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France Blindés et Softskins Camouflage 1939 1940
Article fait par :Claude Balmefrezol
Mis en ligne le 30/04/2026 à 10:58:03

Le Camouflage des Engins Blindés et Softskins Français (1935–1940)
Des Leçons de 1914-1918 à la Campagne de France
I. Rappel Historique : La Naissance du Camouflage Moderne (1914–1918)
L'invention française
C'est la France qui invente le camouflage militaire moderne, et c'est dans les tranchées de la Grande Guerre que tout commence. Dès août 1914, deux peintres mobilisés au 6e régiment d'artillerie à pied Lucien-Victor Guirand de Scévola (1871–1950) et Louis Guingot (1864–1948) constatent que les pièces d'artillerie brillent au soleil, les rendant immédiatement repérables par l'ennemi. Ils les dissimulent sous des branchages et des toiles peintes aux couleurs de la nature environnante, et font revêtir aux artilleurs des blouses de couleur terre pour se fondre dans le paysage.
Le résultat est immédiat : les Allemands peinent à localiser les batteries. La démonstration est si concluante que le ministre de la Guerre est convaincu, et le 14 août 1915, il crée officiellement la Section de camouflage, placée sous le commandement de Guirand de Scévola, avec le dessinateur Jean-Louis Forain comme inspecteur général. La section adopte comme insigne un caméléon symbole du mimétisme dont un exemplaire vivait en liberté dans l'atelier de Guingot.Le Guinness World Records a officiellement reconnu le 12 février 1915 comme date de première utilisation du camouflage moderne.
La Section de Camouflage de l'Armée Française (1914–1918)
Revenons à l 'été 1914. Les soldats français partent au combat dans des uniformes voyants pantalon rouge garance, capote bleue qui font d'eux des cibles faciles face à une artillerie et à une aviation ennemies de plus en plus précises.
Le bouleversement est considérable : il ne s'agit plus de faire peur avec un uniforme impressionnant, mais de disparaître grâce à une tenue qui se fond dans le paysage. La guerre de position, qui maintient les troupes face à face, est pour beaucoup dans cette évolution : pour ne pas être repéré par l'ennemi, et survivre, il faut être invisible.
Les anglais avaient été déjà confronté à ce problème en Afrique du Sud lors de la guerre contre les Boers
Ces guerres sont un choc de deux mondes l'écarlate contre la couleur de terre
Quand l'armée britannique débarque en Afrique du Sud pour affronter les républiques boers, elle se heurte à un paradoxe militaire brutal. D'un côté, les Boers sont habillés en vêtements kaki couleur de terre, alors que les uniformes britanniques arborent une couleur rouge vif, ce qui permet aux Boers de tirer facilement et à distance sur les soldats
Car les Anglais ne font plus face à des guerriers africains, mais à des milices de fermiers boers équipés du nouveau fusil allemand, le Mauser, dont ils ont acheté 50 000 exemplaires juste avant le conflit. Excellents tireurs, les Boers infligent défaite sur défaite à l'armée britannique, qui pensait pouvoir venir à bout facilement de ces troupes improvisées et indisciplinées. Ces revers s'expliquent par le conservatisme tactique de l'état-major anglais, qui n'a pas retenu les leçons des guerres de Crimée et de Sécession. À la bataille de Spion Kop en 1900, les corps de l'infanterie anglaise sont défaits. Les Boers, souples, manœuvriers, très bons tireurs et se fondant dans le paysage, prennent le pas sur l'armée britannique qui manœuvre en carrés lourds et bien visibles.
Aussi une nouvelle couleur va voir le jour dans l armée Britannique le Khaki
Mais attention la couleur kaki n'est pas une invention de la guerre des Boers. Elle en est le point d'aboutissement. L'uniforme kaki est pour la première fois utilisé dans le corps des guides de l'Armée des Indes britanniques en 1848, sous le commandement de Sir Harry Lumsden. Par la suite, l'armée britannique adopte des tenues de camouflage lors des campagnes militaires coloniales expédition britannique en Éthiopie en 1868, guerre des Mahdistes de 1884 à 1899 pour pouvoir échapper au regard de l'ennemi.
Le mot lui-même vient de loin : le nom provient du mot persan « khāki » qui signifie littéralement « terreux » ou « poussiéreux ». Une étymologie qui dit tout sur sa philosophie : se confondre avec la terre.
En 1902, la seconde guerre des Boers vient à peine de se terminer que la Couronne britannique prend la décision de fournir à son armée une nouvelle et moderne tenue de campagne. Les différentes opérations coloniales avaient révélé tous les désagréables et mortels inconvénients apportés par le port des tuniques écarlates traditionnelles. Comme une réponse aux uniformes de couleur terre portés par les unités de fermiers boers, les troupes britanniques en poste dans les colonies possédaient déjà depuis 1896 une tenue légère en toile de coton de teinte sable.
C'est lors de la deuxième guerre des Boers, en 1902, que toutes les forces britanniques adoptent le kaki officiellement appelé « drab » comme tenue de service.
Les Américains suivent dès la même année 1902. Les Allemands adopteront leur « feldgrau » (vert-de-gris) en 1907, les Austro-Hongrois leur gris brochet en 1909, les Russes le kaki en 1909 aussi, et les Italiens le gris-vert la même année. Le mouvement est mondial, et c'est bien la leçon boer qui en est le déclencheur sauf pour l armée francaise malgré les essais des tenues dessinées par Detaille en 1900 aussi on peut dire que le Paradoxe de 1900 : était de savoir et n’avoir pas agi
Car cette 'anachronisme des uniformes français n'est pas ignoré. En 1902, le commandant Lavisse publie une étude comparative des éléments de la tenue de campagne du fantassin français avec celle de 13 pays étrangers. En ce qui concerne la couleur à adopter, « le gris et le brun feuille morte sont les deux couleurs qui doivent composer les uniformes si l'on veut rendre ceux-ci aussi peu visible que possible ». Cette étude entraîne la création d'une commission d'étude. De 1903 à 1912, quatre nouvelles nuances de couleur sont mises à l'essai : un gris bleuté en 1903, dit tenue « boër » en raison du chapeau qui l'accompagnait ; une tenue beige bleuté en 1906 ; une tenue réséda en 1911–1912 ; et enfin une tenue bleu cendré accompagnée d'une culotte garance, dite tenue « Détaille », en 1912.
Mais tout échoue Les raisons sont politiques, psychologiques et culturelles. La visibilité du soldat, qui était nécessaire sur le champ de bataille enfumé par la poudre noire, devient un handicap après l'invention de la poudre sans fumée par le professeur Vieille en 1884. Les tentatives faites pour transformer l'uniforme échouent pour des raisons multiples, politiques et psychologiques. Dans l'inconscient collectif, cette tenue celle de l'humiliation de 1871 doit être celle de la revanche.
Un général résume l'état d'esprit de l'époque dans un poème resté célèbre : « Ah ! ne supprimez pas notre vieille capote... Car il ne nous plaît pas d'être couleur de crotte
Ce n'est qu'en août 1915, après des pertes catastrophiques, que la France adopte définitivement le bleu horizon couleur obtenue en mélangeant des fils bleu foncé, bleu clair et blanc, le colorant rouge alizarine d'origine allemande n'étant plus importable. L'uniforme de 1900 aura coûté, littéralement, un prix en sang considérable.
Mais revenons à nos Boers
La seconde phase du conflit (1900–1902) radicalise encore davantage ces enseignements. Les Boers utilisent des tactiques de guérilla telles que la furtivité, la mobilité, la connaissance du terrain et des tirs à longue portée. Ils s'évanouissent dans le veld, frappent les lignes ferroviaires et les convois, puis disparaissent. Winston Churchill donnera plus tard le nom de « commandos » aux unités britanniques d'élite en référence directe aux Kommandos afrikaners qui avaient mis à mal les troupes de l'Empire.
La guerre des Boers est aussi le théâtre d'une innovation tactique d'une portée considérable : l'adoption militaire de la ghillie suit
. L'un des premiers usages formels de cette tenue dans un contexte militaire se produit lors de la seconde guerre des Boers, quand les Lovat Scouts de l'armée britannique — dont beaucoup sont d'anciens gardes-chasse écossais — adaptent leurs techniques de pistage au combat et à la reconnaissance. Par 1916, les Lovat Scouts deviennent la première unité de snipers dédiée de l'armée britannique.
L'expérience britannique durant la guerre des Boers met en évidence les bienfaits des toutes premières ghillie suits pour les francs-tireurs, mais leur utilisation tactique ne sera pas généralisée durant ce conflit. C'est la Grande Guerre qui fera de cette tenue un outil de guerre systématique — notamment dans les tranchées, où les snipers cousent boue, feuilles et fils barbelés sur leurs combinaisons pour disparaître dans le no man's land.
Ainsi cette guerre permet à de nombreux pays d’adopter des uniformes de teintes dites « neutres », destinées à se fondre dans le paysage.
Cependant, si les Britanniques réforment leur habillement, ils tardent à tirer les conclusions doctrinales et tactiques profondes du conflit. En 1914, ils arrivent sur le front de l'Ouest certes vêtus de kaki contrairement aux Français en rouge et bleu , mais ils n'ont pas encore développé la science du camouflage matériel : artillerie, véhicules, positions. C'est précisément ce que les Français inventeront, eux, avec leur Section de camouflage à partir de 1915 et dont les Britanniques, impressionnés par les résultats, s'empresseront de s'inspirer, cette fois-ci élèves à leur tour.
En résumé : la guerre des Boers est le laboratoire involontaire du camouflage moderne. Elle prouve, à un coût humain considérable, que la visibilité est mortelle dans la guerre industrielle, et impose à toutes les grandes armées du monde une révolution vestimentaire et tactique dont les effets se feront sentir jusqu'en 1940 et au-delà.
En France tout commance au fort de Domgermain, près de Toul,
C'est Eugène Corbin, maréchal des logis au 6e régiment d'artillerie à pied, affecté dès le 2 août 1914 au fort de Domgermain, près de Toul, qui a imaginé le premier dispositif de camouflage
Corbin a 65 ans et il est directeur des Magasins Réunis de Nancy Trois jours après avoir rejoint le front, l'idée de mettre le matériel de guerre « en déguisement » lui vient. Il se souvient qu'avant la guerre il avait expérimenté des costumes multicolores à la chasse pour ne pas effrayer le gibier, et pense que le procédé pourrait fonctionner pour dissimuler les canons aux avions ennemis.
Il en parle à ses amis artistes. Louis Guingot, éminent peintre portraitiste, et Henri Ronsin, décorateur de l'Opéra de Paris
Transportée à Toul, la toile peinte, munie d'œillets sur les bords, est étalée au-dessus du canon et maintenue par des perches. Cinq artilleurs revêtent les tenues teintes et cinq autres conservent l'uniforme réglementaire. Informé par Scévola et Corbin, le colonel Fetter commandant le 6e régiment d'artillerie lourde donne à son fils, aviateur, l'ordre de survoler cette installation à trois cents mètres d'altitude et à cette distance, le pilote ne distingue que les hommes vêtus de la tenue réglementaire.La démonstration est imparable. Le résultat convainc immédiatement la hiérarchie.
Louis Guingot explique que le but qu'il recherchait était de confondre la tenue du soldat avec le paysage environnant. Pour cela les couleurs utilisées doivent se fondre avec la couleur dominante du lieu. Par exemple, le vert sur un pré, le brun sur la terre, les traits sur des branchages. N'apercevant que les autres couleurs, l'œil recompose une image et trompe l'observateur qui croit voir autre chose. Ainsi, quand le brun se confond avec un terrain labouré, ce qui reste visible, vert et traits, donnera l'impression d'un buisson.
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Cette théorie repose sur le pouvoir séparateur de l'œil qui permet de distinguer deux couleurs juxtaposées, mais qui au-delà de trois couleurs ne permet plus une vision simultanée de chaque couleur et entraîne une vision déstructurée de l'objet peint. C'est la base scientifique du camouflage moderne
Il va essaye de faire adopter une veste léopard pour la tenue des soldats mais cela sera refusé
La création du Service
Suite aux essais concluants, le colonel Fetter créa un Service du camouflage au fort de Domgermain. Louis Guingot décida alors de s'engager pour la durée de la guerre au 2e Génie à Toul, où il dirigea ce tout premier Service du camouflage
C'est à ce moment qu'intervient Guirand de Scévola. Les deux artistes qui ne se connaissaient pas se rencontrent en octobre 1914 et forment officieusement une « équipe d'art ». Mais c'est Guirand de Scévola, homme influent à Paris, qui utilise ses relations pour faire la promotion du camouflage.
Il y a eu une querelle de paternité entre Guirand de Scévola et Guingot
Après les 'essais concluants, il est décidé de former à Toul un premier atelier de camouflage et le 14 août 1915, le maréchal Joffre, convaincu de ce nouvel art militaire, donne une organisation régulière aux camoufleurs.
Guirand de Scévola est nommé commandant en chef, et le peintre et dessinateur de presse Jean-Louis Forain (1852–1931), inspecteur général. La section est d'abord rattachée au 1er régiment du Génie en octobre 1916, puis à la DCA en août 1918, suivant l'évolution de la guerre aérienne. Son insigne : un caméléon brodé, symbole parfait de son action
La Section de camouflage recherchait plus spécifiquement les décorateurs de théâtre, rompus aux effets de trompe-l'œil, et les peintres cubistes, aptes à la déformation de la réalité. Pour répondre aux immenses besoins sur tous les points du front occidental, des ateliers de fabrication sont créés à Paris, où l'on réquisitionne aux Buttes-Chaumont des ateliers de décors travaillant pour l'Opéra et les grandes salles de spectacles. Dirigé par le dessinateur Abel-Truchet, cet atelier formera plus de 200 artistes au cours du conflit.
D'autres ateliers s'installent à Amiens (puis Chantilly), à Châlons-sur-Marne et à Nancy. Parmi les noms recrutés : Paul-Maximilien Landowski, qui installe de nombreux arbres-observatoires dans la Somme, et André Dunoyer de Segonzac. Il faut cependant nuancer le mythe cubiste : la première section de camoufleurs, constituée par Guirand en août 1915, ne comportait aucun artiste cubiste ou apparenté. Les cubistes ne seront recrutés qu'à partir de la fin 1915 et ils seront toujours peu nombreux.
Les techniques
Les missions de la Section couvrent un spectre très large, passant de la dissimulation passive au leurre actif.
Camouflage passif : installation de filets de raphia tissé, de toiles et haies camouflant les routes, les ponts, les voies ferrées, ou même des villages entiers. Les techniques se perfectionnent pour supprimer les ombres portées ou tromper l'ennemi sur la nature de l'objet peint
Observatoires dissimulés : la mission la plus fréquente est la création de postes d'observation parfaitement dissimulés, permettant de voir sans être vu. Pendant les trois mois qui précèdent l'opération de la Malmaison d'octobre 1917, les camoufleurs installent 109 observatoires, et divers camouflages qui absorbent 350 000 mètres carrés de raphia.
Leurres : un véritable "service des farces et attrapes" animé par des accessoiristes de théâtre développe la science des leurres faux troncs d'arbres, meules creuses, ruines aménagées, trous d'obus factices, reproductions de carcasses d'animaux et de cadavres humains, et même bornes kilométriques.
Grande échelle : le grand canal du parc de Versailles, élément d'orientation marquant pour l'aviation ennemie, est caché par un vaste dispositif de pontons, radeaux et branchages.
Une montée en puissance industrielle
De 30 hommes en 1915, l'effectif passe en 1918 à 3 000 hommes. Plus de 10 000 femmes sont employées dans les ateliers de fabrication, ainsi que des travailleurs annamites et des prisonniers de guerre allemands. La Section devient une véritable industrie de l'invisible.
Le mythe cubiste et la réalité
Guirand de Scévola a lui-même affirmé s'être inspiré du cubisme pour « déformer totalement l'objet ». Cette déclaration a créé un mythe tenace. En réalité, les artistes abstraits ne furent en définitive qu'une poignée au camouflage. Parmi eux : André Mare, Roger de la Fresnaye, Auguste Herbin, André Lhote, Louis Marcoussis et Jacques Villon. Ce sont surtout les décorateurs de théâtre — maîtres du trompe-l'œil à grande échelle — qui constituent l'ossature créative de la Section.
Héritage et influence
Si les Français sont les inventeurs de la nouvelle science de la dissimulation qu'est le camouflage, les armées alliées se mettent aussi à leur école. Les Britanniques notamment élargissent les méthodes françaises à de nouveaux champs d'action, créant en particulier le camouflage maritime. L'armée allemande, imitatrice nettement plus tardive, conçoit cependant avec virtuosité de fausses positions d'artillerie animées par des effets pyrotechniques.
À partir de 1919, les artistes retournent à leur art
Le camouflage des premiers chars (1917–1918)
Avec l'apparition des chars d'assaut à partir de 1916, le camouflage s'étend aux engins blindés. Le char Schneider CA1 et le Saint-Chamond, engagés en 1917, reçoivent des schémas très contrastés inspirés des pratiques d'artillerie : larges taches géométriques aux contours nets, cernées d'un liseré noir, dans des tons bruns, verts et ocres.
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Le Renault FT, produit en masse à partir de 1917 (plus de 3 500 exemplaires construits), est peint selon un schéma caractéristique : deux tons de brun et un ton de vert, séparés par des liserés noirs bien marqués. Les teintes employées comprennent la terre d'ombre, le vert olive, l'ocre et la terre de Sienne. Ce schéma, appliqué en usine par Renault, sera la référence directe des décennies suivantes.
L'Entre-Deux-Guerres : Continuité et Évolutions (1919–1934) avec le vert olive comme couleur de base. C’est une couleur standard héritée des pratiques de fin de guerre. Ce monochrome relativement simple prévaut jusqu'au début des années 1930.
Le camouflage Renault « premier type » (vers 1930–1934)
Vers 1930, Renault qui a pratiquement le monopole sur la construction des engins de combat en France à cette époque (chars D1, AMR, premiers B1 en assemblage) adopte un nouveau schéma de camouflage avec 3 ou 4 taches de tons différents mais avec des contours nets »
Les formes sont tourmentées et variées d'un engin à l'autre. Les teintes employées sont le vert olive, l'ocre jaune, le vert d'eau et la terre de Sienne. Les taches ne sont pas cernées et leurs contours sont lobés, non plus brisés comme dans le style Artillerie de guerre. Renault impose de facto son style à l'ensemble de la production.
La Période 1935–1939
On assiste à une évolution en 1935 en se dirigeant vers un style plus élaboré
L'année 1935 marque une inflexion notable.
Les melanges de 3 ou 4 tons, en forme de tache arrondie moins tourmentée, bordées d'un filet de teinte foncée, sont appliqués au pistolet ». Les teintes restent sensiblement les mêmes, mais l'application est plus soignée, plus régulière, reflet d'une industrialisation croissante de la production blindée.
C'est à partir de cette date que les premiers chars des nouvelles séries — R35, H35, D2 — sortent d'usine avec ce camouflage polychrome élaboré.
Le Renault R35, adopté officiellement en 1935 reprend ce schéma
Les huit teintes du « second type » Renault (1935–1939)
Le camouflage Renault de cette période peut comporter jusqu'à huit teintes, réparties en quatre catégories fonctionnelles définies par la réglementation :
Teintes « ciel » (surfaces claires, illusion d'élévation) :
Gris bleu clair utilisé sur les D2, R35, S35, FCM 36 et AMR 35
Gris clair neutre utilisé sur les H35, S35, R35, FCM 36 et H39
Teintes « sol » (surfaces intermédiaires) :
Ocre jaune — présent sur les Renault FT, B1 bis, D1 et D2
Beige — utilisé sur les Renault FT, B1 et FCM 2C
Teintes « ombre » (zones sombres, brisure de silhouette)
Vert foncé — utilisé sur les Renault FT, B1 bis, D1 et AMR 33
Terre d'ombre (brun sombre) — présent depuis le Renault FT de 1917 jusqu'en 1940
Teintes complémentaires
Vert olive couleur de base des années 1920
Gris-vert — teinte qui prendra de l'importance à partir de 1938–1939
La question sur le Bleu Ciel
Le bleu ciel ou plus précisément le gris bleu clair apparaît bien dans la nomenclature officielle des peintures pour blindés français, mais son rôle est souvent mal compris.
Le gris bleu clair (HTK-C095) est l'une des teintes « ciel » comme stipulé par l'instruction provisoire de mars 1937, utilisée sur les chars D2, R35, S35, FCM 36 et AMR 35. Le gris clair neutre (HTK-C096) est une autre nuance « ciel » du même règlement, utilisée sur les H35, S35, R35, FCM 36 et H39.
Ces deux teintes constituent donc les tons « ciel » d'un système chromatique à trois catégories défini par la notice de 1937 : tons « ciel » (clairs, bleutés), tons « sol » (ocre, beige), tons « ombre » (vert foncé, terre d'ombre).
Pourquoi mettre une couleur qui évoque le ciel sur un char terrestre ? La réponse est dans la théorie du contre-ombrage, héritée du camouflage de la Grande Guerre.
Un char, comme tout volume géométrique, crée des zones d'ombre sur ses faces latérales et inférieures. Ces ombres — plus sombres que les surfaces éclairées — révèlent la forme tridimensionnelle de l'engin à un observateur ennemi, notamment depuis un avion. L'idée est d'appliquer les teintes claires (les tons « ciel ») précisément dans les zones qui seraient normalement les plus sombres, pour neutraliser le modelé de l'engin. En effaçant le contraste ombre/lumière, on rend l'objet plus plat visuellement, plus difficile à identifier.
C'est le même principe que le contre-ombrage naturel des animaux (ventre clair, dos sombre), observé dès le XIXe siècle par les naturalistes et appliqué à la guerre.
Concrètement sur les chars
Dans le schéma polychrome de la période 1935–1939, le gris bleu clair est donc appliqué en grandes taches sur les flancs et les zones encaissées du blindé, contrastant avec les tons « sol » (ocres, beiges) et les tons « ombre » (verts foncés, terre d'ombre) qui couvrent les faces supérieures et les arêtes.
Dans la réalité, cette règle n'était cependant que vaguement suivie par les constructeurs, qui peignaient les véhicules avec des schémas de camouflage de 5, voire 6 couleurs différentes. La cohérence d'application variait donc significativement d'un engin à l'autre et d'un constructeur à l'autre.
La disparition du bleu ciel en 1939
La notice de 1939 rompt avec cette logique complexe. Fin 1938, une nouvelle instruction fut publiée, ce qui conduisit au dernier schéma de camouflage officiel composé de gris-vert et de terre d'ombre seulement. Le bleu ciel disparaît du vocabulaire chromatique des blindés. La philosophie change : on abandonne le contre-ombrage élaboré au profit de grandes taches dégradées à deux couleurs sombres, plus sobres et plus uniformément discrètes.
Résumé
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Période
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Présence du bleu ciel
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Rôle
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Avant 1930
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Non
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Vert olive uniforme
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1930–1934
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Non
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Camouflage Renault 3-4 tons sans bleu
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1935–1938
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Oui
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Ton « ciel » de contre-Ombrage
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1939–1940
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Non
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Remplacé par gris-vert/terre d'ombre
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En 1940, les chars qui portent encore du bleu ciel sont donc ceux produits avant la notice de 1939 et non repeints depuis — c'est-à-dire les premières séries de R35, H35, S35, FCM 36 et D2, qui n'avaient pas subi de révision complète entre-temps.
es contours entre les taches sont nets mais légèrement estompés, et un fin liseré sombre les borde souvent, accentuant l'effet de rupture visuelle.
L'armée française publie en mars 1937 une « Notice provisoire sur la peinture des véhicules automobiles de combat ».
Cette notice entérine et codifie officiellement les dispositions progressivement adoptées par Renault depuis 1935, sans bouleversement radical.
Les constructeurs autres qu'Hotchkiss commencent à s'aligner sur le style Renault, à l'exception notable de FCM qui conserve son propre schéma.
Mais la Crise de Munich de septembre 1938 provoque une prise de conscience : le risque de guerre est imminent, et les camouflages colorés et contrastés des blindés français sont jugés trop visibles dans un contexte de combats modernes où l'aviation de reconnaissance joue un rôle décisif.
Dès août 1938, une directive impose une évolution significative : les tons doivent devenir plus sombres et plus ternes, réduisant le contraste global du véhicule. Cette évolution est sensible sur les productions de fin 1938 : les H39 et les D2 de seconde série arborent désormais des tons grisâtres nettement moins contrastés.
En 1939 La « Notice pour le camouflage par peinture des véhicules automobiles de combat » constitue la rupture définitive. Succincte mais claire, elle prescrit
L 'emploi de peinture exclusivement mate pour réduire les surfaces réfléchissantes
La limitation à deux couleurs seulement : le gris-vert et le terre d'ombre
Pour chaque couleur, deux tonalités extrêmes fixées (une claire, une foncée), permettant des nuances
Des taches de grandes dimensions (pouvant atteindre 2 mètres), aux limites dégradées — non plus nettes ou cernées
La nécessité de « casser » les arêtes de caisse pour briser la silhouette géométrique du blindé
L'inutilité de chercher à compenser les ombres naturelles créées par le train de chenilles
Ce changement constitue une véritable révolution esthétique et tactique par rapport aux camouflages polychromes et vifs des années précédentes.
Camouflage des Blindés Français Hors de Métropole (Colonies, 1935–1940)
La règle non écrite de l'armée française est simple : les engins déclassés mais trop précieux pour être mis à la ferraille sont expédiés vers les colonies. C'est ainsi que le Char D1, rapidement supplanté en métropole à partir de 1937 pour cause de fiabilité médiocre, est renvoyé en Afrique du Nord où il peut encore faire face à la menace italienne. En 1937, trois nouveaux bataillons sont formés en Tunisie — les 61e, 65e et 67e BCC — équipés de ces engins
Les colonies reçoivent donc surtout les Renault FT (obsolètes mais nombreux), les Char D1, quelques R35 et H35, ainsi que des automitrailleuses diverses.
Le problème central : aucune notice coloniale spécifique
C'est le point le plus important : il n'existe pas de réglementation officielle connue définissant un camouflage spécifique pour les théâtres coloniaux (désert, zone tropicale, Levant) comparable aux notices de 1937 et 1939 pour la métropole. Les teintes exactes ne sont pas connues avec précision, aucun document officiel les décrivant en détail n'ayant encore été retrouvé.
Afrique du Nord (Tunisie, Algérie, Maroc) La zone désertique
C'est le théâtre colonial le mieux documenté. Les engins y opèrent dans un environnement de sable ocre, de roche calcaire claire et de végétation rare. Deux situations coexistent :
Les chars arrivés d'usine (Char D1 expédiés en 1937) conservent leur camouflage métropolitain de l'époque — c'est-à-dire le schéma polychrome Renault 3-4 tons (vert olive, ocre, terre d'ombre, vert foncé). Un D1 photographié lors de manœuvres à Oran en Tunisie en septembre 1939 porte le schéma « horizontal » de 1937-38 standard. Les engins arrivent donc avec leur peinture d'usine et ne sont pas systématiquement repeints à leur arrivée en territoire colonial.
Les repeintures locales : il est documenté que certains engins sont repeints localement, selon les moyens disponibles et l'initiative des commandants d'unités. Ces repeintures utilisent probablement des tons plus clairs et sableux, mais aucun standard officiel ne les régit.
Le Levant (Syrie, Liban) Un environnement mixte
Les colonies françaises en Afrique du Nord possédaient principalement des modèles obsolètes Renault FT, quelques D1, H35/39 et R35 ainsi que de nombreuses automitrailleuses. En Syrie et au Liban, le terrain est plus varié : désert à l'est, côtes méditerranéennes à l'ouest, zones montagneuses au centre. Les blindés y restent vraisemblablement dans leurs livrées métropolitaines, sans adaptation documentée.
L'Indochine Forêt tropicale
En Indochine française en 1941, les quelques FT encore opérationnels sont utilisés contre une invasion thaïlandaise soutenue par le Japon. Dans cet environnement de jungle dense, les tons vert olive et vert foncé du camouflage standard sont paradoxalement plus adaptés que pour le désert — sans qu'aucune adaptation spécifique ne soit documentée
Les photographies disponibles (en noir et blanc pour la plupart) montrent que les engins coloniaux portent dans l'ensemble les mêmes schémas que ceux de métropole, avec deux observations :
Mon on y voit une usure accélérée car le soleil et le sable ou l’eau décolorent rapidement les peintures. Les tons verts tendent à se dégrader vers des teintes plus claires, ocres, presque sableuses ce qui produit paradoxalement un effet de camouflage désertique non intentionnel mais fonctionnel.
Les repeintures de fortune : certaines unités apposent localement des tons sable ou ocre directement sur la peinture d'usine, notamment avant des opérations en terrain ouvert. Ces pratiques ne sont pas réglementées et varient d'une unité à l'autre.
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Tableau récapitulatif
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Théâtre
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Engins principaux
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Camouflage probable
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Source
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AFN (Tunisie, Algérie)
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D1, FT, R35, H35
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Schéma métropolitain usé + repeintures sable locales
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Photos, Tank Encyclopedia
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Maroc
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FT, automitrailleuses
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Vert olive uni ou schéma métropolitain standard
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Levant (Syrie, Liban)
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R35, H35, automitrailleuses
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Schéma métropolitain standard
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Indochine
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FT
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Vert olive uni (inadapté à la jungle, non modifié)
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En résumé, pour un maquettiste, la solution la plus pratique reste le set Hataka HTK-AS21 (8 couleurs dédiées) ou le set Vallejo 71.644, complétés par les recommandations Tamiya pour les engins spécifiques — en gardant à l'esprit qu'une certaine liberté d'interprétation est non seulement acceptable, mais historiquement justifiée.
Application par Engin
Le Renault R35 (char d'infanterie)
Adopté en 1935, char le plus nombreux de l'armée française en 1939. Il illustre toute l'évolution : de 3 à 4 tons contrastés à partir de 1935 (vert olive, ocre, brun, bleu ciel) jusqu'au bicolore gris-vert/terre d'ombre des productions de 1939.
Le Hotchkiss H35 / H39 (char de cavalerie)
L'H35 sort en camouflage Renault de second type (gris bleu clair, gris clair neutre notamment). L'H39 — amélioré avec un moteur plus puissant — sort majoritairement dans le nouveau schéma sombre de 1938-1939. La transition entre les deux générations est visible sur les engins produits au tournant de 1938-1939.
Le Somua S35 (char de cavalerie moyen)
Considéré comme l'un des meilleurs chars du monde en 1940, le S35 porte les teintes « ciel » de la notice de 1937 (gris bleu clair, gris clair neutre) sur ses premières productions, puis évolue vers le bicolore de 1939. Le schéma est appliqué en usine, mais des différences individuelles existent entre les engins.
Le Char B1 bis (char lourd)
Plusieurs séries de constructeurs différents (Renault, FCM, Schneider, AMX, FAMH) coexistent avec des variations sensibles. Les rares photographies couleur de l'époque notamment les chars MADAGASCAR, DORDOGNE, CONDÉ et VERDUN II montrent des camouflages bicolores aux tons relativement sombres et peu contrastés, conformes à l'esprit de la notice de 1939, mais avec des nuances d'application selon les unités. FCM, en particulier, s'écarte du style Renault et maintient un camouflage propre, plus clair et plus franc.
Le FCM 36 (char d'infanterie)
Fabriqué avant 1939 dans sa quasi-totalité, le FCM 36 présente un camouflage « différent mais de ton clair et franc », distinct du style Renault. Construit par les Forges et Chantiers de la Méditerranée à Toulon, il reflète la tradition industrielle propre à cet atelier.
L'AMR 35 (automitrailleuse de reconnaissance)
Légère et rapide, l'AMR 35 porte les teintes de second type Renault (incluant le gris bleu clair) caractéristiques de la période 1935-1937. Elle illustre le style « coloré et contrasté » avant la rupture de 1939.
Le Panhard P178 (automitrailleuse à roues)
Engagé dans les unités de cavalerie, ce blindé à roues reçoit les mêmes schémas de camouflage que les engins à chenilles de la cavalerie, conformes aux notices en vigueur au moment de leur production.
Le FCM 2C présente un cas particulier dans le paysage des blindés français.
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Seuls dix FCM 2C sont produits entre 1921 et 1923, chacun portant le nom d'une région ou province française : Alsace, Lorraine, Bretagne, Touraine, Anjou, Normandie, Berry, Champagne, Poitou, Provence. Un onzième exemplaire, le 2C bis, est transformé avec un obusier de 155 mm à la place du canon de 75 mm.
les 2C portent un camouflage bicolore ou tricolore à teintes relativement proches les unes des autres, dans des tons sombres. Le FCM 2C fera partie du 51e bataillon de chars de combat et sera peint en bi-ton.
La spécificité FCM : FCM (Forges et Chantiers de la Méditerranée, à Toulon) a toujours eu sa propre tradition de camouflage, distincte du style Renault. Comme on l'a vu pour le FCM 36, l'atelier toulonnais s'écarte des schémas standardisés. Pour le 2C, les engins vieillissent en hangar pendant des années et subissent des repeintures multiples au fil des entretiens — sans garantie de conformité aux notices du moment.
En pratique, vers 1939-1940, les photos disponibles et les sources de modélisme indiquent un camouflage composé de
| Couleur |
Description |
Référence approximative |
| Vert armée sombre |
Ton de base dominant |
Tamiya XF-58 / Vallejo 71.092 |
| Brun terre d'ombre |
Taches larges |
Tamiya XF-64 / Vallejo 71.037 |
| Beige/ocre (certains engins) |
Ton complémentaire |
Tamiya XF-59 |
|
:Les contours sont nets avec liseré noir sur certains engins caractéristique FCM ou plus flous selon la date de la dernière repeinture.
Le FCM 2C « Alsace » de 1939 est recouvert d'un camouflage vert armée et brun, avec les marquages du 51e bataillon de chars de combat.
Marquages : chaque char porte son nom de région en grandes lettres sur les flancs de caisse, les drapeaux tricolores réglementaires, et le numéro d'immatriculation. La surface imposante des flancs plus de 10 mètres de long
Camions, Voitures et Véhicules Légers — Armée Française 1939–1940
l' armée massivement dépendante de la réquisition comme on semble s'en rendre compte de nos jours
Le point de départ est fondamental et souvent méconnu : l'armée ne dispose, en temps de paix, que d'un dixième des véhicules qui lui sont nécessaires, tout le reste devant être fourni par le parc automobile national. Ainsi, près de 400 000 véhicules de toutes sortes principalement des camionnettes, camions et autobus vont être embrigadés. Et les carrosseries rutilantes aux couleurs des Galeries Lafayette, du blanchissier du coin ou de la STCRP (ancêtre de la RATP) vont se voir recouvrir, en quelques jours, de la plus sobre livrée militaire.
Ce chiffre dit tout : sur les quelque 400 000 véhicules en service dans l'armée française en 1940, la grande majorité étaient des véhicules civils réquisitionnés, habillés à la va-vite en vert militaire.
Les Véhicules Militaires d'Origine
Les camions et voitures commandés par l'armée et livrés directement par les constructeurs (Berliet, Renault, Citroën, Laffly, Latil, Saurer…) reçoivent la couleur réglementaire standard : le vert olive mat (vert armée), identique à la couleur de base des blindés de la même époque.
Contrairement aux chars qui ont leurs notices de camouflage élaborées, les véhicules non blindés reçoivent une couleur uniforme sans schéma de camouflage — un seul ton, mat, dans ce vert olive caractéristique. Il n'y a pas de bicolore, pas de taches : juste un monochrome vert olive.
Les principales teintes utilisées selon les périodes :
| Période |
Couleur |
Équivalent modélisme |
| 1918 – début 1930s |
Vert olive foncé (vert armée) |
Tamiya XF-58 / Humbrol 86 |
| 1930s – 1940 |
Vert olive mat réglementaire |
Tamiya XF-58 / Vallejo 71.092 |
| Fin 1939 – 1940 |
Même ton, parfois légèrement plus terne |
Hataka HTK-A094 |
|
Les Véhicules Civils Réquisitionnés
C'est ici que tout se complique. En septembre 1939, les véhicules civils réquisitionnés arrivent dans les unités avec leurs couleurs d'origine :
La réalité du terrain : les ateliers de peinture militaires sont débordés. Beaucoup de véhicules reçoivent une couche de peinture grossière, parfois incomplète, parfois appliquée au pinceau sur une carrosserie mal préparée. Des variations de vert — plus clairs, plus sombres, parfois presque noirs — coexistent au sein d'une même unité avec.les plaques d'immatriculation militaires posées dessus. Des chiffres et lettres pour l'immatriculation de véhicules civils réquisitionnés étaient disponibles en hauteur standard de 80 et 100 mm
Les Marquages Réglementaires sur Véhicules Non Blindés
En janvier 1940, une instruction rend obligatoire un système de marquage d'arme sur tous les véhicules non blindés : un carré blanc de 20 cm avec un symbole géométrique coloré indiquant le service d'appartenance.
| Arme |
Symbole |
Couleur |
| Infanterie |
Rectangle |
Jaune |
| Cavalerie |
Losange |
Bleu |
| Artillerie |
Triangle |
Rouge |
| Génie |
Ovale |
Brun |
| Train |
Cercle |
Vert |
| Aviation |
Étoile à 6 branches |
Orange |
|
Ces symboles sont apposés sur l'aile avant gauche et, à partir du printemps 1940, également à l'arrière gauche. Ces symboles réglementaires permettent d'identifier l'arme d'appartenance des véhicules.
S'y ajoutent les numéros d'immatriculation peints en blanc ou en noir selon les périodes, et les insignes d'unités propres à chaque régiment.
Le Signe de Remorquage
Un marquage particulier mérite d'être signalé : le triangle jaune sur fond bleu marine, indiquant qu'un véhicule tractait une remorque ou un canon. Ce signe, issu de la réglementation routière civile française, est adopté par l'armée et se retrouve abondamment sur les tracteurs d'artillerie et autres véhicules de traction.
Les Principaux Véhicules et Constructeurs en 1940
Camions militaires organiques (commandés par l'armée) :
Berliet GDRA/GDC/GDM (5,5 t) — vert olive mat
Renault AGR/AGK (3,5 à 6 t) — vert olive mat
Citroën Type 23/45 (1,5 à 4 t) — vert olive mat
Laffly W15/S15/S45 (tracteurs légers et lourds) — vert olive mat
Somua MCL/MCG (tracteurs lourds) — vert olive mat
Véhicules de commandement et de liaison :
Citroën-Kégresse P17/P19 (half-track léger) — vert olive
Laffly S20TL (voiture tout terrain) — vert olive
Peugeot DK5J (voiture légère de liaison) — vert olive ou couleur civile repeinte
Hotchkiss 680/686 (voiture de commandement) — vert olive
Pour les véhicules militaires d'origine (couleur uniforme) :généeré par l IA
| Marque |
Référence |
Nom |
| Tamiya |
XF-58 |
Olive Green |
| Vallejo Model Air |
71.092 |
Medium Olive |
| Humbrol |
86 |
Olive Drab (mat) |
| Hataka |
HTK-A094 |
Vert Olive |
| vell |
361 |
Olive (mat) |
|
Pour les véhicules réquisitionnés fraîchement repeints (ton légèrement plus clair ou irrégulier) : le même vert olive légèrement éclaircit avec du blanc (5 à 10 %) rend bien l'aspect d'une peinture à l'économie vite appliquée.
La Référence Bibliographique Essentielle
L'ouvrage « L'Automobile sous l'Uniforme 1939-1940 » de François Vauvillier et Jean-Michel Touraine (Éditions Massin, 1992) reste la référence incontournable sur ce sujet — couvrant camions, voitures, tracteurs et véhicules spéciaux avec leurs livrées et marquages. C'est le pendant pour les « softskins » de ce que Vauvillier représente pour les blindés.
Marquages Tactiques et Identification
Au-delà des couleurs de fond, les engins français portent plusieurs types de marquages superposés au camouflage :
Numéros d'immatriculation apposés systématiquement sur tous les chars.
Noms individuels : la tradition française de baptiser les chars de noms géographiques ou de personnages historiques (héritage de 1917–1918) est maintenue.
Cocardes et drapeaux tricolores (bleu-blanc-rouge) sur les tourelles et les flancs pour l'identification ami-ennemi.
Mais les Cocardes sur les Chars Français en 1940 pose un Dilemme
Car il y a deux exigences contradictoires En 1940, les chars français sont pris dans une contradiction insurmontable. D'un côté, la notice de 1939 impose des peintures sombres, mates, à grandes taches peu contrastées pour se fondre dans le terrain. De l'autre, la menace de tir ami — qu'il vienne de l'infanterie alliée, de l'artillerie ou de l'aviation — impose de se signaler clairement. Ces deux objectifs sont par nature opposés.
Les drapeaux tricolores quji sont une première marque de nationalité
La première solution employée est l'apposition de drapeaux tricolores peints directement sur la caisse. La première marque de nationalité consiste en l'apposition de drapeaux tricolores au-dessus du nom. Suivant le constructeur, la taille et la position peuvent varier. Ils sont situés sur le glacis et le côté droit de la tourelle, parfois sur le panneau arrière. Les chars produits par Schneider portent une petite cocarde sur la tourelle à la place du drapeau ainsi qu'un drapeau tricolore sur l'entretoise sous le canon de 75.
Ces marquages sont donc hétérogènes dès le départ : chaque constructeur adopte ses propres conventions de taille et d'emplacement, et les unités appliquent les directives avec des degrés de rigueur très variables.
Les cocardes d'identification aérienne
Face à la menace des Stukas et de la Luftwaffe, une seconde solution est adoptée : une cocarde d'identification aérienne est peinte sur la trappe supérieure. Il s'agit d'un cercle tricolore visible depuis le ciel, destiné à signaler aux pilotes alliés qu'il s'agit d'un char français.
Mais c'est là que le paradoxe devient dramatique : cette même cocarde, visible depuis le ciel pour les alliés, est tout aussi visible depuis le ciel pour les avions ennemis. Elle transforme la trappe supérieure zone la moins blindée du char en cible idéale pour les bombardiers en piqué.
La généralisation chaotique de mai 1940
Début 1940, des cocardes apparaissent sur certains chars et leur usage se généralise dès le début de la campagne. Elles sont positionnées sur le glacis, les flancs et parfois sur les côtés et l'arrière de la tourelle. Elles sont peintes en unités et de ce fait leur taille, leur emplacement et leurs teintes — peinture achetée ou réquisitionnée dans le commerce varient exactement.
Donc les cocardes sont peintes à l'échelon des unités, avec les moyens du bord, sans standardisation ni coordination centrale. Certaines sont grandes, certaines petites, certaines tricolores vives, d'autres plus ternes selon la peinture disponible. L'anarchie visuelle règne.
Résumé du dilemme
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Marquage
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Avantage
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Inconvénient
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Drapeau tricolore sur glacis
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Identification ami latérale
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Visible de loin pour l'ennemi
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|
Cocarde sur trappe supérieure
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Identification aérienne alliée
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Désigne la zone non blindée aux Stukas
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Cocardes sur les flancs
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Identification tout azimut
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Contraste avec le camouflage mat
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Absence de marquage
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Camouflage optimal
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Tir ami par l'infanterie et l'artillerie françaises
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En définitive, le problème des cocardes sur les chars français en 1940 est le symptôme d'une doctrine incomplète : l'armée française avait pensé le camouflage des blindés contre l'observation terrestre et aérienne ennemie, mais n'avait pas résolu le problème de l'identification alliée dans un environnement de bataille fluide et rapide exactement le type de combat que la percée allemande à Sedan allait imposer dès le 13 mai 1940.
Marquages d'unité variables : par exemple, le 41e BCC porte une bande sinusoïdale bleue sur les côtés de tourelle ; le 15e BCC arbore un As de pique sur fond blanc.
Mais ces marquages sont parfois effacés ou attenués lors de la campagne de France en mai 1940 pour limiter les possibilités d'identification par l'ennemi.
Spécificité Culturelle Française
Les camouflages français de cette période présentent une spécificité culturelle réelle, soulignée par les spécialistes. Contrairement à l'Allemagne — où le système RAL codifie rigoureusement chaque teinte avec un pigment défini par le ministère — la France laisse une marge d'interprétation aux constructeurs. Les notices fixent des tendances chromatiques (« tons ciel », « tons sol », « tons ombre ») plus que des références pigmentaires absolues. Cela explique les variations observées entre les engins d'un même type selon leur constructeur, et la difficulté à restituer avec certitude les teintes exactes.
Conclusion
De la Section de camouflage de Guirand de Scévola en 1915 aux notices réglementaires de 1937 et 1939, le camouflage des engins blindés français suit une évolution cohérente mais parfois chaotique, marquée par la tension entre tradition artisanale et standardisation industrielle. La rupture de 1939 — passage à un bicolore mat, sombre et aux grandes taches dégradées — témoigne d'une prise de conscience réelle des exigences du combat moderne, notamment de la menace aérienne. Elle intervient cependant tardivement et ne sera pas toujours appliquée uniformément à l'ensemble du parc blindé engagé en mai-juin 1940.
Les blindés français de la Campagne de France présentent ainsi, selon les engins et les unités, une grande diversité de schémas allant du camouflage polychrome vif des années 1935-1938 au bicolore sobre prescrit par la notice de 1939 — témoignage visuel de l'intense effort de modernisation accompli par l'armée française dans les cinq années précédant le désastre.
J' ai demandé à l’ IA une synthèse pour le maquettiste Voila sa reponse à prendre avec des pincettes
Les couleurs françaises de l'époque ne correspondent à aucun standard de codification reconnu. Toute transposition vers des systèmes RAL, FS, etc. ne peut être faite que par comparaison visuelle, et non par correspondance documentaire officielle. L'armée française ne disposait pas de tableaux de correspondance chromatique exacts. On connaît certaines teintes et leurs noms d'après les archives écrites, mais les appellations restent souvent vagues.
Les tableaux ci-dessous sont donc des approximations de référence, compilées à partir des sources spécialisées les plus sérieuses (Hataka, Vallejo, Tamiya, forum Missing-Lynx, site france1940. Les couleurs françaises de l'époque ne correspondent à aucun standard de codification reconnu. Toute transposition vers des systèmes RAL, FS, etc. ne peut être faite que par comparaison visuelle, et non par correspondance documentaire officielle. L'armée française ne disposait pas de tableaux de correspondance chromatique exacts. On connaît certaines teintes et leurs noms d'après les archives écrites, mais les appellations restent souvent vagues. TapatalkArmorama™
Les tableaux ci-dessous sont donc des approximations de référence, compilées à partir des sources spécialisées les plus sérieuses (Hataka, Vallejo, Tamiya, forum Missing-Lynx, site france1940.free.fr).
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Tableau 1 — Les 8 teintes de la notice de 1937 (schéma polychrome)
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Nom français
|
Rôle
|
Hataka
|
Tamiya
|
Vallejo Model Air
|
Humbrol
|
|
Vert Olive
|
Base 1918–1930
|
HTK-A094
|
XF-58 Olive Green
|
71.092 Medium Olive
|
86 (mat)
|
|
Gris Bleu Clair
|
Ton « ciel »
|
HTK-A095
|
XF-23 Light Blue
|
71.101 Light Blue RLM78
|
65 (approx.)
|
|
Gris Clair Neutre
|
Ton « ciel »
|
HTK-A096
|
XF-21 Sky
|
71.044 Grey RLM02
|
28 (approx.)
|
|
Ocre Jaune
|
Ton « sol »
|
HTK-A097
|
XF-59 Desert Yellow
|
71.013 Yellow Olive
|
63 (mat)
|
|
Beige
|
Ton « sol »
|
HTK-A057
|
XF-60 Dark Yellow (dilué)
|
71.106 Ivory RLM05
|
93 (approx.)
|
|
Vert Foncé
|
Ton « ombre »
|
HTK-A063
|
XF-58 Olive Green + noir
|
71.092 + noir
|
116 (approx.)
|
|
Terre d'Ombre
|
Ton « ombre »
|
HTK-A098
|
XF-64 Red Brown ou XF-9
|
71.037 Mud Brown
|
98 (mat)
|
|
Vert Olive clair
|
Variante sol
|
—
|
XF-71 Cockpit Green IJN
|
—
|
80 (approx.)
|
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Tableau 2 — Les 2 teintes de la notice de 1939 (schéma bicolore final)
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Nom français
|
Description
|
Hataka
|
Tamiya
|
Vallejo Model Air
|
Humbrol
|
|
Gris-Vert (ton clair)
|
Verde grisâtre clair
|
HTK-A099
|
XF-67 NATO Green
|
71.044 Grey RLM02
|
86 + blanc
|
|
Gris-Vert (ton foncé)
|
Verde grisâtre foncé
|
HTK-A099 foncé
|
XF-58 + XF-23
|
71.092 + 71.044
|
86 (pur)
|
|
Terre d'Ombre (ton clair)
|
Brun terreux clair
|
HTK-A098
|
XF-52 Flat Earth
|
71.037 + blanc
|
26 (mat)
|
|
Terre d'Ombre (ton foncé)
|
Brun terreux sombre
|
HTK-A098
|
XF-64 Red Brown
|
71.037 Mud Brown
|
98 (mat)
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Tableau 3 — Recommandations Tamiya par engin (instructions officielles des boîtes)
Tamiya recommande dans ses notices : pour le B1 bis : XF-58 Olive Green, XF-9 Hull Red, XF-59 Desert Yellow (×2) + XF-60 (×1) ; pour le Somua S35 : XF-64 Red Brown, XF-58 Olive Green, XF-21 Sky, XF-23 Light Blue ; pour le R35 : XF-9 Hull Red, XF-21 Sky, XF-58 Olive Green, XF-59 Desert Yellow, XF-71 Cockpit Green IJN. Tapatalk
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Tableau 4 — Set Vallejo dédié (référence commerciale)
Le set Vallejo Model Air 71.644 — French Camo Colors Pre-War & WWII contient 8 flacons :
71.106 Ivory RLM05 · 71.101 Light Blue RLM78 · 71.037 Mud Brown · 71.044 Grey RLM02 · 71.006 Light Green Chromate · 71.092 Medium Olive · 71.013 Yellow Olive · 71.057 Black Armorama™
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La référence absolue en matière de couleurs françaises est :
Danjou, P. & Seignon, T. — Peintures de Guerre : Un Siècle de Camouflage de l'Armée Française (2013, Éditions du Barbotin, ISBN 978-2-917661-17-8)
Cet ouvrage est la source la plus complète sur le sujet. Les couleurs qu'il identifie sont cependant pour la plupart reconstruites et non extraites d'archives ou d'échantillons originaux, donc elles n'ont qu'une valeur indicative. Tapatalk