Aude Narbonne Place Hotel de Ville Via Domitia
Toutes les routes ne mènent pas à Rome mais certaines en partent pour conquérir le monde
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Lire aussi
Rome Génie Civil Les Voies Romaines
Rome Génie Civil Table de Peutinger
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La Via Domitia tire son nom du consul et général romain Gnaeus Domitius Ahenobarbus, qui en ordonna le tracé et la construction en 118 av. J.-C., au lendemain de la création de la province de Gaule Narbonnaise. Elle constitue la première grande voie romaine construite en dehors de l'Italie sur le sol gaulois.Son objectif premier était stratégique et militaire : relier rapidement l'Italie à l'Hispanie en traversant le sud de la Gaule, facilitant ainsi les mouvements de légions et le contrôle des territoires nouvellement soumis. En quelques décennies, elle devint également le principal axe commercial de la région méditerranéenne occidentale.
La voie empruntait un tracé largement hérité des sentiers préromains et du chemin d'Héraclès (Via Heraclea), que les légionnaires transformèrent en une route pavée de larges dalles, avec fossés latéraux, bornes milliaires et relais (mansiones) régulièrement espacés. Elle s'étendait sur environ 750 km, de la frontière italienne jusqu'aux Pyrénées, complétant ainsi la grande liaison Rome–Cadix.
Comme disait Pierre Grimal La route romaine n'est pas un souvenir : c'est la trame même sur laquelle l'Europe méridionale a été tissée
Caractéristiques techniques
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Ouvre d'ingénierie remarquable, la Via Domitia respectait les standards romains les plus exigeants. Sa chaussée, large de 4 à 6 mètres, reposait sur plusieurs couches successives : un radier de grosses pierres (statumen), un blocage de cailloux liés de mortier (rudus), puis un revêtement de dalles ou de galets damés (nucleus).
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Largeur
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4 à 6 mètres — suffisante pour le croisement de deux chariots
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Bornes milliaires
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Placées tous les mille pas romains (1 481 m), gravées du nom de l'emperor régnant
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Relais (mansiones)
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Espacés de 25 à 50 km, pour le repos des voyageurs et le change des chevaux
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Longueur totale
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Environ 750 km, de l'Italie aux Pyrénées
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Construction
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118 av. J.-C., sous Gnaeus Domitius Ahenobarbus
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Fondée en 118 av. J.-C. la même année que la route et mla provincia Narbo Martius (Narbonne) fut installée sur le tracé de la Via Domitia comme colonie latine de peuplement, la première hors d'Italie. Positionnée à la croisée de la voie terrestre et du fleuve Aude navigable jusqu'à la mer, elle devint rapidement le principal nœud commercial de la Gaule méridionale.Narbonne occupait une position de carrefour absolu : c'est ici que la Via Domitia bifurquait vers l'intérieur des terres par la Via Aquitania en direction de Toulouse et de l'Atlantique, et que partait la route vers Marseille. La ville prospéra au point que Cicéron la décrivit comme un véritable entrepôt de Rome au cœur des Gaules.
Les sources archéologiques et cartographiques
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SOURCE ARCHÉOLOGIQUE
Le gobelet de Vicarello
Découverts en 1852 près du lac Bracciano (Aquae Apollinares), les quatre gobelets d'argent de Vicarello constituent l'un des témoignages les plus précieux sur l'itinéraire de la Via Domitia. Gravés sur leur surface à la manière de colonnes milliaires cylindriques, ils listent 104 étapes successives de Cadix (Gades) à Rome, avec les distances en milles romains entre chaque station. Narbonne y figure sous la forme Narbo comme étape majeure à la jonction des axes routiers. Ces objets, probablement votifs, étaient peut-être offerts aux dieux des sources thermales par des voyageurs reconnaissants d'avoir accompli sains et saufs ce long périple. Ils offrent une précision remarquable sur la toponymie et les distances de la route antique.
Ier siècle ap. J.-C. — Museo Nazionale Romano, Rome
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SOURCE CARTOGRAPHIQUE
La Table de Peutinger
La Tabula Peutingeriana est une copie médiévale (XIIIe siècle) d'une carte romaine représentant le réseau routier de l'Empire. Elle doit son nom à Konrad Peutinger, humaniste d'Augsbourg qui en devint le propriétaire en 1508. Longue de 6,75 mètres et haute de seulement 34 cm, cette carte déformée schématise les routes, villes, distances et points d'eau selon une logique itinéraire et non géographique. La Via Domitia y est clairement représentée, avec Narbonne (Narbo) figurée comme un nœud important de la route côtière. La table permet de reconstituer fidèlement les étapes entre l'Italie et l'Hispanie, confirmant les données des gobelets de Vicarello. Elle est aujourd'hui conservée à la Bibliothèque nationale d'Autriche à Vienne (Österreichische Nationalbibliothek).
Copie XIIIe s. d'un original romain — ÖNB, Vienne
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Ces deux sources se complètent admirablement : les gobelets de Vicarello fournissent les distances précises et la toponymie latine des étapes, tandis que la Table de Peutinger offre une vision spatiale — certes déformée mais lisible — du réseau dans son ensemble. Ensemble, ils permettent aux historiens et archéologues de restituer avec fiabilité le tracé de la voie à travers la Narbonnaise.
À Narbonne même, une borne milliaire originale de la Via Domitia est encore visible aujourd'hui sur la place de l'Hôtel-de-Ville, témoignage rare et tangible de l'ancienneté de cette route au cœur de la ville. Elle rappelle que Narbonne ne fut pas seulement traversée par la route — elle en fut l'âme.
Héritage et traces contemporaines
La Via Domitia continua d'être utilisée et entretenue pendant plus de cinq siècles, sous la République puis sous l'Empire. Elle fut progressivement absorbée par les routes médiévales, puis par les chemins royaux et enfin par les routes nationales modernes — dont la RN 9 et plusieurs sections de l'autoroute A9 suivent encore en grande partie le tracé antique.Des fouilles archéologiques régulières mettent au jour des tronçons pavés, des bornes milliaires, des ponts et des structures de relais tout le long de son parcours. En 2003, un important tronçon a été exhumé à Narbonne même lors de travaux d'urbanisme, confirmant la précision remarquable des sources antiques. La route reste l'un des symboles les plus forts de la présence romaine en Languedoc-Roussillon.