Impression issue de Maquetland.com Le monde de la maquette | http://www.maquetland.com/article-3033-artillerie-le-sucesseur-du-caesar-le-rch-155-loras
Artillerie Le sucesseur du Caesar Le RCH 155 Loras
Article fait par :Claude Balmefrezol
Mis en ligne le 16/07/2026 à 15:44:33

LE RCH 155 TRACKED LORAS
Tableaux générés par l IA sur mes indications
Le sucesseur éventuel du Caesar ou comment KNDS entend redéfinir la portée de l'artillerie de 155 mm
Présenté au salon Eurosatory 2026 à Paris, le canon automoteur chenillé LORAS RCH 155 marque une nouvelle étape dans la course à la portée qui anime l'artillerie occidentale depuis le début des années 2020. Porté par le groupe franco-allemand KNDS, ce programme vise un objectif simple dans son énoncé mais ambitieux dans sa mise en œuvre
tirer plus loin, avec n'importe quel type de munition, sans dépendre exclusivement des projectiles guidés dont le coût unitaire reste dissuasif pour des tirs de saturation. Ce dossier revient en détail sur la genèse du programme, ses choix techniques, sa place dans le paysage concurrentiel et les incertitudes qui pèsent encore sur son calendrier.
Un contexte stratégique qui redonne toute sa place à l'artillerie longue portée
Depuis 2022, les conflits de haute intensité observés en Europe de l'Est ont rappelé une évidence trop souvent reléguée au second plan durant les décennies de guerres asymétriques : la survie d'une batterie d'artillerie dépend directement de sa capacité à tirer avant d'être elle-même repérée et neutralisée par la contre-batterie adverse. Dans ce contexte, chaque kilomètre de portée supplémentaire se traduit par une marge de manœuvre tactique accrue, en permettant aux pièces de rester hors de portée des radars de contre-batterie et des systèmes de frappe dans la profondeur adverses.
Cette évolution a remis au premier plan des programmes longtemps considérés comme secondaires, et a poussé l'ensemble des industriels européens de l'armement terrestre à revoir leurs feuilles de route. KNDS, né de la fusion entre le français Nexter et l'allemand Krauss-Maffei Wegmann, ne fait pas exception : le groupe capitalise sur l'expérience acquise avec le CAESAR et le RCH 155 à roues pour proposer une réponse chenillée, plus protégée et dotée d'un canon allongé.
Genèse et financement du programme LORAS
Le projet LORAS acronyme de Long Range Artillery System trouve son origine dans une initiative interne de KNDS, engagée plusieurs années avant sa présentation publique.
Le ministère français des Armées s'y est ensuite associé, apportant un soutien financier qui a permis de faire progresser le développement au-delà du stade de l'étude de faisabilité, sans toutefois garantir un financement complet du programme.
Cette dynamique illustre une tendance plus large de l'industrie de défense européenne, où les grands groupes engagent des investissements sur fonds propres avant de rechercher des cofinancements étatiques, dans l'espoir de convertir ensuite ces prototypes en commandes fermes. Le risque, pour KNDS comme pour ses clients potentiels, est que l'ampleur du soutien public conditionne directement le rythme du développement : selon les responsables du programme eux-mêmes, un soutien limité pourrait repousser une éventuelle entrée en série au-delà de 2032, voire jusqu'en 2035.
Une architecture modulaire pensée pour plusieurs châssis
La particularité du LORAS ne réside pas uniquement dans son canon, mais dans la conception de son compartiment de combat.
Ce module, entièrement automatisé, se présente comme une tourelle blindée autonome intégrant l'ensemble des fonctions de mise en œuvre du canon, sans empiéter sur le volume interne du châssis porteur. Cette approche modulaire permet en théorie d'installer le même système de combat sur des plateformes très différentes
châssis à roues 8x8, comme sur le RCH 155 de base, ou châssis chenillé, comme sur le prototype présenté à Eurosatory, construit sur une version chenillée de la famille Boxer.
Pour un client, cette flexibilité représente un argument commercial de poids : elle permet d'adapter le choix du châssis aux contraintes opérationnelles (mobilité tout-terrain, protection, logistique, compatibilité avec un parc existant) sans remettre en cause l'intégralité de la chaîne de conduite de tir et de gestion des munitions, qui reste identique d'une version à l'autre.
Le canon L58 : cœur technique du programme
L'innovation centrale du LORAS tient à l'adoption d'un canon rayé de 155 mm de calibre 58 (L58), en lieu et place du canon L52 aujourd'hui standard sur la plupart des pièces occidentales de 155 mm, dont le CAESAR.
|
Fiche technique — Canon 155 mm / 58 calibres du LORAS
Système : LORAS — Long-Range Artillery System (LOng Range Artillery System)
Industriel : KNDS (franco-allemand), développé principalement par KNDS France
Présentation officielle : Eurosatory 2026, à Paris
Successeur potentiel du : CAESAR
Caractéristiques du canon
| Paramètre |
Valeur |
| Calibre |
155 mm |
| Longueur du tube |
58 calibres — soit environ 12 % de plus qu'un tube européen courant de 52 calibres |
| Volume de la chambre |
29 litres, contre 23 litres pour le CAESAR |
| Charges propulsives modulaires |
Jusqu'à 8 charges, contre 6 pour le CAESAR actuel |
| Cadence de tir |
Plus de 8 coups par minute |
| Portée (obus HE conventionnel) |
60 km avec munition explosive standard 155 mm |
| Portée (munitions spéciales) |
80 à 100 km avec munitions de précision ou spéciales |
| Compatibilité munitions |
Compatible avec les munitions actuelles de 155 mm/52 calibres au standard JBMOU (Joint Ballistics Memorandum of Understanding), utilisées notamment par le CAESAR |
|
Fiche technique — Canon 155 mm / 52 calibres du CAESAR
Système d'arme : CAESAR — CAmion Équipé d'un Système d'ARtillerie
Industriel : KNDS France (ex-GIAT Industries, ex-Nexter)
Origine du développement : Développé dès la fin des années 1980 par GIAT Industries, né d'une nécessité industrielle après l'absence de commandes de l'État français, GIAT ayant investi sur fonds propres pour éviter la fermeture du programme artillerie
Caractéristiques du canon
| Paramètre |
Valeur |
| Calibre |
155 mm |
| Longueur du tube |
52 calibres, soit environ 8,06 mètres |
| Portée (munitions conventionnelles) |
De 4,5 à 42 km |
| Portée (obus-roquettes) |
Plus de 50 km |
| Portée (charge propulsive à déclenchement différé) |
Jusqu'à 80 km |
| Munitions |
Compatibles 39 et 52 calibres — obus explosif, éclairant, fumigène, de semonce, antichar à effet dirigé, et munitions intelligentes (SPACIDO, BONUS…) |
| Standard |
Conforme au standard OTAN JBMoU |
| Temps de mise en batterie |
Moins d'une minute |
| Équipage |
4 à 5 hommes : chef de pièce, conducteur-artificier, pointeur, et un ou deux servants de pièce |
|
Selon les estimations du concepteur, cet allongement du tube devrait permettre d'atteindre une portée environ 1,5 fois supérieure à celle obtenue avec un canon L52 classique, à munition équivalente.
Cette augmentation de portée repose sur deux leviers combinés. D'une part, la longueur accrue du tube permet une accélération plus longue du projectile, donc une vitesse initiale plus élevée. D'autre part, la chambre agrandie du LORAS peut accueillir jusqu'à huit modules de charge propulsive modulaire, contre six pour les canons L52 standard, ce qui autorise une charge propulsive plus importante et donc un surcroît d'énergie transmise au projectile.
Cette conception a néanmoins un coût mécanique. Un tube plus long et une chambre renforcée alourdissent l'ensemble de l'arme et modifient sa répartition des masses, tandis que des tirs à plus haute pression tendent, de manière générale, à réduire la durée de vie utile du tube avant qu'un changement ne soit nécessaire. KNDS affirme que la pression interne du LORAS reste dans des plages ne provoquant pas d'usure prématurée, mais seuls des essais de tir prolongés, encore à venir, permettront de vérifier cette affirmation dans la durée.
Munitions : entre promesses commerciales et prudence méthodologique
Le canon automoteur LORAS est conçu pour tirer l'ensemble de la gamme de munitions de 155 mm conformes aux normes OTAN, ce qui garantit une compatibilité logistique immédiate avec les stocks existants des armées clientes. Selon les données communiquées par le constructeur, un obus à fragmentation explosif standard tiré par le LORAS atteindrait environ 60 km, contre 30 à 40 km pour un canon L52 classique — un résultat qui aurait été obtenu lors d'essais menés en Suède.
KNDS annonce par ailleurs un objectif de 100 km de portée en combinant le nouveau tube avec des munitions de précision guidées, à l'image du Vulcano italien, ou avec des projectiles conventionnels à portée étendue, sur le modèle du V-LAP. Ce chiffre doit toutefois être considéré avec prudence : il s'agit d'une projection avancée par le fabricant, qui n'a pas encore fait l'objet d'une validation indépendante par des essais tiers ou par un client étatique.
-
Munitions explosives conventionnelles : environ 60 km annoncés, contre 30-40 km avec un canon L52.
-
Munitions à portée étendue (type V-LAP) : objectif affiché de 100 km.
-
Munitions guidées de précision (type Vulcano) : portée et précision accrues, coût unitaire nettement supérieur.
L'intérêt stratégique de cette approche réside précisément dans la possibilité d'atteindre des cibles éloignées avec des munitions conventionnelles, moins coûteuses que les obus guidés, réduisant ainsi la dépendance à des stocks de précision souvent limités et onéreux à reconstituer en cas de conflit prolongé.
Comparatif — Canon 155 mm/52 (CAESAR) vs Canon 155 mm/58 (LORAS)
| Critère |
155 mm / 52 cal. (CAESAR) |
155 mm / 58 cal. (LORAS) |
| Industriel |
KNDS France (ex-GIAT/Nexter) |
KNDS (France/Allemagne) |
| Statut |
En service depuis les années 2000, plus Projet13 de 548 exemplaires vendus à 12 pays |
Prototype dévoilé à Eurosatory 2026, production en série visée entre 2032 et 2035 Meta-defense |
| Longueur du tube |
Environ 8,06 mètres Projet13 |
Environ 12 % de plus qu'un tube de 52 calibres Meta-defense |
| Volume de chambre |
23 litres Les Smartgrids |
29 litres Les Smartgrids |
| Charges propulsives modulaires |
6 charges maximum Les Smartgrids |
8 charges maximum Les Smartgrids |
| Portée (munitions conventionnelles HE) |
Jusqu'à 42 km Defense Zone |
60 km Janes |
| Portée (munitions spéciales/guidées) |
Jusqu'à 80 km avec charge propulsive à déclenchement différé Defense Zone ; 75 km atteints par un utilisateur étranger avec un obus Vulcano Armees.com |
80 à 100 km avec munitions de précision et spéciales Janes |
| Cadence de tir |
Non automatisée en standard (chargement semi-manuel sur CAESAR classique) |
Plus de 8 coups/minute Janes |
| Équipage |
4 à 5 hommes Defense Zone |
2 servants seulement, module inhabité avec chargeur automatique Forces Operations |
| Plateforme |
Camion 6×6 tout-terrain Projet13 |
Châssis chenillé RCH 155 (dérivé Boxer), avec possibilité future de version à roues Forces Operations |
| Capacité d'emport |
Limitée (véhicule porteur) |
30 obus et 144 charges modulaires Forces Operations |
| Compatibilité munitions |
Standard OTAN JBMoU, munitions 39 et 52 calibres |
Compatible avec les munitions actuelles 52 calibres JBMOU, plus une famille dédiée de munitions 58 calibres en développement Janes |
Ce que change le passage de 52 à 58 calibres
Gain principal : la portée. Un tube plus long laisse plus de temps aux gaz propulseurs pour accélérer l'obus, ce qui augmente la vitesse initiale et donc la distance de tir. Cela permet de gagner plus de 20 km par rapport aux moyens actuels avec un obus HE classique.
Le prix à payer : l'usure et la précision. Un tube plus long et des pressions plus élevées accélèrent l'usure du canon — c'est précisément ce qui a fait échouer le programme américain équivalent (XM907/ERCA, abandonné en 2024). Un observateur français note d'ailleurs qu'à calibre égal, plus un tube est long, moins il est précis — en comparant les tables de tir du 155 AuF1 (tube long) et du CAESAR. KNDS affirme avoir contourné le problème d'usure américain en misant sur un plus grand volume de chambre et une pression plus douce plutôt que sur la force brute.
Philosophie différente. Un ancien observateur suggère qu'il serait plus judicieux de disposer de deux types de canon 155 mm distincts plutôt que de remplacer un système par l'autre — ce qui correspond exactement à la stratégie de KNDS : le LORAS est pensé comme un complément « par le haut » au parc de CAESAR existant, avec un écosystème complet incluant munitions rôdeuses, canons 105 mm et 155 mm/52, et roquettes.
En résumé
- CAESAR (52 cal.) : système léger, mobile, éprouvé au combat (Mali, Irak, Ukraine), coût maîtrisé, portée jusqu'à ~40-80 km selon munition.
- LORAS (58 cal.) : système plus lourd et complexe (véhicule chenillé, tourelle automatisée), conçu pour la frappe dans la profondeur jusqu'à 100 km, encore au stade prototype, avec un enjeu industriel majeur : éviter l'échec technique rencontré par les Américains sur un concept similaire.
|
Automatisation, protection et survivabilité
Au-delà de la portée, le LORAS mise sur un haut niveau d'automatisation. Le chargement s'effectue au moyen d'un chargeur automatique de conception nouvelle, alimenté par un système de stockage mécanisé des charges propulsives modulaires, réduisant fortement l'intervention humaine directe dans la mise en œuvre du tir. Le véhicule intègre également des systèmes modernes de navigation, de communication et de conduite de tir capables d'effectuer automatiquement la géolocalisation de la pièce, de recevoir et traiter les données de ciblage, puis de pointer et préparer le canon pour un tir à distance.
Cette automatisation poursuit un double objectif : réduire la charge de travail de l'équipage, qui reste protégé par le blindage du véhicule pendant les déplacements et les tirs, et raccourcir le temps passé à découvert lors des phases de mise en batterie et de repli. Dans un contexte où la contre-batterie adverse peut réagir en quelques minutes à un tir détecté, cette réduction du temps d'exposition constitue un facteur déterminant de survie sur le champ de bataille. Un module de mitrailleuse télécommandé complète le dispositif pour l'autodéfense rapprochée du véhicule.
7. LORAS face à la concurrence : éléments de comparaison
Le LORAS ne naît pas dans un environnement vierge. Le concept d'un tube allongé au-delà du standard L52 a déjà été exploré par d'autres acteurs, notamment à travers des modifications expérimentales de l'obusier allemand PzH 2000. Ce qui distingue le LORAS, selon KNDS, n'est donc pas tant l'idée d'un canon plus long que la combinaison de cette portée accrue avec un module de combat automatisé et universel, capable d'équiper aussi bien un châssis à roues qu'un châssis chenillé.
Comparatif indicatif des portées annoncées pour des obus classiques, selon les données publiques des constructeurs
|
Système
|
Calibre / longueur
|
Portée (obus classique)
|
Châssis
|
|
RCH 155 (L52)
|
155 mm / L52
|
30 à 40 km
|
Boxer 8x8
|
|
LORAS RCH 155 (L58)
|
155 mm / L58
|
≈ 60 km (objectif 100 km avec munitions guidées)
|
Boxer Tracked (prototype)
|
|
CAESAR
|
155 mm / L52
|
40 à 55 km selon munition
|
Camion 6x6
|
|
PzH 2000 (versions modifiées)
|
155 mm / L52 à L60 (expérimental)
|
40 à 56 km selon configuration
|
Chenillé
|
Ce tableau doit être lu avec les réserves habituelles qui s'appliquent aux données de portée communiquées par les industriels : les chiffres varient selon le type de munition, les conditions météorologiques, l'altitude de tir et la méthode de mesure retenue. Ils donnent néanmoins un ordre de grandeur permettant de situer le LORAS par rapport aux systèmes en service ou en développement chez ses principaux concurrents.
Enjeux industriels et économiques
Au-delà de la performance balistique, KNDS met en avant deux arguments économiques destinés à convaincre ses clients potentiels. Le premier tient à l'universalité du compartiment de combat, présentée par l'industriel comme un avantage concurrentiel permettant à un client d'arbitrer librement entre châssis à roues et châssis chenillé sans changer de système d'armes. Le second réside dans la réduction du besoin en munitions de précision coûteuses pour traiter des cibles éloignées, la portée accrue du L58 permettant d'utiliser des obus conventionnels là où un canon L52 nécessiterait un projectile guidé.
Cet argument mérite toutefois d'être nuancé. Les économies réalisées sur le coût unitaire des munitions ne se traduisent pas mécaniquement par une baisse du coût total de possession du système. Ce dernier dépend également du prix d'acquisition du canon automoteur neuf, plus complexe et donc probablement plus onéreux qu'un RCH 155 ou un CAESAR classique, ainsi que des coûts d'entretien liés à un tube plus long et plus sollicité mécaniquement. La réduction de coût mise en avant par KNDS s'applique donc plus précisément au poste munitions qu'à l'ensemble du cycle de vie du système.
État d'avancement et calendrier
À ce jour, KNDS indique avoir achevé la conception principale du système, fabriqué et testé un prototype d'arme isolé, puis intégré ce dernier sur un premier prototype complet de canon automoteur, celui-là même présenté à Eurosatory 2026. Ce véhicule a depuis été transféré sur un terrain d'essai. Si l'on ignore encore si des tirs d'essai en configuration complète ont déjà été réalisés, ceux-ci sont attendus prochainement et devraient fournir les premiers éléments concrets de validation du concept.