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Allemagne Blindés Léopard Saga

Article fait par :Claude Balmefrezol

Mis en ligne le 01/07/2026 à 22:24:33



LA SAGA DU LEOPARD

Tableaux Généré par l IA sur mes indications

 
Photoscopes de la Famille du Leopard ICI 
 
 
Introduction
Cette saga est l'Histoire d'une coopération et de ses ruptures  Europapanzer, Leopard 1, MBT-70, Leopard 2, Napoléon I/KPz-3, EMBT et MGCS
Le char de combat Leopard, aujourd'hui décliné en Leopard 1 et Leopard 2, occupe une place à part dans l'histoire de l'armement européen. Son origine ne se trouve pas dans un simple programme national allemand, mais dans une tentative précoce, dès le milieu des années 1950, de construire un char commun entre la France et la République fédérale d'Allemagne. Cette ambition initiale s'est heurtée à des divergences techniques et politiques, donnant naissance à deux lignées distinctes
le Leopard allemand et l'AMX-30 français  mais elle a aussi ouvert la voie à plusieurs tentatives ultérieures de rapprochement : la coopération germano-américaine du MBT-70, la tentative franco-allemande du « Napoléon I » / Kampfpanzer 3 au début des années 1980, puis, plus près de nous, le démonstrateur EMBT et le programme MGCS (Main Ground Combat System), destiné à succéder conjointement au Leopard 2 allemand et au Leclerc français.
Cet article retrace l'ensemble de cette saga : le projet de char commun à l'origine du Leopard, les deux grandes générations de la famille Leopard (Leopard 1 et Leopard 2) avec leurs principales sous-versions, l'épisode du MBT-70, la tentative de coopération franco-allemande des années 1980 autour du projet Napoléon I, et enfin l'état actuel des coopérations franco-allemandes en matière de char de combat.
Les origines : un char commun pour l'Europe (1952-1963)
Au sortir de la Seconde Guerre mondiale, les armées d'Europe de l'Ouest sont encore très largement équipées de matériel américain et britannique hérité du conflit. La France aligne notamment des chars Sherman vieillissants et quelques M47 Patton, déjà dépassés face à la menace blindée soviétique. C'est dans ce contexte qu'est créé, en 1952, le groupe de travail FINABEL (France, Italie, Allemagne, Benelux), chargé d'harmoniser les besoins des armées d'Europe occidentale et d'étudier un char de nouvelle génération.
Le 27 octobre 1956, à Colomb-Béchar, un accord bilatéral est signé entre la France et la République fédérale d'Allemagne pour développer conjointement un char de combat répondant aux spécifications FINABEL 3A5 : un engin léger et mobile, limité à 30 tonnes, conçu comme un compromis entre puissance de feu, protection et mobilité. Le projet est baptisé Europa-Panzer (ou Standard-Panzer côté allemand), afin de souligner sa vocation européenne.
Deux équipes de constructeurs allemands (dont Porsche) et une équipe française, réunie autour de l'Atelier de construction d'Issy-les-Moulineaux sous la direction du général Joseph Molinié, travaillent en parallèle sur des prototypes. Mais les dissensions s'accumulent rapidement : désaccord sur la largeur de voie des chenilles, sur le choix des moteurs (deux moteurs allemands et un moteur français devaient initialement être développés en parallèle), puis sur l'armement — les Allemands, lors des essais comparatifs de l'automne 1962, se montrent réticents à adopter le canon franco-allemand de 105 mm, lui préférant le canon britannique Royal Ordnance L7, jugé plus mûr technologiquement.
L'arrivée de l'Italie dans le financement du programme en 1958, avec de nouvelles exigences, complique encore la donne. Au printemps 1963, la commission de la défense du Bundestag décide d'adopter un char de conception purement nationale ; la France prend une décision identique dans la foulée. Des essais comparatifs sont néanmoins organisés entre août et octobre 1963 à Mailly-le-Camp, Meppen, Bourges et Satory, en présence de délégations néerlandaise, belge, italienne et américaine, mais ils ne suffisent pas à sauver le projet commun.
« Le projet Europa-Panzer se solde par une divergence : le prototype allemand, jugé supérieur en mobilité et en accélération, devient le Leopard le 1er octobre 1963 ; le prototype français devient l'AMX-30, dont la production débute en 1966. »
Cette rupture de 1963 est aussi le fruit d'un contexte politique plus large : le rapprochement franco-allemand scellé par le traité de l'Élysée en janvier 1963 n'empêche pas de profondes divergences stratégiques, la France s'orientant vers le retrait du commandement intégré de l'OTAN tandis que l'Allemagne de l'Ouest resserre ses liens militaires avec les États-Unis. Les deux pays choisissent donc de développer séparément leurs propres chars, donnant naissance à deux lignées qui domineront chacune leur marché national et à l'export pendant plusieurs décennies : le Leopard allemand et l'AMX-30 français.
Le Leopard 1 — « Version 1 » et ses sous-séries

 
Le prototype Porsche, retenu vainqueur du concours en 1963, donne naissance au Kampfpanzer Leopard (rebaptisé Leopard 1 après l'apparition du Leopard 2).pour la petite Histoire Le prototype Porsche sélectionné comme vainqueur du concours en 1963, avait donné lieu en 1961 de lancer une présérie de 50 véhicules basée sur ce modèle; cele rappelle étrangement la saga du Tigre et du Ferndinand en  1942-43 
Le développement du futur Leopard 1 avait été confié à deux équipes concurrentes (Groupe A mené par Porsche, Groupe B mené par Ruhrstahl), chacune devant produire des prototypes de "phase II" pour départager les projets. C'est finalement la version Porsche qui l'a emporté, ce qui a conduit à la production en série chez Krauss-Maffei entre septembre 1965 et juillet 1966 sous le nom officiel "Leopard" (attribué en octobre 1963 ) date à laquelle les premières livraisons à la Bundeswehr ont lieu .
Armé du canon britannique L7 de 105 mm, il privilégie délibérément la mobilité et la puissance de feu à une protection maximale  un choix doctrinal caractéristique de la première génération de chars de l'après-guerre, pensée pour la guerre de mouvement en Europe centrale.
 Les lots de production et les sous-versions officielles
Le Leopard 1 a été produit en six lots successifs entre 1965 et 1979, chacun apportant des améliorations qui ont ensuite donné lieu à des désignations de sous-version normalisées (1A1 à 1A5) après l'entrée en service du Leopard 2 :
Version
Période / lot
 
Principales évolutions
 
Leopard (série initiale)
1965-1971 (1er au 4e lot)
 
Char de base, tourelle moulée, canon L7 de 105 mm, sans blindage additionnel ni stabilisation.
 
Leopard 1A1 / 1A1A1
1971-1974 puis rétrofit 1975-1977
 
Manchon thermique du canon, stabilisateur, nouvelles chenilles et jupes latérales ; puis blindage additionnel Zusatzpanzerung (Blohm & Voss) sur la tourelle.
Leopard 1A2
1972-1973 (5e lot, 232 chars)
 
Tourelle moulée renforcée, meilleure ventilation filtrée, dispositifs de vision nocturne passifs.
Leopard 1A3
1972-1974
 
Nouvelle tourelle mécano-soudée (SHS) à blindage espacé, masque de canon en pointe de flèche, protection quasi doublée.
Leopard 1A4
1974-1979 (6e et dernier lot, 250 chars)
 
Conduite de tir informatisée, viseur télémétrique EMES 12A1, viseur panoramique du chef de char PERI R12 stabilisé.
Leopard 1A5
Rétrofit à partir de 1987
 
Modernisation de 1 225 châssis A1/A2 : nouvelle tourelle agrandie, viseur EMES-18 (Krupp-Atlas), conduite de tir numérique — la version la plus aboutie.
Leopard C1 / C2 (Canada)
1978 puis 2001
 
Version canadienne ; le C2 (post-2001) reçoit le surblindage MEXAS et une refonte électronique complète.
.

Voici le tableau des exportations et acquisitions par pays (chars de combat principaux uniquement, hors véhicules spécialisés type ARV/AVLB/poseurs de ponts) :

Pays Quantité Détails
Pays-Bas 468 Livrés par Krauss-Maffei entre fin 1969 et mars 1972, en remplacement des Centurion.
Belgique 334 Livrés entre 1968-1971 (Leopard 1BE) ; 132 modernisés au standard 1A5(BE) ; retrait total en 2014.
Italie 800 200 Leopard 1A1 livrés (1971-1972) + 600 Leopard 1A2 produits sous licence par OTO Melara en Italie.
Norvège 172 Retirés du service en 2011, remplacés par des Leopard 2.
Danemark ~230 120 Leopard 1A3 (1976-1978) + 110 supplémentaires des stocks allemands ; parc converti en 1A5.
Grèce ~545 106 (1A3, 1983-84) + 75 (1A5, 1992) + 170 (1V) + 2 (1A5) + 192 (1A5, 1998-2000).
Turquie 337 77 (variante TU/1A3, 1982-83) + 150 (T1, ex-1A4, 1990-91) + 110 (1A1A1).
Canada 114 Leopard C1 livrés 1977-1978 ; 66 modernisés en C2 (à partir de 1999, tourelle héritée du 1A5).
Australie 90-103 Leopard AS1 (variante du 1A3) acquis en 1977 ; retirés en 2007, remplacés par M1A1 Abrams.
Brésil 230 Achat de seconde main en 2006 (via Belgique) ; 116 modernisés à partir de 2021.
Chili 200 Seconde main, achetés aux Pays-Bas en 1997, livrés 1999-2000.
Liban 43 Contrat signé en 2007 (1A5BE), jamais livré faute de licence d'exportation allemande.
Ukraine ~178 promis Depuis 2023, dons de seconde main (Allemagne, Danemark, Pays-Bas, Belgique) — livraisons encore en cours et partiellement refusées pour état défectueux.

Points clés à noter :

  • Contrairement à l'Italie (production sous licence), la plupart des autres pays ont reçu des chars déjà construits en Allemagne ou des chars de seconde main revendus après leur retrait de la Bundeswehr.
  • Les chiffres grecs et danois s'expliquent par plusieurs vagues d'achats (neufs puis stocks allemands excédentaires).
  • Le total mondial de Leopard 1 produits et exportés dépasse les 6 000 exemplaires en comptant la production sous licence italienne.
Le programme « Leopard doré » (Vergoldeter Leopard)
Entre 1965 et 1967, alors que le Leopard 1 vient tout juste d'entrer en service, lle gouvernement allemand confie à Porsche un contrat d'étude visant à préparer des améliorations profondes du char en attendant l'arrivée du futur MBT-70, alors en développement conjoint avec les États-Unis . Ce programme, surnommé « Leopard doré », s'achève en 1967 sans commande de production,Le gouvernement ouest-allemand avait décidé d'étudier les options de modernisation futures du Leopard 1, alors qu'il devenait de plus en plus incertain que le MBT-70 entre un jour en service. Cette étude portait sur l'intégration de technologies avancées dans le design existant.
Les améliorations envisagées étaient assez ambitieuses pour l'époque :
un chargeur automatique, un canon automatique coaxial et un périscope de commandant indépendant
une mitrailleuse antiaérienne utilisable depuis l'intérieur du véhicule, ainsi qu'une caméra de surveillance TV montée sur un mât extensible
une optimisation de la forme de la tourelle et de la caisse avec un blindage en acier moulé, ainsi que des améliorations de la suspension, de la transmission et des évents d'échappement du moteur
Ce programme visait explicitement à rendre le Leopard 1 aussi performant que le MBT-70 en matière de feu  donc à le "sur-équiper" technologiquement, d'où cette image d'un Leopard "plaqué or", chargé de gadgets coûteux plutôt qu'une simple mise à jour.
Mais le programme a été arrêté en 1967 sans commande, Toutefois il n' apas été inutile pour autant  car les études ont servies sur le programme "Experimentalentwicklung" (développement expérimental), puis sur le projet "Eber"/"Keiler", qui a fini par donner naissance au Leopard 2. Donc le Leopard doré est en quelque sorte le tout premier chaînon d'une lignée de projets qui a mené, dix ans plus tard, au Leopard 2.
 La famille de véhicules dérivés du châssis Leopard 1
Le châssis du Leopard 1 a servi de base à toute une gamme de véhicules blindés spécialisés, encore en service dans plusieurs armées :
Gepard (Flakpanzer)  système d'artillerie antiaérienne automotrice armé de deux canons de 35 mm, livré à l'Ukraine à partir de 2022.
Biber char poseur de pont, capable de déployer une travure de 20 mètres pour 9,94 tonnes.
Bärenpanzer / Bergepanzer 2 (BPz-2) — char de dépannage et de récupération.
Dachs (Pionierpanzer) — engin blindé du génie.
Keiler — char de déminage équipé d'un fléau anti-mines.
Vendu ou cédé à au moins dix-huit pays (Belgique, Pays-Bas, Italie, Danemark, Norvège, Canada, Australie, Grèce, Turquie, Chili, Brésil…), le Leopard 1 a connu une très large carrière d'exportation. Après le début de l'invasion russe de l'Ukraine en 2022, l'Allemagne, les Pays-Bas et le Danemark ont annoncé en février 2023 la remise en état et la livraison à l'Ukraine d'au moins une centaine de Leopard 1A5 prélevés sur des stocks privés, remettant sur le devant de la scène un char conçu près de soixante ans plus tôt.
 La coopération germano-américaine avortée : le MBT-70 / Kampfpanzer 70

 
Alors même que le Leopard 1 entre en service, l'Allemagne de l'Ouest s'engage dans une nouvelle coopération internationale, cette fois avec les États-Unis. Un accord est signé le 1er août 1963 par le secrétaire américain à la Défense Robert McNamara et le ministre fédéral de la Défense Kai-Uwe von Hassel, en vue de développer un char de combat principal commun destiné à remplacer les M48/M60 américains et à succéder, côté allemand, au Leopard 1. Le programme est désigné MBT-70 (Main Battle Tank 70) aux États-Unis et Kampfpanzer 70 (KPz 70) en Allemagne, en référence à l'objectif initial d'une mise en service en 1970.
Le cahier des charges est extraordinairement ambitieux pour l'époque : suspension hydropneumatique permettant de faire varier la garde au sol, conducteur installé dans la tourelle, armement combiné associant un canon lisse de 152 mm et le système de missile antichar guidé MGM-51 Shillelagh, conduite de tir avec télémètre laser et calculateur balistique, moteur diesel suralimenté de 1 500 chevaux permettant à un engin de près de 50 tonnes d'atteindre 65 km/h — ce qui en aurait fait le char le plus rapide de son temps.
Mais l'accumulation de technologies encore immatures, les désaccords sur la propriété industrielle et l'envolée des coûts (le programme, estimé à l'origine, voit son coût multiplié par cinq entre 1963 et 1969) conduisent à l'échec du projet. Le gouvernement ouest-allemand se retire fin 1969, suivi par les États-Unis, qui mettent formellement fin au développement conjoint le 20 janvier 1970, après un coût cumulé d'environ 830 millions de deutschemarks côté allemand.
Chaque pays poursuit alors seul son chemin, en tirant parti des technologies développées en commun :
Aux États-Unis, le programme se poursuit sous une forme simplifiée baptisée XM803, elle aussi abandonnée, avant de déboucher sur le développement du char M1 Abrams, entré en service en 1980.
En Allemagne, l'expérience acquise — notamment le moteur diesel V12 Daimler-Benz MB-873 et diverses solutions de blindage — est réinvestie dans un nouveau programme national baptisé Experimentalentwicklung (« développement expérimental »), qui donnera naissance, via les prototypes Keiler puis Eber, au Leopard 2.
L'épisode du MBT-70 illustre ainsi un schéma qui se répétera plus tard avec le projet franco-allemand Napoléon I : une coopération internationale ambitieuse, freinée par des divergences de doctrine et de répartition industrielle, et qui se solde in fine par deux développements nationaux distincts, mais nourris des mêmes travaux préparatoires.
Le Leopard 2  « Version 2 » et ses sous-séries

 
Formellement lancé en 1969-1970 dans la continuité du programme Experimentalentwicklung, le développement du Leopard 2 est confié à Krauss-Maffei comme maître d'œuvre, avec Porsche pour le châssis et Wegmann pour la tourelle. Seize châssis et dix-sept tourelles de prototypes (numérotés PT 1 à PT 17) sont construits entre 1972 et 1974, testés avec différentes configurations de canon (105 mm puis 120 mm) et de motorisation.
En 1976-1977, un exemplaire le Leopard 2AV (Austere Version) est même testé aux États-Unis face au futur XM1 (M1 Abrams) ; si les deux chars affichent des performances de mobilité et de puissance de feu comparables, le XM1 est jugé mieux protégé et remporte la compétition américaine.
Le Leopard 2 entre en service dans la Bundeswehr en 1979, armé d'un canon lisse Rheinmetall de 120 mm (Rh-120 L/44), rompant avec la tradition du canon rayé britannique du Leopard 1. Il devient rapidement l'une des références mondiales en matière de char de combat, aux côtés du M1 Abrams américain.
4.1. Les principales sous-versions du Leopard 2
Version
Année
Principales évolutions
 
Leopard 2 (2A0-2A3)
1979-1985
Version initiale et premiers lots de série ; canon Rh-120 L/44 de 120 mm, conduite de tir EMES 15.
Leopard 2A4
1985
Version la plus largement diffusée et exportée (Turquie, Pays-Bas, Espagne, Danemark, Canada, Grèce…) ; blindage et électronique de tir homogénéisés.
Leopard 2A5
1995
Blindage frontal de tourelle « en coin » (blindage espacé additionnel), passage à des commandes électriques, périscope panoramique amélioré pour le chef de char ; masse portée à environ 59,5 tonnes.
Leopard 2A6 / 2A6M
2001
Canon rallongé Rh-120 L/55 (+1,32 m par rapport au L/44), augmentant la vitesse initiale des projectiles ; le 2A6M ajoute une protection renforcée contre les mines sous caisse.
Leopard 2A7 / 2A7V
À partir de 2014 / 2017
Climatisation, caméras thermiques nouvelle génération, kit de protection urbaine, canon L55A1 à pression accrue (jusqu'à 700 MPa).
Leopard 2A8
2023-2025 (livraisons)
Système de protection active israélien Trophy (Rafael) contre les missiles antichar, blindage additionnel modulaire, remplacement des A6 cédés à l'Ukraine dans les parcs européens.

Char de combat Leopard 2 — Versions, caractéristiques et production

 

Version

Dates

Caractéristiques principales

Chiffres de production

Leopard 2 (2A0-2A3)

1979-1985

Version initiale et premiers lots de série ; canon Rh-120 L/44 de 120 mm, conduite de tir EMES 15.

Environ 1 800 exemplaires construits pour la Bundeswehr (lots 1 à 4, 1979-1985).

Leopard 2A4

1985

Version la plus largement diffusée et exportée (Turquie, Pays-Bas, Espagne, Danemark, Canada, Grèce…) ; blindage et électronique de tir homogénéisés.

2 125 exemplaires construits en Allemagne (lots 5 à 8, jusqu'en 1992). Egalement produits/assemblés sous licence à l'étranger : 445 aux Pays-Bas, 380 en Suisse (Pz 87), 219 Leopard 2E en Espagne, etc.

Leopard 2A5

1995

Blindage frontal de tourelle « en coin » (blindage espacé additionnel), passage à des commandes électriques, périscope panoramique amélioré pour le chef de char ; masse portée à environ 59,5 tonnes.

Environ 350 exemplaires convertis à partir de 2A4 pour la Bundeswehr (programme initialement prévu pour 699 véhicules, réduit après la fin de la guerre froide). Autres conversions/productions à l'export : 105 neufs pour la Pologne (2013), Strv 122 suédois, etc.

Leopard 2A6 / 2A6M

2001

Canon rallongé Rh-120 L/55 (+1,32 m par rapport au L/44), augmentant la vitesse initiale des projectiles ; le 2A6M ajoute une protection renforcée contre les mines sous caisse.

405 exemplaires convertis à partir de 2A5 pour la Bundeswehr (2001-2005). Conversions/achats supplémentaires par le Canada, le Portugal, la Grèce (2A6 HEL) et d'autres utilisateurs.

Leopard 2A7 / 2A7V

À partir de 2014 / 2017

Climatisation, caméras thermiques nouvelle génération, kit de protection urbaine, canon L55A1 à pression accrue (jusqu'à 700 MPa).

Environ 20 2A7 initiaux pour la Bundeswehr (2014), puis commandes complémentaires ; 2A7+ vendu à environ 200 exemplaires à l'Arabie Saoudite ; 2A7V produit pour la Bundeswehr et la Hongrie à partir de 2017.

Leopard 2A8

2023-2025 (livraisons)

Système de protection active israélien Trophy (Rafael) contre les missiles antichar, blindage additionnel modulaire, remplacement des A6 cédés à l'Ukraine dans les parcs européens.

Commandes en cours pour l'Allemagne (~123), la Norvège, les Pays-Bas, la Suède et la République tchèque ; livraisons progressives 2023-2025 et au-delà (chiffres définitifs non encore stabilisés).

 

Le Leopard 2 a été exporté ou produit sous licence dans une vingtaine de pays (Pays-Bas, Suisse, Suède, Espagne, Grèce, Turquie, Finlande, Pologne, Norvège, Singapour, Canada, entre autres), ce qui en fait, avec le M1 Abrams, l'un des deux chars occidentaux les plus répandus au monde.
Le Leopard 2 dans la guerre en Ukraine
Depuis 2023, le Leopard 2 est engagé au combat en Ukraine, principalement sous ses versions 2A4 et 2A6, livrées par une dizaine de pays (Allemagne, Pologne, Finlande, Suède, Canada, Portugal, Espagne…) ainsi que par le groupe Rheinmetall.
Le bilan opérationnel est contrasté : la puissance de feu, la qualité des optiques thermiques et la fiabilité mécanique ont été saluées, mais plusieurs exemplaires  essentiellement des versions dépourvues de protection active — ont été détruits ou endommagés par des missiles antichar guidés (type Kornet) ou des drones de type FPV, confirmant la vulnérabilité des chars de conception occidentale face aux menaces modernes de précision. Cette expérience de combat a directement motivé l'intégration du système de protection active Trophy sur la version 2A8.
Mais ce quoi le Système Trophy 
Le Trophy, désigné Meïl Ruah (« coupe-vent ») au sein de Tsahal, est un système de protection active (Active Protection System, APS) développé par l'entreprise israélienne Rafael Advanced Defense Systems. Conçu pour intercepter les roquettes, missiles antichars et obus avant qu'ils n'atteignent un véhicule blindé, il est aujourd'hui considéré comme le système de protection active « hard-kill » le plus mature et le plus largement déployé au monde, avec plus de 1 900 exemplaires commandés à l'échelle internationale.Origine
Les racines du Trophy remontent aux années 1990, dans le cadre de recherches menées par la Direction du développement de la défense israélienne (DDR&D, ou DRDD) en coopération avec Rafael Advanced Defense Systems et le groupe Elta d'Israel Aerospace Industries (IAI), chargé du radar. Le programme reste toutefois relativement modeste jusqu'en 2006.
La deuxième guerre du Liban, cet été-là, constitue un tournant décisif. Le Hezbollah, équipé par l'Iran de missiles antichars modernes de type Kornet et Metis, inflige des pertes significatives aux blindés israéliens, y compris à des chars Merkava considérés jusqu'alors comme très bien protégés. Ce choc pousse Israël à accélérer radicalement le développement d'une protection active efficace à 360 degrés.
Le premier contrat de production est signé en 2007. Après une série d'essais, le système est déclaré opérationnel en 2009, puis les premières livraisons à Tsahal débutent en 2010-2011. Le Trophy équipe alors les chars Merkava Mark 3 et Mark 4, ainsi que les véhicules blindés de transport de troupes lourds Namer. Sa première interception documentée en situation de combat réel a lieu en mars 2011, lorsqu'un Merkava 4 équipé du système neutralise avec succès un tir de roquette antichar.
Le système a depuis été abondamment utilisé sur le terrain, notamment lors du conflit de Gaza de 2014, où il a démontré un taux de réussite proche de 100 % face aux tirs enregistrés, sans perte de char attribuable à une pénétration frontale malgré de nombreuses attaques.
Le Trophy repose sur quatre radars à antenne active (AESA) plats montés sur la tourelle, offrant une couverture de détection à 360 degrés. Lorsqu'une menace est détectée roquette, missile guidé ou obus, le système calcule sa trajectoire puis déclenche, au moment optimal, le tir d'un projectile d'interception qui détruit ou dévie la menace à quelques mètres du véhicule, avant l'impact. Le système peut également indiquer à l'équipage la direction du tir ennemi, facilitant une riposte immédiate.
Il existe plusieurs déclinaisons du système selon le gabarit du véhicule à protéger :
Trophy HV (« Heavy »), la version de base pour chars de combat, pèse environ 820 kg
Trophy MV (moyen, anciennement « Light ») cible les véhicules blindés à roues ou chenillés plus légers
Trophy LV, la plus compacte, vise les véhicules de moins de 8 tonnes.
Les versions les plus récentes intègrent un rechargement automatique permettant de faire face à des interceptions multiples successives. 
Sur quels chars le Trophy est-il déployé ?

Israël : Merkava Mark 3 et Mark 4, ainsi que les véhicules blindés Namer le système y est en service depuis 2011.
États-Unis : chars Abrams M1A1 et M1A2 (SEPv2, SEPv3) de l'US Army, à la suite d'un contrat de 193 millions de dollars signé en 2018 ; testé également sur les véhicules Stryker et Bradley.
Allemagne : Leopard 2A7V (17 exemplaires modernisés en Leopard 2A7A1 dès 2021) puis intégration native sur le nouveau standard Leopard 2A8 à partir de 2024-2025.
Royaume-Uni : sélectionné en 2021 pour une évaluation détaillée en vue d'une intégration sur le char Challenger 3.
Autres opérateurs du Leopard 2A8 : Norvège, Lituanie, Pays-Bas, République tchèque et Croatie ont également retenu le Trophy pour leurs propres flottes, dans le cadre d'un contrat multinational d'environ 390 millions de dollars conclu via la coentreprise EuroTrophy (KMW, GDELS et Rafael).
Corée du Sud : un accord signé en septembre 2025 prévoit l'intégration du Trophy sur les chars produits par Hyundai Rotem.
Au-delà des chars lourds, Rafael indique que le système est de plus en plus adopté sur des véhicules plus légers comme le Boxer, le Patria AMV ou d'autres transports de troupes blindés, illustrant la généralisation de la protection active comme composante centrale de la conception des véhicules de combat modernes.
Les équivalents russes
Arena et Arena-M
Développé par le bureau d'études KBM de Kolomna, l'Arena est l'un des tout premiers concepts de protection active « hard-kill », dont les origines remontent au système Drozd des années 1970-1980, utilisé sur des T-55 pendant la guerre d'Afghanistan. L'Arena utilise un radar Doppler pour détecter les munitions entrantes, puis déclenche une couronne de cassettes explosives à fragmentation montées autour de la tourelle. Proposé à l'export sous l'appellation Arena-E, il équipe notamment la version modernisée T-72B3M. Ses performances sont toutefois jugées globalement inférieures à celles des systèmes occidentaux les plus récents, en particulier en matière de portée de détection et de temps de réaction.
Afghanit
L'Afghanit, développé par le bureau d'études KBP, équipe le char de nouvelle génération T-14 Armata ainsi que le véhicule de combat d'infanterie lourd T-15, qui partage le même châssis. Il combine des fonctions hard-kill et soft-kill : deux radars AESA en bande Ka montés sur les joues de la tourelle assurent la détection, un brouilleur radio tente de neutraliser le guidage des missiles filoguidés ou radioguidés, puis des grenades à fragmentation sont tirées pour détruire les menaces résiduelles. Les autorités russes revendiquent une capacité, unique au monde, à intercepter également des obus flèches classiques (APFSDS) tirés à très haute vitesse — une affirmation qu'aucune démonstration publique indépendante n'est venue confirmer à ce jour. Le T-14 n'ayant jamais été engagé de façon confirmée au combat, les performances réelles de l'Afghanit demeurent largement invérifiées et sont considérées avec un certain scepticisme par les analystes occidentaux.
L'équivalent chinois
La Chine développe ses propres systèmes de protection active via l'industriel public Norinco. Le GL-5 est un système hard-kill capable de détecter des menaces jusqu'à 100 mètres, sur une couverture de 360 degrés à l'horizontale, grâce à quatre radars multi-missions ; il déclenche le tir de deux roquettes défensives vers la menace détectée. Il est proposé sur les chars d'exportation VT-4 et sur le char léger VT-5. Une version plus aboutie, le GL-6, a été présentée sur le char d'exportation VT-4A1, avec une démonstration publique d'interception réussie d'un missile antichar de 120 mm. Des clichés récents suggèrent également qu'un nouveau système de protection active, orienté cette fois vers la lutte anti-drones, serait en cours de test sur des Type 99A du service actif chinois, sans que Pékin ne confirme d'intention d'exportation pour cette version.

 

Système

Pays / origine

Principe

Plateformes équipées

Trophy (Meïl Ruah)

Israël — Rafael

Hard-kill : radar AESA 360°, interception par projectiles multidirectionnels

Merkava 3/4, Namer, Abrams M1A2, Leopard 2A8, Challenger 3 (test), K2 (Corée du Sud)

Iron Fist

Israël — Elbit Systems

Hard-kill : détection radar/IR, interception par charge explosive dirigée

Namer, Bradley (essais US), Eitan

Arena / Arena-M

Russie — KBM (Kolomna)

Hard-kill : radar Doppler, couronne de cassettes explosives à fragmentation

T-72B3M, proposé à l'export sur T-80/T-90

Afghanit

Russie — KBP

Hybride hard/soft-kill : radars AESA bande Ka, grenades à fragmentation, brouillage

T-14 Armata, T-15 (chenillé lourd)

GL-5 / GL-6

Chine — Norinco

Hard-kill : radars multi-missions, roquettes défensives

VT-4, VT-5, Type 99A (essais)

Et la  France? Non, la France n'a pas retenu Trophy car elle développe sa propre solution.
Le programme Diamant

 


Nexter et Thales travaillent sur une « protection active Diamant » dans le cadre du projet de technologie de défense « Prometeus » (2019), qui vise à développer un système de protection « globale » des blindés combinant trois technologies : la protection passive polyvalente, la protection réactive et la protection active. Ce système pourrait équiper les blindés français  EBRC Jaguar, VBMR Griffon, VBMRL Serval, VBCI et char Leclerc  à partir de 2026.
Des essais concrets ont déjà eu lieu : la Direction générale de l'armement a testé le système de protection active Diamant sur un véhicule Griffon (essai rapporté fin janvier 2023).
Plusieurs raisons expliquent ce choix d'autonomie plutôt que d'achat sur étagère :
Souveraineté industrielle : la France privilégie une filière nationale (Nexter/Thales) plutôt que de dépendre d'un fournisseur étranger (Rafael, Israël) pour un équipement aussi sensible
Intégration système : le Diamant est pensé comme brique d'un ensemble plus large combinant plusieurs types de protection, pas seulement du hard-kill comme Trophy
 La tentative de coopération franco-allemande des années 1980 : Napoléon I / Kampfpanzer 3
Vingt ans après l'échec du programme Europa-Panzer, la France et l'Allemagne de l'Ouest tentent une nouvelle fois de développer un char de combat en commun. Côté français, les études sur un successeur de l'AMX-30 (« Engin Principal Prospectif », puis « Char Futur » à partir de 1971) aboutissent en 1977 à une liste de spécifications. Côté allemand, une réflexion similaire est engagée pour succéder, à terme, au Leopard 1 puis au Leopard 2 alors en cours de développement.
En février 1980, les deux pays signent un protocole d'accord (Memorandum of Understanding) pour le développement conjoint de ce nouveau char de combat principal, baptisé Napoléon I côté français et Kampfpanzer 3 (KPz-3) côté allemand. Le projet vise à unifier les besoins des deux armées autour d'un engin de troisième génération, capable de faire face aux nouvelles générations de chars soviétiques (T-64, T-72, puis T-80).
Mais, comme vingt ans plus tôt, des désaccords fondamentaux sur la configuration du futur char  répartition industrielle, choix technologiques, doctrine d'emploi empêchent la coopération d'aboutir. En décembre 1982, les deux gouvernements constatent l'échec du projet commun et annoncent chacun le lancement d'un programme strictement national.
En France, le projet Napoléon I laisse place, dès décembre 1982, au programme national de l'EPC (Engin Principal de Combat), après que l'achat sous licence d'un char étranger  Leopard 2 allemand, M1 Abrams américain ou même Merkava israélien  a été étudié puis écarté par l'état-major français, soucieux de préserver une filière industrielle nationale. »
L'EPC, dont le développement est confié à GIAT (aujourd'hui Nexter, intégré au groupe KNDS), prend officiellement le nom de Leclerc le 30 janvier 1986, en hommage au maréchal Philippe Leclerc de Hauteclocque. Après plusieurs prototypes (dont le démonstrateur Mulet Système Complet est le prototype Ares), la production en série débute en 1990 et le char entre en service dans l'armée française en 1992, doté d'un canon lisse de 120 mm, d'un chargeur automatique et d'une architecture privilégiant la mobilité active autant que le blindage passif.
En Allemagne, l'échec du projet Napoléon I / KPz-3 n'a pas remis en cause la poursuite du développement du Leopard 2, déjà entré en service en 1979 : la Bundeswehr a simplement continué à faire évoluer son propre char à travers les sous-versions successives présentées à la section 4, sans chercher de nouveau partenaire étranger avant plusieurs décennies.
Vers un nouveau char commun : l'EMBT et le programme MGCS
Il faut attendre le milieu des années 2010 pour qu'un projet de coopération franco-allemande de char de combat renaisse véritablement, dans un contexte de rapprochement industriel entre les deux pays
Au printemps 2015, les groupes allemand Krauss-Maffei Wegmann (KMW) et français Nexter Defense Systems fusionnent pour former la société holding KNDS (basée aux Pays-Bas), réunissant ainsi, sous un même toit, les héritiers directs du Leopard et du Leclerc.
L'EMBT, un démonstrateur technologique
Le 13 juin 2022, lors du salon international de défense terrestre Eurosatory, KNDS dévoile l'Enhanced Main Battle Tank (EMBT), un démonstrateur technologique associant la tourelle du char Leclerc à un châssis dérivé du Leopard 2 allemand. Sans vocation à entrer directement en production, cet engin illustre concrètement la capacité de l'industrie franco-allemande à faire converger les deux lignées de chars historiquement rivales, et sert de vitrine technologique pour les briques qui alimenteront le futur programme commun.
Le programme MGCS (Main Ground Combat System)
Lancé dès 2012 dans ses prémices puis officiellement engagé à partir de 2017, le Système principal de combat terrestre (SPCT), plus connu sous son acronyme anglais MGCS (Main Ground Combat System), est le grand programme franco-allemand destiné à concevoir le successeur commun du Leopard 2 allemand et du Leclerc français, avec un objectif de mise en service repoussé, selon les dernières estimations, à l'horizon 2040-2045.
L'architecture du programme repose sur neuf piliers technologiques répartis à parité entre les industriels impliqués
KNDS Deutschland
KNDS France
Rheinmetall Landsysteme — avec l'appui scientifique de l'Institut franco-allemand de recherches de Saint-Louis (ISL).
En janvier 2025, Thales SIX GTS France rejoint à son tour le projet, et le 10 avril 2025 est officiellement constituée à Cologne la société de projet MGCS Project Company GmbH, détenue à parts égales (25 % chacun) par les quatre industriels, avec une répartition des charges de travail fixée à 50 % pour l'Allemagne et 50 % pour la France. La responsabilité générale du développement du MGCS a par ailleurs été confiée à l'Allemagne, en miroir de la responsabilité française sur le programme aéronautique SCAF (Système de combat aérien du futur).
Le programme suscite toutefois, en 2025 et 2026, des interrogations croissantes. Les industriels dénoncent la lenteur des financements  seulement 25 millions d'euros perçus en près de dix ans d'existence du programme  tandis que la Direction générale de l'armement (DGA) française étudie des solutions transitoires pour remplacer le parc de Leclerc, notamment via le programme Leclerc XLR (version modernisée), le Leclerc Évolution, ou une solution hybride dérivée de l'EMBT.
Un projet parallèle porté par KNDS France, le Capint (« capacité intermédiaire »), reposant sur un châssis de Leopard 2 associé au canon Ascalon, a par ailleurs été dévoilé au salon Eurosatory le 16 juin 2026, illustrant les incertitudes qui pèsent sur le calendrier du grand programme commun.


Plusieurs pays européens (Italie, Espagne, Belgique, Pays-Bas, Suède) ont manifesté un intérêt pour une participation, à des degrés divers, au programme MGCS, tandis que l'Allemagne développe en parallèle, avec Rheinmetall, un programme concurrent ou complémentaire baptisé MARTE (Main Armoured Tank of Europe), preuve que, plus de soixante-dix ans après l'accord de Colomb-Béchar, la question d'un char de combat véritablement commun à l'Europe reste posée.
Pour l Italie la question est ambigue
l'Italie a effectivement changé de cap plusieurs fois
Décembre 2023 : KNDS et Leonardo annoncent un partenariat stratégique marquant l'entrée de Rome dans le programme MGCS, ainsi que la future acquisition de Leopard 2A8 par l'Italie. À ce moment-là, la France pousse pour intégrer l'Italie au MGCS.
Juillet 2024, retournement : Les négociations Leonardo-KNDS sur le partage industriel des Leopard 2A8 échouent. Rheinmetall saisit l'occasion et annonce la création d'une coentreprise 50/50 avec Leonardo, pour produire le KF51 Panther, avec à la clé un marché de près de 30 Md€ et 700 blindés chenillés.
2025 : Un char appelé IMBT (Italian Main Battle Tank), basé sur le KF51 Panther de Rheinmetall, est évoqué pour une commande de 380 unités, aux côtés de 1000 IFV KF41 Lynx.

 


Le coût total des programmes AICS et IBMT est estimé à 20 Md€, ce montant constituant aussi le "ticket d'entrée" de l'Italie dans le programme MGCS.
Juin 2026 (le plus récent) : L'Italie a opté pour une évolution du KF51 qui a donné naissance au NMBT, présenté à Eurosatory le 16 juin par Leonardo et Rheinmetall via leur coentreprise LRMV. Ce nouveau char est destiné à remplacer l'Ariete, entré en service en 1995.
En résumé l'Italie ne mise plus vraiment sur le Leopard, mais sur une base KF51 Panther/NMBT développée avec Rheinmetall via la coentreprise italo-allemande LRMV, plutôt que sur du KNDS franco-allemand pur. Le budget de ce programme sert néanmoins officiellement de "ticket d'entrée" au MGCS, ce qui permet à l'Italie de garder un pied dans les deux programmes  une position assez ambiguë qui traduit surtout un rapport de force industriel avec Rheinmetall plutôt qu'un choix clair pour le MGCS franco-allemand.
Dernieres nouvelles
Rheinmetall vient de subir un vrai revers naval car le 24 juin 2026, le ministère allemand de la Défense a annoncé l'abandon du projet de six frégates F126, invoquant des retards et coûts non maîtrisés. À la Bourse de Francfort, l'action Rheinmetall s'est effondrée de 14,8%. Berlin va se tourner vers huit frégates Meko A-200 plus petites, fournies par TKMS un concurrent, pas Rheinmetall. Environ 2 milliards d'euros de coûts déjà engagés sur le F126 devront être passés en pertes.
Ce revers touche la branche navale, pas la branche terrestre (chars)  donc il n'affaiblit pas directement le poids de Rheinmetall dans le dossier chars/KF51/MGCS. Mais il a deux effets indirects :
Cela fragilise l'objectif de prises de commandes de Rheinmetall pour 2026, fixé à 80 milliards d'euros, le F126 devant représenter 10 à 12 milliards de ce total — donc le groupe a d'autant plus intérêt à consolider ses positions ailleurs, notamment sur le terrestre
Cela écorne l'image d'exécution du groupe en Allemagne, ce qui pourrait jouer contre lui politiquement à Berlin sur d'autres dossiers
Sur le terrestre, en revanche, Rheinmetall reste en position de force voire renforcée
Le contexte MGCS s'est nettement dégradé pour la partie française :
Seulement 25 millions d'euros ont été versés au programme depuis 2017, la production étant repoussée à 2045 minimum, alors qu'un Leopard 3 allemand pourrait être opérationnel une dizaine d'années plus tôt.
Le SCAF (avion de combat commun) a été enterré début juin 2026, quelques jours avant que ces inquiétudes sur le MGCS ne remontent.
Papperger lui-même admet que la France pourrait réduire de moitié son financement du MGCS, et évoque un possible retrait français pur et simple, ce qui ferait du MGCS le dernier grand programme bilatéral franco-allemand à s'effondrer après le FCAS. Pravda France
Rheinmetall et KNDS Allemagne ont déjà lancé, il y a plus d'un an, le développement d'un Leopard 3 comme solution de repli — signe qu'ils n'attendent plus vraiment le MGCS.

 Conclusion

De l'Europa-Panzer des années 1950 au programme MGCS d'aujourd'hui, l'histoire du Leopard est traversée par un même fil rouge : la tentation régulière, entre la France et l'Allemagne — et, un temps, entre l'Allemagne et les États-Unis avec le MBT-70 —, de mutualiser le développement d'un char de combat, et la difficulté récurrente à transformer cette ambition en un programme véritablement commun. Chacune de ces tentatives avortées (Europa-Panzer en 1963, MBT-70 en 1970, Napoléon I/KPz-3 en 1982) a néanmoins nourri, par les technologies et les compétences accumulées, les développements nationaux qui lui ont succédé : le Leopard 1, le Leopard 2, puis le Leclerc côté français. Reste à savoir si le programme MGCS parviendra, cette fois, à surmonter les obstacles industriels et budgétaires qui ont, jusqu'ici, toujours eu raison des projets de char commun franco-allemand.