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Allemagne Genie Les équipages de pont de la Wehrmacht en 1940

Article fait par :Claude Balmefrezol

Mis en ligne le 25/09/2026 à 08:55:35



Les équipages de pont de la Wehrmacht en 1940 Brückengeräte A, B, C, K et les Matériels de pontages pris à l’ennemi : Autriche, Tchécoslovaquie, France, Grande-Bretagne
Tableaux générés par AI sur mes indications
Photoscopes
Bruckengerat B chariot pontons Pf. 10 Bockwagen Moscou

Bruckengerat B Chariot Pontons Pf. 11 Pontonwagen Moscou
Bruckengerat B Chariot Rampenwagen Pf. 12 Moscou
Bruckengerat C chariot pontons Pf. 14 Pf. 15 (Leichter Pontonwagen) Patriot Park Moscou
Bruckengerat C chariot pontons Pf. 14 Pf. 15 (Leichter Pontonwagen) Moscou
Leichte Pionier-Sturmboot 39 Batterie Todt
Sturmbootmotor 39 (Saumur)
 
 
Introduction
En 1940, la guerre de mouvement allemande dépend largement des Pioniere. Chaque rivière est un obstacle que les chars ne peuvent franchir sans pont, et l’ennemi fait sauter les ouvrages fixes en se repliant. La Wehrmacht dispose pour cela de plusieurs équipages de pont standardisés (Brückengeräte), désignés par une lettre. Elle y ajoute, à partir de 1938, un stock croissant de matériel pris en Autriche, en Tchécoslovaquie puis en France.
Cet article fait suite aux photoscopes des chariots Pf. 10, 11 et 12 du Brückengerät B et des chariots Pf. 14 et 15 du Brückengerät C conservés à Moscou.
Les équipages allemands
Le Brückengerät A, l’ancêtre

Le Brückengerät A est le plus ancien des matériels de pont de la Wehrmacht, et aussi le plus mystérieux après le T.

Le matériel. Il se composait de pontons entiers, transportés sur des voitures à chevalets Pf. 8 et des voitures à pontons Pf. 9. Une colonne pouvait construire des ponts de 7 t de charge au maximum, longs de 75 m au maximum.

Son origine. Sa technique remontait à la Première Guerre mondiale et avait été reprise par la Reichswehr. C'est donc l'héritier direct des trains de pont de l'armée impériale. Vers 1905, chaque corps d'armée allemand emportait deux trains de pont divisionnaires d'environ 40 m chacun et un train de pont de corps d'environ 120 m, soit près de 200 m de pont au total. Les pontons en acier, divisibles, portaient 4 500 kg, avec des chevalets du système Birago. Les délais de construction étaient de 18 minutes par travée sur chevalets et de 15 minutes par travée sur pontons, dans de bonnes conditions. La filiation va donc du Birago (1841) aux trains de pont impériaux, puis au matériel de la Reichswehr et enfin au Brückengerät A.

Un indice de chronologie. La numérotation des voitures de pionniers (Pf.) confirme que le A est le plus ancien :

Matériel Voitures Charge
A Pf. 8, Pf. 9 7 t
B Pf. 10, Pf. 11, Pf. 12 8 / 16 / 20 t
C Pf. 14, Pf. 15 4 t

Les numéros se suivent : le A a été classé en premier, puis le B l'a remplacé comme matériel moderne.

Un fantôme en 1939. La source qui le décrit précise que cette désignation n'a pas pu être retrouvée après la mobilisation. Autrement dit, on ne connaît pas de « Brüko A » en campagne. Soit le matériel avait été remplacé par le B avant la guerre, et ses stocks relégués à l'instruction ou à la réserve, soit il a servi sous une autre appellation. Les archives NARA mentionnent pourtant un « Brücken-Kolonnen Zug A », un peloton de colonne de pont A. Il pourrait s'agir d'un reliquat de ce matériel, mais rien ne permet de l'affirmer.

Pourquoi il a été remplacé. Avec 7 t, le A suffisait pour une armée hippomobile de 1918. Il était insuffisant pour les camions, les tracteurs d'artillerie et les chars du réarmement. Le B, avec ses demi-pontons combinables jusqu'à 16 et 20 t, reprenait l'idée de Birago (diviser pour mieux adapter la charge), mais à l'échelle de la guerre motorisée.


 
Il s’agit de pontons complets de la Première Guerre mondiale, encore utilisés par la Reichswehr, permettant un pont de 75 m pour 7 t. Il est dépassé en 1940.
Le Brückengerät B, le pont moyen standard

Le principe : le demi-ponton. Le Brückengerät B repose sur des demi-pontons transportés sur trois types de voitures : la voiture à chevalets Pf. 10, la voiture à pontons Pf. 11 et la voiture à rampes Pf. 12. Deux demi-pontons assemblés forment un ponton entier, et plusieurs pontons forment un bac ou une travée. C'est l'idée de Birago (diviser pour moduler la charge) appliquée à la guerre motorisée.

Une grande souplesse d'emploi. C'est ce qui en fait le pont moyen standard. Avec le matériel d'une seule colonne, on pouvait construire au choix :

Configuration Nombre Charge unitaire
Bacs 8 4 t
Bacs 4 8 t
Bacs 2 16 t
Bac 1 20 t
Pont Longueur
4 t 130 m
8 t 80 m
20 t 50 m

Une autre source donne 8 t sur 83 m et 16 t sur 54 m. L'écart tient sans doute à l'édition du règlement ou au renforcement du matériel. Le principe reste le même : plus la charge est lourde, plus le pont est court.

Le parc complet. La composition du détachement chargé de convoyer le matériel d'une colonne B donne une idée précise de son volume :

  • 8 voitures à chevalets Pf. 10 ;
  • 16 voitures à pontons Pf. 11 ;
  • 2 voitures à rampes Pf. 12 ;
  • 2 remorques pour bateaux d'assaut (Sd.Ah. 108) ;
  • 1 remorque pour bateau à moteur de 100 ch (Sd.Ah. 119) ;
  • 2 remorques à plusieurs essieux de 3 t, ouvertes.

Les 16 voitures à pontons correspondent aux 16 demi-pontons des deux pelotons de pontons. Pour la traction, on utilisait le Sd.Kfz. 6 en version pionnier ou divers tracteurs à roues.

Pourquoi il est devenu le standard. Le B se situe exactement au milieu de la gamme allemande. Il est plus fort que le C (4 t) et que l'ancien A (7 t), et plus polyvalent que le K, spécialisé pour les chars. Il équipait à la fois les divisions d'infanterie et les Panzerdivisionen. Il couvrait la majorité des besoins d'une division de 1939-1941 : camions, artillerie de campagne et premiers chars.

Sa longévité. Le matériel B est resté en service jusqu'à la fin de la guerre. Un tableau d'effectifs (K.St.N. 733) de la Brückenkolonne B motorisée est encore daté du 1er juin 1944.

Comparé aux autres matériels moyens :

Matériel Charge Longueur
Brückengerät B 8 à 20 t 50 à 130 m
Compagnie d'équipage française 4 à 18 t 104 à 180 m
vz. 32 tchécoslovaque 13 t —
FBE Mk III britannique 9 t (classe 9) —

Techniquement, le B n'était donc pas supérieur à ses équivalents étrangers. Sa force tenait à sa diffusion massive et à son intégration organique dans les divisions.


 
C’est l’équipage le plus répandu, celui des chariots Pf. 10, 11 et 12 de Moscou. Il repose sur des demi-pontons d’acier : deux demi-pontons accouplés forment un ponton complet. Sa capacité est de 8 t avec les demi-pontons et de 16 t en montage à pontons complets.
Selon le Lexikon der Wehrmacht, le matériel d’une colonne permettait soit des bacs (8 de 4 t, 4 de 8 t, 2 de 16 t ou 1 de 20 t), soit un pont de 4 t sur 130 m, de 8 t sur 80 m ou de 20 t sur 50 m. Les chiffres varient selon les sources et les dates, ce qui explique les écarts avec d’autres publications.
Le détachement d’accompagnement d’une colonne B comptait 8 Bockwagen (Pf. 10), 16 Pontonwagen (Pf. 11), 2 Rampenwagen (Pf. 12), 2 remorques pour bateaux d’assaut (Sd.Ah. 108) et 1 remorque pour vedette de 100 ch (Sd.Ah. 119).
Le Brückengerät C, l’équipage léger

Le Brückengerät C était le matériel de pont léger de la Wehrmacht.

Le principe. Il reposait sur des demi-pontons légers, transportés sur des voitures à chevalets Pf. 14 et des voitures à pontons Pf. 15. C'est une version allégée du matériel B, qui utilisait des demi-pontons normaux sur les voitures Pf. 10, 11 et 12.

Ses performances. Il permettait de construire des ponts de 4 t de charge, longs de 84 m au maximum. On l'utilisait surtout pour des passerelles et des ponts pour piétons. C'était donc d'abord un matériel pour faire passer l'infanterie, ses armes d'accompagnement et des véhicules légers, pas l'artillerie lourde ni les chars.

La colonne C. Elle était beaucoup plus petite qu'une colonne B : 1 officier, 7 sous-officiers et 45 hommes, contre 2 officiers, 13 sous-officiers et 87 hommes. Elle pouvait être tractée par des véhicules, et l'attelage à chevaux restait possible.

Son emploi. Selon les sources, les divisions d'infanterie recevaient une colonne B ou une colonne C, tandis que les Panzerdivisionen recevaient une colonne B ou K. Le C était donc typiquement le matériel des divisions d'infanterie les moins bien dotées. Un bataillon de pionniers n'avait en général qu'une seule colonne.

Où il se situe dans la gamme allemande :

Matériel Charge Utilisateurs
G (montagne) 1 à 2 t chasseurs de montagne
C (léger) 4 t infanterie
D ? groupes de reconnaissance motorisés, transport par camion
B (divisionnaire) 8 / 16 / 20 t infanterie et Panzer
K (poutres-caissons) 16 / 20 t Panzer
J (lourd) charges les plus lourdes Panzer

Ses équivalents étrangers. Par sa charge de 4 t, le C se rapproche du FBE britannique (radeau de 4,5 t) et de l'extrémité basse des ponts d'équipage français, dont les charges allaient de 4 à 18 t selon la longueur.

Un indice pour l'énigme du Brückengerät T. La source qui décrit le C mentionne un document des archives NARA (bobine T-78 R-152) qui donne, pour chaque matériel (B, C, D, G, T, V et K), l'étendue, la charge, l'année d'acquisition et le nombre d'exemplaires. On y lit notamment « 32 exemplaires de Brückengerät T ». Or l'inventaire tchécoslovaque du 18 mars 1939 recensait 30 équipages vz. 32, et 38 selon une autre source. Le chiffre de 32 est très proche, alors que les équipages Birago étaient bien plus nombreux (57 à 91). C'est un argument sérieux en faveur de l'hypothèse vz. 32. Ce n'est pas encore une preuve, mais la piste se précise.


 
D’après Dietrich Petter, il s’agit de demi-pontons légers transportés sur Bockwagen Pf. 14 et Pontonwagen Pf. 15, permettant des ponts de 4 t sur 84 m au plus. Il servait surtout à construire des passerelles, avec un effectif de 1 officier, 7 sous-officiers et 45 hommes, en traction automobile ou hippomobile.
Le Brückengerät K, le pont des Panzer
Le Brückengerät K était le matériel de pont propre aux divisions blindées allemandes. Le K vient de Kastenträger, « poutre-caisson ».
Le principe. C'était un matériel à poutres-caissons pour charges lourdes. Il supportait 16 t, et jusqu'à 20 t pour les véhicules chenillés, avec une chaussée utile de 3,50 m de large. On l'employait surtout chez les pionniers blindés. Au cours d'un été (l'année n'est pas précisée), les colonnes auraient été rebaptisées « leichte Panzer-Brücken-Kolonne », colonne légère de pont blindé.
Ce qui le distingue du matériel B. Le Brückengerät B reposait sur des demi-pontons, avec un tablier qui suivait les mouvements de l'eau. Le K ajoutait des poutres-caissons rigides, posées sur des pontons entiers en trois parties. Le résultat était une chaussée plus rigide et plus large, adaptée au passage des chars.
L'organisation d'une colonne K. La colonne compte 2 officiers, 11 sous-officiers et 69 hommes. Ils se répartissent entre un groupe de commandement, deux pelotons, un peloton complémentaire et un train de ravitaillement et bagages. Elle est entièrement motorisée : 24 camions moyens tout-terrain, 3 camions légers, 1 camion moyen, 1 voiture et 9 motos dont 4 side-cars. Son matériel de pont comprend :
  • 8 pontons entiers en trois parties ;
  • 8 voitures porte-poutres ;
  • 4 voitures à chevalets ;
  • 8 voitures de tablier ;
  • 8 voitures à pontons ;
  • 12 rouleaux K, pour le lancement des poutres ;
  • 32 rails de transition de 16 t.
Ses performances. Une colonne pouvait construire un pont de 16 t (20 t au maximum), large de 3,50 m et long de 76,8 m. Si l'eau était profonde d'au moins 0,80 m près des rives, on pouvait remplacer les poutres de rive par des pontons, ce qui portait la longueur à 82 m.
Les unités. Environ 25 colonnes K sont connues, dont celles des divisions Großdeutschland et Feldherrnhalle. Beaucoup de numéros correspondent aux bataillons de pionniers blindés : K 3, K 4, K 13, K 16, K 19, K 29, K 32, K 33, K 37, K 38, K 39, K 40, K 43, K 51, K 57, K 58, K 59, K 62, K 79, K 86, K 87, K 89, K 93, K 124, K 190, K 209 et K 220.
Ses limites. 20 t suffisaient en 1939-1940 pour les Panzer I à III et les premiers Panzer IV. Mais le poids des chars n'a cessé d'augmenter : les Panzer IV à canon long dépassaient 20 t, et le Panther comme le Tiger étaient hors de portée. D'où l'apparition du Brückengerät J, prévu pour les charges les plus lourdes sur pontons et destiné aux unités blindées, qui aurait été rebaptisé « schwere Panzer-Brücken-Kolonne »
 
C’est un matériel à poutres-caissons (Kastenträgergerät). Une colonne K transportait 8 pontons complets en trois éléments, 8 chariots porte-poutres, 4 Bockwagen, 8 chariots de tablier et 8 Pontonwagen. Elle pouvait établir un pont de 16 t (20 t au maximum), large de 3,50 m et long de 76,8 m, porté à 82 m lorsque la profondeur d’eau près des rives permettait de remplacer les poutres de rive par des pontons. Il était principalement attribué aux Panzerpioniere.
Les autres matériels
Moins courants en 1940 : le Brückengerät D équipait les groupes de reconnaissance motorisés, transporté par camions ; le Brückengerät G était un pont de montagne de 1 à 2 t pour les Gebirgspioniere ; le pont démontable lZ (leicht zerlegbar), autoporteur et transporté par camions, était capable de 30 t.

 
Équipage
Principe
Capacité
Chariots / transport
Brückengerät A
Pontons complets (1914-1918)
7 t (pont de 75 m)
Chariots anciens
Brückengerät B
Demi-pontons d’acier
8 t / 16 t, 20 t max.
Pf. 10, Pf. 11, Pf. 12
Brückengerät C
Demi-pontons légers
4 t (pont de 84 m)
Pf. 14, Pf. 15
Brückengerät K
Poutres-caissons sur pontons
16 t, 20 t max. (76,8 m)
Chariots spéciaux
Brückengerät G
Pont de montagne
1 à 2 t
Gebirgspioniere
Pont lZ
Pont démontable autoporteur
30 t
Camions
Les principaux équipages de pont allemands de 1940 (capacités indicatives, variables selon les sources).
Pour les dioramas de 1940-1941, on dispose de photos d’un Pz.Kpfw. III Ausf. G franchissant un pont de 16 t en Gerät B, et d’un Ausf. H sur un pont de 16 t à pontons complets.
L’emploi en 1940
La campagne de l’Ouest illustre le rôle décisif de ces matériels. À la Meuse, les divisions blindées s’appuient sur leurs pionniers : les chars neutralisent bunkers et nids de mitrailleuses pour permettre la construction des ponts de bateaux. À Sedan, le passage initial se fait en canots pneumatiques : les Allemands en engagent 96, dont au moins 81 sont perdus. Les ponts de bateaux suivent pour faire passer blindés et convois.
Les colonnes de pont ne sont pas toutes intégrées aux divisions. Les colonnes B et K sont affectées aux Panzerdivisionen au sein du bataillon de pionniers ; certaines vagues de divisions d’infanterie en ont une en propre, d’autres non. Les colonnes sont donc réparties entre les corps d’armée et certaines divisions.
Le matériel pris à l’ennemi

 
L’Autriche (1938)
La première prise est autrichienne. Petter mentionne la « Brüko dö », un matériel M 36 de 7,5/15 t provenant des stocks de l’armée autrichienne.

On trouve la mention « Brüko dö », associée au matériel M36, avec une charge de 7,5/15 t et des stocks issus de l'armée autrichienne. Elle vient d'une compilation fondée sur Dietrich Petter, Pioniere (pages 233, 246 et 343-346). Je n'ai trouvé nulle part ailleurs de description technique : ni le type de pontons, ni les voitures, ni l'organisation de la colonne.

Le contexte. Lors de l'Anschluss de mars 1938, le Bundesheer autrichien est absorbé par la Wehrmacht avec tout son matériel. En 1936, l'Autriche venait de rétablir le service militaire et de relancer son réarmement. Un matériel de pont « M 36 » (modèle 1936) fait donc sans doute partie de cet effort, adopté deux ans à peine avant l'Anschluss. Comme pour le T tchèque, les Allemands l'ont gardé sous une désignation propre.

Ce que suggère la charge de 7,5/15 t. Le double chiffre indique un matériel modulable, avec un montage normal et un montage renforcé, exactement comme le Brückengerät B allemand (8/16 t). Les deux matériels étaient donc très proches en capacité. C'est sans doute pourquoi les Allemands ont pu intégrer le dö sans difficulté dans leur système de colonnes.

Un héritage austro-hongrois. L'Autriche avait une tradition de pontage très riche :

Matériel Origine Emploi par la Wehrmacht
Birago 1841 —
Herbert pont lourd autoportant sur pontons repris des armées autrichienne et tchèque sous le nom de Brückengerät H
Roth-Waagner pont ferroviaire démontable employé en grande quantité pendant la guerre

Le Herbert a d'ailleurs servi dès septembre 1939 en Pologne : lors d'un franchissement près de Mewe, les chenillés lourds devaient attendre le jour pour ménager le pont, car on avait constaté des problèmes sur le matériel Herbert. Il est probable, mais non démontré, que le M 36 s'inscrivait dans la lignée Birago, avec des pontons divisibles modernisés en acier.

Le sens de « dö ». Pour les armes de prise autrichiennes, la Wehrmacht utilisait le suffixe « (ö) », par exemple le « 8 cm FK 5/8 (ö) ». Le « dö » pourrait signifier deutsch-österreichisch,

Le Brückengerät H, pont lourd autoporteur sur pontons appelé « Herbert-Gerät », fut repris des armées autrichienne et tchèque.
La Tchécoslovaquie (1939)

 
C’est le butin le plus important. L’armée tchécoslovaque avait hérité de l’armée austro-hongroise plusieurs systèmes, qu’elle avait complétés par un matériel moderne. Après le 15 mars 1939, l’occupant récupère 57 équipages de pont de type Birago et 38 équipages vz. 32 ; d’autres ponts et accessoires se trouvaient dans douze parcs du génie (de corps d’armée et d’armée) tombés aux mains des Allemands.
Le Birago, pont de bateaux ancien d’origine austro-hongroise. Il permettait couramment des ponts de 2,5 à 6 t, et 9 t en version renforcée.
Le système Birago est l'ancêtre de la plupart des ponts militaires de 1940. C'est ce système qui a imposé le principe du ponton divisible.
L'inventeur. Karl Freiherr von Birago (1792-1845) est un ingénieur militaire autrichien d'origine lombarde, né près de Milan. Formé aux mathématiques à Pavie, il travaille d'abord comme cartographe à l'Institut militaire géographique de Milan, puis enseigne les mathématiques à l'école des pionniers. En 1844, il reçoit le commandement de la brigade des pionniers et pontonniers, qui venaient d'être réunis, et il est fait baron.
L'invention. Tout commence par une nouvelle construction de chevalet (Bock). Son idée décisive est de diviser les pontons, jusque-là lourds et d'une seule pièce. Les éléments deviennent plus légers et plus rapides à transporter, et en assemblant plusieurs éléments on adapte la capacité de charge aux besoins. Le système combine ainsi des chevalets démontables pour les eaux peu profondes et des pontons en plusieurs parties pour les eaux profondes. Il était pensé pour la force physique du soldat isolé : démontable en campagne, transportable, et capable de porter jusqu'à 10 t.
Une adoption difficile. Birago se heurte à une forte opposition des officiers établis des pionniers et pontonniers, qui voient en lui un concurrent venu de la cartographie. Présenté dès 1825, son pont est adopté par étapes. En 1841, l'armée autrichienne en fait son seul pont de guerre, dans toutes ses parties et selon le système de l'inventeur. La version à ponton en trois parties est introduite en 1842.
Un modèle pour toute l'Europe. Le succès dépasse vite l'Autriche. Des souverains étrangers envoient leurs officiers du génie se former auprès de lui, et le pont Birago est adopté par sept États. Il était encore considéré comme exemplaire pendant la Première Guerre mondiale. L'armée allemande l'avait aussi repris : vers 1905, chaque corps d'armée allemand transportait ses équipages de pont avec des pontons en acier divisibles de 4 500 kg de charge et des chevalets selon le système Birago.
Le lien avec 1940. On retrouve l'idée de Birago dans presque tous les matériels vus précédemment. Le Brückengerät B allemand repose sur des demi-pontons assemblables en pontons entiers, et le N2P soviétique utilise aussi des demi-pontons. C'est la logique Birago, modernisée avec l'acier et la traction automobile.
Le vz. 32, pont de bateaux moderne de conception tchécoslovaque. Introduit en 1933-1934 avec une capacité de 13 t, il équipait des unités entièrement motorisées, probablement celles des divisions rapides.
La souprava vz. 32 (« équipage modèle 1932 ») était le matériel de pont moderne de l'armée tchécoslovaque d'avant-guerre.
Son adoption et ses capacités. C'est un équipage de pontons de conception tchécoslovaque, entré en service en 1933-1934. Sa charge utile atteignait 13 t, soit un peu moins que le Brückengerät B allemand en montage renforcé, mais plus que le FBE britannique.
Un matériel motorisé. Contrairement à l'équipage Birago, encore largement hippomobile, les unités dotées du vz. 32 étaient entièrement motorisées. Elles appartenaient probablement aux « divisions rapides » (rychlé divize), les grandes unités mobiles de l'armée tchécoslovaque.
Sa place dans le parc tchécoslovaque. Le vz. 32 cohabitait avec le vieux système Birago, resté majoritaire. Au 18 mars 1939, on comptait sur le territoire de l'ancienne Tchécoslovaquie :
Matériel Équipages complets Pontons Voitures de pont
vz. 32 30 760 658
Birago 91 1 489 804
Équipages « B » 36 — —

La saisie par les Allemands. Après le 15 mars 1939, les occupants reprennent le matériel de l'ancienne armée tchécoslovaque. Douze parcs du génie, de corps d'armée et d'armée, tombent aussi entre leurs mains avec leurs équipages et accessoires. C'est l'origine de la Brüko T (T pour tschechisch, tchèque) de la Wehrmacht. Ce matériel tchèque se composait de pontons entiers transportés sur des voitures à pontons et à chevalets, tractés par des véhicules ou par des chevaux. La traction par véhicules correspond au vz. 32, la traction par chevaux plutôt au Birago. Les Brüko T sont ensuite rattachées à des divisions d'infanterie allemandes, par exemple la Brüko T 45 à la 213. ID en 1941 ou la Brüko T 181 à la 95. ID.

Le pont Herbert, basé sur une poutre d’acier préfabriquée de 25 m à section triangulaire, qui pouvait reposer sur des piles ou sur des pontons de 16 m en sept éléments. Sa capacité normale était de 16 t, jusqu’à 30 t au maximum. L’inventaire des saisies de 1939 recense 1 175 mètres de ponts Herbert.
Le pont Herbert (Herbertova mostní souprava), un équipement de génie militaire
Origine. Les sources sur ce pont sont rares
Comme d'autres équipements de pontage de l'armée tchécoslovaque de l'entre-deux-guerres, ce système était un héritage de l'armée impériale et royale austro-hongroise. Il s'agissait d'un ensemble polyvalent, conçu autour d'une poutre d'acier préfabriquée longue de 25 mètres, dont la section formait un triangle équilatéral
Construction. La membrure supérieure était faite de deux profilés en U placés côte à côte. La membrure inférieure associait deux autres profilés en U, écartés d'environ un mètre et reliés par des diagonales et des boulons.
Mise en œuvre. On assemblait la poutre sur la berge, dans l'axe du futur pont, puis on la faisait glisser jusqu'à sa position à l'aide d'un contrepoids. Elle pouvait reposer sur des piles maçonnées ou métalliques, mais aussi sur des pontons flottants en sept éléments, longs de 16 mètres. La charge normale était de 16 tonnes, et pouvait monter jusqu'à 30 tonnes en acceptant un enfoncement des pontons aux deux tiers
Atouts et limites. Pour son époque, le système était plutôt moderne et se montait très rapidement quand le terrain s'y prêtait. En revanche, la longueur fixe des poutres le rendait peu flexible, et on ne pouvait pas les superposer pour renforcer l'ouvrage
Fin de l'histoire tchécoslovaque. Lors de l'occupation de 1939, les nazis ont saisi 1 175 mètres linéaires d'équipements de type Herbert, qui désignent probablement les poutres elles-mêmes
Les ponts démontables Kohn et Roth-Waagner, ponts métalliques en treillis, surtout ferroviaires, hérités de l’Autriche-Hongrie. Le Roth-Waagner, mis au point juste avant 1914, fut largement utilisé pendant la Grande Guerre par les armées autrichienne et allemande.
Les ponts Kohn et Roth-Waagner sont d'une autre famille que les pontons vus jusqu'ici. Ce sont des ponts métalliques démontables à poutres en treillis, conçus d'abord pour le chemin de fer. Tous deux viennent de l'armée austro-hongroise, et l'armée tchécoslovaque en a hérité.

Le pont Kohn
Son origine. C'est le plus ancien des ponts métalliques démontables des troupes ferroviaires tchécoslovaques d'avant-guerre. Il date des années 1890 et provient de l'armée impériale autrichienne. Il permettait des portées jusqu'à 45 m, et jusqu'à 57 m en configuration à trois étages.
Sa conception. Les poutres principales sont parallèles, avec des diagonales croisées. Les membrures supérieure et inférieure sont identiques, faites de deux fers en U. Le pas entre traverses est de 3 m, comme la hauteur d'un étage. Le système utilise trois types d'éléments rivetés, assemblés par broches et boulons, dont le plus lourd pèse 314 kg. La poutre peut avoir une ou deux parois et un à trois étages.
Montage et masse (pont ferroviaire, compagnie de pont entraînée, structure seule sans échafaudage ni rampes) :
Portée
Configuration
Durée de montage
Masse
15 m
1 paroi, 1 étage
7 h
15,5 t
30 m
2 parois, 1 étage
15 h
48 t
45 m
2 parois, 2 étages
30 h
100 t
57 m
2 parois, 3 étages
60 h
162 t
Ses défauts. C'était probablement le moins avantageux des systèmes en service. Il comptait trop de pièces, et surtout ses membrures comprimées étaient insuffisamment raidies, avec un risque de flambement dangereux. L'armée tchécoslovaque a pourtant continué à s'y entraîner pendant tout l'entre-deux-guerres.
Le pont Roth-Waagner (RW)
Son origine. Il est développé en Autriche-Hongrie par l'ingénieur Friedrich Roth, du régiment ferroviaire impérial et royal, avec l'entreprise de construction de ponts Waagner-Biró. Les sources allemandes le datent de peu avant 1914, une source tchèque de 1900. Pendant la guerre, les armées autrichienne et allemande l'emploient à grande échelle.
Sa conception. Le treillis se monte à partir de barres, de membrures et de goussets individuels. Les pièces sont donc légères, le montage est possible même en terrain difficile, et le système est très modulable. En contrepartie, le montage est plus long, le pont fini plus lourd et le matériel coûteux, car les pièces devaient être usinées avec précision pour rester interchangeables. Le système repose sur des travées de 3 m et des poutres de 4 m de haut. Il pouvait avoir deux ou trois parois et un ou deux étages, soit des poutres de 8 m de haut. Il permettait aussi de construire des piles jusqu'à 60 m de haut, un héritage de son origine alpine.
Ses performances. La portée entre appuis atteignait 84 m, et exceptionnellement 114 m. Les réalisations de la Grande Guerre sont spectaculaires :
à Belgrade, sur la Save, la travée centrale de 96 m est montée en 7 jours ;
sur la Vistule à Ivangorod, environ 90 m de portée sont montés en encorbellement en 23 jours, avec des pointes à 27 m par jour ;
le pont de Salcano sur l'Isonzo franchit 93 m sans échafaudage.
Sa longévité. Le RW sert à nouveau en grande quantité pendant la Seconde Guerre mondiale, puis pour reconstruire les ponts détruits, avant d'être remplacé par le système allemand SKR (Schaper-Krupp-Reichsbahn). En 1945 à Bratislava, les sapeurs soviétiques reconstruisent le pont routier sur le Danube en RW, avec 1 200 hommes en trois équipes et un rythme allant jusqu'à 18 m par jour. Ce pont a servi jusqu'en 2013. Le dernier pont ferroviaire RW d'Autriche a été démonté en 2012 près de Traisen. L'exemplaire de la collection d'instruction des pionniers autrichiens, à Bruckneudorf, est désormais le dernier de son espèce dans le pays.
Le Herbert, troisième système hérité
L'armée tchécoslovaque avait aussi hérité de l'Autriche un troisième système, le pont Herbert. Il reposait sur une poutre préfabriquée de 25 m, qu'on assemblait sur la rive puis qu'on lançait en porte-à-faux. Il pouvait reposer sur des pontons de 16 m, pour 16 t de charge normale et jusqu'à 30 t au maximum. En 1939, les Allemands en ont saisi 1 175 mètres linéaires.
Ces trois systèmes illustrent l'héritage austro-hongrois de l'armée tchécoslovaque, comme le Birago pour les pontons. Pour mémoire, le Birago tchécoslovaque portait normalement de 2,5 à 6 t, et 9 t en version renforcée
Une énigme : le Brückengerät T. Une source le décrit comme un équipage tchèque à pontons complets, sur Pontonwagen et Bockwagen, en traction automobile ou hippomobile ; ce pourrait être le vz. 32. Mais un glossaire allemand y voit un matériel développé pour la Turquie et repris par l’armée allemande.
Oui, le Brückengerät T est une vraie énigme. Voici l'état du dossier : ce qu'on sait, ce qui coince, et comment trancher.
Ce que l'on sait
La seule description disponible provient d'une compilation fondée sur le Waffen-Arsenal S-41 de Beiersdorf et sur les archives NARA. Elle parle d'un matériel de pont tchèque à pontons entiers, transporté sur voitures à pontons et à chevalets, tracté par des véhicules ou par des chevaux.
Le « T » signifirait tschechisch.
Des colonnes ont bien existé. Par exemple la Brüko T 45 à la 213. ID en 1941, la Brüko T 181 à la 95. ID, et la Brüko T 182 à la 206. ID.
Elles ont eu une vie courte. La Brüko T 195 devient troupe d'armée en juin 1942, puis est dissoute le 25 août 1942.
Ce qui coince
1. Deux candidats possibles. En mars 1939, l'armée tchécoslovaque avait deux matériels à pontons :
 
vz. 32
Birago
Âge
moderne, 1933-1934
XIXe siècle
Charge
13 t
2,5 à 6 t (9 t renforcé)
Traction
entièrement motorisé
surtout hippomobile
Équipages
30 à 38
57 à 91
La description allemande mentionne justement les deux modes de traction. Cela ne tranche rien : la Brüko B allemande était elle aussi prévue pour les véhicules, avec les chevaux en option.
2. Les « pontons entiers ». Le principe même du Birago est le ponton divisible, ce qui plaiderait pour le vz. 32. Mais les Allemands employaient « Ganzponton » par opposition au « Halbponton » de leur matériel B, pour désigner un ponton assemblé. Un Birago monté pourrait donc aussi entrer dans cette catégorie.
3. Un indice par élimination. Les Allemands ont donné une lettre distincte au matériel Herbert : le Brückengerät H, un pont lourd autoportant sur pontons repris des armées autrichienne et tchèque. Ils classaient donc les matériels tchèques par type. Or aucune lettre propre au Birago n'apparaît dans les listes. Soit le Birago a été versé dans le T avec le vz. 32, soit il n'a pas été réemployé en unités constituées.
4. Un intrus. L'inventaire tchécoslovaque de mars 1939 mentionne aussi 36 « équipages B » dont on ne sait rien. Il pourrait s'agir d'un autre matériel encore.
Mon hypothèse
Le T désignait probablement d'abord le vz. 32, le seul matériel tchèque assez moderne et motorisé pour intéresser vraiment la Wehrmacht, et peut-être aussi une partie du Birago. La courte durée de vie des colonnes, dissoutes dès 1942, s'accorde avec un matériel de prise, en nombre limité, sans pièces de rechange et usé sur le front de l'Est. Mais cela reste une hypothèse.
La question reste ouverte.

 
La France (1940)
Le génie français de 1940 est bien équipé. Il faut dire qu' matière de franchissement, le génie français de 1940 est même en avance, mais il l'est moins dans d'autres domaines.

Le franchissement, point fort. Selon plusieurs sources, le génie français était très bien équipé dans ce domaine et en avance sur les autres armées européennes. Cela vaut pour les ponts d'équipage comme pour les ponts de chemin de fer, où la France était déjà très en avance pendant la Première Guerre mondiale. Les principaux matériels de l'époque sont les suivants :
Les ponts d'équipage FCM 1930, Mle 1901 et Mle 1935.
Le pont lourd FCM Mle 1930. Ce pont est construit par les Forges et Chantiers de la Méditerranée (FCM). Il se compose de fortes poutres maîtresses posées sur des bateaux Mle 1915. Selon le montage, il supporte de 16 à 44 t (14 à 44 t selon un autre passage de la même étude). Il est servi en priorité par les 17 compagnies de ponts lourds, placées en réserve générale sous les ordres du GQG de Meaux et détachées auprès des armées ou des corps d'armée selon les besoins. Chaque compagnie compte 3 officiers, un médecin, 19 sous-officiers et 248 sapeurs. Chaque section dispose de 7 camions pour le matériel, d'un haquet-remorque, d'une remorque, d'une cuisine roulante et d'une ambulance. Le FCM 1930 montre pourtant ses limites vers 1938, avec l'arrivée du char B1 bis de 30 t.
Le pont Mle 1935. C'est le pont d'équipage moderne de l'armée française. Il repose sur des bateaux métalliques à fond plat et supporte 10 t en montage de base. Il s'inspire directement de l'excellent Modèle 1915. Il est en service au niveau de la division et du corps d'armée, et c'est aussi celui des compagnies d'équipage de pont des divisions légères mécaniques. Il permet de faire franchir le char B1 bis, grâce aux montages renforcés.
Le pont Mle 1901 modifié 1935. Il s'agit d'une modernisation de l'ancien équipage de pont Mle 1901, adapté selon les principes du Mle 1935 en réutilisant le matériel existant. Comme le Mle 1935, il permet le passage du B1 bis. C'est une solution économique, typique d'une armée qui manquait de crédits pour tout renouveler.
Les compagnies d'équipage de pont. Les ponts sont servis par 22 compagnies, rattachées aux corps d'armée et aux trois DLM, qui se répartissent ainsi :
les compagnies 322/1 à 322/11 ont le FCM 1930 ;
les compagnies 323/21 à 323/28 ont le Mle 1935 ;
les compagnies 324/41 à 324/43 ont le Mle 1901 modifié 1935.
Ces compagnies transportent et entretiennent le matériel, mais ce sont les sapeurs-mineurs qui montent les ponts. Chacune compte 3 officiers, 11 sous-officiers et 120 sapeurs, avec 3 motos, 42 véhicules et 33 remorques. Avec 16 bateaux, 2 nacelles, 10 chevalets et 2 propulseurs, une compagnie peut construire des ponts ou des portières de 104 à 180 m, pour des charges de 4 à 18 t. Plus le pont est long, plus la charge admise est faible.

Comparé aux matériels étrangers :

Matériel Charge Longueur
Brückengerät B allemand 8 t / 16 t 83 m / 54 m
Compagnie d'équipage française 4 à 18 t 104 à 180 m
FCM 1930 jusqu'à 44 t —
N2P soviétique 16 à 60 t —

Les ponts français soutiennent donc largement la comparaison avec le matériel allemand. Leur faiblesse venait plutôt de leur emploi : les moyens étaient centralisés au corps d'armée, alors que chaque Panzerdivision avait son propre matériel.
Ils consistent en travées de bois posées sur des bateaux métalliques. Ils sont servis par 22 compagnies d'équipage de ponts, rattachées aux corps d'armée et aux trois divisions légères mécaniques. Ces compagnies transportent et entretiennent le matériel, tandis que le montage des ponts revient aux unités de sapeurs
Les capacités d'une compagnie. Elle dispose de 16 bateaux, 2 nacelles, 10 chevalets et 2 propulseurs. Elle peut réaliser des ponts ou des portières de 104 à 180 m de long, pour des charges allant de 4 à 18 t.
Le passage des chars lourds. Le pont Mle 1901 modifié 1935 et le pont Mle 1935 permettent de faire passer le char B1 bis, qui pèse plus de 30 t.
La passerelle d'infanterie Mle 1936. L'infanterie dispose de cette passerelle, jugée excellente, pour les premiers franchissements d'assaut.
La passerelle d'infanterie Modèle 1936 était le moyen de franchissement léger de l'infanterie française en 1940.
Son rôle. Une passerelle d'infanterie est un pont léger lancé au-dessus d'un cours d'eau pour faire passer les fantassins à deux ou trois de front, avec leurs armes d'accompagnement. C'est le matériel de la première vague, qui permet d'établir une tête de pont sur l'autre rive avant l'arrivée des ponts d'équipage plus lourds.
Sa conception. Son originalité tient à ses flotteurs : le tablier repose sur des flotteurs remplis de kapok. Le kapok est une fibre végétale très légère, naturellement imperméable et très flottante, déjà utilisée pour les gilets de sauvetage. Contrairement à un flotteur pneumatique, un flotteur au kapok ne se dégonfle pas lorsqu'il est percé par une balle ou un éclat, ce qui est un avantage net sous le feu. Le matériel restait aussi léger et rapide à mettre en œuvre.
Sa réputation et sa diffusion. Les études sur le génie de 1940 la qualifient d'excellente. Le problème était la quantité. Dans les compagnies de sapeurs-mineurs, le franchissement reposait sur quelques passerelles Mle 1936 seulement. On utilisait surtout des moyens anciens comme les radeaux-sacs Habert, des sacs étanches goudronnés remplis de ballots de paille. On retrouve le même schéma que pour les ponts : un matériel moderne et de qualité, mais trop peu répandu.
Sa descendance. Après la guerre, l'armée française adopta la passerelle légère d'infanterie 49/63, cette fois sur flotteurs pneumatiques. Son unité comprenait 20 flotteurs pneumatiques de 6 hommes Mle F2. Chacun, isolé et propulsé à l'aviron, pouvait transporter 6 hommes équipés, ou 400 kg de charge et deux hommes.
Les ponts lourds. Les unités de « ponts lourds », issues du génie maritime de 1916, entretiennent les ponts métalliques et construisent des ponts sur pilotis ou en charpente. En défensive, elles participent aussi à la destruction des ouvrages d'art.

Les unités de ponts lourds étaient la spécialité la plus « lourde » du génie français en matière de franchissement.
Leur origine. Le franchissement des cours d'eau est une mission du génie depuis la réforme de juillet 1894. Pendant la Grande Guerre apparaissent en 1914 des unités spécialisées, les « équipages de génie maritime ». En août 1916, elles deviennent des compagnies du génie maritime rattachées au 3e régiment du génie. Le 1er janvier 1920, elles prennent le nom de compagnies de ponts lourds et sont intégrées au 7e régiment du génie. En temps de paix, le 7e RG d'Avignon aligne ainsi un bataillon de ponts lourds à 2 compagnies, à côté de son bataillon de pontonniers.
Leurs missions. Elles sont plus larges que le seul pontage flottant :
entretenir les ponts métalliques ;
construire des ponts lourds sur pilotis ou en charpente ;
en défensive, participer à la destruction des ouvrages d'art.
Leur organisation en 1939-1940. La mobilisation de septembre 1939 met sur pied 17 compagnies de ponts lourds. Elles sont placées en réserve générale sous les ordres du GQG de Meaux, puis détachées auprès des armées ou des corps d'armée selon les besoins. Chaque compagnie comprend une section de commandement et quatre sections, soit 3 officiers, un médecin, 19 sous-officiers et 248 sapeurs. Chaque section dispose de 2 camionnettes de vivres-bagages, 2 camionnettes de ravitaillement, une cuisine roulante, 7 camions pour le matériel, un haquet-remorque, une remorque et une ambulance. Numérotées d'abord de 1 à 17, les compagnies prennent le préfixe « 326 » le 1er mars 1940 (326/1 à 326/17). Neuf d'entre elles ont fait réaliser un insigne métallique, ce qui intéressera les collectionneurs.
Leur matériel. Elles servent le pont lourd FCM Modèle 1930, à ne pas confondre avec les matériels Mle 1901 ou Mle 1935 des divisions et corps d'armée. Ce pont de 14 à 44 t selon le montage se compose de fortes poutres maîtresses reposant sur des bateaux Mle 1915. C'est le seul matériel français capable de supporter les charges les plus lourdes de l'époque. Il atteint cependant ses limites vers 1938 avec le char B1 bis de 30 t.
Après l'Armistice. Leur savoir-faire reste précieux après juin 1940. La convention d'armistice imposait de déployer des unités militaires non armées pour remettre en état les infrastructures, surtout les ponts routiers et ferroviaires. Les premières unités chargées de ce travail furent organisées autour des compagnies de ponts lourds.
Leur héritage. La spécialité renaît dans l'armée de la Libération. C'est au sein du 211e bataillon de ponts lourds de la 1re Armée française que le lieutenant Jean Gillois eut l'idée du camion flottant portant un élément de pont. Cette idée donna naissance, après la guerre, au célèbre pont amphibie Gillois.
Les faiblesses. Le tableau est moins brillant ailleurs. Les matériels plus élaborés, comme l'outillage électrique ou pneumatique, restaient rares en dessous de l'échelon du corps d'armée. Le retard était aussi important face à l'Allemagne pour les mines antipersonnel et antichars. Le génie était enfin largement pensé pour une guerre de position (fortification, ligne Maginot, destructions) plutôt que pour accompagner des unités mécanisées rapides.
Comparé aux Allemands. Techniquement, les ponts français n'avaient rien à envier à la Brückenkolonne B. La différence tenait surtout à l'organisation et à la doctrine. Chaque Panzerdivision possédait son propre bataillon de pionniers avec son matériel de pont, alors que les moyens lourds français restaient concentrés au niveau du corps d'armée. En mai 1940, c'est la rapidité d'emploi, et non la qualité du matériel, qui a fait la différence. Le franchissement allemand de la Meuse à Sedan en est l'illustration.Un héritage durable. Cette tradition du franchissement s'est prolongée après la guerre. Le lieutenant Jean Gillois, du 211e bataillon de ponts lourds de la 1re Armée, eut l'idée d'un camion flottant portant un élément de pont, qui devint le célèbre pont amphibie Gillois.
Il dispose de l’excellente passerelle d’infanterie Mle 1936, dont le tablier repose sur des flotteurs en kapok, et du pont Mle 1935 de 10 t, sur bateaux métalliques à fond plat. Les compagnies de ponts lourds utilisent le pont des Forges et Chantiers de la Méditerranée (FCM) Mle 1930, à ne pas confondre avec les matériels Mle 1901 ou Mle 1935 des divisions et corps d’armée. Doublé, le FCM supportait jusqu’à 44 t, mais il était lourd et ne pouvait être divisé en petits éléments.
La Wehrmacht a bien réemployé ce matériel. Un glossaire allemand cite un « Gerät FMC » (sans doute une coquille pour FCM), classé comme matériel étranger (f). Un ordre de bataille des pionniers de la 7e Armée allemande en Bretagne mentionne une « Brücken Kolonne FCM 01/35 », comprenant le pont FCM prévu pour 16 à 44 t sur 132 m ou 61 m, ainsi que les matériels de pont d’équipage Mle 1901 et Mle 1935.

Attention ce que la désignation signifie probablement. « 01/35 » renvoie presque certainement au pont français Mle 1901 modifié 1935. « FCM » renvoie soit au pont lourd FCM Mle 1930, soit plus largement au matériel des Forges et Chantiers de la Méditerranée. Une « Brückenkolonne FCM 01/35 » serait donc une colonne de pontage allemande équipée de matériel français capturé en 1940.

Une pratique allemande bien documentée. La Wehrmacht réutilisait systématiquement les matériels de pont pris aux armées vaincues, en les identifiant par une lettre ou un suffixe :

  • la Brüko T désignait le matériel tchèque, fait de pontons entiers transportés sur voitures à pontons et à chevalets, tractés par des véhicules ou par des chevaux ;
  • la Brüko dö désignait le matériel autrichien M36, d'une charge de 7,5 à 15 t, pris sur les stocks de l'armée autrichienne.

Ces colonnes de prise étaient rattachées à des divisions d'infanterie : par exemple la Brüko T 45 à la 213. ID en 1941, ou la Brüko T 181 à la 95. ID. Il est donc très plausible que les Allemands aient constitué de la même façon des colonnes avec les ponts FCM et Mle 1901/35. Après l'armistice, ils avaient saisi un stock considérable de ce matériel, réputé excellent.

Le matériel et ses tracteurs. Si la colonne reprenait le matériel français, elle aurait mis en œuvre :

  • le pont FCM Mle 1930, fait de fortes poutres maîtresses sur bateaux Mle 1915, d'une charge de 14 à 44 t selon le montage. C'est une capacité bien supérieure à celle du Brückengerät B allemand ;
  • le pont Mle 1901 modifié 1935, capable de supporter un char B1 bis de 30 t.

Les tracteurs d'origine ont peut-être été repris eux aussi. À partir de 1935, l'armée française avait commandé un nouveau matériel de pont destiné à être tracté par des véhicules et non plus par des chevaux. Le tracteur retenu était le semi-chenillé Citroën-Kégresse P107, mais chaque colonne ne devait en recevoir que quatre, les autres voitures à pontons étant tirées par des camions ordinaires pour des raisons d'économie. Le P107 a ensuite été largement utilisé par la Wehrmacht.

Le même document cite 4 unités « Fr. lZ (100 m) », probablement un pont léger démontable d’origine française de 100 m. Ces identifications, proposées par des chercheurs amateurs, mériteraient une vérification en archives.

 
La Grande-Bretagne (1940)
Le Corps expéditionnaire britannique abandonne presque tout son matériel en France. Le même ordre de bataille breton signale ainsi une colonne « engl. Klappboot », équipée du bateau pliant britannique (Folding Boat Equipment), dont le radeau ponté portait 4,5 t.
a Folding Boat Equipment (FBE, « matériel à bateaux pliants ») était le matériel de pont léger standard des Royal Engineers britanniques. Les Allemands l'appelaient engl. Klappboot.
Son origine. L'équipement est adopté en 1928. Il servait de pont léger standard pour les charges jusqu'à la classe 5, c'est-à-dire des radeaux ou un pont capables de porter environ 5 t. Il était conçu pour faire passer des véhicules légers à l'appui immédiat d'un assaut. Il se montait beaucoup plus vite que les ponts lourds, en étant forcément moins robuste.
Le bateau pliant. C'est là l'ingéniosité du système. Replié, le bateau était entièrement plat, grâce à une charnière continue en toile, ce qui facilitait le transport et le stockage. Déplié, il transportait 16 hommes à la rame ou avec un moteur hors-bord Coventry Victor de 7,5 ch. En surcharge, il pouvait en prendre jusqu'à 30, mais il était alors très enfoncé dans l'eau.
Les configurations. Avec des éléments de tablier et de liaison, le bateau servait de trois façons
le radeau à chenillards (Tracked Raft) de 3 t, fait de deux bateaux reliés par deux traverses en bois portant deux chemins de roulement de 14 pieds ;
le radeau ponté (Decked Raft), fait de 3 bateaux avec des rampes plus grandes, pour une capacité de 4,5 t. C'est le « 4,5 t (radeau) » de votre fiche. Sur la Mk II, cette capacité passe à 5,2 t, toujours en classe 5 ;
le pont, fait de plusieurs radeaux pontés assemblés en travée continue, complété par des chevalets et un canot de reconnaissance.
Les versions. La Mk II, du début des années 1930, n'apporte que des changements mineurs. En 1938, la Mk III est profondément modifiée et sa capacité passe à 9 t (classe 9). Elle devient le pont léger standard britannique puis allié, et sert largement jusqu'en 1945, en Europe comme en Birmanie.
Le butin de 1940. En mai-juin 1940, le Corps expéditionnaire britannique abandonne l'essentiel de son matériel lourd lors de la retraite sur Dunkerque. La Wehrmacht récupère ainsi des FBE et les réemploie comme elle le faisait avec les matériels tchèques (Brüko T) ou autrichiens (Brüko dö). La désignation engl. Klappboot suit exactement cette logique : le type de matériel, précédé de sa nationalité d'origine. Je n'ai cependant pas trouvé de document précisant quelles unités allemandes l'ont utilisé, ni en quelles quantités.

 

Pour le Matériel Soviétique
En juin 1941, c'est plausible mais non documenté car le génie soviétique possédait un parc important :
au 1er janvier 1941, il disposait de 265 parcs de franchissement de tous types (N2P, NLP, MDPA-3), dont 45 parcs lourds N2P. Lors des grands encerclements de 1941, une partie de ce matériel est forcément tombée entre les mains allemandes. Mais je n'en trouve aucune trace dans la nomenclature allemande. Les lettres connues pour les colonnes de pont sont A, B, C, D, G, H (Herbert), I/J, K, lZ, sS et T (tchèque), plus « dö » pour le matériel autrichien. Aucune lettre ne semble correspondre à du matériel russe, comme le T correspond au tchèque. Seul le « V » d'une liste NARA reste non identifié, mais rien ne permet de le relier à l'URSS.
Un indice indirect. La Wehrmacht réutilisait volontiers le matériel soviétique quand il répondait à un besoin urgent. C'est le cas des canons de 76,2 mm, largement employés en 1941-1942 face aux T-34 et aux KV. Pour les ponts, le besoin était moins pressant : ses propres matériels B et K suffisaient pour ses chars jusqu'en 1942. Le N2P était lourd (environ 89 véhicules par parc) et exigeait des camions spéciaux, des pièces et une formation que les Allemands n'avaient pas. Un réemploi local et improvisé de pontons isolés, comme bacs ou appuis, est probable. Une réorganisation en colonnes constituées l'est beaucoup moins.L'inverse est attesté. Les Soviétiques, eux, ont réutilisé du matériel allemand. Certains bataillons de pontonniers de l'Armée rouge étaient équipés de parcs pris à l'ennemi, surtout du matériel allemand de type B. Le Brückengerät B, simple, léger et motorisé, était apparemment assez bon pour que l'adversaire le récupère.


 
Comparé aux autres matériels :
Matériel
Charge
FBE britannique (radeau ponté)
4,5 t
Compagnie d'équipage française
4 à 18 t
Brückengerät B allemand
8 à 16 t
FCM 1930
jusqu'à 44 t
 

Principaux matériels de pont étrangers réemployés par la Wehrmacht.
 
Pays d’origine
Matériel
Capacité
Désignation ou mention allemande
Autriche
Matériel M 36
7,5 / 15 t
Brüko dö
Autriche / Tchécoslovaquie
Pont Herbert
16 t, 30 t max.
Brückengerät H
Tchécoslovaquie
Birago (57 équipages)
2,5 à 9 t
—
Tchécoslovaquie
vz. 32 (38 équipages)
13 t
Peut-être Brückengerät T
Tchécoslovaquie
Kohn, Roth-Waagner
Ponts ferroviaires
Systèmes démontables
France
Pont FCM Mle 1930
16 à 44 t
Gerät FCM (f)
France
Pont Mle 1901 / Mle 1935
10 t (Mle 1935)
Br. Kol. FCM 01/35
Grande-Bretagne
Folding Boat Equipment
4,5 t (radeau)
engl. Klappboot