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English Translation
 

En souvenir de cette balade avec NONO

Comment ne pas oublier cette journée Je voulais absolument voir le site de Nemi . On part de Rome avec une 500  normal nous sommes en Italie . Arrivés sur le site nous cherchons l'endroit ; Pas de Panneaux et toutes les Personnes rencontrées  ne nous sont d'aucun secours
Comme je savais que les bateaux et le Musée se trouvent dans un Cratère  de volcan éteint  on decide de prendre une route qui descend  sur notre droite et là la révélation . Nous a vons recu un Mesage des dieux . Je dis à NONO  regardes cette ombre  sur la route devant la Voiture 
On regarde mieux et on voit une ombre .C'etait un rapace  qui nous survolait .Message divin !!! 0h Divin Jupiter tu nous montres la voie . Et effectivement on arrive au musée .On se gare le temps de faire un calin à une maman chat  et à sa portée et on rentre au musée
Nous étions les seuls . Toutefois une inscription etait placardée  Vietato Fotografie
Nous n avons pas fait tous ces kilometres pour étant arrivé devant l Olympe   nous ne puissions prendre des Photos et comme mon APN de l'époque était un Olympus  j ai  donc decidé de Braver  l'interdit  et de prendre les photos
Jupiter nous a guidé  jusque là ,donc on franchit le Rubicon et enfin ne suis je pas  Divi Caesar Claudius Imperator  Oncle de Caligula  !!!Alea Jacta est 
ce fut une journée Mémorable avec une  moisson de photographies 

introduction
 
Au cœur des Castelli Romani, dans les collines volcaniques qui dominent Rome au sud-est, se cache l'un des sites les plus mystérieux et les plus fascinants de l’Antiquité romaine. Le lac de Nemi - l'antique Lacus Nemorensis, le lac du bois sacre - est un cratère volcanique rempli d'eau d'une beauté saisissante, cerné de forts denses et de falaises abruptes.
Les Romains l'appelaient le « miroir de Diane » - Speculum Dianae - en raison de la clarté parfaite de ses eaux qui reflètent le ciel et les arbres environnants.
C'est dans ce cadre idyllique, a environ 30 kilomètres de Rome, que l'empereur Caligula - l'un des personnages les plus controverses de toute l'histoire romaine  fit construire au Ier siècle après J.-C. deux des navires les plus extraordinaires de l’Antiquité. Ces bateaux, d'une taille et d'un luxe absolument inouïs pour l’époque, restèrent au fond du lac pendant prés de deux mille ans, avant d’être finalement ramenés a la lumière dans les années 1930 - pour etre détruits quelques années plus tard dans l'un des épisodes les plus tragiques de l'histoire de l’archéologie mondiale.
Le lac de Nemi n’était pas un endroit ordinaire dans la géographie sacrée de l'Italie antique. Il était le siège de l'un des sanctuaires les plus anciens et les plus veneres du Latium  le sanctuaire de Diane Nemorensis, Diane du bois sacre.
Ce sanctuaire, dont les origines remontent a l’époque prè-romaine, était consacre a Diane - déesse de la chasse, de la lune et de la nature sauvage. Mais la Diane de Nemi n’était pas tout a fait la même déesse que celle adorée a Rome. Elle était plus ancienne, plus primitive, plus mystérieuse. On l'appelait parfois Diana Trivia - la déesse des carrefours - et son culte comportait des aspects sombres et étranges qui fascinèrent les Romains de toutes les époques.
Le rite le plus célèbre du sanctuaire était celui du Rex Nemorensis - le Roi du bois. Le prêtre du sanctuaire était un homme - souvent un esclave fugitif - qui avait obtenu son poste en tuant son prédécesseur en combat singulier. Il régnait sur le sanctuaire, épée en main, jusqu’à ce qu'un autre challenger le défie et le tue a son tour. Ce rite barbare, incompréhensible pour les Romains eux-mêmes, inspira au philosophe écossais James George Frazer son œuvre monumentale Le Rameau d'Or (1890), pierre angulaire de l'anthropologie moderne.
Le sanctuaire était entoure d'un bois sacre  le nemus qui donna son nom au lac  dont les arbres ne pouvaient etre ni coupes ni touches sous peine de mort.
C’était un lieu hors du temps, hors du monde ordinaire, ou les règles habituelles ne s'appliquaient pas. C'est dans ce contexte de sacre et de mystère que Caligula choisit d'amarrer ses palais flottants.
Pour comprendre les bateaux de Nemi, il faut comprendre l'homme qui les fit construire. Caius Julius Caesar Germanicus dit Caligula Il était né dans les camps et élevé parmi les légions. Il portait le costume des soldats, avec de petites caligae, et les hommes l'appelaient affectueusement Caligula.
Le petit Caius était une sorte de mascotte de l'armée, chéri par les soldats qui voyaient en lui le fils de leur général préféré, l'héritier de la gloire de Germanicus. donc le petit fils de Tibère
Germanicus Julius Caesar, né en 15 avant J.-C. était le neveu et fils adoptif de l'empereur Tibère.
mais il avait déjà un fils biologique : Drusus le Jeune. Il se retrouvait donc avec deux fils l'un adopté (Germanicus) et l'un biologique (Drusus le Jeune) — en rivalité potentielle pour la succession.
Mais Tibère avait un fils biologique
Drusus le Jeune moins brillant, moins populaire, mais soutenu par son père par affection naturelle
Drusus le Jeune mourut en 23 après J.-C. empoisonné, selon la tradition, par Séjan, le puissant préfet du prétoire de Tibère, qui voulait éliminer tous les héritiers potentiels pour s'emparer lui-même du pouvoir. Tibère ne découvrit la vérité que plusieurs années plus tard et cette révélation acheva de le briser.
Petit-fils d'Auguste par sa mère Antonia, il incarnait à lui seul la synthèse des deux grandes familles fondatrices de l'Empire les Juliens et les Claudiens.
Mais ce qui faisait de lui un être exceptionnel n'était pas sa naissance c'était sa personnalité. Brave, cultivé, généreux, accessible, il aimait ses soldats et en était adoré. Il aimait le peuple romain et en était idolâtré. Là où Tibère gouvernait par la crainte et le mépris, Germanicus gouvernait par l'affection
Sa femme
Agrippine l'Aînée petite-fille d'Auguste, femme d'une beauté et d'une énergie peu communes lui avait donné neuf enfants, dont le futur Caligula qui ferait construire les bateaux de Nemi.
Les campagnes de Germanie
La gloire militaire de Germanicus s'était forgée sur le Rhin, où il commanda les légions de 14 à 16 après J.-C. Son objectif était de venger le désastre de la forêt de Teutobourg cette catastrophe de l'an 9 où trois légions romaines avaient été anéanties par les Germains d'Arminius, traumatisant Auguste qui passa ses dernières années à murmurer : « Varus, rends-moi mes légions ! »
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Barbares

Germanicus mena des campagnes brillantes il ravagea plusieurs tribus germaniques, retrouva et enterra les ossements des soldats de Varus, récupéra deux des trois aigles perdus, infligea plusieurs défaites sévères à Arminius. Mais Tibère le rappela avant qu'il ait pu achever la conquête. Les raisons officielles invoquées étaient militaires et logistiques. Mais beaucoup y virent autre chose — la jalousie de Tibère envers la popularité croissante de son neveu.
En 17 après J.-C., Germanicus rentra à Rome et fut accueilli en triomphateur dans un des plus somptueux triomphes qu'eût jamais connus la ville. Mais ce triomphe était aussi une mise à l'écart déguisée peu après, Tibère l'envoyait commander les provinces orientales de l'Empire.
L'Orient et le poison
En Orient, Germanicus s'acquitta brillamment de sa mission. Mais sa visite en Égypte sans autorisation impériale provoqua la fureur de Tibère
Il faut savoir que l’Égypte occupait dans l'Empire romain une place absolument unique une place sans équivalent dans toute l'histoire administrative de Rome. Elle n'était pas une province ordinaire. Elle était, selon la formule consacrée, la propriété personnelle de l'empereur son bien privé, son domaine particulier, distinct de toutes les autres provinces de l'Empire.
Ce statut exceptionnel n'était pas arbitraire. Il découlait d'une logique historique, politique et économique d'une cohérence remarquable, mise en place par Auguste lui-même dès la conquête de l'Égypte en 30 avant J.-C., après la défaite et le suicide de Marc Antoine et de Cléopâtre.
Auguste avait tiré une leçon très précise de la guerre civile qui l'avait opposé à Marc Antoine. L'Égypte avait été le levier de puissance de Marc Antoine c'est grâce aux ressources fabuleuses de l'Égypte, à son or, à son blé, à sa flotte, qu'Antoine avait pu tenir tête à Auguste pendant des années. Sans l'Égypte, Antoine n'était rien. Avec l'Égypte, il était l'égal d'Auguste.
Auguste en tira la conclusion qui s'imposait : l'Égypte ne devait jamais plus être aux mains d'un rival potentiel. Elle devait être gardée par l'empereur lui-même, contrôlée directement, administrée par ses propres agents — des hommes entièrement dévoués à sa personne, sans ambitions indépendantes, sans base de pouvoir propre.
C'est pourquoi Auguste prit une décision radicale et sans précédent dans l'histoire administrative romaine : l'Égypte ne serait pas administrée comme une province ordinaire. Elle ne serait pas confiée à un gouverneur sénatorial — un proconsul ou un légat — comme toutes les autres provinces. Elle serait administrée par un préfet d'ordre équestre — un chevalier, donc un homme d'un rang inférieur à celui des sénateurs, qui ne pouvait pas constituer une base de pouvoir politique indépendante.
La conséquence logique de ce statut particulier était une règle d'accès extrêmement restrictive. Auguste édicta une loi la Lex de Imperio dans son application à l'Égypte qui interdisait formellement à certaines catégories de personnes d'entrer en Égypte sans autorisation impériale expresse :
Les sénateurs membres de l'ordre le plus élevé de la société romaine, potentiellement capables de mobiliser des réseaux politiques et militaires — ne pouvaient pas entrer en Égypte sans permission de l'empereur. La raison était simple : un sénateur en Égypte pouvait y nouer des contacts, y lever des forces, s'y constituer une base de pouvoir. C'était trop dangereux.
Les membres de la famille impériale princes et princesses du sang — étaient encore plus strictement contrôlés. Un prince impérial en Égypte, avec sa popularité potentielle et ses connexions dynastiques, représentait un danger encore plus grand qu'un simple sénateur. Il pouvait y être acclamé par les légions stationnées là, y trouver des ressources pour financer une rébellion, s'y proclamer rival de l'empereur régnant.
Les chevaliers de rang élevé étaient également soumis à des restrictions, bien que moins strictes que pour les sénateurs.
Mais le statut exceptionnel de l'Égypte ne s'expliquait pas seulement par des raisons politiques et militaires. Il y avait une dimension économique tout aussi fondamentale.
L'Égypte était le grenier à blé de Rome . La vallée du Nil, avec ses inondations annuelles qui déposaient un limon fertile sur les champs, produisait des quantités de blé absolument colossales. On estime que l'Égypte fournissait environ un tiers des besoins en blé de Rome une ville d'un million d'habitants qui ne pouvait pas se nourrir elle-même et dépendait entièrement des importations.
Contrôler l'Égypte, c'était donc contrôler l'alimentation de Rome. Couper les livraisons de blé égyptien, c'était affamer la capitale et affamer Rome, c'était déclencher des émeutes, renverser le pouvoir. L'Égypte était donc une arme politique d'une puissance redoutable entre les mains de qui la contrôlait.
Auguste l'avait parfaitement compris. En faisant de l'Égypte sa propriété personnelle, il s'assurait que personne d'autre que lui ne pourrait jamais utiliser cette arme. Quiconque voulait affamer Rome devrait d'abord s'emparer de l'Égypte — et pour s'emparer de l'Égypte, il fallait affronter les légions impériales qui la gardaient.
L'Égypte n'était pas seulement le grenier de Rome elle était aussi son coffre-fort. La richesse de l'Égypte était légendaire depuis l'Antiquité. L'or des mines nubier,nne, les revenus des terres agricoles, les taxes sur le commerce maritime de la mer Rouge — tout cela représentait des sommes colossales qui alimentaient directement le trésor impérial.
Le fiscus ou le trésor personnel de l'empereur, distinct du trésor public du Sénat tirait une part considérable de ses revenus de l'Égypte. C'était l'argent qui permettait à l'empereur de payer ses prétoriens, de financer ses largesses, de construire ses monuments, de maintenir sa cour dans le luxe qui seyait à sa dignité.
Là encore, laisser entrer en Égypte un rival potentiel un sénateur ambitieux, un prince impérial populaire c'était lui donner accès à ces ressources fabuleuses. C'était lui fournir les moyens financiers d'une rébellion.
Le gouverneur de l'Égypte portait le titre de Praefectus Alexandreae et Aegypti Préfet d'Alexandrie et d'Égypte était un chevalier pas un sénateur nommé directement par l'empereur et révocable à volonté. Il exerçait en Égypte une autorité quasi royale il commandait les légions stationnées dans la province, rendait la justice, administrait les finances, supervisait l'irrigation et la production agricole.
Mais cette autorité immense était strictement personnelle et révocable. Le préfet n'avait pas de base de pouvoir indépendante pas de clientèle sénatoriale, pas de réseau politique propre. Il était l'homme de l'empereur et rien d'autre. Sa grandeur était entièrement dépendante de la volonté impériale
C'est dans ce contexte qu'il faut replacer la visite de Germanicus en Égypte en 19 après J.-C..
Germanicus fils adoptif de Tibère, commandant suprême des provinces orientales décida de visiter l'Égypte. Les motivations qu'il invoqua étaient multiples : curiosité intellectuelle pour les monuments pharaoniques, désir de voir les pyramides et les temples, intérêt pour la culture égyptienne qu'il admirait depuis longtemps.
Mais il ne demanda pas la permission de Tibère. Ou du moins et c'est là que les sources divergent soit il ne la demanda pas, soit il ne l'obtint pas, soit il ne l'attendit pas suffisamment longtemps avant de partir. En tout état de cause, il entra en Égypte sans l'autorisation expresse de l'empereur.
Ce faisant, il violait une règle fondamentale du droit public romain une règle qu'Auguste lui-même avait édictée et que tous ses successeurs avaient maintenue. Et il violait cette règle en tant que membre de la famille impériale exactement la catégorie de personnes pour laquelle l'interdiction était la plus stricte.
Sa visite fut un succès populaire retentissant. Les Alexandrins l'accueillirent avec enthousiasme ils voyaient en lui le fils de Germanicus, le prince charmant, l'espoir de l'Empire. Il visita les pyramides de Gizeh, remonta le Nil jusqu'à Thèbes, admira les colosses de Memnon, s'entretint avec les prêtres des grands temples égyptiens.
Il fit également un geste qui aggrava encore sa situation il ouvrit les greniers impériaux pour soulager une famine qui sévissait dans la région. Ce geste généreux et populaire était en lui-même une transgression les greniers d'Égypte appartenaient à l'empereur, et les ouvrir sans autorisation, c'était disposer des biens de Tibère comme s'ils étaient les siens.
La réaction de Tibère fut immédiate et publique. Il envoya une lettre au Sénat dans laquelle il réprimanda formellement Germanicus pour sa visite non autorisée en Égypte. Cette réprimande publique adressée non pas en privé mais devant le Sénat tout entier était une humiliation calculée.
Tibère invoqua le précédent augustéen Auguste lui-même avait établi cette règle, et personne n'était au-dessus d'elle, pas même le fils adoptif de l'empereur. Germanicus avait agi comme si les lois de l'Empire ne s'appliquaient pas à lui c'était une arrogance inacceptable.
Mais derrière le reproche légal se cachait évidemment autre chose. La visite de Germanicus en Égypte avait démontré une fois de plus son extraordinaire popularité les Alexandrins l'avaient accueilli comme un dieu vivant. Et cette popularité, dans la province la plus stratégique de l'Empire, était précisément ce que Tibère redoutait le plus.
En ouvrant les greniers impériaux, Germanicus avait également montré qu'il était capable d'exercer le pouvoir impérial de fait — de disposer des ressources de l'Empire comme si elles lui appartenaient déjà. Pour Tibère, c'était peut-être le signe le plus inquiétant de tous.
C'est dans ce contexte de tensions croissantes qu'il rencontra son ennemi le plus redoutable en Syrie.
Cnaeus Calpurnius Piso, gouverneur de Syrie nommé par Tibère lui-même, était un aristocrate intransigeant qui refusait ouvertement d'obéir à Germanicus et annulait ses décisions. Sa femme Plancine était l'amie intime de Livie la mère de Tibère. Leurs querelles devinrent publiques et scandaleuses.
Au printemps 19 après J.-C., Germanicus tomba malade. Il déclina rapidement, convaincu d'avoir été empoisonné. Dans sa chambre et dans les murs de sa maison, on découvrit des restes humains, des tablettes de malédiction portant son nom, des objets de magie noire. Depuis son lit de malade, il accusa publiquement Piso et Plancine d'avoir attenté à sa vie.
Il mourut le 10 octobre 19 après J.-C. à Antioche, à trente-trois ans. Ses dernières heures furent consacrées à ses proches — il recommanda sa femme et ses enfants à ses amis, et demanda que justice fût faite.
La réaction de Rome fut stupéfiante. Tacite décrit une ville paralysée — boutiques fermées, tribunaux silencieux, rues désertes. Les gens se rassemblaient spontanément en pleurant, comme après une catastrophe nationale. Les soldats brisaient leurs armes, les magistrats abandonnaient leurs insignes.
Agrippine rentra à Rome avec les cendres de son mari qu'elle portait elle-même, dans une urne, refusant de les confier aux soins officiels. Partout où son navire fit escale, les foules se rassemblèrent dans un silence recueilli. À Rome, la foule attendit sur la Via Appia dans une atmosphère que Tacite compare aux funérailles d'Auguste.
Tibère, lui, ne pleurait pas. Il continua à vaquer à ses occupations, refusa d'interrompre les spectacles publics. Cette froideur fut interprétée par beaucoup comme la preuve d'une indifférence coupable voire d'un soulagement inavouable.
Piso fut jugé devant le Sénat en 20 après J.-C. Comprenant que sa condamnation était inévitable et que Tibère ne le sauverait pas, il se suicida avant la fin du procès. Sa femme Plancine fut épargnée grâce à l'intervention de Livie ce qui confirma aux yeux de beaucoup la complicité de la mère de Tibère.
En 1996 on a découvert en Espagne révéla le texte presque complet du décret du Sénat concernant le procès de Piso Ce décret condamne Piso pour sa conduite en Syrie, mais reste remarquablement discret sur la cause exacte de la mort de Germanicus. Ce silence est peut-être la plus éloquente des réponses.
La question reste sans réponse définitive. Les arguments en faveur de sa culpabilité sont nombreux il avait un mobile, les moyens et bénéficia de la mort. Mais les preuves directes font totalement défaut — ce que les sources antiques présentent comme des preuves ne sont que des soupçons et des rumeurs. La vérité est probablement irrémédiablement perdue.
La mort de Germanicus fut un tournant décisif. Elle ouvrit une période de terreur dans laquelle Agrippine et ses fils aînés périrent, victime de la paranoïa croissante de Tibère. Seul Caligula survécut et quand il prit le pouvoir en 37 après J.-C., il fut accueilli avec l'enthousiasme que les Romains avaient voué à son père. Sa dérive vers la tyrannie fut d'autant plus traumatisante qu'elle trahissait les espoirs placés dans la lignée de Germanicus.Tacite fit de Germanicus le symbole de toutes les vertus que le régime impérial avait étouffées. Dans sa plume magistrale, il devient une figure presque christique — jeune, beau, bon, mort trop tôt, trahi par ceux qui auraient dû le protéger.
Ses cendres reposeront dans le Mausolée d'Auguste à Rome. Et les derniers mots que Tacite lui prête, mourant à Antioche, résonnent encore deux mille ans plus tard :
« Si je mourais de ma mort naturelle, j'aurais encore de justes griefs contre les dieux de m'avoir arraché si tôt à mes parents, à mes enfants, à ma patrie. Mais c'est le poignard de Piso et de Plancine qui m'ont frappé. »
Vraie ou fausse, cette accusation résonne comme un cri dans le silence de l'histoire.
Mais revenons à Caligula
Son règne - de 37 a 41 après J.-C., soit moins de quatre ans  est l'un des plus controverses de toute l'histoire impériale romaine. Les sources antiques qui nous sont parvenues - principalement Suétone, Dion Cassius et Philon d'Alexandrie - le dépeignent comme un monstre de cruauté et de perversion, un fou qui se prenait pour un dieu, qui nommait son cheval consul, qui déclarait la guerre à l’Océan, qui épousait sa sœur et faisait exécuter des sénateurs pour le plaisir.
Mais les historiens modernes sont beaucoup plus prudents. Ces sources sont toutes hostiles a Caligula - écrites après sa mort par des auteurs qui avaient toutes les raisons de le noircir, soit parce qu'ils appartenaient a la classe sénatoriale qu'il avait humiliée, soit parce qu'ils voulaient flatter ses successeurs. La réalité historique de Caligula est probablement beaucoup plus complexe que la caricature que nous a transmise l’Antiquité. Et le film Caligula n ‘ pas arrangée sa légende de prince pervers
Ce qui est certain, c'est que Caligula était un homme d'une certaine intelligence d'une culture remarquable et d'une personnalité explosive. Fils du populaire général Germanicus - le héros de Rome, mort prématurément dans des circonstances suspectes -, il avait grandi dans l’atmosphère empoisonnée de la cour de Tibère a Capri, ou la paranoïa, la délation et la violence étaient monnaie courante. Cette enfance traumatique marqua profondément sa personnalité.

Son oncle Claude lui succéda proclamé par les prétoriens après l ‘assassinat de Caligula premier pronuncimento d’une longue série dans l’ Histoire des Empereurs Romains
Les bateaux
Les sources antiques mentionnent les bateaux de Nemi, mais c'est surtout leur découverte moderne qui a permis d'en mesurer l'extraordinaire ampleur. Plusieurs tentatives avaient été faites pour les remonter au fil des siècles - notamment par Léon Battista Alberti en 1446 -, mais c'est seulement en 1927-1932 que Mussolini ordonna le drainage partiel du lac pour les remettre a jour.
Les
deux navires, désignes comme le Navire I et le Navire II, étaient d'une taille stupéfiant ‘pour l’Antiquité :
Navire I : 73 mètres de longueur pour 24 mètres de largeur
Navire II : 71,30 mètres de longueur pour 24 mètres de largeur
Donc le Navire I était légèrement plus long que le Navire II
Pour donner une idée concrète de ce que représentent 73 mètres de long sur 24 mètres de large
C'est à peu près la taille d'un immeuble de 7 étages couché sur le côté
C'est plus large qu'un terrain de basketball (28 mètres de long)
C'est comparable à une corvette militaire moderne
Pour la largeur de 24 mètres il faut imagine une rue à deux voies avec trottoirs
Ces bateaux étaient en réalité plus grands qu'une frégate et surtout beaucoup plus larges. La largeur de 24 mètres est particulièrement remarquable elle correspond plutôt à un vaisseau de ligne de premier rang, le plus grand type de navire de guerre du XVIIIe siècle.

 
Ce qui rend ces dimensions encore plus stupéfiantes
Ce qui rend ces dimensions vraiment extraordinaires, c'est le contexte dans lequel ces navires furent construits :
Ils furent construits dans un lac fermé d'environ 1,7 km de diamètre sans accès à la mer
Ils ne pouvaient donc jamais en sortir ils y furent construits et y restèrent pour toujours
Le lac de Nemi est situé dans un cratère volcanique entouré de falaises à l'accès était difficile
Tout le matériel de construction le bois de cèdre du Liban, les marbres précieux, les bronzes — dut être transporté à travers des routes de montagne jusqu'au lac
Construire des navires de cette taille dans un tel endroit, au Ier siècle après J.-C., était un exploit logistique et technique proprement stupéfiant.
En conclusion
Ces navires furent construits directement, sur place, et n'en sortirent jamais. Ils étaient condamnes a rester la pour toujours, palais flottants sur un lac sacre, prisonniers du cratère volcanique qui les avait vus naître.
La construction
Internet

La construction de ces deux navires représentait un défi technique considérable
. Les ingenieurs romains durent mobiliser des ressources humaines et matérielles colossales pour mener a bien ce chantier dans le cadre confine du cratère lacustre.
La coque des deux navires était construite en bois de cèdre un matériau précieux, importe du Liban à grand frais - assemblée avec un soin extrême.
Les planches étaient fixées par des chevilles de bronze et des clous de cuivre, chaque joint étant soigneusement calfaté pour assurer l’étanchéité.
La coque était ensuite recouverte d'une couche de poix pour la protéger de l'eau, puis d'une couverture de plomb - des feuilles de métal soigneusement soudées - qui constituait une protection supplémentaire contre l’humidité.
Sous la couverture de plomb, les archéologues découvrirent les noms des ouvriers qui avaient travaillé a la construction, gravés dans le métal comme une signature collective de l’équipe qui avait réalisé cet exploit.
Le luxe
C'est dans l’aménagement intérieur et la décoration que les bateaux de Nemi révèlent toute la démesure
Ce que les archéologues découvrirent lors des fouilles des années 1930 dépassait tout ce qu'on avait imaginé.
Les ponts des navires étaient recouverts de mosaïques d'une finesse et d'une complexité extraordinaires - des milliers de petites tesselles de marbre, de verre et de pâte colorée formant des motifs géométriques et figuratifs d'une grande beauté. Ces mosaïques, comparables a celles des plus belles villas romaines, témoignent d'un niveau de luxe proprement impérial.
Les colonnes qui ornaient les superstructures étaient en marbre précieux marbre de Carrare blanc comme la neige, marbre cipolin aux veines vertes, porphyre rouge d’Égypte, granit gris d'Assouan. Ces marbres, venus des quatre coins de l'Empire, représentaient une fortune colossale.
Les tuiles qui couvraient les toits des superstructures étaient en bronze dore- un matériau réservé aux constructions les plus prestigieuses, qui brillait au soleil comme de l'or et transformait le lac en un spectacle éblouissant.

 
Les tuyaux de plomb découverts lors des fouilles témoignent d'un système hydraulique sophistique - eau courante, fontaines, peut-être même des bains - comparable a celui des plus belles demeures de Rome. L'eau douce était probablement amenée depuis les sources environnantes par un aqueduc spécialement construit pour les navires.
Les têtes de lion et les méduses - gardiens des palais flottants

 
Parmi les découvertes les plus spectaculaires figurent les têtes de bronze qui ornaient les extrémités des poutres et les proues des navires. Ces têtes - représentant des lions rugissants, des méduses aux serpents entrelaces, des loups et des aigles - sont des chefs-d’œuvre de la fonderie en bronze romaine.
Les têtes de méduse sont particulièrement remarquables. La Médusé - le monstre de la mythologie grecque dont le regard pétrifiait quiconque le croisait - était une figure apotropaïque, destinée a éloigner le mal et les mauvais esprits. Sa présence sur les navires de Caligula n’était pas seulement décorative - elle avait une fonction magique, protégeant les palais flottants et leur impérial occupant contre les forces maléfiques.
Ces têtes de bronze, d'une expressivité et d'un dynamisme saisissants, sont parmi les plus belles sculptures romaines qui nous soient parvenues. Elles témoignent d'un niveau d'excellence artistique qui n'a rien a envier aux grandes œuvres de la sculpture grecque classique.
Les merveilles techniques
Au-delà de leur dimension esthétique, les bateaux de Nemi représentent une source d'information exceptionnelle sur le niveau technologique atteint par les Romains au Ier siècle après J.-C.
Les pompes a pistons en bronze découvertes sur les navires témoignent d'une maîtrisé de l'hydraulique qui ne sera retrouvée en Europe qu'a la Renaissance. Ces pompes a double effet - capables d'aspirer et de refouler de l'eau en continu - sont des dispositifs mécaniques d'une sophistication remarquable.
Les roulements a billes en bronze - découverts lors des fouilles et longtemps considères comme des trouvailles uniques - témoignent d'une connaissance du principe du roulement mécanique qui aurait du révolutionner la technique romaine. Pourquoi ce principe ne fut-il pas applique plus largement ? C'est l'une des grandes questions de l'histoire des techniques.
Les systèmes de chauffage - comparables a l'hypocauste des thermes - permettaient de maintenir une température agréable dans les salles intérieures des navires, même par temps froid.
A quoi servaient ces navires ?
La question de la fonction des bateaux de Nemi a fascine les historiens depuis leur découverte. Plusieurs hypothèses ont été avancées.
La première et la plus évidente est celle du plaisir et du luxe. Caligula aimait les plaisirs raffines, et ces navires étaient simplement l'expression la plus extravagante de ce goût pour le luxe. Le lac de Nemi, avec sa beauté naturelle et son cadre sacre, offrait un décor idéal pour des banquets, des fêtes et des divertissements dignes d'un dieu.
La deuxième hypothèse est celle du lien avec le culte de Diane. Le lac de Nemi tant consacre a Diane, les navires pourraient avoir joue un rôle dans les cérémonies religieuses - soit comme plateformes pour des rites nautiques, soit comme résidences temporaires pour les prêtres et les officiants du sanctuaire.
La troisième hypothèse, la plus audacieuse, est celle de la divinisation. Caligula se prenait pour un dieu - ou du moins jouait-il ce rôle avec une constance qui troublait profondément ses contemporains. Se faire construire des palais flottants sur le lac sacre de Diane pouvait être une manière d'affirmer symboliquement sa nature divine, de s'associer a la déesse du lieu et de montrer a tous qu'il n’était pas soumis aux mêmes contraintes que les simples mortels.
Quelle que soit la vérité, une chose est certaine : ces navires étayent avant tout une déclaration de puissance absolue. Seul le maître du monde pouvait se permettre de construire de tels objets - et Caligula voulait que tout le monde le sache.
Deux mille ans au fond du lac
Après l'assassinat de Caligula en 41 après J.-C., le sort des navires est incertain. Son successeur Claude oncle de Caligula, homme cultive et modéré les fit probablement abandonner. Trop coûteux a entretenir, trop associes a la mémoire d'un empereur que le Sénat avait fait frapper de damnatio memoriae - la condamnation de la mémoire, l'effacement officiel de son existence -, les navires furent laisses a l'abandon.
Ils coulèrent progressivement, lentement, au fil des décennies et des siècles, s’enfonçant dans la vase et les sédiments du fond du lac. L'eau froide et peu oxygène du lac de Nemi créa des conditions de conservation exceptionnelles. Le bois, protégé par la couverture de plomb et par l'absence d'organismes destructeurs, se conserva de manière remarquable. Les objets de bronze, a l'abri de l'air et de l’humidité, garderont leur forme et leur éclat.
Pendant deux mille ans, les palais de Caligula dormirent au fond du lac, ignores du monde mais parfaitement conserves dans leur linceul de vase.
Les tentatives de récupération  de la Renaissance a Mussolini
La mémoire des navires de Nemi ne disparut jamais complètement. Les sources antiques les mentionnaient, et les pécheurs locaux remontaient parfois dans leurs filets des fragments de bois ou de bronze qui alimentaient les légendes locales.
La première tentative sérieuse de récupération eut lieu en 1446, a l'initiative de Léon Battista Alberti - le grand architecte et humaniste de la Renaissance. Alberti fit construire un engin de levage spécial et parvint a remonter plusieurs pièces de bois et quelques objets de bronze. Mais les navires persistent - ils étaient trop lourds, trop enfouis, trop profonds.
D'autres tentatives suivirent au fil des siècles - en 1535, en 1827, en 1895 - chacune parvenant à récupérer quelques objets mais aucune a remonter les navires entiers.
C'est finalement Benito Mussolini qui réussit la ou tous ses prédécesseurs avaient échoué - mais par une méthode radicale. En 1927, le Duce ordonna le drainage partiel du lac de Nemi - une opération titanesque qui mobilisa des centaines d'ouvriers pendant cinq ans. Le niveau du lac fut abaisse de 22 mètres, exposant progressivement les deux navires.Il fit remttre enservice un emissaire datant de l époque romaine 
L émissaire du lac de Nemi  soit comment protéger le sanctuaire sacré de Diane
La vraie raison de sa construction
La raison première et principale de la construction de l'émissaire du lac de Nemi était bien de protéger le sanctuaire de Diane Nemorensis contre les inondations. C'est la version que confirment le mieux à la fois les sources archéologiques et le bon sens historique.
Le mécanisme était simple et redoutable. Le lac de Nemi étant un cratère volcanique fermé — sans exutoire naturel — les pluies abondantes du Latium, notamment en automne et en hiver, faisaient monter le niveau du lac de manière parfois spectaculaire. Les eaux montantes menaçaient directement les installations du sanctuaire de Diane, situé sur les rives du lac — les temples, les portiques, les autels, les dépôts votifs, les habitations des prêtres.
Inonder le sanctuaire le plus vénéré du Latium  le lieu sacré de Diane Nemorensis, dont les origines remontaient à la nuit des temps  aurait été  une catastrophe à la fois matérielle et religieuse. Matérielle parce que les bâtiments et les trésors du sanctuaire étaient en danger. Religieuse parce qu'une inondation du lieu sacré pouvait être interprétée comme un mauvais présage, une colère de la déesse, un signe funeste pour la communauté.
Quand fut-il construit ?
La datation exacte de l'émissaire fait encore débat parmi les archéologues, mais la majorité s'accorde aujourd'hui pour le situer entre le Ve et le IIIe siècle avant J.-C. — soit bien avant l'époque romaine proprement dite, dans la période où le Latium était encore organisé en confédération de cités indépendantes dont Nemi faisait partie.
Certains chercheurs proposent même une date encore plus ancienne  VIe siècle avant J.-C.  ce qui en ferait l'une des plus anciennes œuvres d'ingénierie hydraulique de l'Italie centrale. Cette datation haute est soutenue par des analyses des techniques de construction du tunnel — le type de taille de la roche, les outils utilisés  qui rappellent des techniques pré-romaines.
Ce qui est certain, c'est que l'émissaire existait déjà bien avant Caligula et ses bateaux. Il était déjà ancien quand les navires furent construits au Ier siècle après J.-C. Et il continua à fonctionner longtemps après que les bateaux eurent coulé au fond du lac.
Pour comprendre l'urgence qui poussa les anciens habitants du Latium à creuser ce tunnel considérable, il faut visualiser précisément la géographie du lieu.
Le lac de Nemi est situé dans un cratère dont les parois s'élèvent à une hauteur de 150 à 200 mètres au-dessus du niveau de l'eau. Le sanctuaire de Diane Nemorensis était installé sur une terrasse artificielle aménagée sur la rive nord du lac  à faible hauteur au-dessus du niveau de l'eau, donc directement exposé aux crues.
Cette terrasse avait été construite avec un soin considérable  des murs de soutènement en opus incertum retenaient les terres de la rive et créaient une plateforme horizontale sur laquelle s'élevaient les bâtiments du sanctuaire. Mais malgré ces précautions constructives, la menace des crues restait permanente. En période de fortes pluies  et le Latium peut connaître des précipitations très importantes en automne — le lac pouvait monter de plusieurs mètres en quelques jours, envahissant la terrasse du sanctuaire, noyant les autels et les ex-voto, endommageant les fondations des temples.
Sans l'émissaire, le sanctuaire aurait été régulièrement inondé  peut-être plusieurs fois par siècle  avec des conséquences désastreuses pour les bâtiments, les trésors et le prestige religieux du lieu.
L'exploit technique
Creuser un tunnel de 1 650 mètres à travers la roche volcanique  le tuf des Castelli Romani  avec les outils de l'époque était un exploit technique considérable. Les constructeurs de l'émissaire ne disposaient ni de machines ni d'explosifs — seulement de pics et de burins en fer, de marteaux, de paniers pour évacuer les déblais, et de lampes à huile pour s'éclairer dans l'obscurité du tunnel.
La technique utilisée était celle des puits verticaux  une méthode typique de l'ingénierie hydraulique antique italique. Des puits furent d'abord creusés verticalement depuis la surface, à intervalles réguliers le long du tracé prévu pour le tunnel. Ces puits — dont certains atteignaient 30 à 40 mètres de profondeur  permettaient à plusieurs équipes de travailler simultanément sur différentes sections du tunnel, avançant chacune vers les puits voisins.
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Cette technique présentait plusieurs avantages. Elle permettait d'avancer plus vite en multipliant les fronts de taille. Elle facilitait l'évacuation des déblais  remontés à la surface par les puits verticaux plutôt que transportés sur toute la longueur du tunnel. Elle permettait également de vérifier régulièrement l'alignement et la pente du tunnel des conditions essentielles pour garantir l'écoulement de l'eau par gravité.
La pente du tunnel était calculée avec une précision remarquable  suffisamment inclinée pour permettre un écoulement rapide de l'eau, mais pas trop pour éviter l'érosion excessive des parois. Cette précision, obtenue sans instruments modernes  seulement avec des niveaux à eau et des cordes à plomb— témoigne d'une maîtrise technique impressionnante.
Le système de régulation
L'émissaire n'était pas un simple trou dans la roche  c'était un système hydraulique sophistiqué doté d'un mécanisme de régulation permettant de contrôler le débit d'eau évacuée.
À l'entrée du tunnel, côté lac, un dispositif de vannes ou de clapets permettait d'ouvrir ou de fermer partiellement l'accès à l'émissaire. En fermant complètement la vanne, on pouvait maintenir le lac à son niveau maximum  utile en période de sécheresse pour conserver les réserves d'eau. En ouvrant complètement, on permettait un drainage rapide  utile en période de crues pour protéger le sanctuaire.
Ce système de régulation était probablement contrôlé par les prêtres du sanctuaire  qui décidaient, en fonction des conditions météorologiques et des nécessités rituelles, du niveau à maintenir dans le lac sacré. Le contrôle du niveau de l'eau du lac sacré de Diane était ainsi une prérogative religieuse autant que technique.
Le lien avec le culte de Diane
Ce lien entre l'émissaire et le culte de Diane Nemorensis est peut-être l'aspect le plus fascinant de toute cette histoire. Le lac était le miroir de Diane  son eau était sacrée, son niveau avait une signification religieuse. Contrôler ce niveau, c'était donc d'une certaine manière contrôler la manifestation physique de la déesse dans le monde des hommes.
Certains historiens des religions ont même avancé l'hypothèse que le niveau du lac pouvait varier selon un calendrier rituel — monter à certaines périodes de l'année pour des cérémonies particulières, baisser à d'autres moments. L'émissaire aurait ainsi été non seulement un outil de protection contre les inondations, mais aussi un instrument liturgique au service du culte de la déesse.
Cette hypothèse reste spéculative  mais elle s'inscrit dans une logique cohérente avec ce que nous savons du sanctuaire de Nemi et de ses pratiques rituelles complexes et archaïques.
La longévité extraordinaire de l'émissaire
Ce qui frappe peut-être le plus dans l'histoire de l'émissaire du lac de Nemi, c'est sa longévité extraordinaire. Construit il y a peut-être 2 500 ans pour protéger un sanctuaire aujourd'hui disparu, il fonctionne encore aujourd'hui — contribuant toujours au drainage naturel du lac et à la régulation de son niveau.
Deux mille cinq cents ans de service ininterrompu  c'est une performance que peu d'ouvrages d'ingénierie moderne peuvent égaler. Les ponts, les routes, les barrages modernes sont conçus pour durer cent, deux cents ans au maximum. L'émissaire romain — creusé à la pioche par des ouvriers anonymes dans la roche volcanique du Latium — a traversé vingt-cinq siècles sans être remplacé.
Il a vu passer les rois latins et les consuls romains, les empereurs julio-claudiens et les papes médiévaux, les princes de la Renaissance et les dictateurs du XXe siècle. Il a servi à protéger le sanctuaire de Diane, à récupérer les bateaux de Caligula, à alimenter les champs de la campagne romaine. Et il continue, modestement, silencieusement, à faire son travail — évacuant les eaux du lac sacré vers la plaine, comme il le fait depuis le début.
C'est peut-être le plus bel hommage que l'on puisse rendre au génie des ingénieurs antiques — leurs œuvres durent non pas des siècles, mais des millénaires.
Les travaux de Mussolini Vider le lac sacré de Diane
La décision du Duce
Il faut savoir que son surnom c'etait il piconne del regime une expression qui dit tout
L'expression « il piccone del regime » — la pioche du régime — est l'une des formules les plus évocatrices pour décrire la méthode de gouvernement de Mussolini. Elle désigne cette façon brutale et autoritaire qu'avait le Duce de trancher les problèmes — comme un coup de pioche, sans débat, sans opposition possible, sans délai.
Quand Mussolini décidait quelque chose  il le faisait. Point final.
Il n'y avait pas de commission parlementaire à consulter, pas d'opposition politique à convaincre, pas de budget à négocier pendant des années, pas de recours juridique possible. La décision du Duce était immédiatement exécutoire. Les ressources humaines et financières nécessaires étaient mobilisées sans discussion. Les obstacles administratifs étaient balayés. Les propriétaires expropriés n'avaient pas voix au chapitre.
Les grands chantiers fascistes — la pioche en action
Le drainage du lac de Nemi n'était pas un cas isolé. Il s'inscrivait dans une longue série de grands chantiers lancés par Mussolini avec cette même méthode autoritaire
Le drainage des marais Pontins — l'une des réalisations les plus spectaculaires du régime. Ces vastes marécages qui s'étendaient au sud de Rome, foyers de paludisme depuis l'Antiquité, que des dizaines de gouvernements romains, médiévaux et modernes avaient tenté en vain d'assécher, furent drainés en quelques années par le régime fasciste. Des dizaines de milliers d'ouvriers — souvent des chômeurs du nord de l'Italie — furent envoyés sur place dans des conditions difficiles. En 1932, la ville de Littoria — aujourd'hui Latina — surgit du néant au milieu de terres assainies. En 1934, Sabaudia. Puis Pontinia, Aprilia, Pomezia. Cinq villes nouvelles en dix ans, là où il n'y avait que marécages et fièvre.
Les fouilles archéologiques de Rome — Mussolini fit démolir des quartiers entiers de la Rome médiévale et Renaissance pour dégager les monuments antiques. Le forum de Trajan, la colonne de Marc Aurèle, les temples du forum Boarium, la via dei Fori Imperiali — cette grande avenue rectiligne tracée entre le Colisée et la place Venise, inaugurée en 1932 pour permettre les défilés militaires — tout cela fut réalisé en quelques années, au prix de destructions archéologiques considérables que les spécialistes déplorent encore aujourd'hui, mais avec une efficacité redoutable.
En 1927, Benito Mussolini prit la décision de procéder au drainage complet du lac de Nemi. Cette décision s'inscrivait dans la politique culturelle du régime fasciste — s'approprier l'héritage de la Rome antique pour légitimer le pouvoir du Duce. Récupérer les bateaux de Caligula était une manière spectaculaire d'affirmer cette filiation avec les Césars.
L'opération fut confiée à l'ingénieur Guido Ucelli di Nemi, qui allait devenir le grand spécialiste des navires antiques et plus tard directeur du musée construit pour les abriter.
Les deux méthodes combinées
La stratégie adoptée fut de combiner intelligemment l'ancien et le moderne :
Premièrement, l'émissaire romain fut remis en état. Après des siècles d'utilisation intermittente, le tunnel antique était partiellement obstrué par des sédiments et des effondrements. Des équipes d'ouvriers pénétrèrent dans le tunnel — courbés dans l'espace étroit, travaillant à la lumière de lampes — pour le nettoyer, le consolider et le remettre en service. Ce fut un travail épuisant et dangereux, mais indispensable.
Deuxièmement, des pompes mécaniques modernes à moteurs électriques furent installées sur les rives du lac pour accélérer considérablement le drainage. L'émissaire seul aurait mis des années à faire baisser le niveau du lac de manière significative — les pompes permirent d'accélérer l'opération.
Cinq ans de travaux
L'opération débuta en 1927 et se poursuivit pendant cinq ans. Le niveau du lac descendit progressivement de 22 mètres — exposant peu à peu les deux épaves endormies depuis deux mille ans dans leur linceul de vase.Ce fut une opération d'une complexité et d'une délicatesse extraordinaires. Au fur et à mesure que le niveau de l'eau baissait, les épaves apparaissaient progressivement. Le bois, après deux mille ans d'immersion, était dans un état extrêmement fragile — exposé à l'air, il risquait de se dégrader rapidement. Des équipes de conservateurs travaillaient en permanence pour traiter le bois exposé, l'imprégnant de résines et de produits consolidants pour éviter qu'il ne se désintègre au contact de l'air.Les objets découverts — bronzes remarquables, fragments de mosaïques, éléments architecturaux, pompes hydrauliques, pièces de serrurerie — étaient soigneusement extraits, photographiés, catalogués et transportés vers des dépôts provisoires.

 

 
 
Les fouilles qui suivirent - de 1929 a 1932 - furent menées avec un soin et une méthode remarquables pour l’poque. Les navires, encore en grande partie intacts, furent dégagés millimètre par millimètre, chaque objet soigneusement photographie, catalogue et conserve.
Pour les abriter, un musse spécialement construit fut inaugure en 1936 sur les rives du lac - le Museo delle Navi Romane di Nemi. Les deux coques, encore partiellement recouvertes de leurs plombages d'origine, furent installées dans ce bâtiment construit a leur mesure.
La catastrophe de 1944
Et puis vint la guerre. Et la catastrophe.
Dans la nuit du 31 mai au 1er juin 1944, un incendie se déclara dans le musée de Nemi. En quelques heures, les deux navires - ces miracles de conservation qui avaient survenu deux mille ans au fond du lac - furent entièrement détruits. Il ne resta que des cendres et quelques fragments calcines.
La responsabilité de l'incendie n'a jamais été définitivement établie. Les versions divergent selon les sources et selon les partis pris politiques :
Selon la version officielle italienne d’après-guerre, c'est un soldat allemand qui aurait mis le feu au musée lors du retrait des forces allemandes devant l'avance alliée. Cette version est soutenue par plusieurs témoignages locaux.
Selon une version alternative, l'incendie aurait ete accidentel - cause par des soldats qui se seraient installes dans le musée et auraient allume un feu pour se chauffer.
Une troisième version, moins documentée, attribue l'incendie a des partisans italiens qui auraient cru a tort que le musée abritait des stocks d'armes ou de munitions allemandes.
Quelle que soit la vérité, le résultat est le mème : les bateaux de Caligula, qui avaient miraculeusement survécu deux mille ans, périrent en une nuit de 1944. C'est l'une des pertes archéologiques les plus irréparables de toute la Seconde Guerre mondiale.
Ce qui survécut
Heureusement, tout n’était pas perdu. Avant la guerre, les archéologues avaient eu la sagesse de photographier en détail chaque pièce des navires et d'en faire des moulages. De nombreux objets avaient également été transférés dans d'autres musées ou conserves dans des dépôts éloignes du lac.
Les têtes de lion et de méduse en bronze - les plus spectaculaires des découvertes  avaient été deposées au Museo Nazionale Romano de Rome, ou elles se trouvent encore aujourd'hui. Ces chefs-d’œuvre de la fonderie romaine sont les témoins les plus éloquents de la splendeur des navires disparus.

 
Les pompes a eau en bronze - ces merveilles d’ingénierie hydraulique - avaient également été sauvegardées et sont aujourd'hui exposées dans différents musées italiens.
Des fragments de mosaïques, des pièces de serrurerie, des clous et chevilles de bronze, des morceaux de tuiles dorées - tout cela témoigne encore de la magnificence des palais flottants de Caligula.
Le musée actuel et les répliques
Après la guerre, le Museo delle Navi Romane di Nemi fut reconstruit et rouvert. Aujourd'hui, il présente des maquettes a l’échelle des deux navires, reconstituées a partir des photographies et des plans d'avant-guerre, ainsi que tous les objets qui avaient été préalablement mis en sécurité.
Une cathedrale  immense et désepérement vide !!!!

 
Ces maquettes - d'une précision et d'une qualité remarquables - permettent de visualiser ce qu’étaient ces navires extraordinaires. Elles sont complétées par des panneaux explicatifs, des photographies d’époque et des reconstitutions infographiques qui donnent une idée assez précise de la réalité des palais flottants de Caligula.
En 2003, une réplique a l’échelle 1 de la proue du Navire I fut construite et mise a flot sur le lac de Nemi, permettant pour la première fois depuis deux mille ans de voir un élément de ces navires légendaires naviguer sur les eaux du lac sacre de Diane.
Conclusion
Les bateaux de Nemi sont l'une des histoires les plus romanesques et les plus tragiques de toute l’archéologie mondiale. Deux palais flottants construits par le prince le plus controverse de Rome, dormant deux mille ans au fond d'un lac sacre, ramenés a la lumière par un dictateur du XXe siècle, détruits en une nuit par la folie d'une autre guerre - et pourtant survivant, en partie, dans les musées italiens et dans la mémoire des hommes.
Ils nous rappellent que la grandeur et la démesure sont souvent les deux faces d'une même médaille. Que les empires passent, que les princes meurent, que les guerres détruisent - mais que la beauté créée par les hommes, même anéantie, laisse des traces dans la mémoire du monde.
Caligula - cet homme que l'histoire a condamne, que ses contemporains haïssaient et craignaient, que les empereurs suivants s’empressèrent d'effacer de la mémoire officielle - a réussi malgré tout ce que les grands de ce monde désirent le plus ardemment : traverser les siècles. Ses bateaux extraordinaires, ses palais de bronze et de marbre dore, son audace architecturale et sa démesure royale lui ont valu une immortalise que ses victimes et ses ennemis n'ont pas connue.
Aujourd'hui, si vous descendez au bord du lac de Nemi - ce miroir de Diane aux eaux sombres et profondes - et que vous regardez la surface tranquille de ses eaux, vous pouvez imaginer, dans les profondeurs de vase et de sédiments qui tapissent son fond, les fantômes des deux palais qui y dormirent pendant deux mille ans. Ils ne sont plus la. Mais leur histoire, elle, est bien vivante.

 

   


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