1800 Mamelouck Cavalier Musée Stibbert Florence









Mamelouck 1800 Cavalier Musée Stibbert  Florence 
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LES MAMELOUKS  Des esclaves-soldats devenus maîtres
Pendant près de six siècles, de l’Égypte au Maghreb, une même figure traverse l’histoire du monde musulman : celle du soldat acheté enfant, converti, formé aux armes, puis affranchi pour servir un maître et, parfois, prendre sa place. Les Mamelouks ont gouverné l’Égypte et la Syrie de 1250 à 1517, repoussé les Mongols et chassé les derniers Croisés. Leur modèle  une élite militaire d’origine étrangère, renouvelée par l’achat plutôt que par la naissance — se retrouve, sous des formes adaptées, dans les Régences ottomanes d’Afrique du Nord, et tout particulièrement à Alger, où une caste de soldats venus d’ailleurs a tenu le pouvoir jusqu’en 1830.

Le cavalier d’apparat inv. 6161 du Musée Stibbert : Alger ou Le Caire ?
Le cavalier d’apparat des salles islamiques du Musée Stibbert, à Florence, ne peut pas être daté ni localisé avec certitude sans sa fiche d’inventaire. L’examen des pièces oriente plutôt vers un ensemble composite des XVIIIe et XIXe siècles, mêlant une tenue de type algérois et un harnachement de tradition ottomane ou égyptienne.
Cet article est une lecture stylistique faite d’après photographies.
. Deux hypothèses sont examinées : la Régence d’Alger avant 1830, et l’Égypte des Mamelouks. Une troisième, l’arsenal ottoman de Sainte-Irène, est discutée puis écartée. Réserve générale. Aucune notice publiée de cet objet n’a pu être consultée. Les attributions proposées ici sont des hypothèses de travail, à vérifier auprès du musée.
Le cavalier vu de face
 
 
Description de l’ensemble
Le cavalier ne porte aucune armure : c’est une figure de parade, non de combat.
Élément
Description
Orientation stylistique
Turban
Bonnet rouge enveloppé d’une étoffe claire, long gland de soie bleue
Ottomane, large aire
Gilet et veste
Drap de laine gris-bleu, broderie dense en cordonnet d’or couché (spirales, gouttes), boutonnage serré, manches fendues retombant en cape
Algéroise ou tunisoise, XIXe s. probable
Ceinture
Soie bleue nouée
Commune à tout le monde ottoman
Pantalon
Sarouel ample
Commun
Gants
Mailles d’acier
Pièce de guerre ajoutée
Selle
Pommeau et haut troussequin revêtus d’argent doré repoussé à rinceaux et fleurs
Ottomane ou égyptienne, XVIIIe–XIXe s.
Housse de selle
Décor ajouré sur fond rouge, franges et pampilles métalliques
Indéterminée
Étriers
Larges, à semelle en pelle
Ottomane ou égyptienne
Bride et poitrail (inv. 6161 ?)
Cabochons de corail et de pierres bleues, pendeloques d’argent
Maghrébine (Algérie, Maroc)

 
L’ensemble réunit donc des pièces de deux familles : un costume et une parure de cheval qui regardent vers le Maghreb, une selle et des étriers qui regardent vers le monde ottoman oriental.
Détail : broderie de la veste et troussequin en argent doré repoussé

 
 
Hypothèse 1 : la Régence d’Alger avant 1830
C’est l’hypothèse la plus solide pour le costume, mais la date « avant 1830 » reste fragile.
Arguments pour
  • Alger est une province ottomane jusqu’en 1830. Son costume de cérémonie mêle apports ottomans, andalous et berbères (Patrimoine d’Orient).
  • La broderie en fil d’or couché du gilet correspond aux techniques algéroises du medjboud et de la fetla, employées sur les vestes de prestige (Algérie Nomades).
  • Le vêtement masculin de référence est la ghlila, veste d’origine ottomane connue dès le XVe siècle, dont dérive le karakou. Une veste masculine appelée kabbut (caban) a fourni un motif décoratif majeur (Algérie 360).
  • La parure de cheval à cabochons de corail est très présente au Maghreb, Algérie comprise.
Limites
  • Les broderies algéroises sont surtout décrites sur velours. Ici, le support est un drap de laine gris-bleu. Ce détail n’exclut pas Alger, mais il invite aussi à regarder Tunis ou les provinces ottomanes de l’Est.
  • Les spirales et gouttes très couvrantes évoquent plutôt les modèles du XIXe siècle que ceux du XVIIIe. Les sources consultées situent l’apparition du karakou au XIXe siècle.
  • Après 1830, ces costumes circulent largement en Europe, souvent acquis comme souvenirs. Un achat par Stibbert dans les années 1860–1900 est très plausible, ce qui ne dit rien de la date de fabrication.
Bilan : origine algérienne plausible pour le costume, datation avant 1830 non démontrée. « Alger ou Tunis, fin XVIIIe–XIXe siècle » serait une formulation plus prudente.
Hypothèse 2 : les Mamelouks d’Égypte
L’hypothèse égyptienne convient au harnachement de selle, beaucoup moins au costume.
Il faut d’abord préciser de quels Mamelouks on parle. Le sultanat mamelouk prend fin en 1517 avec la conquête ottomane. Les beys mamelouks continuent ensuite de dominer l’Égypte ottomane jusqu’au massacre de 1811. C’est cette seconde période, celle que connurent Bonaparte et les peintres orientalistes, qui est seule compatible avec les objets observés.
Arguments pour
  • Les étriers à large semelle en pelle sont répandus dans tout le monde islamique. En Égypte, aux XVIIIe et XIXe siècles, des modèles particulièrement grands étaient à la mode et appréciés des cavaliers mamelouks (Metropolitan Museum).
  • Les selles à pommeau et troussequin hauts, revêtues d’argent doré repoussé, appartiennent au même vocabulaire de luxe équestre ottoman, dont l’Égypte était une province.
  • Le turban sur bonnet rouge n’est pas incompatible avec la mode mamelouke tardive.
Limites
  • Le costume mamelouk typique superpose plusieurs longues robes, un châle de cachemire en ceinture et un sarouel très volumineux. Le gilet court brodé de cordonnet, avec veste à manches fendues, ne correspond pas à ce modèle.
  • Les étriers en pelle et les selles plaquées d’argent existent aussi à Istanbul, dans les Balkans et au Maghreb. Ils ne suffisent pas à désigner l’Égypte.
  • Rien sur les photos (inscription, poinçon, blason) ne permet de rattacher précisément une pièce au Caire.
Bilan : selle et étriers possiblement égyptiens ou ottomans, XVIIIe–début XIXe siècle. Le cavalier dans son ensemble n’est pas un Mamelouk.
Pourquoi pas l’arsenal de Sainte-Irène au XVIIe siècle
La provenance de l’arsenal ottoman explique bien les cavaliers en armure de la même salle, pas celui-ci.
L’ancienne église Sainte-Irène servit d’arsenal impérial ottoman dès la fin du XVe siècle, puis de musée militaire à la fin du XIXe (Metropolitan Museum). Une partie de ses armes fut vendue et passa dans des collections européennes. Les pièces de Sainte-Irène conservées chez Stibbert datent de 1480–1500 et portent un poinçon, la tamga, à tête de bovin stylisée (Wannenes).
Ces pièces sont des armures de guerre : cottes de mailles, armures à plaques et mailles, casques, chanfreins. Le cavalier voisin, en mailles sur un cheval caparaçonné, relève de cette famille. Le cavalier 6161, lui, ne porte qu’une tenue de cérémonie de style XIXe siècle. Seuls ses gants de mailles pourraient, à la rigueur, venir d’un tel fonds : il faudrait y chercher la tamga.
Enfin, « Sublime Porte » désigne le gouvernement ottoman, siège du grand vizir. Ce n’est ni un style ni une époque.
Une figure composite : la méthode Stibbert
Le mélange de provenances n’est pas une anomalie : c’est la règle des cavaliers de Stibbert.
Frederick Stibbert (1838–1906) assemblait, sur des mannequins et des chevaux sculptés, des pièces authentiques achetées séparément sur le marché européen. Il cherchait à évoquer un type, « le cavalier oriental », plutôt qu’à reconstituer un équipement historique unique. Chaque élément porte souvent son propre numéro d’inventaire. La collection compte plus de 36 000 numéros pour environ cinquante mille objets (Museo Stibbert).
Il faut donc dater et localiser pièce par pièce, et non la figure entière. Un costume algérois peut très bien chevaucher une selle égyptienne.
Conclusion et réserves
Proposition d’attribution, à titre d’hypothèse : cavalier d’apparat composite, costume de type algérois (Alger ou Tunis), selle et étriers de tradition ottomane ou égyptienne, parure de cheval maghrébine ; pièces de la fin du XVIIIe et du XIXe siècle ; assemblage de Frederick Stibbert, avant 1906.
Hypothèse
Ce qu’elle explique
Degré de confiance
Régence d’Alger
Costume, parure de corail
Plausible ; « avant 1830 » non démontré
Égypte mamelouke tardive
Selle, étriers
Possible pour ces pièces seulement
Arsenal de Sainte-Irène, XVIIe s.
Rien de visible, sauf peut-être les gants de mailles
Peu probable
   


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