PATRIMOINE FERROVIAIRE
Le locotracteur Moyse 20 TDE, petit forçat des voies de service avec sa caisse vert wagon, châssis rouge, plaque de bronze : ce petit engin diesel-électrique français a passé sa vie à pousser et tirer des wagons là où les grandes locomotives n’allaient pas.
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Le locotracteur de profil : capot moteur, cabine centrale à persiennes et second capot. Sur le longeron, la plaque « Diesel-électrique Gaston Moyse ».
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Garé sur une voie au milieu des bouleaux, à côté d’un ancien autorail vert, il ne paie pas de mine. Pourtant, ce petit engin trapu est un représentant typique d’une famille de machines qui a fait tourner la France industrielle pendant un demi-siècle. Sur son châssis, une plaque de bronze annonce Diesel-électrique Gaston Moyse, et à l’arrière, des lettres peintes précisent le type : Moyse 20 TDE.
Qu’est-ce qu’un locotracteur ?
Un locotracteur est une petite locomotive de manœuvre. Il ne tire pas de trains sur les grandes lignes : son domaine, ce sont les gares de triage, les dépôts, les ports et surtout les embranchements particuliers des usines. Là, il faut déplacer quelques wagons, les trier, les amener sous un quai de chargement ou une trémie. Pour ce travail, une machine courte, maniable et économique vaut mieux qu’une grosse locomotive.
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| De face : le capot avant et sa grille, la cabine surélevée, les deux tampons et l’attelage à crochet et tendeur. |
Gaston Moyse, un spécialiste français
La société de Gaston Moyse commence à construire des locotracteurs diesel au début des années 1920, à La Courneuve, aux portes de Paris. Elle devient l’un des grands noms français du genre. Ses machines équipent la SNCF, qui en intègre plusieurs séries à son parc, mais aussi EDF, de nombreux sites industriels et en particulier les aciéries du Nord et de Lorraine au temps de la reconstruction d’après-guerre. L’entreprise exporte ensuite en Allemagne, puis jusqu’en Extrême-Orient.
Paradoxe rapporté par plusieurs historiques : les machines Moyse étaient si robustes qu’elles duraient des décennies, ce qui finit par tarir les commandes. L’activité s’arrête à la fin des années 1970.
La série TDE
Le 20 TDE appartient à la série TDE, produite approximativement de 1930 à 1960. On la reconnaît à ses capots arrondis encadrant une cabine centrale surélevée, d’où le mécanicien voit des deux côtés. La gamme existait en plusieurs tailles, de 10, 20 et 32 tonnes : le chiffre de la désignation correspond à la masse de la machine. Notre exemplaire est donc un modèle intermédiaire d’une vingtaine de tonnes.
Les lettres « DE » rappellent le principe de la transmission, qu’affiche aussi la plaque : diesel-électrique. Le moteur diesel n’entraîne pas directement les roues ; il fait tourner une génératrice, qui alimente des moteurs électriques de traction. Cette solution, plus complexe qu’une boîte de vitesses, offre un démarrage très doux et un effort de traction élevé à basse vitesse — exactement ce que l’on attend d’un engin de manœuvre qui doit ébranler des wagons lourdement chargés.
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| Le capot avant, ses persiennes de refroidissement, le losange du constructeur et le marquage « Moyse 20 TDE » |
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Des détails qui racontent
L’œil attentif repère de nombreux témoins de sa vie de travail : les grands tampons et l’attelage à vis, les boîtes d’essieux, les marchepieds et mains courantes pour le personnel de manœuvre, le phare unique placé au sommet de la cabine. Sur le châssis, une inscription peinte porte la mention « Marchandise roulante » suivie d’un numéro. La livrée, vert foncé sur un châssis rouge et noir, est restée sobre, comme il convient à un engin d’usine.
En bref
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Constructeur
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Locotracteurs Gaston Moyse, La Courneuve (Seine-Saint-Denis)
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Type
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20 TDE
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Transmission
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Diesel-électrique
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Masse
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Environ 20 tonnes, d’après la désignation
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Série
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TDE, construite d’environ 1930 à 1960 (versions 10, 20 et 32 t)
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Usage
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Manœuvres en gare, dans les usines et les embranchements
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Écartement
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Voie normale
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La puissance et l’année de construction de cet exemplaire ne figurent pas sur les photos ; elles peuvent varier selon les machines de la série.
Une machine de musée bien vivante
Aujourd’hui préservé, ce Moyse 20 TDE rappelle le rôle discret mais indispensable des engins de manœuvre dans l’économie du XXe siècle. Sans eux, pas de wagons de charbon amenés à la chaufferie, pas de bobines d’acier sorties du laminoir, pas de wagons de céréales placés sous le silo. Petit, robuste, presque inusable : exactement la réputation qu’a laissée Gaston Moyse.