LORAS RCH 155 : le canon L58 qui veut redéfinir la portée de l'artillerie Dévoilé à Eurosatory 2026, ce programme franco-allemand de KNDS ambitionne de succéder au CAESAR
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100 km
Portée maximale
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155 mm / L58
Calibre du canon
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8 coups/min
Cadence de tir
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2032-2035
Série visée
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Présenté au salon Eurosatory 2026 à Paris, le canon automoteur chenillé LORAS RCH 155 marque une nouvelle étape dans la course à la portée qui anime l'artillerie occidentale depuis le début des années 2020. Porté par le groupe franco-allemand KNDS, ce programme vise un objectif simple dans son énoncé mais ambitieux dans sa mise en œuvre : tirer plus loin, avec n'importe quel type de munition, sans dépendre exclusivement des projectiles guidés dont le coût unitaire reste dissuasif pour des tirs de saturation.
Un successeur annoncé du CAESAR, dans un contexte stratégique renouvelé
Le secret entourant le projet avait été bien gardé jusqu'à sa présentation le 15 juin 2026 : ce canon de 155 mm doté d'un tube de 58 calibres est envisagé comme le successeur potentiel du CAESAR, en service dans l'armée de Terre française depuis le début des années 2000. Le projet s'inscrit dans la continuité du programme « Common Indirect Fire System » (CIFS), lancé en 2017 par la France et l'Allemagne pour concevoir ensemble l'artillerie de demain — un cadre qui avait perdu en visibilité ces dernières années mais dont l'idée n'a jamais disparu chez KNDS, qui revendique avec le LORAS sa sixième génération de système d'artillerie depuis 1945.
Depuis 2022, les conflits de haute intensité observés en Europe de l'Est ont rappelé une évidence trop souvent reléguée au second plan durant les décennies de guerres asymétriques : la survie d'une batterie d'artillerie dépend directement de sa capacité à tirer avant d'être elle-même repérée et neutralisée par la contre-batterie adverse. Chaque kilomètre de portée supplémentaire se traduit ainsi par une marge de manœuvre tactique accrue, en permettant aux pièces de rester hors de portée des radars de contre-batterie et des systèmes de frappe dans la profondeur adverses. Cette évolution a remis au premier plan des programmes longtemps considérés comme secondaires, poussant l'ensemble des industriels européens de l'armement terrestre à revoir leurs feuilles de route.
Né de la fusion entre le français Nexter et l'allemand Krauss-Maffei Wegmann, KNDS capitalise sur l'expérience acquise avec le CAESAR et le RCH 155 à roues pour proposer une réponse chenillée, plus protégée et dotée d'un canon allongé.
Genèse et financement du programme
Le projet LORAS trouve son origine dans une initiative interne de KNDS, engagée plusieurs années avant sa présentation publique. Le ministère français des Armées s'y est ensuite associé, apportant un soutien financier qui a permis de faire progresser le développement au-delà du stade de l'étude de faisabilité, sans toutefois garantir un financement complet du programme.
Cette dynamique illustre une tendance plus large de l'industrie de défense européenne, où les grands groupes engagent des investissements sur fonds propres avant de rechercher des cofinancements étatiques, dans l'espoir de convertir ensuite ces prototypes en commandes fermes. Le risque, pour KNDS comme pour ses clients potentiels, est que l'ampleur du soutien public conditionne directement le rythme du développement : selon les responsables du programme eux-mêmes, un soutien limité pourrait repousser une éventuelle entrée en série au-delà de 2032, voire jusqu'en 2035.
Une architecture modulaire pensée pour plusieurs châssis
La particularité du LORAS ne réside pas uniquement dans son canon, mais dans la conception de son compartiment de combat. Ce module, entièrement automatisé, se présente comme une tourelle blindée autonome intégrant l'ensemble des fonctions de mise en œuvre du canon, sans empiéter sur le volume interne du châssis porteur. Cette approche permet en théorie d'installer le même système de combat sur des plateformes très différentes : châssis à roues 8x8, comme sur le RCH 155 de base, ou châssis chenillé, comme sur le prototype présenté à Eurosatory, construit sur une version chenillée de la famille Boxer.
Pour un client, cette flexibilité représente un argument commercial de poids : elle permet d'adapter le choix du châssis aux contraintes opérationnelles (mobilité tout-terrain, protection, logistique, compatibilité avec un parc existant) sans remettre en cause l'intégralité de la chaîne de conduite de tir et de gestion des munitions, qui reste identique d'une version à l'autre.
4. Le canon L58 : cœur technique du programme
L'innovation centrale du LORAS tient à l'adoption d'un canon rayé de 155 mm de calibre 58 (L58), en lieu et place du canon L52 aujourd'hui standard sur la plupart des pièces occidentales de 155 mm, dont le CAESAR — contre 39 puis 52 calibres pour les générations précédentes. Selon les estimations du concepteur, cet allongement du tube devrait permettre d'atteindre une portée environ 1,5 fois supérieure à celle obtenue avec un canon L52 classique, à munition équivalente.
Cette augmentation de portée repose sur deux leviers combinés. D'une part, la longueur accrue du tube permet une accélération plus longue du projectile, donc une vitesse initiale plus élevée : le tube du LORAS affiche ainsi un volume interne de 29 litres, contre 23 litres pour le CAESAR. D'autre part, la chambre agrandie peut accueillir jusqu'à huit modules de charge propulsive modulaire, contre six pour les canons L52 standard, ce qui autorise une charge propulsive plus importante et donc un surcroît d'énergie transmise au projectile.
Cette conception a néanmoins un coût mécanique. Un tube plus long et une chambre renforcée alourdissent l'ensemble de l'arme et modifient sa répartition des masses, tandis que des tirs à plus haute pression tendent, de manière générale, à réduire la durée de vie utile du tube avant qu'un changement ne soit nécessaire. C'est pourquoi la culasse a été agrandie et ses parois en acier épaissies, avec un frein de bouche repensé pour mieux absorber le recul ; le tube s'inspire par ailleurs des travaux menés sur le canon du système ASCALON, conçu pour des pressions encore plus élevées. KNDS affirme que la pression interne du LORAS reste dans des plages ne provoquant pas d'usure prématurée, mais seuls des essais de tir prolongés, encore à venir, permettront de vérifier cette affirmation dans la durée.
Munitions : entre promesses commerciales et prudence méthodologique
Le canon LORAS est conçu pour tirer l'ensemble de la gamme de munitions de 155 mm conformes aux normes OTAN, garantissant une compatibilité logistique immédiate avec les stocks existants des armées clientes. Une nouvelle famille d'obus est développée en parallèle : proche, dans sa logique, de l'actuel obus LU 220, mais avec des parois et un acier repensés, tout en restant sous la barre du mètre de longueur et des 50 kg.
Selon les données communiquées par le constructeur, un obus à fragmentation explosif standard tiré par le LORAS atteindrait environ 60 km, contre 30 à 40 km pour un canon L52 classique — un résultat qui aurait été obtenu lors d'essais menés en Suède. KNDS annonce par ailleurs un objectif de 100 km en combinant le nouveau tube avec des munitions de précision guidées, à l'image du Vulcano italien (un client étranger étant déjà parvenu à toucher une cible à 75 km avec ce type d'obus tiré depuis un CAESAR standard), ou avec des projectiles conventionnels à portée étendue, sur le modèle du V-LAP. Ce chiffre de 100 km doit toutefois être considéré avec prudence : il s'agit d'une projection avancée par le fabricant, qui n'a pas encore fait l'objet d'une validation indépendante par des essais tiers ou par un client étatique.
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Munitions explosives conventionnelles : environ 60 km annoncés, contre 30-40 km avec un canon L52
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Munitions à portée étendue (type V-LAP) : objectif affiché de 100 km
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Munitions guidées de précision (type Vulcano) : portée et précision accrues, coût unitaire nettement supérieur
L'intérêt stratégique de cette approche réside précisément dans la possibilité d'atteindre des cibles éloignées avec des munitions conventionnelles, moins coûteuses que les obus guidés, réduisant ainsi la dépendance à des stocks de précision souvent limités et onéreux à reconstituer en cas de conflit prolongé.
6. Automatisation, protection et intégration sur châssis chenillé
Pour ce premier démonstrateur, KNDS a choisi l'option d'intégration la plus exigeante technologiquement : un châssis chenillé de type RCH 155, construit sur une base Boxer. Le chargement s'effectue au moyen d'un chargeur automatique de conception nouvelle, alimenté par un système de stockage mécanisé des charges propulsives modulaires, ce qui permet de limiter l'équipage à deux servants tout en visant une cadence de tir de huit coups par minute. Le magasin peut accueillir une trentaine d'obus, pour un poids en ordre de combat inférieur à 45 tonnes. La tourelle, équipée d'une mitrailleuse télécommandée et d'un lance-fumigènes, peut pivoter sur 360° et dispose d'angles de tir allant de -2,5° à +65°, ce qui autorise également le tir direct en plus du tir indirect classique de l'artillerie.
Le véhicule intègre également des systèmes modernes de navigation, de communication et de conduite de tir capables d'effectuer automatiquement la géolocalisation de la pièce, de recevoir et traiter les données de ciblage, puis de pointer et préparer le canon pour un tir à distance. Cette automatisation poursuit un double objectif : réduire la charge de travail de l'équipage, protégé par le blindage du véhicule, et raccourcir le temps passé à découvert lors des phases de mise en batterie et de repli — un facteur déterminant de survie dans un contexte où la contre-batterie adverse peut réagir en quelques minutes à un tir
LORAS face à la concurrence : éléments de comparaison
Le LORAS ne naît pas dans un environnement vierge. Le concept d'un tube allongé au-delà du standard L52 a déjà été exploré par d'autres acteurs, notamment à travers des modifications expérimentales de l'obusier allemand PzH 2000. Ce qui distingue le LORAS, selon KNDS, n'est donc pas tant l'idée d'un canon plus long que la combinaison de cette portée accrue avec un module de combat automatisé et universel, capable d'équiper aussi bien un châssis à roues qu'un châssis chenillé.
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Système
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Calibre / longueur
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Portée (obus classique)
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Châssis
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RCH 155 (L52)
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155 mm / L52
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30 à 40 km
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Boxer 8x8
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LORAS RCH 155 (L58)
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155 mm / L58
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≈ 60 km (obj. 100 km guidée)
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Boxer Tracked (prototype)
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CAESAR
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155 mm / L52
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40 à 55 km selon munition
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Camion 6x6
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PzH 2000 (versions modifiées)
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155 mm / L52 à L60 (exp.)
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40 à 56 km selon config.
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Chenillé
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| Ce tableau doit être lu avec les réserves habituelles qui s'appliquent aux données de portée communiquées par les industriels : les chiffres varient selon le type de munition, les conditions météorologiques, l'altitude de tir et la méthode de mesure retenue. Ils donnent néanmoins un ordre de grandeur permettant de situer le LORAS par rapport aux systèmes en service ou en développement chez ses principaux concurrents. |
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Enjeux industriels et économiques
Au-delà de la performance balistique, KNDS met en avant deux arguments économiques destinés à convaincre ses clients potentiels. Le premier tient à l'universalité du compartiment de combat, présentée comme un avantage concurrentiel permettant à un client d'arbitrer librement entre châssis à roues et châssis chenillé sans changer de système d'armes. Le second réside dans la réduction du besoin en munitions de précision coûteuses pour traiter des cibles éloignées, la portée accrue du L58 permettant d'utiliser des obus conventionnels là où un canon L52 nécessiterait un projectile guidé.
Cet argument mérite toutefois d'être nuancé. Les économies réalisées sur le coût unitaire des munitions ne se traduisent pas mécaniquement par une baisse du coût total de possession du système, qui dépend aussi du prix d'acquisition du canon automoteur neuf — plus complexe et donc probablement plus onéreux qu'un RCH 155 ou un CAESAR classique — ainsi que des coûts d'entretien liés à un tube plus long et plus sollicité mécaniquement. La réduction de coût mise en avant par KNDS s'applique donc plus précisément au poste munitions qu'à l'ensemble du cycle de vie du système.
État d'avancement et calendrier
À ce jour, KNDS indique avoir achevé la conception principale du système, fabriqué et testé un prototype d'arme isolé, puis intégré ce dernier sur un premier prototype complet de canon automoteur, celui-là même présenté à Eurosatory 2026. Ce véhicule a depuis été transféré sur un terrain d'essai. Si l'on ignore encore si des tirs d'essai en configuration complète ont déjà été réalisés, ceux-ci sont attendus prochainement et devraient fournir les premiers éléments concrets de validation du concept.
Le calendrier industriel reste marqué par une forte incertitude. KNDS vise un système qualifié et prêt pour une production en série à l'horizon 2032-2035, mais l'industriel n'exclut pas un décalage supplémentaire en l'état actuel du soutien gouvernemental.
L'adoption du LORAS par l'armée de Terre française n'est pas acquise à ce stade : le projet reste avant tout une démonstration de faisabilité technologique, et KNDS mise sur l'obtention d'engagements, même préliminaires, de la part de clients potentiels pour accélérer les phases de développement et de qualification.
Le contexte plus large reste par ailleurs marqué par les difficultés du programme MGCS, le grand projet franco-allemand de char de combat du futur, dont le calendrier a pris du retard. KNDS a d'ailleurs présenté au même salon un char de transition, le CAPINT, en attendant l'aboutissement de ce programme plus ambitieux prévu à l'horizon 2040-2045.
Perspectives
Le LORAS RCH 155 s'inscrit dans une compétition plus large entre industriels européens de l'artillerie, où la portée, l'automatisation et la modularité des plateformes constituent désormais les principaux critères de différenciation. Sa réussite dépendra autant de la validation technique du tube L58 lors des essais à venir que de la capacité de KNDS à transformer l'intérêt manifesté par certains clients potentiels en commandes fermes, seules à même de sécuriser un financement suffisant pour tenir un calendrier plus resserré que celui, prudent, actuellement envisagé par l'industriel.
D'ici là, le programme reste au milieu du gué : un concept techniquement abouti sur le papier, un premier prototype physique déjà présenté au public, mais une validation opérationnelle et une décision d'entrée en série qui restent, l'une comme l'autre, encore à venir.
En bref
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LORAS : canon d'artillerie de 155 mm / calibre 58 (L58) développé par KNDS, successeur potentiel du CAESAR
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Portée annoncée : ≈ 60 km avec munitions conventionnelles, jusqu'à 100 km avec munitions guidées ou à portée étendue
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Architecture modulaire : même compartiment de combat compatible châssis à roues (8x8) ou chenillé (Boxer Tracked)
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Équipage réduit à deux servants grâce à un chargeur automatique ; cadence visée de 8 coups par minute
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Financement mixte KNDS / ministère des Armées, sans garantie de financement complet à ce stade
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Mise en série industrielle envisagée entre 2032 et 2035, sous réserve de commandes fermes