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Une tradition vivante
Qu'il s'agisse des généraux américains, des rois et conquérants britanniques, des animaux emblématiques canadiens et australiens, ou de la faune africaine, la tradition de donner des noms évocateurs aux chars de combat reste vivace à travers le Commonwealth et au-delà. Elle répond à un besoin profondément humain : celui de donner une identité, presque une personnalité, à ces machines de guerre imposantes. Les équipages s'identifient plus facilement à un « Sherman » ou à un « Chieftain » qu'à un simple numéro de modèle, et ces noms contribuent à forger l'esprit de corps et la fierté des unités blindées. Aujourd'hui, alors que les armées occidentales développent la prochaine génération de chars de combat — comme le programme britannique Challenger 3, le futur char franco-allemand MGCS (Main Ground Combat System), ou le programme américain AbramsX La question du nommage reste entière. Perpétuera-t-on ces traditions historiques, ou verra-t-on émerger de nouvelles conventions pour les blindés du XXIe siècle ? Une chose semble certaine : tant qu'il y aura des chars, il y aura des hommes pour leur donner des noms. Une tradition vivante à travers le Commonwealth À travers le Commonwealth et au-delà, la tradition de nommer les chars et véhicules blindés reflète l'identité culturelle et historique de chaque nation. Les Britanniques puisèrent dans leur histoire médiévale et moderne, les Canadiens dans leur faune nordique, les Australiens dans leur esprit pionnier, les Indiens dans leur riche mythologie et leur histoire impériale, tandis que les Néo-Zélandais adoptèrent une approche plus pragmatique. Qu'il s'agisse d'Arjuna l'archer mythologique, du Grizzly canadien, du Sentinel australien ou du Challenger britannique, ces noms racontent chacun à leur manière l'histoire des nations qui les ont choisis. Ils donnent une âme à des machines de guerre et témoignent de la volonté universelle des soldats de s'identifier à leur outil de combat, de lui conférer une personnalité, presque une humanité. Aujourd'hui, alors que les armées du Commonwealth modernisent leurs forces blindées — Challenger 3 britannique, Arjun Mk 2 indien, NZLAV néo-zélandais — cette tradition de nommage continue d'évoluer, mêlant héritage historique et exigences du combat moderne du XXIe siècle.
Durant la Seconde Guerre mondiale, les chars américains portaient deux types d'identifiants distincts : une désignation technique officielle américaine, et un nom propre attribué par les Britanniques. De leur côté, les Britanniques et les autres nations du Commonwealth avaient développé leurs propres traditions de nommage, suivant des logiques tout aussi intéressantes.
Les désignations américaines Le système de désignation officiel était géré par le département de l'Ordonnance de l'armée américaine. Il reposait sur une logique simple et rigoureuse. La lettre M signifiait Medium (char moyen), Light (char léger) ou Heavy (char lourd), suivie d'un numéro de modèle. Lorsqu'une variante significative était introduite moteur différent, coque soudée au lieu de rivetée, ou autre modification majeure une lettre de suffixe était ajoutée : A1, A2, A3, etc. Ainsi, le M3 de base à coque rivetée et moteur radial à essence devenait M3A2 avec une coque soudée, M3A3 avec une coque soudée et un moteur diesel, ou M3A5 avec une coque rivetée et un moteur diesel. Ce système purement fonctionnel ne laissait aucune place à la fantaisie, mais avait le mérite d'être précis et universel. Les noms britanniques donnés aux chars américains C'est la Mission britannique d'approvisionnement à Washington, agissant pour le compte du War Office, qui introduisit la pratique de donner des noms propres aux chars américains reçus dans le cadre du Prêt-Bail. Cette tradition répondait à un besoin pratique : il était plus simple et plus évocateur pour les équipages de parler du « Grant » ou du « Sherman » que du « Medium Tank M3 à tourelle britannique » ou du « Medium Tank M4 ». Les Britanniques choisirent de nommer ces chars d'après de grands généraux américains, en puisant principalement dans le panthéon de la guerre de Sécession (1861-1865) : Grant — d'après le général Ulysses S. Grant, commandant des armées de l'Union et futur président des États-Unis Lee — d'après le général Robert E. Lee, commandant en chef des armées confédérées, adversaire de Grant Sherman — d'après le général William Tecumseh Sherman, célèbre pour sa « Marche vers la mer » Stuart — d'après le général J.E.B. Stuart, brillant chef de cavalerie confédéré Honey — surnom affectueux donné par les équipages britanniques au char léger américain M3 Stuart, qui impressionna favorablement par sa fiabilité et sa maniabilité en Afrique du Nord Il est piquant de noter que les Britanniques nommèrent leurs chars d'après des généraux des deux camps opposés de la guerre de Sécession, sans distinction idéologique particulière — ce qui aurait pu être source de malaise dans le Sud des États-Unis, mais ne sembla guère préoccuper le War Office. Les exceptions notables côté américain Avec le temps, la pratique de nommage s'étendit au-delà de la guerre de Sécession, pour honorer des généraux américains d'autres époques : Chaffee (M24) — nommé d'après le général Adna Chaffee Jr., considéré comme le père des forces blindées américaines. Pionnier de l'arme blindée aux États-Unis, il mourut en 1941, peu avant que le char ne soit développé. Son nom fut choisi en hommage à son rôle fondateur dans la création des unités blindées américaines modernes.
La tradition britannique de Baptème De leur côté, les Britanniques développèrent pour leurs propres chars une tradition de nommage tout aussi riche, mais suivant des logiques différentes selon les époques. Cruiser Tank années 1930-1945 Durant la Seconde Guerre mondiale, les Britanniques distinguaient deux grandes catégories de chars : les chars d'infanterie, lents mais lourdement blindés, destinés à soutenir l'infanterie au pas, et les chars de croiseur, plus rapides, destinés à l'exploitation et aux percées. Cette distinction se reflétait souvent dans les noms. Les chars d'infanterie portaient souvent des noms évoquant la force et la puissance : Matilda (A11/A12) — nom d'origine incertaine, peut-être inspiré d'un personnage de dessin animé de l'époque, ou d'une référence populaire australienne à la chanson Waltzing Matilda Valentine — ainsi nommé car les plans furent soumis à l'approbation le jour de la Saint-Valentin 1938 Churchill (A22) — nommé en hommage au Premier ministre Winston Churchill, grand défenseur de l'arme blindée depuis la Première Guerre mondiale, où il avait contribué à la création des premiers chars britanniques Black Prince (A43) — « le Prince Noir », en référence à Édouard de Woodstock, prince de Galles du XIVe siècle, célèbre pour ses victoires militaires à Crécy et Poitiers. Ce char, dérivé du Churchill, n'entra jamais en production de série. Les chars de croiseur portaient souvent des noms évoquant la vitesse et la chevalerie : Cruiser Mk I à Mk IV — désignations purement techniques dans un premier temps Covenanter (A13 Mk III) — référence aux Covenanters, les presbytériens écossais du XVIIe siècle qui s'opposèrent à la tutelle anglaise sur leur Église Crusader (A15) — en référence aux Croisés du Moyen Âge, évoquant la chevalerie et la guerre sainte. Le Crusader fut le char de croiseur britannique le plus produit et le plus utilisé en Afrique du Nord Cavalier (A24) — évoquant les royalistes de la guerre civile anglaise, partisans du roi Charles Ier Centaur (A27L) — référence à la créature mythologique mi-homme mi-cheval, symbole de puissance et de rapidité Cromwell (A27M) — nommé d'après Oliver Cromwell, le chef militaire et politique de la révolution anglaise du XVIIe siècle, adversaire des Cavaliers Comet (A34) — évoquant la vitesse et la modernité, ce char fut l'aboutissement de la lignée des chars de croiseur britanniques et l'un des meilleurs chars britanniques de la fin de la guerre L'après-guerre et la Guerre froide Après 1945, les Britanniques adoptèrent une nouvelle tradition : nommer leurs chars d'après des figures historiques et des titres évocateurs : Centurion (1945) — référence aux officiers de l'armée romaine, évoquant la discipline et la puissance militaire. Le Centurion fut l'un des chars les plus réussis de l'après-guerre, exporté dans de nombreux pays et utilisé dans plusieurs conflits jusqu'aux années 1980, notamment en Corée, au Moyen-Orient et en Asie du Sud-Est. Conqueror (1955) — « le Conquérant », char lourd britannique développé pour contrer les chars soviétiques lourds comme le JS-3. Armé d'un canon de 120 mm, il servit aux côtés du Centurion avant d'être retiré du service dans les années 1960. Chieftain (1966) — « le Chef de clan », référence aux chefs militaires celtes et écossais. Le Chieftain fut le char principal de l'armée britannique pendant deux décennies, réputé pour son blindage et son canon de 120 mm particulièrement puissants. Il fut également exporté en Iran, en Jordanie et au Koweït. Challenger 1 (1983) — « celui qui relève un défi ». Développé à partir du projet iranien Shir 2 abandonné après la révolution islamique de 1979, le Challenger 1 succéda au Chieftain comme char principal de l'armée britannique. Challenger 2 (1998) — successeur direct du Challenger 1, il reste à ce jour le char de combat principal de l'armée britannique. Réputé pour son blindage Chobham/Dorchester de seconde génération, il fut engagé en Irak en 2003 et plus récemment livré à l'Ukraine en 2023. Une version modernisée, Challenger 3, est actuellement en cours de développement. Les chars canadiens
.Les chars australiens Les chars sud-africains L'Afrique du Sud contribua également à l'effort blindé du Commonwealth, bien que sa production de chars fût plus limitée. Marmon-Herrington — série de véhicules blindés légers produits en Afrique du Sud, nommés d'après les fabricants américains Marmon et Herrington dont les composants mécaniques étaient utilisés. Ces véhicules servirent abondamment en Afrique du Nord et en Afrique orientale. Rooikat (1990) — véhicule blindé de combat sud-africain moderne, nommé d'après le rooikat (lynx du Cap en afrikaans), félin sauvage d'Afrique du Sud symbolisant la rapidité et l'agilité. Ce nom s'inscrit dans une tradition sud-africaine de nommer les véhicules militaires d'après la faune locale.
Les chars pakistanais Le Pakistan, né de la partition de l'Inde britannique en 1947, hérita d'une partie du parc blindé de l'armée des Indes britanniques. Confronté dès sa création à des tensions avec l'Inde voisine, le pays développa rapidement ses forces blindées, en acquérant du matériel auprès de diverses sources et en développant progressivement une industrie de défense nationale. Les débuts (1947-1965) Dans les premières années de son existence, le Pakistan utilisa le matériel hérité de l'armée britannique des Indes — Sherman, Stuart, Centurion — sans leur attribuer de noms propres particuliers. Lors de la guerre indo-pakistanaise de 1965, les forces blindées pakistanaises utilisèrent des Patton M47 et M48 américains, également sans noms propres officiels. Le développement d'une tradition nationale Avec le temps, le Pakistan développa sa propre tradition de nommage, puisant dans son histoire islamique et ses héros nationaux : Al-Zarrar (2004) — char développé par les Heavy Industries Taxila (HIT), basé sur une modernisation poussée du Type 59 chinois. Le nom « Al-Zarrar » fait référence à Zarrar ibn al-Azwar, célèbre guerrier arabe du VIIe siècle, compagnon du calife Omar ibn al-Khattab, réputé pour sa bravoure et ses exploits militaires lors des premières conquêtes islamiques. Ce choix reflète l'identité islamique du Pakistan et son attachement aux valeurs guerrières de l'Islam des origines. Al-Khalid (1996) — char principal de l'armée pakistanaise, développé conjointement par le Pakistan et la Chine, produit par les Heavy Industries Taxila. Nommé d'après le général Khalid ibn al-Walid, l'un des plus grands stratèges militaires de l'histoire islamique, surnommé « l'Épée de Dieu » (Saif Allah). Khalid ibn al-Walid fut le commandant des armées musulmanes lors des premières conquêtes arabes au VIIe siècle, et resta invaincu tout au long de sa carrière militaire. Ce nom prestigieux reflète les ambitions du Pakistan pour son char national. Une version améliorée, l'Al-Khalid 1, est actuellement en service, et l'Al-Khalid 2 est en développement. Haider (en développement) — nouveau char de combat principal en cours de développement, dont le nom signifie « lion » en arabe et est l'un des attributs du calife Ali ibn Abi Talib, cousin et gendre du prophète Mahomet. Ce nom évoque la force, le courage et la foi. Les véhicules blindés pakistanais Talha — véhicule blindé de transport de troupes développé par les Heavy Industries Taxila, nommé d'après Talha ibn Ubaydullah, l'un des compagnons du prophète Mahomet, célèbre pour sa bravoure lors de la bataille d'Uhud. Saad — char d'entraînement léger, nommé d'après Saad ibn Abi Waqqas, général arabe qui mena la conquête de la Perse au VIIe siècle.
La Seconde Guerre mondiale
Comme l'Inde, la Nouvelle-Zélande n'avait pas de production de chars nationale et dépendait entièrement des livraisons britanniques et américaines. La 2e Division néo-zélandaise, qui combattit en Afrique du Nord et en Italie, était équipée de chars britanniques et américains standard — Valentine, Stuart, Sherman — sans leur attribuer de noms officiels supplémentaires.
Cependant, une initiative locale mérite d'être mentionnée : les chars Bob Semple (1940-1941). Face à la menace japonaise et à la pénurie de chars, le ministre des Travaux publics néo-zélandais Bob Semple fit construire des véhicules blindés improvisés à partir de tracteurs agricoles Caterpillar D8, recouverts de plaques d'acier ondulé. Ces engins rudimentaires, qui ne furent jamais engagés au combat, portèrent le nom de leur concepteur et constituent l'une des tentatives les plus originales — et les plus modestes — de production de chars nationale de la Seconde Guerre mondiale.
L'après-guerre
Après 1945, la Nouvelle-Zélande maintint un petit parc blindé équipé de matériel britannique :
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