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Le Lanz Bulldog 15/30 de 1929
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| Le Lanz Bulldog 15/30 exposé : capot frappé « BULLDOG », grand volant d'embrayage à gauche et poulie de battage à droite. |
Un monocylindre qui a motorisé l'Europe
Parmi les machines rassemblées dans ce petit musée agricole, sous les plaques émaillées Massey-Harris, Michelin et Dunlop, trône un tracteur gris bleuté au profil inimitable. L'ardoise accrochée à son capot résume sa carte d'identité : Lanz Bulldog, type 15/30, origine Allemagne, 1929.
Construit à Mannheim par la firme Heinrich Lanz AG, le Bulldog fut l'un des tracteurs les plus répandus d'Europe. Plus de 220 000 exemplaires sortirent des usines entre 1921 et 1960, sans compter les copies sous licence comme le Percheron français ou l'Ursus polonais.
Postérité
La production du Bulldog culmine à la fin des années 1920, avec environ 15 000 tracteurs par an dès 1928. Le 200 000e exemplaire quitte Mannheim en 1956, l'année où John Deere prend le contrôle de Lanz. Les derniers Bulldogs semi-diesel sont construits jusqu'en 1962, et jusqu'en 1963 en Espagne.
Témoin de la première motorisation des campagnes, ce Bulldog de 1929, même endormi sous la poussière et privé de sa tête de cylindre, rappelle l'époque où un seul gros cylindre suffisait à remplacer plusieurs chevaux de trait.
Une idée simple : le moteur à boule chaude
Le Bulldog est né de l'esprit de l'ingénieur Fritz Huber, convaincu qu'un tracteur agricole devait être aussi simple que possible. Présenté en juin 1921 à l'exposition itinérante de la DLG (la Société allemande d'agriculture), le premier modèle, le HL 12, développait 12 ch.
Son cœur est un moteur deux-temps monocylindre horizontal à boule chaude (Glühkopf). Il ne comporte ni soupapes, ni bougie, ni carburateur, ni magnéto. Le carburant s'enflamme au contact de la tête du cylindre portée au rouge, ce qui le rend presque indestructible.
Le nom « Bulldog » viendrait de la forme de cette tête de cylindre bombée à l'avant, qui évoque le museau d'un bouledogue.
Grand atout pour les campagnes de l'entre-deux-guerres, le moteur accepte à peu près tout ce qui brûle : gazole, pétrole lampant, huiles lourdes, huile de goudron de lignite, huiles usagées, voire huile végétale.
Le 15/30 : le « gros Bulldog » des années 1920
Après les premiers modèles légers, Lanz lance en 1926-1927 le HR2 « Gross-Bulldog », le premier Bulldog de 10 litres. C'est aussi le premier véhicule allemand produit sur une chaîne de montage. Il reçoit une boîte à quatre rapports utilisables en marche avant comme en marche arrière.
La désignation 15/30 suit l'usage de l'époque : environ 15 ch en régime de travail continu et jusqu'à 30 ch en puissance maximale, notamment à la poulie. Le modèle HR5, qui reprend la même mécanique de 10,3 litres et 30 ch, prend la suite à partir de 1929. Notre exemplaire, daté de cette année charnière, appartient donc à cette famille HR2/HR5. Seule la plaque constructeur permettrait de trancher.
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| À gauche : l'avant du tracteur, avec la bride à goujons de la tête de cylindre, aujourd'hui déposée. |
À droite : la poulie de battage et l'essieu avant sur ressort à lames. |
Un démarrage tout un rituel
Mettre en route un Bulldog demandait patience et savoir-faire. Il fallait d'abord chauffer la boule de la culasse à la lampe à souder, pendant plusieurs minutes, jusqu'à environ 700 à 800 °C. On pompait ensuite un peu de carburant, puis on lançait le moteur à la main.
Pour le lancement, on tournait le grand volant latéral ou l'on retirait le volant de direction pour l'emboîter sur l'axe du moteur et s'en servir de manivelle. Le moteur pouvait aussi bien partir à l'envers : le conducteur avait alors un tracteur qui reculait sur tous ses rapports !
Une fois lancé, le Bulldog fait entendre son célèbre « pom… pom… pom » lent et sourd, qui lui a valu en Allemagne le surnom affectueux de « Glühkopf » et une foule d'admirateurs encore aujourd'hui.
Ce que l'on observe sur cet exemplaire
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| Vue latérale : cheminée d'admission, grand volant d'inertie et d'embrayage à rayons, roues arrière cerclées de bandages pleins. |
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Le capot frappé « BULLDOG », coulé dans la masse, et le radiateur à nid d'abeille du refroidissement par thermosiphon.
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La bride ronde à goujons à l'avant du bâti : c'est là que se boulonne normalement la tête de cylindre à boule chaude, le fameux « museau » du bouledogue. Elle est ici démontée, ce qui laisse voir l'alésage du cylindre.
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La haute cheminée en entonnoir de l'admission d'air, qui aspire au-dessus de la poussière des champs.
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Le grand volant à rayons sur le flanc gauche, qui fait office de volant d'inertie et d'embrayage, et la poulie à droite, qui entraînait batteuses, scies ou pompes par courroie.
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Les roues à bandages pleins en caoutchouc, sur jantes métalliques rouges, et l'essieu avant à ressort à lames transversal.
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Le siège en tôle ajourée et la direction à volant vertical, typiques des tracteurs de l'époque.
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La plaque « D » (Deutschland), rappel de l'origine allemande de la machine.
Caractéristiques techniques
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Constructeur
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Heinrich Lanz AG, Mannheim (Allemagne)
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Modèle
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Bulldog 15/30 (famille HR2 / HR5)
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Année de l'exemplaire
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1929 (selon l'étiquette du musée)
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Moteur
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Monocylindre horizontal deux-temps à boule chaude
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Cylindrée
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10,3 litres (alésage 225 mm, course 260 mm)
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Puissance
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15 ch en continu, 30 ch maximum
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Régime
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environ 500 tr/min (540 tr/min annoncés pour le HR5)
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Boîte de vitesses
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4 rapports, avant et arrière (HR2)
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Carburants
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gazole, pétrole, huiles lourdes et usagées
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Démarrage
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boule chauffée à la lampe à souder, lancement au volant
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Détails du capot et du radiateur ; à droite, le tracteur entouré de pièces et de moteurs de la collection.