Rome Cité Fréjus Gallia Narbonensis Forum Julii Les monuments

Article écrit par : Claude Balmefrezol

Mis en ligne le 23/06/2026 à 09:45:55



Rome  Fréjus Gallia Narbonensis Forum Julii Les Monuments
Merci à JC Golvin pour son autorisation

Historique voir ICI

 

Les monuments principaux
 

 

'Amphithéâtre
 


Parmi les nombreux vestiges antiques qui font de Fréjus l'un des sites archéologiques les plus riches de France, l'amphithéâtre occupe une place singulière. Monument emblématique de la puissance et du génie romain, il est l'un des plus anciens amphithéâtres de Gaule, témoignage exceptionnel de la vie publique et des divertissements dans la colonie augustéenne de Forum Julii. Encore debout après deux millénaires, il continue d'accueillir des spectacles, assurant ainsi une continuité remarquable entre le monde antique et notre époque.
Origines et construction
Une date incertaine mais ancienne  La datation précise de l'amphithéâtre de Fréjus fait l'objet de discussions entre spécialistes. Les études architecturales et archéologiques le situent généralement entre la fin du Ier siècle av. J.-C. et le début du Ier siècle ap. J.-C., ce qui en fait l'un des tout premiers amphithéâtres construits en Gaule romaine, contemporain ou presque des grands chantiers augustéens qui transforment Forum Julii en véritable ville impériale.
Certains chercheurs avancent même une datation encore plus précoce, le plaçant parmi les premiers amphithéâtres en dur construits hors d'Italie  une distinction qui souligne l'importance accordée à Forum Julii dans les plans d'Auguste pour la romanisation de la Gaule méridionale.
Technique de construction
Contrairement aux grands amphithéâtres comme le Colisée de Rome ou celui de Nîmes, celui de Fréjus présente une caractéristique architecturale notable : il est en partie creusé dans le sol naturel et en partie construit en élévation, technique mixte économisant les matériaux tout en garantissant la solidité de l'ensemble.
Les matériaux utilisés sont caractéristiques de la construction romaine locale :
Opus incertum et opus vittatum pour les murs (moellons irréguliers liés à la chaux)
Blocs de grès et de calcaire pour les éléments structurels
Briques cuites pour certaines parties de la voûte
Enduits de mortier de chaux pour l'imperméabilisation
Les gradins (cavea) reposaient sur un système de voûtes en berceau rayonnantes, technique permettant de distribuer les charges et de ménager des couloirs de circulation couverts sous les gradins.
Description architecturale
Les dimensions L'amphithéâtre de Fréjus est un édifice de taille moyenne à l'échelle de l'Empire, ce qui correspond au statut de Forum Julii  grande ville provinciale, mais pas métropole :

Dimension Mesure
Grand axe (longueur) environ 114 mètres
Petit axe (largeur) environ 82 mètres
Capacité estimée 8 000 à 10 000 spectateurs
Hauteur d'origine environ 20 mètres

Au centre, l'arène elliptique  le treme vient latin arena, ou  sable  répandu pour absorber le sang Elle  mesure environ 70 mètres sur 40. C'est là que se déroulaient les spectacles. Elle est entourée d'un mur de protection (podium) séparant les spectateurs des combattants et des fauves. Sous l'arène existaient probablement des galleries souterrraines
La cavea ou gradins 
Le podium : premiers rangs, réservés aux magistrats, prêtres, notables et chevaliers
La maenia secunda : gradins intermédiaires pour les citoyens libres
La summa cavea : gradins supérieurs pour les femmes, les affranchis et les gens de condition modeste
Cette organisation spatiale du public n'était pas anodine : elle reproduisait et affirmait visuellement l'ordre social romain à chaque spectacle, faisant de l'amphithéâtre un puissant instrument de représentation collective.
Les accès et couloirs
Plusieurs vomitoires (du latin vomere, vomir — c'est-à-dire cracher les spectateurs) permettaient une circulation rapide du public. Ces couloirs voûtés débouchaient directement sur les gradins, permettant à des milliers de spectateurs d'entrer et sortir en un temps remarquablement court — efficacité logistique qui force encore l'admiration des ingénieurs modernes.
Deux entrées principales à chaque extrémité du grand axe donnaient accès à l'arène pour les combattants, les animaux et les équipements de spectacle
Pour tout autre renseignement voir ces articles sur les amphithéatres romains et les Gladiateurs
 Mais avec la crise du IIIe siècle et les difficultés économiques croissantes de l'Empire tardif, les jeux de l'amphithéâtre deviennent de plus en plus rares et modestes. L'essor du christianisme, hostile aux spectacles sanglants, contribue également à leur marginalisation progressive.
Au IVe siècle, les combats de gladiateurs sont officiellement interdits par l'empereur Constantin (325 ap. J.-C.), bien que la mesure soit appliquée progressivement et inégalement. Les venationes se poursuivent plus longtemps mais s'éteignent elles aussi à la fin de l'Antiquité.
L'amphithéâtre cesse alors sa fonction originelle et commence une longue période de réemploi et de dégradation. Comme partout en Gaule, il sert de carrière de pierres, ses matériaux soigneusement taillés étant récupérés pour construire les édifices du haut Moyen Âge.au dans Au Moyen Âge, l'amphithéâtre connaît un destin original : ses murs encore solides sont réutilisés comme fortification. Un petit château médiéval est édifié à l'intérieur de l'arène, et la cavea sert d'enceinte défensive naturelle. Cette réutilisation, qui dégrade le monument antique, contribue paradoxalement à sa conservation partielle en l'intégrant dans le tissu urbain médiéval.
Le Théâtre antique
Moins célèbre que l'amphithéâtre le théâtre antique est situé dans la partie nord-ouest de la ville, adossé à une légère éminence naturelle selon la tradition vitruvienne classique. Les Romains privilégiaient systématiquement ce type d'implantation en pente pour :
Réduire les terrassements nécessaires
Utiliser la colline comme support naturel des gradins
Bénéficier d'une acoustique naturelle optimisée par le relief
Offrir une orientation favorable évitant l'ensoleillement direct des spectateurs
Redécouverte progressive
Comme beaucoup de monuments antiques enfouis sous les constructions médiévales et modernes, le théâtre de Fréjus fut redécouvert progressivement à partir du XIXe siècle. Les premières observations sérieuses datent des années 1800-1820, quand des érudits locaux commencèrent à cartographier systématiquement les vestiges romains de la ville.Des campagnes de fouilles successives, menées tout au long du XXe siècle et encore aujourd'hui, ont permis de dégager et de comprendre une partie significative de l'édifice — sans toutefois avoir livré l'ensemble du monument, une partie restant sous les constructions actuelles.
Le théâtre de Fréjus est un édifice de taille moyenne,

Ces dimensions le placent dans la catégorie des théâtres provinciaux romains de bonne facture sans atteindre le gigantisme du  théatre d'Orange ni la modestie de certains théâtres ruraux.
La cavea
La cavea partie réservée aux spectateurs est organisée en hémicycle selon le plan canonique romain. Elle se divise en plusieurs zones :
L'ima cavea : premiers rangs au plus près de la scène, réservés aux notables, magistrats et prêtres
La media cavea : gradins intermédiaires pour les citoyens libres
La summa cavea : rangs supérieurs pour les femmes et les gens de condition modeste
Les gradins reposent en partie sur le relief naturel de la colline et en partie sur un système de substructions voûtées artificielles — mélange caractéristique de la technique romaine adaptée à la topographie locale.
L'orchestra
Entre la cavea et la scène, l'orchestra — espace semi-circulaire au sol dallé — était réservé dans le théâtre romain aux sièges d'honneur des personnages les plus éminents, contrairement au théâtre grec où l'orchestra était l'espace de jeu du chœur.
À Fréjus, des traces du dallage de marbre de l'orchestra ont été retrouvées lors des fouilles, témoignant du soin apporté à la décoration de cet espace prestigieux.
La scène et le bâtiment de scène
Le pulpitum (estrade de jeu des acteurs) et surtout le frons scaenae (façade monumentale du bâtiment de scène) constituaient la partie la plus spectaculaire du théâtre romain. Le frons scaenae de Fréjus devait être une façade à plusieurs niveaux ornée de Colonnes en marbre et pierre locale  Niches abritant des statues de divinités et de personnages illustres Entablements et frontons sculptés Revêtements de marbre coloré
Malheureusement, c'est précisément cette partie qui a le plus souffert des siècles : le bâtiment de scène, structure en élévation plus vulnérable, a été presque entièrement spolié dès le Moyen Âge, ses matériaux précieux récupérés pour d'autres constructions.
Le portique post-scaenam
Derrière le bâtiment de scène, les théâtres romains comportaient généralement un portique servant de promenade couverte pour le public pendant les entractes et les mauvais temps. Des indices archéologiques suggèrent l'existence d'un tel espace à Fréjus, bien que son état de conservation soit très fragmentaire.
Les spectacles
Contrairement à l'amphithéâtre réservé aux spectacles violents, le théâtre accueillait des genres plus variés :
Les ludi scaenici (jeux scéniques) comprenaient :
Les comédies (fabulae palliatae) — adaptations latines de comédies grecques, très populaires
Les tragédies — moins jouées que les comédies mais très prestigieuses
Les mimes — spectacles populaires sans masques, mêlant danse, acrobatie et sketches comiques
Les pantomimes — art très prisé sous l'Empire, un danseur seul interprétait tous les rôles sur une musique
Les atellanes — farces populaires d'origine osque très appréciées du public romain
Le public
Le théâtre accueillait une population diverse de 3 000 à 4 000 personnes — soit une part très significative de la population de Forum Julii. Contrairement à une idée reçue, les spectacles n'étaient pas réservés à une élite : l'entrée était gratuite ou quasi gratuite, les jeux étant financés par les magistrats et les notables dans le cadre de l'évergétisme.
Les occasions des spectacles
Les représentations théâtrales avaient lieu lors des grandes fêtes religieuses du calendrier romain :
Les Ludi Romani en septembre
Les Ludi Megalenses en avril
Les Ludi Apollinares en juillet
Les fêtes locales liées au culte impérial


Le théâtre et la vie civique
 


Un instrument de romanisation
Dans une colonie comme Forum Julii, le théâtre jouait un rôle politique et culturel fondamental. Assister aux spectacles, comprendre les références littéraires et mythologiques des pièces, partager les émotions collectives du public — tout cela participait à la construction d'une identité romaine commune parmi des populations d'origines diverses.
Le théâtre était en ce sens un puissant outil de romanisation des élites gauloises, qui trouvaient dans la fréquentation de ces spectacles une marque de distinction et d'appartenance à la civilisation impériale.
Le culte impérial
Les théâtres romains étaient étroitement liés au culte impérial. Le frons scaenae comportait généralement une niche centrale (valva regia) devant laquelle était placée une statue de l'empereur divinisé. Les spectacles débutaient souvent par des cérémonies religieuses en l'honneur des dieux et de l'empereur.
À Forum Julii, ville de fondation augustéenne, ce lien avec le culte impérial était particulièrement fort et chargé de sens.
Mais  il y eu une fin  car comme pour l'amphithéâtre, la fin des spectacles au théâtre de Fréjus est un processus graduel et complexe. La montée du christianisme, hostile aux spectacles qu'il associe à la débauche et au paganisme, contribue à leur marginalisation progressive dès le IVe siècle.
Les conciles ecclésiastiques multiplient les condamnations des spectacles et des acteurs  frappés d'infamie dans le droit romain tardif. La fréquentation diminue, les financements se tarissent, les représentations se raréfient.
À partir du haut Moyen Âge, le théâtre devient une carrière de matériaux particulièrement prisée. Ses marbres, ses colonnes, ses blocs de pierre taillée sont systématiquement récupérés pour construire les édifices médiévaux de Fréjus et des environs.Le groupe épiscopal — cathédrale, baptistère, cloître — contient probablement de nombreux éléments architecturaux prélevés sur le théâtre : colonnes, chapiteaux, dalles de marbre. Cette spoliation, si elle priva la postérité du monument antique, assura paradoxalement la survie matérielle de ses éléments les plus précieux, incorporés dans des édifices religieux protégés.
De nos jourr lessvestiges visibles sont modestes mais significatifs :
Des substructions (fondations et soubassements voûtés) de la cavea Des éléments du mur de scène en partie conservés Des traces du dallage de l'orchestra  Des fragments architecturaux dispersés dans les collections du musée archéologique
Les fouilles récentes ont notamment permis de : Préciser les dimensions exactes de l'édifice Identifier les phases de construction et d'éventuelles réfectionsRetrouver des fragments sculptés du décor du frons scaenaeMieux comprendre les techniques de construction employées
Voici une petite comparaison avec les théâtres de la Provincia

Comparaison avec les grands théâtres de Provence

Théâtre Capacité Conservation Particularité
Orange 10 000 Exceptionnelle Mur de scène intact
Arles 8 000 Partielle Deux colonnes célèbres
Vaison-la-Romaine 6 000 Bonne Fouilles exemplaires
Fréjus 3-4 000 Fragmentaire Contexte urbain riche
L'enceinte romaine

L'enceinte romaine de Fréjus, classée Monument Historique en 1886, a été construite en petit appareil de grès du Massif de l'Estérel. Elle était percée de 4 portes, à chaque extrémité des deux axes principaux de la ville romaine : le Décumanus Maximus et le Cardo Maximus.
Le rempart romain ne se limitait pas à une fonction défensive. Dans sa partie nord-est, son sommet servait d'assise à une partie de l'aqueduc acheminant l'eau depuis Mons vers la ville. Sur la Butte Saint-Antoine, la technique des contreforts en alvéoles semi-circulaires, également observée à Pompéi et Nîmes, soutenait le remblai de la colline
Deux portes restent encore visibles aujourd'hui : la Porte de Rome à l'Est et la Porte des Gaules à l'Ouest.
La Porte des Gaules

C'est un nom contemporain, la porte donnant vers la Gaule. Les portes prenaient le nom, sous l'Antiquité, soit de la ville la plus proche ici Aquae Sextiae (Aix-en-Provence)  soit de la voie romaine qui passait en-dessous, la Via Aurelia.La Porte des Gaules est la mieux conservée de la ville — il s'agit même de la plus grande porte romaine de France. Zou
Architecture
Cette porte monumentale dessinait un vaste hémicycle de 50 mètres de diamètre, avec aux extrémités deux tours rondes et au centre une porte charretière de 5,95 m de largeur  flanquée de deux poternes. Une autre tour en partie détruite et intégrée dans la maçonnerie de l'hémicycle existe encore à gauche d'une des poternes. Il pourrait s'agir du vestige d'un état antérieur où deux tours encadraient la porte, à l'exemple de la porte d'Auguste à Nimes
Trois portes à arcades : la plus grande au centre pour les véhicules, les plus petites sur ses côtés pour les piétons.
La Via Aurelia
C'est en 1919 que J. Formigé trouva sous le niveau de la porte un dallage avec les parties usées par les roues des véhicules. Encore visible aujourd'hui, c'est bien un vestige de la Via Aurelia, qui reliait Rome à la Gaule et traversait Fréjus. D'abord appelée Via Julia Augusta sous l'Empereur Auguste en 13 av. J.-C., cette route prit le nom de Via Aurelia sous l'Empereur Aurélien (270–275).
État actuel
Aujourd'hui envahie de câpriers sauvages, la Porte des Gaules se révèle comme un vestige poétique où la pierre et le végétal se rencontrent. Construite en grès du Massif de l'Estérel, cette porte aujourd'hui murée laisse encore deviner l'ampleur des ambitions romaines.

Les autres portes de l'enceinte romaine de Forum Julii
la Porte de Rome à l'est.
Contrairement à la Porte des Gaules, elle est totalement ruinée. Le pilier en grand appareil de grès rouge qui subsiste à proximité surmonté d'une croix de mission en 1842  n'est pas, selon le Docteur Donnadieu, un vestige de la porte elle-même, mais un morceau de monument, peut-être un arc de triomphe érigé avant la construction de l'enceinte. La porte véritable devait se situer en avant de cet arc, vers l'est. Elle a laissé seulement quelques vestiges de la tour qui la flanquait au nord-est et où l'aqueduc faisait sa jonction avec l'enceinte.
Son dispositif supposé :
Deux tours dominaient immédiatement l'ensemble au nord et au sud. L'arc de triomphe aurait été habilement englobé dans le dispositif de la porte par deux murs semi-circulaires de raccordement s'appuyant sur chacune des tours d'une part et sur les piliers de l'arc de triomphe d'autre part. Ces deux murs déterminaient une vaste cour intérieure qui avait peut-être un rôle défensif. L'aspect achevé et la décoration de la porte de Rome nous échappent complètement.
Ce que l'on sait avec certitude :
Elle était située à l'est de la ville, sur l'axe du Decumanus Maximus, donnant vers Rome et l'Italie via la Via Aurelia. C'est d'ailleurs ce qui lui vaut son nom contemporain, comme pour la Porte des Gaules à l'opposé.
La porte de l'Agachon, au Nord, a été détruite en 1955.
Aucune description architecturale précise de cette porte n'a été conservée ou publiée à ce jour  ni ses dimensions, ni son plan, ni son état avant destruction. Sa disparition en 1955 est un véritable scandale archéologique, car elle était encore debout alors que le classement Monument Historique de l'enceinte datait de 1886, ce qui aurait dû la protéger. C 'est une perte patrimoniale regrettable
Reste une quatrième porte éventuelle (sud)  disparue sans nom connu
Le port et la lanterne d'Auguste
C 'etait un port de première importance car l'histoire antique de Fréjus est d'abord celle d'un port, aménagé dans une lagune naturelle au pied de la cité, sans doute au cours du Ier siècle avant J.-C. C'est véritablement Octave qui en fait un port de première importance.
En y transférant les navires pris à la flotte d'Antoine et Cléopâtre, il transforme la ville en port militaire et, au moins jusqu'à la fin du IIe siècle, Fréjus reste la plus grande base navale de Gaule, et la troisième de l'Empire après Misène et Ravenne en Italie Tacite lui-même désignait Forum Julii comme la claustra maris — la « clé de la mer ».
Le bassin et ses infrastructures
Le bassin avait la forme d'un polygone irrégulier de dix-sept hectares environ. Il était entouré de quais, et limité au sud par un parapet de 560 m de longueur. L'entrée du port était marquée par une construction connue sous le nom de Lanterne d'Auguste, encore visible aujourd'hui.
On peut suivre le canal qui reliait le port à la mer sur 460 mètres, grâce à un mur crénelé qui en bordait jadis le côté Ouest.
La lagune aurait servi d'abri dès l'Âge du Fer. Le tirant d'eau pendant le Haut-Empire est de 7 mètres.
Le problème de l'envasement
Les alluvions provenant notamment de l'Argens rendent de plus en plus compliquée l'entrée des navires. Des travaux sont engagés sur le chenal mais le port subit un envasement croissant qui conduit à son abandon.En 1660, les navires de cinquante tonneaux avaient de la peine à pénétrer dans l'étang et à remonter jusqu'à Fréjus. Quelques années plus tard, en 1700, la communication se fermait pour toujours.
Du fait de l'avancée du littoral de près de 1 300 mètres, ce port se trouve maintenant à l'intérieur des terres.
La Lanterne d'Auguste

 


Au sud de Fréjus, au bout d'une route étroite partant vers l'Est, on peut admirer cet étrange édifice hexagonal couronné d'un toit pyramidal, dont on ne connaît pas d'équivalent dans l'architecture portuaire romaine. Cette tour de 10 mètres de hauteur, dont le sommet n'est accessible ni de l'intérieur ni de l'extérieur, remplissait la fonction d'amer, soit une balise signalant l'entrée du port. Elle marquait le début du mur de protection abritant le quai du canal rattachant le port à la mer.La Lanterne n'est pas un phare, puisqu'aucun feu ne pouvait guider les navires en son sommet. En effet, le bâtiment est plein et il n'est donc pas possible d'y monter. Il servait simplement de repère aux marins qui cherchaient l'entrée du port.
Les balustres de la jetée méridionale
En 2011, lors de la construction d'un immeuble dans le prolongement du quai sud au-delà de la Lanterne d'Auguste, une fouille archéologique d'urgence mit au jour des éléments remarquables de la jetée méridionale du port romain.Il s'agissait de blocs découverts en position secondaire et d'une partie de l'extrémité de la jetée construite en béton de pouzzolane. Cette opération permit de mieux comprendre l'aménagement et la forme de cette structure et d'amorcer des réflexions sur l'agencement de la plateforme située à son extrémité.
Parmi les pièces découvertes figurent des balustres  éléments de garde-corps ornant le couronnement de la jetée  dont la surface fortement alvéolée témoigne de leur longue immersion marine. On peut faire plusieurs comparaisons avec les vestiges découverts à Fréjus comme la balustrade, la colonne ou encore un probable musoir, comparables à la jetée représentée sur une fresque de la Villa San Marco à Stabies.Ces pièces ont été présentées au public lors de l'exposition "Les ports disparus refont surface" à Narbonne en 2024.
Les recherches récentes
À l'extrémité du brise-lames original, la Lanterne d'Auguste aurait servi de balise. L'entrée large du bassin était probablement équipée de deux phares, aux extrémités des quais sud et est.
Son état actuel
Construite au Moyen Âge sur les ruines d'une tour romaine, elle sert d'amer aux navigateurs, c'est-à-dire de point de repère fixe que l'on voit de jour, en entrant dans le port. Elle a été restaurée au XIXe siècle et demeure aujourd'hui le seul vestige remarquable visible du port antique.
L'eau à Forum Julii  l'aqueduc et les thermes

 


L'aqueduc de Mons
En bâtissant une ville aussi importante que Forum Julii, la première préoccupation des ingénieurs romains était de pouvoir l'alimenter en eau potable, suffisamment abondante et de très bonne qualité. À l'origine, les besoins en eau de la cité romaine étaient assurés par les puits et l'eau de pluie récupérée dans des citernes.
Cet aqueduc se compose de deux captages : la source de la Foux à Montauroux et celle de la Siagnole à Mons. L'eau, puisée au pied des falaises calcaires à 515 mètres d'altitude, parcourait 42 kilomètres jusqu'à Fréjus, pour atteindre le point le plus haut de la ville, le château d'eau  ou castellum divisorium  situé sur la butte du Moulin à Vent.
Alimenté par deux sources différentes, l'aqueduc est qualifié de "bicéphale". Il est resté en service pendant environ 305 ans d'après l'étude de l'épaisseur des concrétions internes, qui augmentent d'environ un millimètre par an
Ses caractéristiques techniques
Sur 42 kilomètres, l'aqueduc présente un dénivelé de 481 mètres et traverse 36 ponts-aqueducs, dont 28 situés dans la vallée du Reyran.
En grande partie souterrain pour des raisons de sécurité et d'hygiène, il comprend un conduit ou specus  fait de maçonnerie de blocs réguliers, mesurant environ 1,60 mètre de hauteur et 0,70 mètre de largeur.
Un passage remarquable se trouve à la Roche Taillée, où un canal de 50 mètres de longueur et 20 mètres de profondeur a été sculpté directement dans la roche, témoignant de l'ampleur des moyens engagés
Son double rôle défensif et hydraulique
Le sommet du rempart, dans sa partie nord-est, sur 700 mètres de longueur, a servi d'assise à l'aqueduc amenant l'eau depuis Mons jusque dans la ville dans la seconde moitié du Ier siècle. L'enceinte et l'aqueduc formaient ainsi un système intégré remarquable, unique dans la Gaule romaine.
Ce principe n'est pas sans rappeler la célèbre Porta Maggiore de Rome. Construite en l'an 52 par l'empereur Claude pour permettre à l'aqueduc Claudius de traverser les voies urbaines, elle fut ensuite intégrée au mur d'Aurélien, transformant les arches de l'aqueduc en un véritable arc de triomphe. Son attique à trois registres contient les canaux de deux aqueducs superposés, l'Aqua Claudia en bas et l'Anio Novus en haut, encore visibles en coupe aujourd'hui.La solution retenue à Forum Julii procède de la logique inverse : ici ce n'est pas l'aqueduc qui engendre la porte, mais bien l'enceinte préexistante qui offre son chemin de ronde comme assise à l'aqueduc — ingéniosité économique typiquement romaine, qui évite de construire des arches supplémentaires sur plusieurs centaines de mètres.
Les vestiges aujourd'hui
À Fréjus, il ne reste que quelques vestiges de cet aqueduc : des piliers et des arcades, qui atteignent à la sortie est de la ville leur hauteur maximale avant de s'enfouir dans le parc de la Villa Aurélienne. La dernière date connue de son exploitation correspond au siège de Fréjus en 1590, lors des guerres de religion, où il fut délibérément mis hors d'usage.
Les thermes
Forum Julii possédait plusieurs établissements thermaux témoignant de l'importance de l'eau dans la vie quotidienne de la cité.
On sait combien les Romains attachaient de prix à l'approvisionnement en eau de Fréjus, comme en témoignent les fontaines, thermes publics, installations domestiques et artisanales retrouvés lors de fouilles.
Les thermes identifiés à ce jour sont les Grands Thermes, dont les salles dépassaient 300 m² avec une piscine extérieure de 27 mètres revêtue de marbre de Proconnèse (Turquie) et des baies vitrées longeant le bâtiment ; les thermes de Villeneuve, probablement liés au camp militaire, situés à environ 1 km du centre urbain sur une superficie de 1 500 m² ; les Bains des Poiriers, plus modestes, d'environ 500 m² ; et enfin les thermes du port dont la Porte d'Orée est l'unique vestige en élévation.
La Porte d'Orée vestige des thermes du port
Unique vestige en élévation d'un vaste établissement thermal d'époque romaine, cet ensemble se classe parmi les établissements thermaux les plus importants connus à ce jour en Narbonnaise. Sa situation laisse supposer qu'il s'agit des thermes du port, probablement don d'un empereur.
Pour les Romains, les thermes étaient bien plus qu'un lieu dédié à la propreté. Ils servaient aussi de lieux de sociabilité, d'espaces de rencontre et d'échange. Dans cet immense complexe, les visiteurs pouvaient profiter d'une piscine d'eau froide (natatio), d'une salle chaude (caldarium) et d'une salle froide (frigidarium), dont seule la Porte d'Orée survit aujourd'hui.La construction en opus vittatum mixtum, alliant brique et pierre, atteste d'une technique architecturale typique du IIe siècle, confirmée par la découverte d'un égout du même siècle assurant l'évacuation des eaux de la natatio. Lors de fouilles en 1988, une imposante statue féminine et une tête de Jupiter ont été mises au jour, désormais exposées au musée archéologique municipal.
L'arsenal naval de Forum Julii
Fréjus n'était pas une colonie ordinaire. C'était avant tout un arsenal et une ville de garnison pour les équipages de la flotte.
Le port de Forum Julii comprenait deux citadelles et un arsenal. Certains indices font supposer son existence dès l'époque républicaine.
Le Praetorium 

 


Les fouilles conduites par le Docteur Donnadieu ont permis de mettre au jour le Praetorium de l'arsenal naval du Forum Julii. Il occupait à l'est de l'ensemble fortifié de l'arsenal, l'emplacement désigné sous le nom de Citadelle de l'Est ou Plate-Forme, et présentait l'aspect d'un quadrilatère irrégulier d'une superficie de 7 665 mètres carrés environ.
Les deux citadelles
Aux deux extrémités de la ville, du côté de la mer, s'élevaient deux castella fortifiés. L'un est encore désigné sous le nom de "citadelle", le second s'appelle la "plate-forme". Ces deux châteaux forts dominaient ainsi le port et contribuaient à sa défense.
Vestiges actuelsAilleurs sur le territoire, on trouve un atelier de foulons à l'Arsenal, témoignage de l'activité artisanale directement liée aux besoins de la flotte militaire — fabrication et entretien des voiles et des cordages notamment.
Les sources restent malheureusement lacunaires sur les détails architecturaux précis de l'arsenal.
Le passage de Forum Julii à la cité chrétienne
Le baptistère paléochrétien 
Le contexte historique
L'évêché de Fréjus date du IVe siècle. Il est le plus ancien du Var et le second de France après Lyon. Dès 374, le Concile de Valence désigne un évêque pour Fréjus, marquant l'importance de la communauté religieuse locale. Le baptistère paléochrétien de Fréjus est le plus ancien de France après celui de Poitiers puisqu'il date du Ve siècle et c'est l'un des mieux conservés. Le baptistère paléochrétien de Fréjus a été construit entre la fin du IVe et le début du Ve siècle. Cet édifice octogonal, inspiré du baptistère du Latran à Rome, symbolise la résurrection et la vie éternelle.
Architecture et matériaux
Les murs sont en grès lie-de-vin et en grès vert du Massif de l'Estérel, ainsi qu'en briques essentiellement décoratives. Jusqu'au niveau des fenêtres hautes, la structure est d'origine.
Les huit colonnes de type corinthien proviennent probablement d'un ancien édifice romain — réemploi caractéristique de l'époque où les constructeurs chrétiens récupéraient les éléments des monuments antiques.
La cuve baptismale
Au centre se trouvait une piscine de forme octogonale, recouverte de placages de marbre blanc, qui servait au baptême par immersion selon la pratique originelle de ce rite. Les catéchumènes entraient par une petite porte qui se situait à gauche de l'entrée actuelle et ils sortaient par une porte plus grande à droite, après le sacrement, ce qui leur conférait le droit de pénétrer ensuite dans l'espace sacré de la cathédrale.
Redécouverte et restauration
Ce baptistère avait disparu au XIIIe siècle dans la construction des murs de fortification de la ville, et fut redécouvert et mis au jour en 1930 par Jules Formigé, architecte et archéologue, dont la place porte le nom. La coupole du bâtiment est reconstituée en 1930 par Jules Formigé, architecte en chef des monuments historiques.
Ce baptistère incarne parfaitement la transition entre Forum Julii et la cité médiévale : le réemploi des colonnes antiques dans un édifice chrétien est récurrent à cette époque, où les constructeurs récupéraient les matériaux des anciennes constructions pour édifier les nouvelles. Forum Julii disparaît progressivement, mais ses pierres continuent de bâtir la ville qui lui succède.

 

 
 
   


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