîné) |
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Traction |
Remorqué — Morris C8 FAT ou Universal Carrier |
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Production totale |
~400 exemplaires (UK + Canada) |
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Utilisateurs |
Grande-Bretagne, Canada, Pologne (2e Corps) |
La caractéristique technique la plus distinctive du Land Mattress est le rayage hélicoïdal des tubes de lancement. Contrairement à la Katioucha soviétique ou au Nebelwerfer allemand dont les tubes sont lisses, les tubes du Land Mattress imposent à la roquette une rotation gyroscopique à la sortie exactement comme une balle de fusil rayé. Cette rotation améliore significativement la précision en réduisant la tendance naturelle d'une roquette non rotative à dériver sous l'effet des imperfections de fabrication du propergol.
Des déflecteurs (spoilers) sur les tuyères permettent en outre de faire varier la portée minimale entre 3 565 et 7 225 mètres en ajustant la poussée effective. Cette polyvalence en portée est absente chez la plupart des concurrents de l'époque.
Utilisation
Le baptême du feu officiel du Land Mattress a lieu le 31 octobre 1944 lors de l'assaut sur l'île de Walcheren (Pays-Bas), en tirant depuis les digues de mer contre le Fort Frederik Hendrik. La coopération avec les LCT(R) navales lors de cette même opération constitue l'un des exemples les plus aboutis de coordination interarmes british-canadienne de la guerre.
Novembre 1944 — Breda (Pays-Bas) : 2 400 roquettes tirées en soutien de la 1re Division blindée polonaise
Décembre 1944 — Opérations sur la Meuse : soutien lors des contre-attaques de l'Ardennes
Février 1945 — Opération Veritable : nettoyage de la rive ouest du Rhin, tirs massifs sur les positions de la Forêt de Reichswald
Mars 1945 — Franchissement du Rhin : soutien de l'opération Plunder, tirs de saturation sur les rives tenues par la Wehrmacht
Avril 1945 — Pénétration en Allemagne : soutien des colonnes blindées jusqu'à la capitulation
L'effet psychologique du Land Mattress est comparable à celui de la Katioucha : le « whoosh » caractéristique des 30 roquettes partant simultanément et la soudaineté de la saturation d'une zone sont démoralisants pour les troupes au sol. Les soldats allemands qui ont subi des tirs de Land Mattress rapportent une expérience similaire à celle décrite face aux salves soviétiques.
Le RP-5 et le « 60-lb rocket »
Parallèlement au développement du Land Mattress basé sur la roquette de 3 pouces, les Britanniques explorent des calibres supérieurs pour des missions d'appui lourd. La roquette de 5 pouces (127 mm) reste principalement cantonnée à l'usage naval et aérien, mais quelques expérimentations terrestres sont menées en 1944.
Plus significative est la famille de roquettes dites « 60-lb » (60 livres) — terme qui désigne en réalité le poids de la charge militaire (27 kg) et non celui de la roquette entière. C'est cette munition lourde qui équipe les Typhoon et Tempest pour les missions antichar et anti-navire les plus exigeantes. Son pouvoir de pénétration sur un blindage jusqu'à 60 mm en fait l'arme redoutable contre les véhicules légèrement blindés et les superstructures navales.
Le Land Mattress lourd
C 'est un projet non abouti
Des études sont menées en 1944-1945 pour un Land Mattress de calibre supérieur (5 pouces) qui offrirait une puissance d'effet au sol comparable au BM-31 soviétique. Ces projets n'aboutissent pas avant la fin de la guerre — la production du Land Mattress standard de 3 pouces suffit aux besoins immédiats, et la guerre prend fin avant que le calibre supérieur ne soit nécessaire.
Organisation tactique
Les unités de Land Mattress sont organisées en batteries de roquettes au sein de la Royal Artillery. Une batterie type comprend 8 lanceurs Land Mattress (version 30 tubes), soit 240 roquettes par salve de batterie. Cette organisation est nettement plus modeste que celle des régiments soviétiques de Katioucha (576 roquettes par salve), ce qui reflète la production plus limitée et l'arrivée tardive du système.
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Échelon |
Lanceurs |
Roquettes / salve |
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Section (2 pièces) |
2 Land Mattress |
60 |
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Batterie (4 sections) |
8 Land Mattress |
240 |
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Régiment (3 batteries) |
24 Land Mattress |
720 |
Contrairement aux unités soviétiques de Katioucha qui constituent des régiments autonomes directement sous le STAVKA, les batteries de Land Mattress sont intégrées dans les régiments d'artillerie divisionnaires ou de corps d'armée. Cette intégration reflète la doctrine britannique plus classique qui ne crée pas de masse de feu centralisée indépendante au niveau stratégique — le pendant doctrinal de la Division d'artillerie de percée soviétique n'existe pas dans l'armée britannique.C'est une différence fondamentale avec la doctrine soviétique : les Britanniques utilisent leurs lance-roquettes en complément de l'artillerie classique, non en instrument de rupture stratégique autonome. Cela tient en partie à la production limitée, mais aussi à une culture militaire différente qui privilégie l'intégration interarmes au niveau divisionnaire plutôt que la concentration de puissance de feu au niveau du front.
Tableau comparatif des systèmes britanniques
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Système |
Calibre |
Tubes |
Portée max. |
Mobilité |
Rôle |
|
Z Battery (9-bar.) |
76,2 mm |
9 |
AA (3 000 m alt.) |
Fixe |
Défense AA |
|
Sea Mattress LCT(R) |
76,2 mm |
1 080 |
3 200 m |
Naval |
Appui débarquement |
|
Land Mattress 30 tubes |
76,2 mm |
30 |
7 225 m |
Remorquée |
Appui terrestre |
|
Land Mattress 16 tubes |
76,2 mm |
16 |
7 225 m |
Remorquée |
Version légère |
|
RP-3 (aérien) |
76,2 mm |
8 / avion |
Tir direct |
Aéroportée |
Antichar / naval |
L'apport britannique et canadien aux lance-roquettes multiples de la Seconde Guerre mondiale est souvent sous-estimé, en partie parce qu'il arrive tardivement (1944) et en quantités limitées. Pourtant, plusieurs contributions techniques sont remarquables.
Le rayage des tubes du Land Mattress anticipe les systèmes modernes de roquettes gyrostabilisées. Le système de spoilers pour régler la portée est une innovation qui ne se retrouve pas dans les systèmes contemporains. Surtout, l'intégration du LCT(R) dans les opérations amphibies constitue la première utilisation systématique des roquettes multiples comme arme de préparation amphibie — un concept qui sera repris et développé par toutes les marines lors des débarquements ultérieurs de la Guerre Froide et au-delà.
Le paradoxe britannique
Il reste une ironie dans l'histoire des lance-roquettes britanniques : la nation qui a inventé les roquettes militaires modernes avec Congreve au XIXe siècle, qui a utilisé les premières roquettes en combat aérien au monde (RP-3 sur Hurricane en 1943), et qui a développé la version amphibie la plus élaborée (LCT(R)), n'a jamais produit de système terrestre aussi massif et décisif que la Katioucha soviétique.Cela tient à trois facteurs convergents :
Lla priorité donnée à la défense aérienne et navale en raison de la situation insulaire britannique
Une culture militaire qui n'a pas développé l'équivalent de la doctrine soviétique de masse de percée (Glubokaya Operatsiya),
Production industrielle absorbée par d'autres priorités (chars, avions, navires). Le Land Mattress restera donc une arme efficace mais marginale— là où la Katioucha a changé la guerre.
Après 1945, la Royal Artillery abandonne rapidement les lance-roquettes multiples — le Land Mattress est retiré du service sans successeur direct. La Grande-Bretagne ne développe pas l'équivalent du BM-21 Grad soviétique dans les années 1960. Ce n'est que dans les années 1970-1980, dans le cadre de l'OTAN, que les Britanniques adoptent des systèmes de lance-roquettes multiples modernes en commençant par des systèmes américains (MLRS / M270 adopté par l'armée britannique en 1989), avant de participer aux programmes européens successeurs.de faire varier la portée entre 3 565 et 7 225 mètres.
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Parametre
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Valeur
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Calibre
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114,3 mm (4,5 pouces)
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Longueur totale
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838 mm
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Masse totale
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7,7 kg
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Masse de l'ogive HE
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2,2 kg d'explosif (Composition B)
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Propergol
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Poudre M10 sans fumee, 1,13 kg
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Vitesse initiale
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260 m/s
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Portee maximale
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3 840 m (tir a 45 degres)
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Stabilisation
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Empennage a 6 ailettes pliantes
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Fuze standard
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M404 (percussion instantanee)
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Variantes ogive
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HE, WP (phosphore blanc), fumigene, eclairante
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| T 66 |
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Parametre
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T34 Calliope
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Vehicule porteur
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M4 Sherman (version 75 mm et 76 mm)
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Calibre des roquettes
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114,3 mm (4,5 pouces) — roquette M8
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Nombre de tubes
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60 (en deux rangees de 30)
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Portee maximale
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3 700 m
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Duree de la salve complete
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~ 8 secondes (60 roquettes)
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Rechargement
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~ 4 heures (doit quitter la zone de combat)
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Pointage elevation
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Commande par la hausse du canon principal
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Pointage azimut
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Rotation de la tourelle Sherman
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Masse supplementaire
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+ 900 kg (centre de gravite eleve)
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Production
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~200 exemplaires (1943-1945)
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Unites utilisatrices
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2e, 4e, 6e, 12e, 14e Divisions blindees US
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Critere
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T34 Calliope
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T40 Whiz Bang
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Calibre
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114,3 mm (4,5 po)
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183 mm (7,2 po)
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Nombre de tubes
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60
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20
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Charge explosive / roquette
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2,2 kg
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14,5 kg
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Portee maximale
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3 700 m
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1 100 m (T57)
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Chassis porteur
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M4 Sherman
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M4 Sherman
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Role principal
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Saturation / appui-feu direct
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Demolition fortifications
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Production
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~200 exemplaires
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Tres limite
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Emploi au combat
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Notable (France, Allemagne)
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Tres marginal
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Caracteristique
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LCI(R) — version standard
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Base
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LCI(L) Landing Craft Infantry (Large) converti
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Roquettes embarquees
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480 a 720 roquettes M8 ou M16 (4,5 pouces)
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Lanceurs
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Rampes multiples orientables, tir en salves programmees
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Zone saturee par salve
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500 m x 200 m (a portee nominale)
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Portee de tir
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800 a 1 800 m (tir en approche finale)
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Armement complementaire
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Canons de 40 mm Bofors, mitrailleuses .50 cal
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Vitesse
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14 noeuds
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Equipage
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25 a 30 hommes
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Debarquements notables
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Saipan, Guam, Leyte, Iwo Jima, Okinawa (Pacifique) ; Sicile, Italie, Provence, Luzon
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Parametre
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HVAR (Holy Moses)
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Calibre
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127 mm (5 pouces)
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Longueur totale
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1 753 mm
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Masse totale
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63,5 kg
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Masse explosif
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5,4 kg (Composition B)
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Vitesse initiale
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421 m/s
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Portee (tir en pique a 30 deg)
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730 a 1 800 m selon angle
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Penentration blindage
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Jusqu'a 25 mm (ogive SAP)
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Avions porteurs
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P-47 Thunderbolt (8 roquettes), F4U Corsair, F6F Hellcat, TBF Avenger
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Avion
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HVAR
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Calibre alt.
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Theatre
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Role principal
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P-47 Thunderbolt
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8
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—
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Europe / Pacif.
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CAS, antiblinde, trains
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F4U Corsair
|
8
|
—
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Pacifique
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CAS Marines, anti-navire
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F6F Hellcat
|
6
|
—
|
Pacifique
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Chasseur / CAS naval
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TBF/TBM Avenger
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8
|
—
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Pacifique
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Anti-navire, CAS amphibie
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|
P-38 Lightning
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10
|
—
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Europe / Pacif.
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Reconnaissance armee, CAS
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A-26 Invader
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14
|
—
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Europe
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Attaque rapide au sol
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Systeme
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Calibre
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Tubes
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Portee
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Mobilite
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Theatre
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T34 Calliope
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114 mm
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60
|
3 700 m
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Sur Sherman
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Europe
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T40 Whiz Bang
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183 mm
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20
|
1 100 m
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Sur Sherman
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Europe (limit.)
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T66 Half-Track
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114 mm
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24
|
3 700 m
|
Half-Track M3
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Pacifique
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LCI(R)
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114 mm
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480-720
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1 800 m
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Naval
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Pacifique / Europe
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LSM(R)
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114 mm
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~1 000
|
1 800 m
|
Naval
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Pacifique
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HVAR (aerien)
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127 mm
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6-14/avion
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Tir direct
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Aeroportee
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Europe / Pacifique
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M8 FFAR (aerien)
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114 mm
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4-8/avion
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Tir direct
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Aeroportee
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Europe / Pacifique
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