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Iran Cavalier Garde du souverain gholams Dynastie Qajar Florence Museo Stibbert



Iran Cavalier Garde du souverain gholams Dynastie Qajar Florence  Museo Stibbert
English Translation
 

 Recherches faites avec IA ainsi que les tableaux qui ont été générés sur mes indications
 
 Histoire ICI
 History Here 
 
 
Date
Événement
1789-1796
Agha Mohammad Khan unifie l’Iran ; sac de Tiflis (1795) ; couronnement (1796)
1804-1813
Première  guerre russo-persane ; défaite d’Aslanduz (1812) ; traité de Golestan (1813)
1807-1809
Mission militaire française du général Gardane à Tabriz
1809-1815
Instructeurs britanniques auprès d’Abbas Mirza
1821-1823
 Guerre contre les Ottomans ; victoire près d’Erzurum
1826-1828
Seconde guerre russo-persane ; prise de Tabriz par les Russes ; traité de Turkmantchaï
1837-1838
Siège manqué de Hérat
1848-1851
Réformes d’Amir Kabir ; fondation du Dar ol-Fonoun (1851)
1856-1857
Prise de Hérat puis guerre anglo-persane ; traité de Paris (1857)
1860
Désastre de Merv face aux Turkmènes
1879
Création de la Brigade cosaque ; mission autrichienne
1908
La Brigade cosaque bombarde le Parlement
1911
Gendarmerie encadrée par des officiers suédois
1921
Coup d’État de Reza Khan ; fusion des forces en une armée nationale
1925
Fin de la dynastie qajare ; loi sur la conscription
 
 
L'armée de l'Iran qajar (1789-1925)
 
Pendant près d'un siècle et demi, la dynastie qajare a tenté de transformer une armée de cavaliers tribaux en une force moderne capable de tenir tête à la Russie et à la Grande-Bretagne. Missions françaises, britanniques, autrichiennes et russes se sont succédé à Téhéran et Tabriz, sans jamais réussir pleinement. Histoire d'une réforme toujours recommencée.
1. Une armée née de la conquête
La dynastie qajare est issue d'une tribu turcophone installée au nord de l'Iran, autour d'Astarabad. À la fin du XVIIIe siècle, son chef Agha Mohammad Khan profite du chaos qui suit la chute des Afcharides et des Zand pour unifier le pays. En 1795, il mène campagne jusqu'en Géorgie et saccage Tiflis ; il se fait couronner shah en 1796 avant d'être assassiné l'année suivante. Son neveu Fath Ali Shah (1797-1834) hérite d'un royaume conquis à cheval, et d'une armée à son image.
Cette armée n'a rien de permanent. En temps de paix, seule la maison du souverain entretient une garde. Pour une campagne, le shah adresse un ordre (farman) aux chefs de tribu et aux gouverneurs, qui lui fournissent des contingents. Les troupes se rassemblent au printemps et se dispersent à l'approche de l'hiver. Elles vivent sur le pays, au point que Fath Ali Shah doit, en 1805, exempter d'impôts les districts traversés par ses colonnes.
2. La composition de l'armée traditionnelle
La cavalerie tribale, cœur de la puissance militaire
La force principale reste la cavalerie irrégulière fournie par les tribus nomades : Qajars, Afchars, Kurdes, Lors, Bakhtiaris, Turkmènes et bien d'autres. Chaque cavalier apporte son cheval et ses armes, en échange d'allègements fiscaux pour sa tribu. Excellente pour les raids, l'escarmouche et la poursuite, elle est très mobile : en 1795, Agha Mohammad Khan couvre la distance de Téhéran à Tiflis en quinze jours. Mais elle ne peut résister à une charge de cavalerie régulière ni au feu d'une infanterie disciplinée, et se montre difficile à employer loin de ses terres.
La garde et les gholams
Autour du souverain, la garde forme le noyau le plus fiable. En 1809, le diplomate britannique James Morier l'évalue à environ 12 000 fantassins janbaz, recrutés surtout dans le Mazandaran et chez les Qajars, et à 3 000 cavaliers gholams, les « serviteurs » du shah, mieux équipés et mieux payés. C'est à ce type de troupe d'élite que correspond la panoplie damasquinée d'or exposée au musée Stibbert.
Une infanterie méprisée
Les fantassins, recrutés parmi les paysans, sont alors peu considérés. Ils combattent en mailles et en plaques d'acier pour les mieux équipés, armés de lances, de sabres, de boucliers ronds et de mousquets à mèche ou à silex.
Le zamburak, l'artillerie à dos de chameau
Arme emblématique de la Perse, le zamburak (« petite guêpe ») est un petit canon pivotant monté sur la selle d'un chameau et tiré par son cavalier. Les Safavides en alignaient environ 3 000, et vers 1800 l'armée qajare en compte encore quelque 1 500, réunis dans un corps dirigé par le zamburakchi-bachi. Très mobile mais d'une puissance limitée, il est déjà dépassé face à l'artillerie européenne. Abbas Mirza le relègue au second plan, et il ne survit ensuite que pour les cérémonies.
3. Abbas Mirza et le « Nouvel ordre » (Nezam-e Jadid)
Le choc vient de la Russie. En 1801-1803, l'Empire tsariste annexe la Géorgie, que les Qajars considèrent comme leur vassale. La  guerre éclate en 1804, et la cavalerie tribale se révèle impuissante face aux carrés russes et à leur artillerie. Le prince héritier Abbas Mirza, gouverneur de l'Azerbaïdjan à Tabriz, comprend qu'il faut imiter l'organisation européenne, à l'exemple des réformes que le sultan ottoman Selim III mène au même moment.
Il crée le Nezam-e Jadid, une infanterie régulière, en uniforme, entraînée à l'européenne. Les soldats prennent le nom de sarbaz (« ceux qui risquent leur tête »), terme encore en usage dans l'armée iranienne. Il fonde des fonderies de canons et des ateliers d'armes à Tabriz, introduit des grades calqués sur l'Europe (naïb, soltan, yavar, sarhang, sartip) et met en place un recrutement fondé sur le nombre de charrues par village : la bonitcheh.
Les instructeurs étrangers
Les défaites face à la Russie
Malgré ces efforts, la première  guerre russo-persane tourne mal : défaite d'Aslanduz en 1812, chute de Lenkoran en 1813, et traité de Golestan qui cède à la Russie l'essentiel du Caucase oriental. L'armée réformée remporte toutefois une victoire contre les Ottomans près d'Erzurum en 1821. La seconde guerre russo-persane (1826-1828), déclenchée pour reprendre les territoires perdus, est un désastre : les Russes prennent Tabriz en 1827, et le traité de Turkmantchaï (1828) fixe la frontière sur l'Araxe et impose une lourde indemnité. Vers 1830, l'armée d'Azerbaïdjan compte environ 12 000 fantassins, 1 200 artilleurs à cheval et un régiment de lanciers.
4. Le règne de Naser ed-Din Shah : réformes et désillusions
Amir Kabir (1848-1851)
Grand vizir du jeune Naser ed-Din Shah, Amir Kabir est le réformateur le plus ambitieux de la période. Il crée seize nouveaux régiments, numérotés et regroupés en divisions de dix, ouvre des arsenaux à Ispahan et à Machhad et fonde en 1851 le Dar ol-Fonoun, première école polytechnique du pays, qui forme notamment des officiers. Sa disgrâce et son assassinat en 1852 interrompent l'élan, et bien des mesures restent sur le papier.
Hérat, Merv et l'échec des missions
La politique extérieure se tourne alors vers l'est. Après un premier siège manqué en 1837-1838, l'armée qajare prend Hérat en 1856, mais l'intervention britannique dans le golfe Persique oblige le shah à renoncer à la ville par le traité de Paris de 1857. En 1860, une armée de plus de 20 000 hommes est écrasée par les Turkmènes près de Merv, une humiliation durable.
Les missions étrangères se succèdent : Autrichiens et Italiens dans les années 1850, troisième mission française en 1858, nouvelle mission autrichienne en 1879. Cette dernière forme un « corps autrichien » d'environ 5 000 hommes équipés de fusils Werndl, mais il se désagrège faute d'argent. Partout le constat est le même : les instructeurs repartent sans avoir pu enraciner la réforme.
Une armée surtout sur le papier
Officiellement, l'armée compte en 1900 environ 80 régiments d'infanterie, soit 78 500 hommes, auxquels s'ajoutent l'artillerie et une cavalerie tribale mobilisable estimée à plus de 37 000 cavaliers. La réalité est bien différente :
L'infanterie reflète aussi la diversité du pays : vers 1900, sur 80 régiments, une quarantaine sont turcophones, notamment azerbaïdjanais, huit kurdes ou lors et une trentaine persans. Les uniformes distinguent les armes : rouge pour l'infanterie, bleu pour l'artillerie, vert pour la cavalerie.
5. La Brigade cosaque, une armée dans l'armée
Impressionné par l'escorte cosaque rencontrée lors de son voyage en Russie en 1878, Naser ed-Din Shah demande au tsar des instructeurs. En 1879, le lieutenant-colonel Domantovitch crée une Brigade cosaque persane d'environ 400 cavaliers, sur le modèle des régiments cosaques du Caucase. Commandée par des officiers russes, mieux payée et mieux tenue que le reste de l'armée, elle devient la seule unité réellement efficace du pays, mais aussi un instrument de l'influence russe.
En 1903, elle compte environ 1 500 hommes. En juin 1908, sous le colonel Liakhov, elle bombarde le Parlement à la demande de Mohammad Ali Shah, hostile à la Révolution constitutionnelle. En 1916, elle est portée à environ 8 000 hommes et devient une division. Après la révolution russe de 1917, ses officiers russes la quittent et les Britanniques en prennent le contrôle.
6. La gendarmerie suédoise et les forces étrangères
Pour faire contrepoids à la Brigade cosaque, le gouvernement constitutionnel crée en 1911 une Gendarmerie gouvernementale encadrée par des officiers suédois, choisis parce que leur pays est neutre. Chargée de la sécurité des routes et des provinces, elle devient une force moderne et nationaliste, dont beaucoup d'officiers iraniens se rangent du côté de l'Allemagne pendant la Première  Guerre mondiale.
La  guerre fait de l'Iran, pourtant neutre, un champ de bataille entre Russes, Britanniques et Ottomans. En 1916, les Britanniques lèvent dans le sud les South Persia Rifles, sous leur propre commandement. À la fin des années 1910, l'Iran compte ainsi plusieurs forces armées rivales, en partie dirigées par des étrangers, sans véritable armée nationale.
7. Reza Khan et la fin de l'armée qajare
En janvier 1921, avec l'appui du général britannique Ironside, un officier de la Brigade cosaque, Reza Khan, en prend la tête. Le 21 février 1921, il marche sur Téhéran avec quelques milliers de cosaques et s'empare de la capitale presque sans combat. Devenu ministre de la  Guerre, il renvoie les officiers étrangers, dissout les South Persia Rifles et fusionne en 1921-1922 la Brigade cosaque, la gendarmerie et les derniers régiments en une armée nationale d'environ 40 000 hommes.
En 1925, le Parlement dépose le dernier shah qajar, Ahmad Shah, et proclame Reza Khan souverain sous le nom de Reza Shah Pahlavi. La même année, une loi instaure le service militaire obligatoire et remplace définitivement l'ancien système de la bonitcheh. Ce que les Qajars avaient tenté pendant plus d'un siècle, une armée nationale, permanente et centralisée, se réalise finalement contre eux.
8. Bilan
L' histoire militaire qajare est celle d'un décalage. Face à des voisins dotés d'armées industrielles, l'Iran a perdu le Caucase, renoncé à Hérat et vu son territoire occupé. Les causes de cet échec sont bien connues : finances insuffisantes, corruption, résistance des élites tribales, rivalités entre puissances qui imposaient et retiraient leurs instructeurs au gré de leurs intérêts. Pourtant, cette période a posé les bases de l'armée moderne : le mot sarbaz, les premières écoles d'officiers, l'artillerie de campagne et l'idée même d'une conscription nationale.
Elle a aussi laissé un patrimoine remarquable. Les armures damasquinées d'or, casques à nasal, boucliers à bossettes et cottes de mailles qui ornent aujourd'hui les musées européens, comme le musée Stibbert de Florence, témoignent d'un art de l'armurerie resté vivant tout au long du XIXe siècle, alors même que le champ de bataille appartenait désormais au fusil et au canon.
In Memoriam
 
 
La cavalerie qajare au XVIII? siècle ou comment une confédération de cavaliers turkmènes a conquis la Perse
À la fin du XVIII? siècle, une tribu turcophone des bords de la Caspienne s’empare de la Perse et fonde une dynastie qui régnera jusqu’en 1925 : les Qajars. Leur instrument de conquête n’est ni une armée permanente ni une artillerie moderne, mais une cavalerie tribale, mobile et redoutée, rassemblée pour chaque campagne autour d’un chef impitoyable, Agha Mohammad Khan. Une précision s’impose : au XVIII? siècle, les Qajars ne règnent sur l’Iran que pendant les dernières années du siècle. Avant cela, ils sont une puissante tribu parmi d’autres, et c’est justement leur cavalerie qui leur permet de s’imposer.
Une tribu de cavaliers
Les Qajars forment une confédération de clans turcophones installée autour d’Astarabad (l’actuelle Gorgan), au sud-est de la Caspienne. Ils comptent déjà parmi les tribus qizilbash qui avaient porté au pouvoir la dynastie safavide au XVI? siècle. Leur richesse, ce sont leurs hommes et leurs chevaux : des montures de type turkmène, endurantes et rapides, capables de longues marches sur les steppes et les plateaux.
Tout au long du XVIII? siècle, la Perse traverse une période de chaos après la chute d’Ispahan devant les Afghans (1722). Les chefs qajars y jouent un rôle de premier plan. Fath Ali Khan Qajar soutient le prince safavide Tahmasp II avant d’être éliminé en 1726, au profit de Nader, le futur Nader Shah. Après la mort de ce dernier (1747), son fils Mohammad Hasan Khan Qajar dispute la Perse aux Zand, jusqu’à sa mort en 1759. C’est son fils aîné, Agha Mohammad, qui reprendra la lutte.
Agha Mohammad Khan, le chef de guerre
Né vers 1742, Agha Mohammad est castré dans son enfance sur ordre d’un rival de son père, d’où le titre d’agha, que l’on donnait aux eunuques de haut rang. Longtemps otage à la cour du régent zand Karim Khan, à Chiraz, il s’enfuit à cheval à la mort de celui-ci, en mars 1779, et rejoint les tribus qajares du Nord. En une quinzaine d’années, il soumet le Mazandaran et le Gilan, s’installe à Téhéran, dont il fait sa capitale, puis écrase les derniers princes zand.
Froid, méfiant et d’une cruauté restée proverbiale, il est aussi un remarquable meneur d’hommes et un stratège avisé. Sa cavalerie est l’instrument de cette ascension.
Une armée levée pour chaque campagne
L’armée qajare de cette époque n’a rien d’une armée permanente.
En temps de paix, il n’existe que la garde rapprochée du souverain.
Pour chaque campagne, le chef adresse un ordre écrit, le farman, aux khans des tribus et aux gouverneurs de province.
Chacun doit fournir son contingent : des cavaliers venus surtout des tribus nomades, montés et armés à leurs propres frais. L’infanterie, levée parmi les paysans, ne joue qu’un rôle secondaire.
L’armée se rassemble au printemps et se disperse avant l’hiver ; chacun rentre chez soi après la campagne. Le refus de servir est sévèrement puni : selon l’Encyclopaedia Iranica, quarante hommes qui avaient ignoré la convocation eurent les yeux crevés en 1796.
L’organisation
Le commandement : un général en chef, le sardar, commande l’ensemble de l’armée.
Les contingents tribaux : ils restent sous l’autorité de leurs propres chefs.
Les unités : elles suivent un découpage décimal, en unités de 1 000 (min-bachi), 500, 100 (yuz-bachi), 50 et 10 hommes (dah-bachi).
La garde : autour du souverain se trouvent des cavaliers domestiques, les gholams, plus fidèles et mieux équipés que les levées tribales.
La solde : il n’existe pas de barème fixe. On combat pour une solde négociée et surtout pour le butin, et l’armée vit sur les villages qu’elle traverse.
Armement et équipement
Le cavalier qajar combat encore largement à l’arme blanche. Ses armes principales sont la lance, le sabre courbe (shamshir), le poignard, la masse et l’arc, que les cavaliers des steppes manient toujours avec habileté. Les armes à feu, mousquets surtout, sont connues et portées, mais les observateurs de l’époque notent qu’on s’en sert peu. Les cavaliers les plus aisés, chefs et gardes, peuvent porter une cotte de mailles, un casque à camail et un bouclier rond, un équipement que l’on retrouve aujourd’hui dans les collections des musées.
L’armée dispose aussi d’une artillerie singulière, les zamburak : de petits canons pivotants, de la taille d’un fauconneau, montés sur le bât d’un chameau et tirant un boulet d’environ une livre. Mobile mais de faible puissance, cette artillerie ne convainc guère les témoins européens. L’un d’eux, le Français Tancoigne, estimait qu’au combat elle ferait plus de mal à ses servants qu’à l’ennemi.
La tactique : des raids plus que des batailles
La force de cette cavalerie, c’est sa mobilité. L’armée marche surtout de nuit, à la lueur des torches et au son de la musique, et couvre en moyenne six farsakh par jour (une trentaine de kilomètres), parfois le double. En 1795, Agha Mohammad Khan franchit ainsi la distance de Téhéran à Tiflis en une quinzaine de jours.
Au combat, les cavaliers harcèlent l’ennemi, le débordent, pratiquent la fausse retraite et cherchent avant tout à s’emparer du butin plutôt qu’à remporter une victoire décisive. Les campagnes ressemblent souvent à de grands raids. Les témoins européens en ont aussi souligné les limites : excellente pour les escarmouches et l’enveloppement, cette cavalerie ne résiste pas à une charge de cavalerie régulière et ne parvient pas à rompre une infanterie disciplinée.
Les grandes campagnes (1794-1797)
La suite : vers l’armée « nouvelle »
Le neveu et successeur d’Agha Mohammad Khan, Fath Ali Shah (1797-1834), hérite de cette armée tribale. Elle montre vite ses limites face à l’infanterie et à l’artillerie russes lors de la première guerre russo-persane (1804-1813). Le prince héritier Abbas Mirza lance alors le nezam-e jadid, l’« ordre nouveau » : une infanterie régulière formée à l’européenne par des instructeurs français (mission Gardane, 1807), puis britanniques. La cavalerie tribale ne disparaît pas pour autant ; vers 1808, l’armée d’Azerbaïdjan compte encore quelque 22 000 cavaliers irréguliers. Mais elle cesse d’être le cœur de la puissance militaire iranienne.
Petit lexique
Terme
Sens
Farman
ordre écrit du souverain, ici l’ordre de levée des contingents
Sardar
général en chef d’une armée
Gholam
cavalier de la garde domestique du souverain
Min-bachi, yuz-bachi, dah-bachi
chefs de 1 000, de 100 et de 10 hommes
Shamshir
sabre persan à lame très courbe
Zamburak
petit canon pivotant monté sur un chameau
Farsakh
unité de distance persane, environ 5 à 6 km
Nezam-e jadid
« ordre nouveau » : l’armée réformée d’Abbas Mirza

 
Repères chronologiques
Date
Événement
1722
Chute d’Ispahan devant les Afghans ; début de la crise safavide
1726
Fath Ali Khan Qajar, soutien de Tahmasp II, est éliminé au profit de Nader
1747
Assassinat de Nader Shah ; Mohammad Hasan Khan Qajar entre en lutte pour le pouvoir
1759
Mort de Mohammad Hasan Khan, vaincu par les Zand
1779
Mort de Karim Khan Zand ; Agha Mohammad s’enfuit de Chiraz
1786
Agha Mohammad Khan s’installe à Téhéran
1794
Prise de Kerman ; fin de la dynastie zand
1795
Victoire de Krtsanissi et sac de Tiflis
1796
Couronnement dans la plaine de Moghan ; prise de Mechhed
1797
Prise de Shusha ; assassinat d’Agha Mohammad Khan (17 juin)
1804-1813
Première guerre russo-persane ; début des réformes d’Abbas Mirza
 
 
 Frederick Stibbert et ses armées immobiles
 
 
 
La cavalcade islamique du musée Stibbert, au centre le Pacha, Seraskerr en velours rouge.

 

 

 

Frederick Stibbert (1838-1906), né à Florence d'un père anglais et d'une mère toscane, hérite d'une fortune considérable bâtie par son grand-père Giles Stibbert, commandant des forces de la Compagnie des Indes orientales et gouverneur du Bengale. Il consacre l'essentiel de sa vie et de ses moyens à transformer la villa de Montughi en musée, qu'il lègue à sa mort et qui conserve aujourd'hui quelque 50 000 objets.
Son armurerie se divise en trois ensembles : européen, islamique et japonais. La section islamique occupe deux salles au rez-de-chaussée, qui rassemblent plus de 1 850 objets d'origine arabe, ottomane, persane, moghole et indienne. Une partie des pièces indiennes pourrait provenir du grand-père, tandis que d'autres furent acquises lorsque l'ancien arsenal turc de Sainte-Irène, à Istanbul, fut transféré au musée de Topkap?.
Le décor de la salle dite moresque date de 1889 : des stucs blancs exécutés par le mouleur Michele Piovano sur un projet de l'architecte Cesare Fortini, qui reproduisent les ornements de l'Alhambra de Grenade admirés par Stibbert. Au centre se déploie la « cavalcade islamique », deux files parallèles de cavaliers et de fantassins turcs, persans et moghols.
Un héritage anglais : la leçon de Meyrick
L'idée de dresser des armures sur des mannequins en pose vient d'Angleterre. Les spécialistes du Metropolitan  Museum rattachent la présentation de Stibbert à l'exemple de Sir Samuel Rush Meyrick, pionnier de l'étude des armes au début du XIXe siècle, et notent que Stibbert possédait plusieurs belles pièces islamiques et indiennes provenant de la collection Meyrick. La mode orientaliste, en France comme en Italie, nourrissait alors ce goût pour les armes du monde islamique.
 Un « type » plutôt qu'un portrait
Il serait vain de chercher le nom de ce cavalier. Stibbert ne reconstituait pas des individus mais des types historiques : le chevalier du XVe siècle, le samouraï, le cavalier ottoman ou persan. Ses mannequins associent des pièces de dates et de provenances parfois différentes, complétées si nécessaire par son propre atelier d'artisans, ce qui lui valut à l'époque quelques soupçons de « faussaire ».
Le cavalier photographié illustre bien ce mélange. Les pièces défensives (brassard, gant de mailles, maille) relèvent nettement de l'armement persan. Les textiles d'apparat, velours cramoisi brodé de fils d'or, appartiennent à un vocabulaire partagé d'Istanbul à Ispahan et jusqu'à l'Inde moghole ; sans la notice du musée, on ne peut les attribuer avec certitude à un atelier persan plutôt qu'ottoman. Il faut donc le lire comme une évocation savante, fidèle à l'esprit d'une culture, plus que comme une reconstitution archéologique.
Le cavalier de profil : bazuband à inscriptions dorées et gant de mailles sur l'avant-bras.

 
 
 
 L'armement défensif persan
À la différence des armures de plaques européennes, l'équipement persan repose sur la souplesse : une cotte de mailles portée sur un vêtement matelassé, renforcée de plaques aux endroits vitaux. Quatre éléments forment le cœur de cette panoplie, et on les retrouve sur le cavalier comme sur les murs de la salle.
Le bazuband, signature du cavalier
Sur la première photographie, l'avant-bras du cavalier est couvert d'une longue gouttière d'acier noirci portant des inscriptions dorées : c'est un bazuband. Pointu au coude, il est prolongé vers le poignet par des plaques reliées de mailles, et souvent par un gantelet de mailles cousu sur cuir qui protège le dos de la main. Les exemplaires de l'époque qajare (1789-1925) sont fréquemment décorés en koftgari d'or, avec des cartouches calligraphiés.
Ces inscriptions ne sont pas que décoratives. Sur des ensembles qajars comparables, passés en vente publique, elles égrènent les noms des héros du Shâhnâmeh de Ferdowsi (Dârâ, Iskandar, Rostam, Bahrâm) ; d'autres portent des versets coraniques ou des formules talismaniques. Le guerrier s'armait ainsi à la fois de métal et de mots protecteurs.
Le kulah-khud, casque à nasal
Les casques accrochés aux murs appartiennent pour beaucoup au type kulah-khud : une calotte hémisphérique surmontée d'une pointe, flanquée de deux porte-plumets, munie d'un nasal coulissant réglé par une vis et d'un camail de mailles couvrant la nuque et les épaules. Les guides du musée rapportent volontiers que ce casque laissait le visage découvert parce que le combattant devait affronter l'ennemi face à face ; l'explication est séduisante, mais elle relève davantage de la tradition orale que d'une source attestée. Le choix tient aussi à des raisons pratiques : vision et respiration libres pour un cavalier archer.
Le char-aina, les « quatre miroirs »
Les plaques rectangulaires disposées en panoplie au-dessus des niches évoquent le char-aina, la cuirasse persane composée de quatre grandes plaques (poitrine, dos et deux flancs échancrés pour les bras) attachées par des courroies sur la cotte de mailles. Le nom n'est pas anodin : selon les conservateurs du Metropolitan Museum, ces plaques passaient pour des miroirs talismaniques capables de repousser le mal, et ce sont elles qui portent les plus longues inscriptions coraniques de tout l'armement islamique.
La poésie persane s'est emparée de l'image. Un char-aina conservé au musée historique de Berne compare le roi revêtu des quatre miroirs au soleil levant ; un autre, au Metropolitan  Museum, associe un vers de Saadi à une formule rappelant qu'un héros ne doit jamais montrer son dos. Pour les Iraniens, cette symbolique solaire renouait avec un imaginaire préislamique, islamisé par le Shâhnâmeh.
Le bouclier à quatre bossettes
Les grands boucliers ronds visibles sur les murs, en acier gravé ou en cuir laqué, portent quatre bossettes : ce ne sont pas de simples ornements, mais les têtes des rivets qui fixent à l'intérieur les poignées et la sangle. Casque, bouclier et brassard étaient souvent fabriqués et décorés en suite, comme une garniture assortie.
4. Le costume : l'art de superposer
Le costume masculin persan, de l'époque safavide jusqu'aux réformes vestimentaires du XXe siècle, repose sur une superposition de couches : une chemise (pirahan) et un pantalon ample (shalvar), une robe longue croisée (qaba), puis, chez les plus aisés, des vêtements de dessus parfois fourrés, le tout serré à la taille par un châle ou une écharpe (kamarband). Le manteau d'apparat aux manches courtes ou fendues que porte notre cavalier correspond à cette couche extérieure, la plus somptueuse.
Le rouge n'est pas un hasard. Le Metropolitan Museum relève que la mode safavide se distinguait par l'usage massif de fils d'or et d'argent et par des couleurs audacieuses, dont un rouge flamboyant très prisé à l'époque de Shâh Abbâs (1588-1629). À la même période, le haut bonnet safavide cède la place à un large turban bombé, orné d'une aigrette (jiqa) réservée aux personnages de rang : exactement la silhouette que Stibbert a donnée à son cavalier.
Le vêtement avait aussi une valeur politique. La « robe d'honneur » (khil'at), offerte par le souverain à un sujet méritant, faisait partie des usages constants de la cour persane, comme le rappelle l'Encyclopædia Iranica. Un manteau brodé d'or était un signe de faveur autant qu'un luxe.
Une prudence nécessaire
Très peu de vêtements safavides ont survécu : les garde-robes de la cour ont été en grande partie détruites lors du sac d'Ispahan en 1722, et la peinture persane, principale source, idéalise volontiers les costumes. Les textiles portés par les mannequins de Stibbert datent donc vraisemblablement des XVIIIe ou XIXe siècles, l'époque où il achetait, même lorsqu'ils perpétuent des formes plus anciennes. À l'époque qajare d'ailleurs, le turban recule au profit du haut bonnet noir (kolah), .
5. Le harnachement
Le cheval n'est pas moins paré que son cavalier. La housse de selle (zin-push) en velours brodé d'arabesques et ponctué de cabochons, les longues franges de soie, le filet rouge jeté sur l'encolure, la têtière rehaussée de corail et de pompons, les étriers en forme de pelle en argent repoussé : tout relève de l'équipement de parade, destiné aux cortèges et aux réceptions plutôt qu'au combat. Dans le monde persan comme ottoman, la richesse du harnachement disait le rang du cavalier aussi sûrement que ses armes.
Le chanfrein à pointe frontale, la maille du cou en dents de scie et le poitrail à bossette. À gauche, le cheval du cavalier enturbanné et son harnais de parade.

Pour ce mannequin
Sous la dynastie Qajar (1789–1925) en Iran, les gholams (ghol?man-e khasseh) constituaient la garde royale du souverain et une cavalerie d'élite hautement payée.
Héritée des traditions militaires abbassides et safavides, cette troupe de cavaliers protégeait directement le Chah et se déclinait en deux rôles principaux au XIXe siècle :
  • Les Gholam-Shah : Les serviteurs ou gardes personnels du roi. C'était l'élite de la cavalerie, lourdement payée, équipée de sabres, de pistolets et de carabines, et souvent revêtue d'un uniforme distinctif. 
  • Les Gholam-Tofangchi : Les serviteurs-mousquetaires. Également cavaliers d'élite, ils étaient armés de longs fusils et mettaient pied à terre pour faire feu à distance. 
 
Un pilier du pouvoir central
Alors que la dynastie Qajar était d'origine tribale, l'existence des gholams permettait au souverain de disposer d'une force armée permanente, professionnelle et directement rattachée à la Couronne, limitant ainsi sa dépendance vis-à-vis des chefs de tribus régionaux. Ils formaient une force de frappe mobile et redoutable jusqu'à la modernisation progressive de l'armée et la création de la Brigade de cosaques persans en 1879. [1, 2, 3]

Ce cavalier semble attendre le signal de la charge. Il est enveloppé de la tête aux genoux dans une cotte de mailles, le visage voilé par un camail, et sa monture disparaît sous une armure d’acier doré et de mailles. À côté du cavalier enturbanné, tout de soie et de broderies, il incarne l’autre visage du monde persan : celui de la guerre.
Ce type d’équipement correspond à celui des cavaliers d’élite de l’Iran à l’époque qajare (fin XVIII? – XIX? siècle) : gardes du souverain, gholams et chefs de tribu, les seuls à pouvoir s’offrir une telle panoplie.
Le cavalier : un homme de mailles
L’essentiel de sa protection est une longue
La tête est protégée par un casque à calotte ronde (kulah khud), en acier doré et finement décoré. Il porte des porte-plumets garnis de plumes rouges et blanches, et l’on distingue à l’avant l’extrémité en feuille du nasal, une tige coulissante qui protégeait le nez. Du bord du casque tombe un camail de mailles qui enveloppe la nuque, les épaules et une partie du visage, ne laissant voir que les yeux et la barbe.
Le visage voilé par le camail, sous le casque doré à plumets et à nasal. Le devant de la cotte est bordé d’un galon clouté d’or.

 
 
 
Plusieurs pièces de tissu rehaussent cette silhouette austère :
Son arme est le shamshir, le sabre persan à lame très courbe, porté dans un fourreau à garnitures dorées. Ce sabre était surtout destiné à frapper de taille, en passant au galop.
De dos : le motif en losanges de la cotte, le baudrier brodé, le sabre et la grande plaque de croupe du cheval.

 
 
 
Le cheval : une armure d’acier doré
Le plus spectaculaire est sans doute la monture. Elle porte une barde complète, qui associe des plaques d’acier doré aux endroits les plus exposés et de la maille partout ailleurs. Les Persans appelaient ce type d’armure de cheval bargostvan.
Le décor est d’une grande finesse : des arabesques et des rinceaux de feuillages couvrent toutes les plaques, rehaussés d’une multitude de petits points rouges. L’or est appliqué en surface, probablement selon la technique de la damasquinure, où de fins fils ou feuilles d’or sont incrustés dans l’acier préalablement strié.
Une armure de guerre devenue armure d’apparat

 
 
 
Les cavaliers bardés de maille et d’acier sont une image ancienne du monde iranien : les miniatures persanes des XV? et XVI? siècles en montrent déjà, et le Metropolitan Museum de New York en conserve un ensemble comparable de cette époque. Au XVIII? siècle, la cotte de mailles, le casque et le bouclier restent l’équipement des cavaliers les plus aisés de l’armée qajare, qui combat encore à la lance, au sabre et à l’arc.
Au XIX? siècle, en revanche, face au fusil et au canon, l’armure perd l’essentiel de sa valeur militaire. Les ateliers d’Iran et d’Inde continuent pourtant d’en fabriquer, souvent très richement décorées, pour les parades, les cérémonies et les cadeaux diplomatiques. Une part de cette production est aussi destinée aux voyageurs et aux collectionneurs européens, très demandeurs. Les armures de cheval complètes, plus rares que celles des hommes, sont presque toujours des pièces de prestige.
La finesse du décor doré de cette barde correspond bien à cette production de luxe. Ce genre de pièce était fabriqué aussi bien en Iran que dans l’Inde du Nord, et il est souvent difficile de faire la différence ; seule la fiche du musée pourrait préciser l’origine exacte et la date.
Frederick Stibbert et ses cavaliers
Frederick Stibbert (1838-1906), collectionneur anglo-florentin, a réuni dans sa villa de Montughi, sur les hauteurs de Florence, quelque 50 000 objets, dont l’une des plus riches collections d’armes et d’armures d’Europe, du Japon et du monde islamique. À sa mort, il lègue la villa et ses collections, qui deviennent un musée.
Passionné de mise en scène, Stibbert ne se contentait pas d’exposer des pièces isolées : il composait des mannequins complets, à pied et à cheval, en assemblant des éléments de sa collection. C’est le cas de ce cavalier, très probablement composite : le casque, la cotte, le sabre et l’armure du cheval peuvent provenir d’objets différents, réunis au XIX? siècle pour donner l’image d’un guerrier persan. En 2014-2015, le musée a consacré une grande exposition à ces armes islamiques, présentées pour la première fois dans leur ensemble.
Petit lexique
Terme
Sens
Zereh
cotte de mailles persane
Kulah khud
casque persan à calotte ronde, nasal coulissant, porte-plumets et camail de mailles
Camail
pièce de mailles fixée au casque, qui protège la nuque, le cou et parfois le visage
Shamshir
sabre persan à lame très courbe
Bargostvan
armure de cheval, de mailles et de plaques
Chanfrein
plaque d’armure qui protège la tête du cheval
Croupière
partie de la barde qui couvre la croupe du cheval
Damasquinure
incrustation d’or ou d’argent dans l’acier
holam
cavalier de la garde du souverain persan
Kulah-khud
Casque hémisphérique à pointe, avec nasal coulissant, porte-plumets et camail de mailles.
Char-aina
« Quatre miroirs » : cuirasse de quatre plaques (poitrine, dos, flancs) portée sur une cotte de mailles.
Sipar / dhal
Bouclier rond en acier (ou en cuir) à quatre bossettes fixant les poignées à l'intérieur.
Koftgari
Décor d'or ou d'argent appliqué sur l'acier hachuré (damasquinure « de surface »).
Qaba
Robe longue croisée, vêtement de base du costume masculin persan.
Shalvar
Pantalon ample porté sous la qaba.
Kamarband
Ceinture ou écharpe nouée à la taille, souvent en châle précieux.
Jiqa
Aigrette ornée de pierres et de plumes fixée au turban, insigne de rang.
Zin-push
Housse de selle d’apparat, brodée et frangée.