Rome Cité Narbonne Gallia Narbonensis Narbo Martius

Article écrit par : Claude Balmefrezol

Mis en ligne le 03/06/2026 à 23:07:21



 
Rome Narbonne Gallia Narbonensis Narbo Martius
Merci à JC Golvin pour son autorisation

 
 
 
 
 
Introduction
La ville de Narbonne antique, l'ancienne Narbo Martius, occupe un site remarquablement choisi dans la plaine languedocienne. La côte basse et sablonneuse du golfe du Lion est séparée de l'arrière-pays par une série de collines qui laissent entre elles des passages ou graux faisant communiquer la mer avec des étangs lagunaires. Ces étangs s'enfoncent profondément dans les terres, jusqu'à seulement 4 km de Narbonne.
Dans l'Antiquité, le fleuve Aude  dont l'ancien nom était l'Atax  se déversait dans l'un de ces étangs et arrosait ainsi Narbonne. Ce n'est plus le cas actuellement : depuis que le fleuve a changé de lit au XIVe siècle, il se jette directement dans la mer au nord du delta.
 
Le site choisi pour la création de la ville, à une dizaine de mètres d'altitude, se situe à quelques kilomètres de la côte sur les dernières terrasses alluviales entaillées par le cours d'eau. Plus au sud, la plaine marécageuse et inondable interdisait l'installation d'une agglomération et le tracé d'une voie.
Narbonne constitue un lieu de passage praticable situé au plus près de la côte, au départ d'itinéraires suivant les vallées de l'Aude et du Fresquel, faisant communiquer le Bassin méditerranéen au Bassin aquitain. Elle est accessible aux étangs grâce au fleuve et à la mer par les graus. Ce site-carrefour exceptionnel explique le choix du conquérant romain.
Histoire
La première fondation (118 av. J.-C.)
 
À la fin du IIe siècle avant J.-C., Rome intervient dans le sud de la Gaule pour mettre fin à des déplacements de populations importants. Deux généraux romains, Q. Fadius Maximus et Cn. Domitius Ahenobarbus, remportent une éclatante victoire sur les Allobroges et les Arvernes dans la vallée du Rhône en 121 av. J.-C. Le second entreprend la pacification de la région et prend deux décisions importantes : trouver un site pour fonder une ville, et construire une voie terrestre reliant l'Espagne à l'Italie. Le choix du site se porta sur les rives d'un petit fleuve côtier, l'Atax, non loin de son embouchure.
La fondation de Narbonne est communément admise vers 118 av. J.-C. Elle fut le résultat d'un concours de circonstances mais aussi d'une volonté délibérée de Rome. Les motivations étaient multiples :
Permettre l'installation dans la région pacifiée de colons peu fortunés qui reçurent des lots de bonnes terres — les Atacini (environ 3 000 personnes, venus d'Ombrie, du Picenum, du Latium et de Campanie).
Renforcer les liens commerciaux terrestres et surtout maritimes déjà existants, en garantissant aux populations une zone de stabilité durable.
Protéger les nouvelles conquêtes contre des populations toujours prêtes à mener des incursions dévastatrices sur les rives de la Méditerranée et à menacer la route d'Espagne (raison sécuritaire).

La nouvelle colonie prit le nom de Colonia Narbo-Martius, Narbo étant un ancien toponyme lié au fleuve, et elle fut mise sous la protection du dieu Mars. Le parcellaire correspondant à cette première fondation peut être attribué au cadastre B de Narbonne.
« Est in eadem provincia Narbo Martius, colonia nostrorum civium, specula populi Romani ac propugnaculum » (CICERON, Pro Fonteio, V, 13) — Narbonne, « observatoire et rempart du peuple romain ».
Narbonne, point stratégique
Très tôt, Narbonne fut une base stratégique pour Rome. La ville sert de base de ravitaillement et, à plusieurs reprises, de stationnement des troupes. Les légions y prennent leurs quartiers d'hiver lors de l'expédition que Pompée mène en Espagne contre Sertorius en 77-76 av. J.-C., puis en 74-73. Point important pour les arrières de César durant la guerre des Gaules, elle est menacée en 52 av. J.-C. par la coalition conduite par le cadurque Luctère.
En 49 av. J.-C., lors de la lutte contre Pompée, plusieurs légions césariennes prennent leurs quartiers d'hiver à Narbonne.
La deuxième fondation (46-45 av. J.-C.)
En 46-45 av. J.-C., le vainqueur de la guerre des Gaules procède à la fondation d'une nouvelle colonie à Narbonne qui prendra le titre de Colonia Julia Narbo Martius. Les colons surnommés les Decumani sont inscrits dans la tribu Papiria. D'après les sondages archéologiques pratiqués dans la ville, cette deuxième fondation suscite une nouvelle impulsion au développement de la région. Narbonne devient un centre économique et administratif, d'où la civilisation romaine se diffuse dans l'arrière-pays.
Le Haut Empire
En 27 av. J.-C., Auguste séjourne à Narbonne et y réorganise l'administration de la Colonie. C'est une province impériale administrée par un gouverneur jusqu'en 22 av. J.-C., date à laquelle elle devient province sénatoriale. En 11 ap. J.-C., les Narbonnais manifestent leur attachement au prince en établissant un culte au numen Augusti.
Une période de prospérité s'installe et la ville atteint son expansion maximum aux deux premiers siècles. Le centre urbain s'embellit avec la construction du Capitole en marbre de Carrare. Sous le règne de Vespasien, le culte impérial de la Province est organisé autour d'un ensemble architectural situé à l'est de la ville où devaient voisiner des édifices religieux et l'amphithéâtre. Narbonne devient le siège de l'assemblée provinciale et le lieu de résidence du flamine.
L'ère de prospérité se poursuit au IIe siècle, malheureusement marqué par un violent incendie qui affecte une grande partie de la ville. Grâce à la générosité de l'empereur Antonin le Pieux, les grands monuments publics retrouvent leur splendeur.
L'Antiquité tardive et le déclin
Le déclin de la cité s'amorce dans la première moitié du IIIe siècle. La récession ne fait que s'accentuer lorsque les invasions qui deviennent menaçantes vers les années 275 nécessitent la construction hâtive d'un rempart. L'ancienne Provincia est démembrée sous Dioclétien et désormais seulement la partie occidentale dépendra de son administration.
Le coup de grâce est porté au début du Ve siècle lors de l'invasion des Wisigoths qui prennent la ville en 412 : c'en est fini de ce qui avait fait la grandeur de Narbonne antique.
Le Port de Narbonne
Narbonne, grand port méditerranéen
Narbonne a été jusqu'à l'époque moderne considérée comme une ville portuaire majeure de la Méditerranée occidentale. Au début de l'Empire, Strabon la décrit comme le plus grand port de commerce de la région, précisant même qu'il surpasse les autres par le nombre des entreprises auxquelles il sert de place de commerce (Géographie, IV, 1, 6 et 12). Grand port de la Méditerranée occidentale, Narbonne a ainsi été l'un des principaux centres de diffusion de la romanité dans le sud de la Gaule.
Malgré de nombreuses hypothèses sur l'existence d'avant-ports disséminés dans les îles des étangs lagunaires, aucune n'est étayée par des recherches archéologiques approfondies. Le seul site vraiment attesté est connu comme le port de Narbonne : il se situe en bordure nord de l'étang de Bages, au lieu-dit Port-La-Nautique . Nichées au pied d'une modeste falaise, les installations portuaires ont récemment commencé à être explorées.
Les embarcations, instruments essentiels du commerce, pouvaient remonter le fleuve jusqu'à Narbonne et même au-delà. Il est difficile cependant d'évaluer l'importance du port fluvial à cette époque, de savoir quels types de bateaux pouvaient atteindre la ville et durant quelles périodes cet itinéraire a été emprunté par la flotte marchande.
La question du transbordement
On a communément admis l'hypothèse d'un transbordement du fret des grands bateaux affrontant la haute mer sur des embarcations plus légères susceptibles de ne pas être gênées par les hauts-fonds et ainsi adaptées à la navigation sur le cours du fleuve. Une partie des marchandises a pu parvenir aussi à la ville par terre.
La découverte d'une ancre monumentale serait une preuve que les grands bateaux pouvaient accoster à Port-la-Nautique, mais que le tirant d'eau les empêchait de remonter le fleuve jusqu'à la ville. Ce port semble déserté dans les dernières décennies du Ier siècle ap. J.-C. Après cet abandon, les bateaux abordaient-ils en un autre lieu ou le cours du fleuve était-il suffisamment profond pour qu'ils puissent accoster aux quais de la ville ?
L'ancre monumentale découverte à Port-la-Nautique mesure 3,57 m de long et pèse 200 kg de plomb (fig. 3). Sa taille témoigne de la fréquentation du site par de grandes embarcations de haute mer.

Généralités sur les constructions Portuaires Romaines
Dans beaucoup de sites utilisés à des fins portuaires avec peu ou pas d’aménagements en pied de berge une grève d’une crique bien protégée suffit amplement à l’échouage et au débarquement
Une grève en arc de cercle sans aucun dispositif de retenue ou de contention des berges peut être utilisée comme zone d’atterrissage, avant l’ajout d’équipements plus sophistiqués. On trouve sur de nombreux sites avec l’utilisation, dans un premier temps, de la grève naturelle, puis dans d’autres cas de figures, le recours à un exhaussement artificiel du pied de berge par l’apport de remblais assez importants.

Mais avec une colonisation riveraine on assiste à des travaux assez sommaires, avant tout destinés à stabiliser la berge, à assainir le secteur avec d’abord un alignement de pieux disposés parallèlement au pied de la berge et par la mise en place de pièces de bois et autres matériaux formant ainsi un ensemble qui pourrait évoquer un premier système de maintien de la berge par fascinage.
À travers ces quelques découvertes transparaît clairement un type d’aménagement relativement sommaire et à base de matériaux végétaux, des rives pour que les bateaux puissent accoster
Les quais

Les quais et appontements constituent les ouvrages d’accostage les plus courants, sachant que ces derniers doivent jouer un triple rôle 
F
ournir au navire un dispositif d’appui, et éventuellement permettre son amarrage 
Assurer la liaison entre le navire et la terre (terre-pleins des quais, plateforme des appontements), le dispositif de liaison supporte tout ou partie de l’outillage de manutention
Soutenir les terres à la limite du plan d’eau 
Attention a la différence entre quai et jetée
En général le quai est parallèle au rivage et les bateaux s’y amarrent uniquement du côté mer, alors qu’un appontement ou jetée avance d’ordinaire dans les eaux du port, ce qui permet aux bateaux de s’y amarrer des deux côtés 
De nos jours, les quais pleins et les quais creux ou sur pieux renvoient à des solutions techniques adoptées en fonction du milieu naturel
Le premier type est  adapté aux endroits où le fond de la mer est rocheux ou sableux », le second est utilisé dans les zones où le sol est très mou, comme
Les cours d’eau ou des mangroves,
Ce ne sont là que des préconisations, que l’on retrouve d’ailleurs dans bien d’autres publications scientifiques liées à la construction portuaire actuelle,
Vous trouverez ci dessous les types de quais romains

Quai et Mur de soutènement
En génie civil, le mur de soutènement  parfois appelé paroi est un mur de protection permettant de contenir des terres ou des matériaux Il sert premièrement à retenir des sols sur une surface réduite, afin de créer ou d’agrandir une surface utilisable ou plus facilement aménageable
On trouve de nombreux quais de type mur de soutènement à armature boisée, qui sont des ouvrages de faible épaisseur, ancrés ou encastrés, notamment par l’emploi de palplanches
Ce système permet aussi le renforcement de berges réalisés au moyen de pieux et de pièces horizontales surtout dans un contexte de ports fluviaux Le haut du remblai interne est composée de matériaux très compacté, voire d’un plancher.
Mais ce type de quai léger et assez fragile, offre une résistance assez limitée à la poussée des remblais apportés à l’arrière. Il nécessite un entretien constant avec des réfections et consolidations par rajout de renforts, souvent en bois et aussi une rehausse du quai avec l apport de remblais de matériaux fins, grossiers, hétérogènes, avec recyclage de pièces de charpente,
On trouve aussi une autre alternative est le quai avec un mur de soutènement à armature maçonnée, souvent considéré comme plus facile t plus rapide et plus solide
Il peut être en pierre sèche ou jointoyée ou à joint vif.
En general ces ouvrages massifs et lourds sont très employés dans le domaine maritime, et il prennetn appui sur des roches naturelles
On trouve aussi des quais de type mur de soutènement à armature mixte, caractérisé par une architecture combinant un parement de moellons calcaires associé à des pièces de bois horizontales et des poteaux verticaux massifs.
Autre style de quai le quai Caisson
Ce genre de construction sera utilisé durant la 2e guerre mondiale à Arromanches Dans le pays anglo-saxon il est appelé box

Pour le décrire aussi simplement que possible ce type d’ouvrage,se présente comme des cellules de section circulaire ou rectangulaire, remplis de remblais ou parfois, partiellement de béton maigre »
Ces caissons préfabriqués partiellement ou totalement peuvent être utilisés pour constituer des quais continus ou des ouvrages à appui discontinus  dans le cas d’ouvrages continus, ils peuvent assurer un rôle de soutien des terres »
Ainsi le mur de soutènement peut être courbe et venir se greffer à la berge à ses deux extrémités, il peut aussi être rectiligne et comporter des retours de murs à ses extrémités, à ses angles, afin de mieux assujettir l’ensemble à la berge.
Le caisson est un ouvrage qui peut être monté à l’endroit même où il sera rempli, parfois proche de la berge, mais il peut aussi être transporté après montage, pour être acheminé jusqu’à son emplacement définitif, parfois en pleine eau. En cela, contrairement au mur de soutènement, il n’est pas nécessairement dépendant de la berge.
Le recours à ce type d’ouvrage offre aussi davantage de liberté dans la disposition de celui-ci, et dans son organisation par rapport à l’aménagement portuaire global.
Les caissons peuvent ainsi être accolés, mais aussi écartés ou décalés les uns des autres. Souvent utilisés pour la réalisation d’ouvrages extérieurs, en pleine eau (digues, môles, quais), les caissons peuvent aussi l’être en contexte d’interface et de plans d’eau assez larges. Ainsi ces quais de type caisson favorisent l’établissement de plate-formes, soit plus élevées, soit plus étendues que les terre-pleins érigés à partir d’un simple mur de soutènement.
On peut lorsque le matériau est présent rajouter de la pouzzolane ce qui permet d’éviter la décomposition du mortier de chaux
On trouve ce type de construction dans l’Antiquité dans le sports maritimes ou fluvio-maritime. comme à Césarée (Israël), à Anzio ou à Marseille
Mais les modèles observés en Méditerranée n’ont rien à voir avec ceux rencontrés dans l’Atlantique
Ce type de caisson à armature boisée, ne se limite pas seulement au contexte portuaire mais peut aussi se rencontrer dans la construction des ponts ou dans la bonification de terrains marécageux
On trouve le caisson à armature maçonnée qui constitue une deuxième façon d’élever un terre-plein ou une terrasse de façon totalement artificielle
Et pour finir le caisson à armature mixte avec sa construction à pan de bois combinées à des maçonneries en pierre sèche, caractérisés par des parements massifs, composés de très gros blocs de calcaire et de grès, jointoyés au mortier de tuileau à leur base, et par une association à des pièces en bois verticales.
Le remplissage interne
Le remplissage interne doit répondre à des principes assez élémentaires.
Il doit être conçu de façon à réduire autant que possible les poussées des terres, de même que les poussées dues aux variations relatives des niveaux de la nappe et du plan d’eau 
Ainsi, il est plutôt conseillé un remplissage avec des matériaux donnant une bonne perméabilité le tout surmonté d’argile ou de sable. L’objectif est aussi d’amener à une respiration globale de l’ouvrage, tout en évitant d’offrir trop de perméabilité à l’ensemble afin d’éviter un écoulement des matériaux fins, créant un affaissement du terre-plein, voire un désordre en façade
Les digues, môles et jetées
En terme de génie civil, et contrairement au quai, la digue n’est pas nécessairement associée à un terre-plein  pour circuler, mais elle renvoie à une « levée en terre, en pierre, en bois, servant à contenir les eaux, élever leur niveau, détourner leur cours. Les digues forment une enceinte continue devant les terres basses d’une côte, le long des rives d’un cours d’eau pour lutter contre les inondations, ou discontinue devant une rade pour protéger un port du mouvement des vagues et de l’ensablement »
dessin : Meneghini, 1985 ; montage d’après Allinne 2007, fig. 7
                                                                                                                        
La jetée est quant à elle définie en génie civil comme une « digue construite perpendiculairement à une rive, à une côte
Les appontements
L’appontement, est une construction de quai creux ou de quai sur pieux ne jouant aucun rôle de soutènement, contrairement aux quais, C’est donc un ouvrage relativement léger et très souvent disposé perpendiculairement au trait de rive. En génie civil, on le qualifie de « plate-forme sur pilotis fondés dans l’eau, contre laquelle peuvent accoster les bateaux
Parfois l’appontement peut être une plate-forme flottante ou sur pilotis, qui constitue un ouvrage assez souple, mais rattaché à la berge
Comme toujours, l’objectif recherché avec un tel ouvrage, est de gagner en profondeur d’eau et de faciliter l’accostage de navires ou d’embarcations de plus fort tonnage. Il peut donc être aussi bien parallèle que perpendiculaire au rivage.
Les cales et rampes
La définition d’une cale est assez simple, il s’agit d’un « plan incliné permettant de hisser hors de l’eau un bateau que l’on doit réparer ou de mettre à l’eau un bateau que l’on vient de réparer ou de construire »


 
 
 
 
La cité romaine
 
 

 
 
 Les quais fluviaux en ville
Dans les niveaux de sédiments les plus profonds du site portuaire, on a découvert un mobilier du IIe siècle av. J.-C., ce qui semble prouver que l'activité portuaire a débuté dès la conquête romaine, sinon avant. Des recherches récentes ont permis de mettre au jour les bases en grand appareil d'un monument dont la fonction n'est pas encore bien établie.
Les murs dégagés sous le niveau du sol moderne au sud-est ont été interprétés comme des quais longeant le fleuve. Une fouille trop rapide n'a pas permis d'avoir une idée précise du monument auquel appartenaient les structures dégagées à proximité (n° 24).
Seul subsiste du Haut Empire l'hypogée d'un monument appelé Horreum (n° 15), qui n'a jamais été complètement exploré. Il est situé dans le centre ville, à l'ouest du cardo maximus. C'est un ensemble de galeries souterraines voûtées qui prend la forme d'un U. Sur un couloir central s'ouvre de part et d'autre une série de cellules de petites dimensions. Dans l'état actuel de la recherche, on ne peut dire si les divers aspects de l'édifice sont dus à des périodes de construction différentes ou à des remaniements profonds. L'origine de ce bâtiment souterrain pourrait se situer vers la fin de la République.
Il est difficile de lui attribuer une fonction précise car on ne peut le rattacher ni aux cryptoportiques connus ni aux Horrea. Peut-être est-ce seulement le sous-sol d'un grand édifice du type marché ? Un autre bâtiment avec galeries souterraines a été repéré non loin de là, mais il n'a pas été fouillé.
Les activités commerciales
La richesse commerciale de Narbonne est attestée par de nombreux vestiges. En 1997, des travaux édilitaires permirent la découverte de la voie Domitienne au centre de Narbonne actuel, place de l'Hôtel de Ville .
Dans l'Antiquité, cet endroit se situait à la limite sud du pont qui franchissait le fleuve Aude. Cette voie était dallée dans la traversée de la ville et servait de cardo maximus. La Via Domitia qui reliait l'Italie à l'Espagne avait été créée par le général romain Cnaeus Domitius Ahenobarbus en 118 av. J.-C.
Au n° 21, on a identifié la présence d'un magasin de sigillée de la Gaule du Sud, témoignant de l'intense activité commerciale du quartier. Ce site a livré également de nombreux vestiges d'artisanat : bronziers, foulons, travailleurs de l'os, qui ont précédé ou accompagné l'occupation des belles demeures du Haut Empire.
Les Monuments de la Ville
Les témoignages littéraires attestent l'existence d'un Capitole à Narbonne remontant à l'Antiquité. Ausone, vers la fin du IVe siècle, entre 388 et 394, évoque l'existence d'un temple en marbre de Paros, capable de rivaliser avec celui de Rome. Les découvertes archéologiques concernant le Capitole remontent au XIXe siècle. En 1869, un chapiteau de pilastre de type corinthien est mis au jour. Les trouvailles d'éléments en marbre se succèdent entre 1870 et 1874.
L'ensemble temple-forum occupe une surface d'environ 16 150 m². Le temple lui-même mesure 36 m de largeur pour une longueur de 48 m. Le podium a une hauteur reconnue de 1,80 m (vraisemblablement 3 m à l'origine). Le pronaos se compose de deux rangs de huit colonnes dont les fûts à 24 cannelures devaient mesurer 15 m de hauteur, reposant sur une base attique et surmontés par des chapiteaux corinthiens.
Ce temple en marbre, dont les proportions sont doubles de celles de la Maison Carrée à Nîmes, a dû être considéré dans l'Antiquité comme un symbole de la puissance de Rome dans la province de Narbonnaise.
La Via Domitia et le cardo maximus
 
La Via Domitia, créée en 118 av. J.-C. par Cnaeus Domitius Ahenobarbus, constitue l'épine dorsale de la ville romaine. Dallée dans la traversée de Narbonne, elle servait de cardo maximus. L'état dans lequel elle est visible actuellement est celui de l'Antiquité tardive, fin du quatrième siècle ap. J.-C. La cloaca maxima, qui suivait le même tracé, est encore en usage aujourd'hui.
À la sortie nord de la ville, la voie a été repérée en deux points, mais au-delà de la limite de la zone urbanisée, la voie n'est plus dallée et se trouve surélevée de plus de deux mètres grâce à une série de recharges.
4.3 L'habitat résidentiel
Les fouilles réalisées au Clos de la Lombarde dans la périphérie nord de la ville, pendant plusieurs années (, ont dégagé dans son intégralité un îlot de 90 m × 23,5 m. Le site a été occupé du Ier siècle av. J.-C. jusqu'au Ve siècle. Six maisons ont été reconnues. Dans l'îlot I, deux d'entre elles ont été entièrement fouillées : l'une, construite vers la fin du Ier siècle av. J.-C., présente un plan de type campanien avec atrium et péristyle l'autre est de la fin du deuxième siècle.
 
Les pavements mis au jour confirment l'existence de riches domus construites aux premiers siècles av. et après J.-C. sur le modèle des résidences italiennes, au nord et à l'est du centre urbain. Pour le confort des habitants, des thermes de quartier avaient été édifiés à la fin du Ier siècle ap. J.-C. au sud-est de l'îlot.
Devant la menace des invasions au IIIe siècle, on a édifié à la hâte un rempart dont une grande partie des matériaux est puisée dans les monuments romains périphériques, en particulier les mausolées ou les arcs de triomphe. Ces documents lapidaires, plus de 1 300, constituent l'un des ensembles les plus importants du monde romain. Ceux qui portaient des éléments épigraphiques ont fait l'objet de nombreuses recherches depuis le XVIe siècle et sont publiés dans le C.I.L.
Lorsqu'on reconstruit les fortifications au XVIe siècle, ces pierres sont réutilisées avec un souci d'esthétique. Sur l'initiative du roi François Ier, les plus décorées vont orner les portes ou le haut des murailles. La plupart sont stockées maintenant dans le Musée Lamourguier 
 Les nécropoles
Le Musée s'enrichit toujours de nouvelles découvertes. Parmi les plus remarquables : l'épitaphe d'un médecin spécialiste, un ocularius (médecin oculiste), qui a été découverte dans la grande nécropole du nord de la ville
 Au sud de la ville, le site de l'Hôtel-Dieu a livré quelques tombes à incinération du Haut Empire ainsi que les vestiges d'un mausolée de forme circulaire
La grande nécropole nord continue de faire l'objet de découvertes de tombes à incinération. Plusieurs incinérations à la sortie est de la ville viennent d'être découvertes lors de fouilles préventives, situées au-delà de l'amphithéâtre.
L'Antiquité Tardive
 Les édifices paléochrétiens
De l'Antiquité tardive nous sont parvenus les restes d'un petit édifice situé hors les murs, près du chevet de la basilique Saint-Paul
 

Découvert en 1946 et  refouillé en 1985, il a été identifié comme un mausolée (cella memoriae). Cette construction, qui comprend une abside surélevée par rapport à une salle rectangulaire, mesure 10,50 m × 6 m et est dallée d'une mosaïque. Le mobilier découvert lors du dernier sondage permet de dater le mausolée de la deuxième moitié du IVe siècle.
Une basilique paléochrétienne a été découverte au Clos de la Lombarde, implantée sur une partie de la maison à Portiques

 Cet édifice construit vers la fin du IVe siècle offre la particularité d'être inscrit dans un rectangle sans chevet débordant. Il possède en outre sous le chœur une crypte avec piscine baptismale. Au n° 11, des fouilles préventives ont permis le relevé de l'église Saint-Félix construite au Ve siècle et qui va durer tout le Moyen Âge.
Très récemment, un sondage à l'emplacement de ce qui devait être le forum a mis au jour une église pouvant remonter à l'Antiquité tardive (n° 6). Certains cimetières du Haut Empire sont toujours utilisés au Bas Empire, mais de nouveaux apparaissent en particulier près des édifices religieux, annonçant un mode d'inhumation qui va se développer durant tout le Moyen Âge.
Conclusion
C'est en vain que l'on cherche à Narbonne les grands monuments qui ont fait le prestige de la capitale de la province de Narbonnaise, ces grands édifices publics qui ont été conservés dans des cités comme Nîmes ou Arles. Une observation attentive des découvertes effectuées à la suite de fouilles anciennes ou récentes permet cependant de se faire une idée des belles constructions qui paraient Narbo Martius aux premiers siècles de notre ère.
Grand port de la Méditerranée occidentale, Narbonne a été l'un des principaux centres de diffusion de la romanité dans le sud de la Gaule. La fouille d'un quartier résidentiel à la périphérie nord, le Clos de la Lombarde, montre combien cette ville était imprégnée des modes italiques dont elle était en quelque sorte la vitrine. L'architecture des maisons, l'abondance des mosaïques en noir et blanc, la similitude des décors peints avec les modèles italiens témoignent de l'influence de l'Italie.
Narbo Martius était une image de Rome non seulement par la présence de monuments prestigieux mais aussi par le cadre de vie de ses habitants. La mise au jour de fragments de sculptures colossales éparses dans la ville témoigne de l'existence d'un monument comparable par ses proportions et la qualité des matériaux utilisés à ceux des plus belles villes antiques.

 
   


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