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Recherches faites avec IA ainsi que les tableaux qui ont été générés sur mes indications
L'armée de l'Iran qajar (1789-1925)
Pendant près d'un siècle et demi, la dynastie qajare a tenté de transformer une armée de cavaliers tribaux en une force moderne capable de tenir tête à la Russie et à la Grande-Bretagne. Missions françaises, britanniques, autrichiennes et russes se sont succédé à Téhéran et Tabriz, sans jamais réussir pleinement. Histoire d'une réforme toujours recommencée.
1. Une armée née de la conquête
La dynastie qajare est issue d'une tribu turcophone installée au nord de l'Iran, autour d'Astarabad. À la fin du XVIIIe siècle, son chef Agha Mohammad Khan profite du chaos qui suit la chute des Afcharides et des Zand pour unifier le pays. En 1795, il mène campagne jusqu'en Géorgie et saccage Tiflis ; il se fait couronner shah en 1796 avant d'être assassiné l'année suivante. Son neveu Fath Ali Shah (1797-1834) hérite d'un royaume conquis à cheval, et d'une armée à son image.
Cette armée n'a rien de permanent. En temps de paix, seule la maison du souverain entretient une garde. Pour une campagne, le shah adresse un ordre (farman) aux chefs de tribu et aux gouverneurs, qui lui fournissent des contingents. Les troupes se rassemblent au printemps et se dispersent à l'approche de l'hiver. Elles vivent sur le pays, au point que Fath Ali Shah doit, en 1805, exempter d'impôts les districts traversés par ses colonnes.
2. La composition de l'armée traditionnelle
La cavalerie tribale, cœur de la puissance militaire
La force principale reste la cavalerie irrégulière fournie par les tribus nomades : Qajars, Afchars, Kurdes, Lors, Bakhtiaris, Turkmènes et bien d'autres. Chaque cavalier apporte son cheval et ses armes, en échange d'allègements fiscaux pour sa tribu. Excellente pour les raids, l'escarmouche et la poursuite, elle est très mobile : en 1795, Agha Mohammad Khan couvre la distance de Téhéran à Tiflis en quinze jours. Mais elle ne peut résister à une charge de cavalerie régulière ni au feu d'une infanterie disciplinée, et se montre difficile à employer loin de ses terres.
La garde et les gholams
Autour du souverain, la garde forme le noyau le plus fiable. En 1809, le diplomate britannique James Morier l'évalue à environ 12 000 fantassins janbaz, recrutés surtout dans le Mazandaran et chez les Qajars, et à 3 000 cavaliers gholams, les « serviteurs » du shah, mieux équipés et mieux payés. C'est à ce type de troupe d'élite que correspond la panoplie damasquinée d'or exposée au musée Stibbert.
Une infanterie méprisée
Les fantassins, recrutés parmi les paysans, sont alors peu considérés. Ils combattent en mailles et en plaques d'acier pour les mieux équipés, armés de lances, de sabres, de boucliers ronds et de mousquets à mèche ou à silex.
Le zamburak, l'artillerie à dos de chameau
Arme emblématique de la Perse, le zamburak (« petite guêpe ») est un petit canon pivotant monté sur la selle d'un chameau et tiré par son cavalier. Les Safavides en alignaient environ 3 000, et vers 1800 l'armée qajare en compte encore quelque 1 500, réunis dans un corps dirigé par le zamburakchi-bachi. Très mobile mais d'une puissance limitée, il est déjà dépassé face à l'artillerie européenne. Abbas Mirza le relègue au second plan, et il ne survit ensuite que pour les cérémonies.
3. Abbas Mirza et le « Nouvel ordre » (Nezam-e Jadid)
Le choc vient de la Russie. En 1801-1803, l'Empire tsariste annexe la Géorgie, que les Qajars considèrent comme leur vassale. La guerre éclate en 1804, et la cavalerie tribale se révèle impuissante face aux carrés russes et à leur artillerie. Le prince héritier Abbas Mirza, gouverneur de l'Azerbaïdjan à Tabriz, comprend qu'il faut imiter l'organisation européenne, à l'exemple des réformes que le sultan ottoman Selim III mène au même moment.
Il crée le Nezam-e Jadid, une infanterie régulière, en uniforme, entraînée à l'européenne. Les soldats prennent le nom de sarbaz (« ceux qui risquent leur tête »), terme encore en usage dans l'armée iranienne. Il fonde des fonderies de canons et des ateliers d'armes à Tabriz, introduit des grades calqués sur l'Europe (naïb, soltan, yavar, sarhang, sartip) et met en place un recrutement fondé sur le nombre de charrues par village : la bonitcheh.
Les instructeurs étrangers
Les défaites face à la Russie
Malgré ces efforts, la première guerre russo-persane tourne mal : défaite d'Aslanduz en 1812, chute de Lenkoran en 1813, et traité de Golestan qui cède à la Russie l'essentiel du Caucase oriental. L'armée réformée remporte toutefois une victoire contre les Ottomans près d'Erzurum en 1821. La seconde guerre russo-persane (1826-1828), déclenchée pour reprendre les territoires perdus, est un désastre : les Russes prennent Tabriz en 1827, et le traité de Turkmantchaï (1828) fixe la frontière sur l'Araxe et impose une lourde indemnité. Vers 1830, l'armée d'Azerbaïdjan compte environ 12 000 fantassins, 1 200 artilleurs à cheval et un régiment de lanciers.
4. Le règne de Naser ed-Din Shah : réformes et désillusions
Amir Kabir (1848-1851)
Grand vizir du jeune Naser ed-Din Shah, Amir Kabir est le réformateur le plus ambitieux de la période. Il crée seize nouveaux régiments, numérotés et regroupés en divisions de dix, ouvre des arsenaux à Ispahan et à Machhad et fonde en 1851 le Dar ol-Fonoun, première école polytechnique du pays, qui forme notamment des officiers. Sa disgrâce et son assassinat en 1852 interrompent l'élan, et bien des mesures restent sur le papier.
Hérat, Merv et l'échec des missions
La politique extérieure se tourne alors vers l'est. Après un premier siège manqué en 1837-1838, l'armée qajare prend Hérat en 1856, mais l'intervention britannique dans le golfe Persique oblige le shah à renoncer à la ville par le traité de Paris de 1857. En 1860, une armée de plus de 20 000 hommes est écrasée par les Turkmènes près de Merv, une humiliation durable.
Les missions étrangères se succèdent : Autrichiens et Italiens dans les années 1850, troisième mission française en 1858, nouvelle mission autrichienne en 1879. Cette dernière forme un « corps autrichien » d'environ 5 000 hommes équipés de fusils Werndl, mais il se désagrège faute d'argent. Partout le constat est le même : les instructeurs repartent sans avoir pu enraciner la réforme.
Une armée surtout sur le papier
Officiellement, l'armée compte en 1900 environ 80 régiments d'infanterie, soit 78 500 hommes, auxquels s'ajoutent l'artillerie et une cavalerie tribale mobilisable estimée à plus de 37 000 cavaliers. La réalité est bien différente :
L'infanterie reflète aussi la diversité du pays : vers 1900, sur 80 régiments, une quarantaine sont turcophones, notamment azerbaïdjanais, huit kurdes ou lors et une trentaine persans. Les uniformes distinguent les armes : rouge pour l'infanterie, bleu pour l'artillerie, vert pour la cavalerie.
5. La Brigade cosaque, une armée dans l'armée
Impressionné par l'escorte cosaque rencontrée lors de son voyage en Russie en 1878, Naser ed-Din Shah demande au tsar des instructeurs. En 1879, le lieutenant-colonel Domantovitch crée une Brigade cosaque persane d'environ 400 cavaliers, sur le modèle des régiments cosaques du Caucase. Commandée par des officiers russes, mieux payée et mieux tenue que le reste de l'armée, elle devient la seule unité réellement efficace du pays, mais aussi un instrument de l'influence russe.
En 1903, elle compte environ 1 500 hommes. En juin 1908, sous le colonel Liakhov, elle bombarde le Parlement à la demande de Mohammad Ali Shah, hostile à la Révolution constitutionnelle. En 1916, elle est portée à environ 8 000 hommes et devient une division. Après la révolution russe de 1917, ses officiers russes la quittent et les Britanniques en prennent le contrôle.
6. La gendarmerie suédoise et les forces étrangères
Pour faire contrepoids à la Brigade cosaque, le gouvernement constitutionnel crée en 1911 une Gendarmerie gouvernementale encadrée par des officiers suédois, choisis parce que leur pays est neutre. Chargée de la sécurité des routes et des provinces, elle devient une force moderne et nationaliste, dont beaucoup d'officiers iraniens se rangent du côté de l'Allemagne pendant la Première Guerre mondiale.
La guerre fait de l'Iran, pourtant neutre, un champ de bataille entre Russes, Britanniques et Ottomans. En 1916, les Britanniques lèvent dans le sud les South Persia Rifles, sous leur propre commandement. À la fin des années 1910, l'Iran compte ainsi plusieurs forces armées rivales, en partie dirigées par des étrangers, sans véritable armée nationale.
7. Reza Khan et la fin de l'armée qajare
En janvier 1921, avec l'appui du général britannique Ironside, un officier de la Brigade cosaque, Reza Khan, en prend la tête. Le 21 février 1921, il marche sur Téhéran avec quelques milliers de cosaques et s'empare de la capitale presque sans combat. Devenu ministre de la Guerre, il renvoie les officiers étrangers, dissout les South Persia Rifles et fusionne en 1921-1922 la Brigade cosaque, la gendarmerie et les derniers régiments en une armée nationale d'environ 40 000 hommes.
En 1925, le Parlement dépose le dernier shah qajar, Ahmad Shah, et proclame Reza Khan souverain sous le nom de Reza Shah Pahlavi. La même année, une loi instaure le service militaire obligatoire et remplace définitivement l'ancien système de la bonitcheh. Ce que les Qajars avaient tenté pendant plus d'un siècle, une armée nationale, permanente et centralisée, se réalise finalement contre eux.
8. Bilan
L'histoire militaire qajare est celle d'un décalage. Face à des voisins dotés d'armées industrielles, l'Iran a perdu le Caucase, renoncé à Hérat et vu son territoire occupé. Les causes de cet échec sont bien connues : finances insuffisantes, corruption, résistance des élites tribales, rivalités entre puissances qui imposaient et retiraient leurs instructeurs au gré de leurs intérêts. Pourtant, cette période a posé les bases de l'armée moderne : le mot sarbaz, les premières écoles d'officiers, l'artillerie de campagne et l'idée même d'une conscription nationale.
Elle a aussi laissé un patrimoine remarquable. Les armures damasquinées d'or, casques à nasal, boucliers à bossettes et cottes de mailles qui ornent aujourd'hui les musées européens, comme le musée Stibbert de Florence, témoignent d'un art de l'armurerie resté vivant tout au long du XIXe siècle, alors même que le champ de bataille appartenait désormais au fusil et au canon.
Le fantassin persan du musée Stibbert : l'or et l'acier de l'Iran qajar
À Florence, au détour d'une salle aux murs de stuc ciselé comme ceux de l'Alhambra, se dresse un guerrier moustachu en cotte de mailles, lance au poing et bouclier doré sur la poitrine. Ce fantassin iranien des environs de 1800 est l'une des figures les plus saisissantes de la collection réunie par Frederick Stibbert.
Un collectionneur hors norme
Frederick Stibbert (1838-1906), né à Florence d'un père anglais et d'une mère italienne, consacra sa fortune à rassembler armes, armures, costumes et objets d'art du monde entier. Il transforma sa villa de Montughi, sur les hauteurs de la ville, en un véritable théâtre où les armures sont présentées sur des mannequins, montées comme des personnages vivants. À sa mort, la maison et ses dizaines de milliers d'objets devinrent un musée ouvert au public.
La collection islamique, réunie à la fin du XIXe siècle, compte parmi les plus riches d'Europe. Stibbert lui donna un écrin à sa mesure : une salle décorée de stucs blancs, de frises calligraphiques et d'entrelacs géométriques inspirés de l'art hispano-mauresque. C'est dans ce décor que veille notre fantassin, entouré de boucliers et de casques accrochés aux murs.
L'Iran au tournant de 1800
Vers 1800, l'Iran vient de passer sous l'autorité de la dynastie qajar, fondée à la fin du XVIIIe siècle. Le pays est alors en guerre contre l'Empire russe dans le Caucase, et ses armées associent encore des troupes équipées à l'ancienne, en mailles et en plaques d'acier, à de premières unités réorganisées à l'européenne. L'équipement présenté ici appartient à la tradition persane classique, héritière des ateliers safavides, que les armuriers qajars ont perpétuée et souvent enrichie de décors toujours plus somptueux tout au long du XIXe siècle.
Une panoplie pièce par pièce
L'art du damasquinage
Ce qui frappe d'abord le visiteur, c'est l'éclat de l'or sur l'acier noirci. Casque, plaques de poitrine, brassards et bouclier sont décorés « à l'unisson » selon la technique du damasquinage, appelée koftgari dans le monde indo-persan : l'artisan strie finement la surface du métal, puis y martèle un fil ou une feuille d'or qui s'y incruste.
Le décor associe des rinceaux végétaux en arabesques, des médaillons et, sur les bordures, des cartouches calligraphiés. Sur les ensembles qajars de ce type, ces inscriptions en persan sont souvent des vers évoquant le combat et la bravoure, ou des invocations protectrices. L'armure devient ainsi à la fois une défense, une parure et un message.
Arme de guerre ou habit d'apparat ?
La richesse du décor pose une question que se posent souvent les spécialistes : ces armures ont-elles réellement servi au combat ? Les mailles et les plaques d'acier offraient une véritable protection, mais un équipement aussi luxueux relevait sans doute davantage des gardes, des officiers et des cérémonies que du simple soldat. Au XIXe siècle, de nombreux ensembles furent d'ailleurs produits pour la parade, pour la cour, puis pour les voyageurs et collectionneurs européens. La datation « vers 1800 » doit donc se comprendre de façon approximative, la plupart des pièces de ce style s'échelonnant sur l'ensemble de la période qajar.
Une mise en scène voulue par Stibbert
Le mannequin au visage peint, à la moustache tombante et aux babouches de cuir illustre la démarche si particulière du musée. Stibbert ne voulait pas d'une simple vitrine d'objets alignés : il cherchait à faire revivre les guerriers du monde, de l'Europe au Japon en passant par l'Orient. Cette présentation, aujourd'hui elle-même devenue historique, fait du musée un témoignage précieux sur le regard que l'Europe du XIXe siècle portait sur les cultures lointaines.
Face à ce fantassin persan, le visiteur mesure à la fois la sophistication technique des armuriers iraniens et la fascination qu'ils ont exercée sur les collectionneurs européens. Une raison de plus de ne pas manquer la salle islamique lors d'une visite à Florence.
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