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Tableaux Générés par l IA sur mes Indications
Introduction
Un canon de 88 mm ne sert à rien la nuit s'il ne voit pas sa cible. Avant la généralisation du radar, la défense antiaérienne allemande reposait donc sur un trio : l'oreille, la lumière et le canon. Le localisateur acoustique Ringtrichter-Richtungshörer (RRH) entendait l'avion approcher et calculait sa position. Les projecteurs lourds de 150 cm, Flakscheinwerfer 34 puis 37, allaient ensuite chercher les bombardiers dans le ciel nocturne, les accrochaient dans leur faisceau et les livraient aux batteries lourdes ou à la chasse de nuit. Plus bas, le petit projecteur de 60 cm, le Flakscheinwerfer 36, jouait le même rôle au profit de la Flak légère.
Cet article présente ces trois matériels, l'organisation des unités de projecteurs, leur place dans le dispositif de la DCA et les tactiques employées selon les conditions de la nuit. Il s'appuie principalement sur un document de renseignement américain de février 1943, rédigé à partir des observations et des interrogatoires de l'époque, complété par des données plus tardives et par les photoscopes de matériels conservés.
La section de projecteur lourd
Le projecteur n'agissait jamais seul. Selon le renseignement américain, l'équipement d'une section de projecteur lourd comprenait quatre éléments : un localisateur acoustique, le projecteur lui-même, une lunette de pointage optique et le groupe électrogène.
Sur le projecteur, la direction était donnée par un bras de manœuvre actionné à la main et le site par l'un des deux volants placés de part et d'autre du tambour. Le document américain précise que des modèles plus récents étaient, semble-t-il, équipés de moteurs de pointage télécommandés depuis le localisateur ou la lunette, celle-ci étant alors installée à 30 ou 40 m du projecteur et devenant un véritable poste de commande. Les moteurs auraient offert trois ou quatre vitesses, de 1 à 16 degrés par seconde.
Le personnel d'une section complète comptait 14 hommes : le chef de section, dix servants (pointeurs en site et en direction, préposé à la lampe, observateur à la lunette, préposés au groupe et au moteur, opérateur du calculateur, deux écouteurs, observateur au localisateur) et trois conducteurs. Le chiffre de 7 servants souvent cité correspond au seul ensemble projecteur et groupe électrogène.
Le localisateur, le projecteur et le groupe étaient chacun montés sur une remorque à quatre roues de modèle standard, la Sd.Ah. 104, si bien qu'une section nécessitait trois véhicules tracteurs.
Le localisateur acoustique RRH
Un principe hérité de la Grande Guerre
Le Ringtrichter-Richtungshörer (« écouteur directionnel à pavillons annulaires »), appelé télésitemètre en français, applique un principe mis au point vers 1915 par Max Wertheimer et Erich Moritz von Hornbostel à l'Institut de psychologie de Berlin. Breveté en juillet 1915 et employé par l'armée dès 1916, le procédé déçut pour le repérage des batteries d'artillerie, les tirs étant trop nombreux pour être distingués. Il se révéla en revanche utile contre les avions dès 1917. Au milieu des années 1930, le programme de réarmement de la Flak (Flakrüstungsprogramm) en fit, avec les projecteurs, l'un des piliers de la défense nocturne.
Description et fonctionnement
L'appareil se reconnaît à ses quatre grands pavillons en forme d'anneau, montés sur un affût orientable et groupés en deux paires. La paire horizontale donnait la direction (azimut), la paire verticale le site (hauteur angulaire). Chaque paire était servie par un écouteur casqué installé sur l'affût.
Le principe est celui de l'écoute binaurale. Les deux pavillons d'une paire, écartés l'un de l'autre, renvoient le son vers chacune des deux oreilles de l'opérateur. Tant que le bruit de l'avion arrive plus tôt d'un côté, l'appareil n'est pas dans l'axe. L'écouteur fait donc pivoter l'ensemble jusqu'à percevoir le son « au centre de la tête » : l'appareil pointe alors vers la source sonore.
Le problème du retard du son
Le son voyage à environ 340 m/s. Un bombardier volant à 300 km/h et entendu à 5 km a donc parcouru plus d'un kilomètre entre l'émission du bruit et son arrivée au sol. Pointer le projecteur sur la direction entendue revenait à éclairer un ciel vide. Un calculateur associé au RRH corrigeait cette erreur en tenant compte de la vitesse du son, de la vitesse et de la hauteur estimées de la cible, ainsi que de la distance entre le localisateur et le projecteur (parallaxe). La direction corrigée s'affichait électriquement sur des récepteurs montés sur le projecteur, ou le pilotait directement sur les modèles télécommandés.
Performances et limites
Le renseignement américain donnait une portée d'environ 6 km par temps moyen. D'autres sources indiquent une distance d'écoute de 5 à 12 km, selon la météo, la puissance des moteurs de l'avion, le bruit ambiant et l'acuité des opérateurs. La précision restait médiocre : le vent, les écarts de température et la présence de plusieurs avions à la fois faussaient l'écoute, et la fatigue des écouteurs pesait lourd au fil des longues nuits d'alerte.
Le RRH avait pourtant un atout décisif : il était totalement insensible au brouillage électronique. C'est pourquoi il resta en service bien après l'arrivée du radar. On en comptait encore 5 559 en août 1944.
Principales caractéristiques du RRH.
Des exemplaires sont conservés, notamment à La Nouvelle-Orléans (États-Unis) et à Novion-Porcien (Ardennes). Tous deux ont fait l'objet de photoscopes détaillés sur Maquetland, précieux pour les maquettistes.
Le projecteur léger de 60 cm
Le Flakscheinwerfer 36 (Flak-Sw 36) de 60 cm était l'équivalent léger du 150 cm. Développé à la fin des années 1930, maniable et facile à mettre en œuvre, il était destiné à rechercher et illuminer les avions volant à basse et moyenne altitude. Contrairement aux projecteurs lourds, qui formaient des unités distinctes, il était intégré directement aux batteries légères de 20 mm et 37 mm.
Le projecteur
Il était équipé d'un réflecteur parabolique en verre de 60 cm de diamètre et de 250 mm de focale. Comme sur les modèles lourds, la lampe à arc à haute intensité était montée en position inversée. L'intensité atteignait 135 millions de candelas, pour une consommation de 90 A sous 60 V. Par conditions favorables, le faisceau portait jusqu'à 5 200 m d'altitude, mais l'altitude d'emploi optimale se situait vers 1 500 m. En élargissant le faisceau, la recherche d'une cible pouvait aller jusqu'à 3 500 m.
Le pointage en site et en direction se faisait à la main, grâce à des poignées manœuvrées par le chef de pièce assis derrière le projecteur. Comme sur le 150 cm, le faisceau était masqué par un obturateur à lamelles de type vénitien.
Alimentation et transport
Le projecteur était alimenté par un groupe électrogène de 8 kW (Maschinensatz 8 kW) à moteur BMW type 315. Ce groupe d'environ 750 kg voyageait sur le plateau arrière du véhicule tracteur, qui remorquait lui-même le projecteur posé sur une remorque légère à un essieu Sd.Ah. 51, celle-là même qui transportait les canons de 2 cm. En position de combat, projecteur et groupe pouvaient être déposés à même le sol, dans des emplacements préparés à l'avance.
Équipe et emploi
Cinq hommes suffisaient à le servir : le chef de pièce, un soldat chargé de la reconnaissance de l'emplacement et de l'entretien, un servant au projecteur, un préposé au groupe électrogène et le conducteur. La section disposait des mêmes moyens de transmission que les sections lourdes et restait reliée à la batterie de Flak légère qu'elle appuyait.
Le 60 cm n'avait pas de localisateur acoustique. Il cherchait donc sa cible à vue, en balayant le ciel (voir plus loin les tactiques de recherche). Sa modestie ne l'empêcha pas d'être produit en masse : en février 1944, la Luftwaffe en recensait 6 376.
Comparaison des projecteurs de 150 cm et de 60 cm
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Le projecteur Lourd de 150 cm Le projecteur : miroir de 150 cm et de 650 mm de focale, lampe à arc, 990 millions de candelas, 200 A sous 77 V, obturateur vénitien. Le débattement va de -12° à +192° en site, ce qui lui permet de suivre un avion passant à la verticale. La détection atteint environ 8 km. Du Sw 34 au Sw 37 : le Sw 34 se pointait à la main, avec un bras de manœuvre et des volants. Le Sw 37 était télécommandé électriquement, ce qui a ensuite permis de l'asservir au radar Würzburg. Le groupe électrogène de 24 kW : moteur Mercedes-Benz 8 cylindres de 51 ch, relié au projecteur par un câble d'environ 200 m. Le transport : le Sd.Ah. 102, aux essieux non suspendus, a été remplacé par le Sd.Ah. 104, suspendu (1 830 kg, 2 500 kg de charge utile, 6,5 m). Le projecteur quadruplie de 150mm Le terme « Flakscheinwerfer 150 mm quadruple » fait référence à une variante expérimentale et fixe du célèbre projecteur de DCA allemand de la Seconde Guerre mondiale. Il y a cependant une légère correction de mesure à apporter : son diamètre exact est de 150mm Afin d'essayer d'augmenter la portée lumineuse du faisceau, l'armée allemande a fabriqué 61 exemplaires d'une monture fixe quadruple spéciale intégrant quatre projecteurs de 150 cm. Cette tentative s'est toutefois révélée être un échec technique et n'a pas été généralisée Le projecteur Lourd de 200 cm
Cette version portait le nom de code « Parasit ». Les antennes Freya y étaient montées soit au-dessus du projecteur, soit de part et d'autre. Selon un témoin, un exemplaire était en essai en 1944 à la batterie « Stand Heide » et un autre sur l'Altenwalder Höhe, à Cuxhaven.
L'organisation des unités
À la déclaration de guerre, un régiment de Flak type comptait trois groupes (Abteilungen). Les deux premiers réunissaient chacun trois batteries lourdes et deux batteries légères. Le troisième était un groupe de projecteurs, formé de trois batteries de neuf projecteurs de 150 cm chacune.
Cette structure de base est restée celle de la plupart des groupes de projecteurs : un état-major et trois batteries de neuf projecteurs, soit 27 projecteurs par groupe. Chaque batterie était divisée en trois sections (Züge) de trois projecteurs. Selon le renseignement américain, on comptait en 1939 un localisateur acoustique par projecteur ; d'autres sources évoquent six à huit RRH par batterie. Bien que motorisés, ces groupes étaient surtout employés dans la défense du territoire et des zones arrière, souvent regroupés en régiments de projecteurs.
Il faut noter que les projecteurs lourds n'étaient pas organiques des batteries de canons de 88 mm. Ils formaient des unités distinctes, déployées en coordination avec elles. Les petits projecteurs de 60 cm, eux, étaient intégrés directement aux batteries légères de 20 mm et 37 mm.
Organisation des unités de projecteurs lourds d'après le renseignement américain (1943).
Le déploiement autour des batteries lourdes
La zone de préparation
Au début de la guerre, les projecteurs étaient déployés en avant des canons, dans une « zone de préparation ». Ils y formaient un quadrillage d'environ 5 km de maille, avec les localisateurs acoustiques. L'idée était simple : accrocher l'avion avant qu'il n'atteigne la portée des canons, de sorte que les batteries lourdes aient déjà une cible éclairée au moment où il entrait dans leur zone de tir.
Les trois dispositions de base
Le renseignement américain distinguait trois manières de placer les projecteurs :
Distances converties depuis les yards du document de 1943 et arrondies.
Les ceintures et concentrations étaient placées sur les axes d'approche probables des objectifs importants. Les projecteurs situés au cœur ou près des zones défendues par les canons travaillaient directement pour la Flak, à la fois pour illuminer les avions et pour éblouir leurs équipages.
Le projecteur directeur
Dans les zones défendues, certains groupes de projecteurs étaient organisés autour d'un projecteur « maître » (Leitscheinwerfer) qui coopérait avec la Flak. Si l'avion était accroché, les canons ouvraient le feu. Sinon, les batteries tiraient parfois sur le point de croisement des faisceaux au-dessus de l'objectif, ou juste en deçà de la ligne de largage des bombes, les faisceaux restant fixes jusqu'à ce qu'un avion s'y présente.
Les tactiques selon les conditions de la nuit
L'efficacité des projecteurs dépendait étroitement de la météo. Les Allemands avaient adapté leur emploi à quatre situations types.
Pour la recherche initiale, les projecteurs lourds étaient d'abord pointés d'après les données du RRH. Les projecteurs légers de 60 cm, dépourvus de localisateur, balayaient au contraire le ciel en S, faisceau élargi, le long de la route supposée de la cible, puis resserraient le faisceau une fois l'avion trouvé.
Éblouir plutôt qu'éclairer
Le renseignement américain notait dès 1943 que les projecteurs n'avaient pas été particulièrement efficaces pour illuminer les bombardiers volant haut au seul profit des canons. Les Allemands avaient donc appris à les employer à d'autres fins, notamment l'éblouissement.
Deux effets étaient recherchés. L'éblouissement direct (« dazzle ») aveuglait les hommes à bord d'un avion pris dans un ou plusieurs faisceaux. Le voile lumineux (« glare ») consistait à interposer un faisceau entre l'avion et son objectif pour masquer ce dernier. Dans les deux cas, les aviateurs perdaient leur adaptation à l'obscurité, l'objectif devenait difficile à repérer et la précision du bombardement diminuait. Un bombardier maintenu dans les faisceaux était en outre plus vulnérable aux chasseurs de nuit, qui pouvaient l'approcher sans être vus.
La coopération avec la chasse de nuit
Les projecteurs lourds ne travaillaient pas seulement pour les canons. Placés en ceintures sur les axes d'approche, ils guidaient aussi la chasse de nuit. Leurs équipes abaissaient leurs faisceaux pour indiquer aux chasseurs la direction suivie par les bombardiers, et dans les portions de ceinture moins denses, certains faisceaux servaient de simples « flèches » pointant vers l'ennemi.
Il y avait là une contradiction tactique : un projecteur ne pouvait pas à la fois travailler pour la chasse en avant des villes et pour les canons au-dessus d'elles. Au fil de la guerre, la répartition entre ces deux missions a fait l'objet d'arbitrages répétés au sein de la défense aérienne allemande.
L'évolution jusqu'en 1945
Au fil de la guerre, les localisateurs acoustiques, trop lents et trop imprécis face à des bombardiers de plus en plus rapides et hauts, ont été remplacés par le radar pour diriger les projecteurs. Le RRH n'a pas disparu pour autant : insensible au brouillage, il restait un moyen de secours précieux après l'apparition des leurres radar alliés en 1943, et plus de 5 500 étaient encore en service à l'été 1944.
Pour atteindre les altitudes croissantes des bombardiers, l'Allemagne a introduit en 1943 un projecteur de 200 cm, le Flakscheinwerfer 43, alimenté par un groupe de 120 kW et capable de détecter une cible jusqu'à 13 km. Il a donné naissance à un dispositif typique de la fin de la guerre : un projecteur directeur de 200 cm au centre d'un triangle formé par trois projecteurs de 150 cm, placés à environ 2,5 km de lui. Le projecteur central trouvait la cible, puis les trois projecteurs de 150 cm venaient la prendre dans un cône. Le Sw 34 et le Sw 37 sont donc restés en service, mais comme projecteurs d'accompagnement.
Une tentative d'augmenter la portée des 150 cm en les groupant par quatre sur des affûts fixes a été faite : 61 affûts quadruples ont été construits, sans succès.
Les projecteurs de 150 cm restaient pourtant l'épine dorsale du système, suivis de près par les 60 cm. En février 1944, l'intendance de l'état-major de la Luftwaffe recensait :
Parc de projecteurs de la Flak en février 1944 (hors installations de la marine).
À titre de comparaison, en septembre 1940, l'Allemagne ne disposait que de 2 540 projecteurs de 60 et 150 cm, hors installations navales. Le nombre a donc été multiplié par plus de cinq en trois ans et demi.
Conclusion
Les Flakscheinwerfer 34 et 37 ont été au cœur de la défense antiaérienne nocturne allemande. Organisés en groupes de 27 projecteurs, déployés en ceintures, en concentrations ou en quadrillage autour des batteries lourdes, ils servaient autant à éclairer les bombardiers pour les canons qu'à guider la chasse de nuit ou à aveugler les équipages. Ils dépendaient du localisateur acoustique RRH, héritier direct des appareils d'écoute de 1914-1918, dont l'imprécision fut progressivement compensée par le radar mais dont l'insensibilité au brouillage assura la longévité. Plus bas dans le ciel, le modeste Flakscheinwerfer 36 de 60 cm accompagnait la Flak légère et fut produit presque autant que son grand frère. Jusqu'à la fin de la guerre, ces matériels sont restés l'ossature de la défense nocturne du Reich.
Sources |
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