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Rome Pompeï Archéologie Histoire d'une redécouverte
Article fait par :Claude Balmefrezol
Mis en ligne le 18/04/2026 à 08:44:50

POMPÉI
Histoire des grandes fouilles et de la découverte
De l'ensevelissement de 79 ap. J.-C. aux recherches du XXIe siècle
Le 24 octobre 79 après Jésus-Christ, une éruption cataclysmique du Vésuve ensevelit en quelques heures la prospère cité de Pompéi sous plusieurs mètres de cendres, de lapilli et de roches volcaniques. Ce désastre, qui causa la mort de milliers d'habitants, préserva paradoxalement pour l'éternité le témoignage le plus complet de la vie urbaine romaine du Ier siècle. Figée dans le temps, Pompéi devait attendre près de dix-sept siècles avant d'être redécouverte, et ses fouilles systématiques allaient révolutionner notre compréhension du monde antique.
Mais mettons nous d'accord sur une date
Pendant des siècles, la date retenue était le 24 août 79, basée sur les lettres de Pline le Jeune adressées à l'historien Tacite. D'après les traductions médiévales parvenues jusqu'à nous, Pline date le début de l'éruption "neuf jours avant les calendes de septembre" (nonum kal. septembres), soit le 24 août au matin. Cette lettre, dont l'original a malheureusement disparu, était le seul indice historique pour dater l'éruption.
Mais ce texte nous est parvenu à travers des copies manuscrites médiévales, et des épigraphistes ont, ces dernières années, ressorti d'autres copies de la lettre à Tacite dont certaines mentionnent le neuvième jour avant les calendes de novembre et non pas celles de septembre. Quelque part, au Moyen Âge, un copiste s'est probablement trompé dans la date, et son erreur s'est répercutée jusqu'à notre début de troisième millénaire.
Les preuves archéologiques en faveur d'octobre
Plusieurs indices convergent pour confirmer une date automnale :
Des grenades (fruits frais d'automne) retrouvées dans des maisons, des jarres de vin scellées indiquant une récolte post-octobre, et des corps portant des vêtements de laine plus lourds qu'en été plaident tous pour une éruption en automne.
Selon des travaux récents, en particulier ceux de l'archéologue italienne Grete Stefani, l'analyse d'une pièce de monnaie trouvée en 1973 dans la maison du Bracelet d'or, datant de la quinzième salutation impériale de Titus, nécessairement postérieure au début de septembre 79, vient également appuyer cette datation.
La découverte décisive de 2018
En 2018, les fouilles dans la Casa del Giardino (Regio V) ont mis au jour une inscription au charbon sur le mur d'une pièce portant la mention «XVI K NOV», soit le seizième jour avant les calendes de novembre, c'est-à-dire le 17 octobre. L'inscription complète semble évoquer un excès alimentaire. Cette découverte a déclenché une couverture médiatique mondiale.
Cette inscription n'aurait pas pu être faite si la ville avait été détruite fin août. De nos jours, on situe ainsi l'éruption le seizième jour avant les calendes de novembre, notre 17 octobre avec l'éruption proprement dite survenant le 24 octobre 79.
Le consensus actuel
La plupart des experts croient maintenant que l'éruption est survenue entre le 24 octobre et le 1er novembre 79 après J.-C.
Donc pour résumer Le 24 août qui était la date traditionnelle due par une erreur de copiste médiéval mais de nos jours elle est définitivement remplacée par fin octobre 79, date aujourd'hui quasi unanimement acceptée par la communauté scientifique.
L'histoire de la redécouverte de Pompéi est elle-même une aventure fascinante, jalonnée de découvertes spectaculaires, d'erreurs méthodologiques, de pillages, mais aussi de progrès scientifiques considérables. Des premières fouilles désordonnées du XVIIIe siècle aux technologies de pointe du Grand Projet Pompéi du XXIe siècle, c'est toute une disciplinel'archéologie qui s'est construite et perfectionnée à travers l'étude de cette cité unique.
L'ensevelissement et les premiers contacts (79 – XVIe siècle)
L'éruption du Vésuve
L'éruption qui détruisit Pompéi est l'une des mieux documentées de l'Antiquité grâce aux lettres de Pline le Jeune adressées à l'historien Tacite. Témoin oculaire du drame depuis Misène, il décrit avec une précision saisissante le nuage en forme de pin parasol qui s'éleva au-dessus du volcan, les pluies de cendres et de pierres, et la mort de son oncle Pline l'Ancien, amiral de la flotte romaine, qui périt en tentant de porter secours aux habitants de la région.La ville fut ensevelie sous une couche de matériaux volcaniques atteignant par endroits six à sept mètres d'épaisseur. Les cendres, mélangées aux gaz toxiques, provoquèrent la mort de la majorité des habitants restés sur place estimés entre deux mille et cinq mille victimes. Les corps, décomposés avec le temps, laissèrent dans la couche volcanique des empreintes précises qui allaient, des siècles plus tard, permettre la réalisation des célèbres moulages de plâtre.
L'oubli médiéval et les premières mentions
Après l'éruption, la région fut rapidement abandonnée. Le site, recouvert de végétation, finit par être oublié. Au fil des siècles, seul le nom de "Civita" (la cité) subsista dans la toponymie locale pour désigner ce plateau mystérieux. Les poètes latins Stace et Martial mentionnent la catastrophe dans leurs vers, mais la localisation précise de Pompéi fut progressivement perdue.
En 1592, lors de la construction d'un canal souterrain destiné à dériver les eaux du Sarno, l'architecte Domenico Fontana traversa la zone des fouilles futures et mit au jour des peintures et des inscriptions. Bien qu'il en ait signalé la découverte, l'importance archéologique du site ne fut pas reconnue à l'époque, et les travaux se poursuivirent sans exploration systématique.
La redécouverte bourbonienne (1738 – 1799)
Les premières fouilles à Herculanum (1738)
C'est sous le règne de Charles III de Bourbon, roi de Naples, que les premières fouilles scientifiques organisées débutèrent — non pas à Pompéi, mais à Herculanum en 1738. Le roi, passionné d'Antiquité, fit entreprendre des excavations sur ses terres de Portici. Les découvertes furent spectaculaires : statues, fresques, meubles, objets du quotidien surgissaient de la roche volcanique durcie (la pellicule résultant d'une coulée de boue solidifiée, différente de la couche de cendres de Pompéi).
Ces premières fouilles posèrent cependant un problème majeur : les méthodes employées s'apparentaient davantage à l'exploitation minière qu'à l'archéologie. On creusait des galeries souterraines, on prélevait les objets de valeur, et on rebouchait les galeries sans documenter systématiquement les découvertes ni préserver le contexte archéologique.
La découverte officielle de Pompéi (1748)
Le 23 mars 1748 est conventionnellement retenu comme la date de début des fouilles de Pompéi. Rocco Alcubierre, ingénieur militaire espagnol au service de Charles III, fit entreprendre des sondages sur le site de la Civita. Les premiers travaux mirent au jour des peintures et des monnaies, confirmant qu'il s'agissait bien d'une cité antique. C'est le 20 août 1763 qu'une inscription mit définitivement fin aux doutes : elle mentionnait explicitement "Res publica Pompeianorum" — la République de Pompéi.
Durant cette première phase, les fouilles restèrent désordonnées et motivées principalement par la recherche d'objets précieux destinés à enrichir les collections royales du Palazzo Reale de Portici, puis du Musée Borbonico qui est l’actuel Musée Archéologique National de Naples MANN. Les découvertes n'étaient que partiellement documentées, et de nombreux objets furent exportés ou vendus.
L'Accademia Ercolanese et la diffusion des découvertes
Pour contrôler la diffusion des découvertes et en tirer le prestige maximal, Charles III fonda en 1755 l'Accademia Ercolanese. Cette institution fut chargée de publier les trouvailles dans une série de volumes luxueux, les "Antichità di Ercolano Esposte", dont huit volumes parurent entre 1757 et 1792. Ces publications, envoyées comme cadeaux diplomatiques aux souverains européens, contribuèrent à diffuser l'enthousiasme pour l'Antiquité romaine et nourrirent le mouvement néoclassique qui balayait alors l'Europe.
Johann Joachim Winckelmann, considéré comme le père de l'archéologie et de l'histoire de l'art modernes, visita le site en 1758 et en 1762. Ses écrits critiques sur les méthodes de fouilles et son enthousiasme pour les découvertes contribuèrent à éveiller l'intérêt du public cultivé européen pour Pompéi. Son influence sera déterminante pour l'évolution de l'archéologie vers une discipline plus rigoureuse.
L'ère napoléonienne et les premières méthodes (1799 – 1860)
L'occupation française de Naples (1806-1815) apporta un renouveau aux fouilles. Joseph Bonaparte, puis Joachim Murat qui lui succéda, encouragèrent une exploration plus méthodique. Caroline Murat, épouse du roi, se montra particulièrement enthousiaste et finança elle-même des fouilles dans certaines zones. C'est sous cette période que furent découvertes plusieurs maisons importantes, dont la Maison du Faune avec ses exceptionnelles mosaïques.
Les méthodes s'améliorèrent sensiblement : on commença à documenter davantage les fouilles, à conserver les objets in situ lorsque cela était possible, et à ouvrir le site au public.
Pompéi devint rapidement une étape incontournable du Grand Tour, ce voyage d'initiation culturelle que les jeunes aristocrates et intellectuels européens accomplissaient en Italie. Goethe visita le site en 1787 et en livra une description saisissante dans son "Voyage en Italie".
La restauration bourbonienne et les progrès méthodologiques
Après la restauration des Bourbons en 1815, les fouilles continuèrent à un rythme soutenu. L'architecte Pietro La Vega, qui avait déjà travaillé sous les Français, fut maintenu à son poste et contribua à améliorer la documentation des trouvailles. De 1815 à 1860, de vastes zones de la ville furent dégagées, révélant de nombreuses maisons, boutiques, thermes et temples.
C'est durant cette période que furent découvertes certaines des œuvres les plus célèbres aujourd'hui conservées au Musée Archéologique de Naples : la Mosaïque d'Alexandre (découverte en 1831 dans la Maison du Faune), les mosaïques de Dioscoride de Samos provenant de la Villa de Cicéron, et d'innombrables fresques du quatrième style. Ces découvertes firent de Pompéi un symbole de l'Antiquité et inspirèrent toute une génération d'écrivains, de peintres et d'architectes.
IV. L'ère scientifique : Giuseppe Fiorelli (1860 – 1900)
La révolution de Fiorelli
La nomination de Giuseppe Fiorelli à la direction des fouilles en 1860, après l'unification italienne, marqua une rupture décisive dans l'histoire de l'archéologie pompéienne.
Fiorelli introduisit des méthodes rigoureusement scientifiques qui firent de Pompéi un modèle pour l'archéologie mondiale.
Sa première grande innovation fut de diviser la ville en neuf "Regiones", subdivisées en insulae numérotées, et d'attribuer à chaque bâtiment un numéro unique.
Ce système de référencement topographique, toujours utilisé aujourd'hui, permit pour la première fois de localiser et d'identifier avec précision chaque découverte. Fiorelli fit également publier les "Pompeianarum Antiquitatum Historia", un inventaire exhaustif de toutes les découvertes effectuées depuis 1748.
L'invention des moulages de plâtre (1863)
La plus célèbre innovation de Fiorelli reste sans conteste l'invention de la technique des moulages de plâtre en 1863. En injectant du plâtre liquide dans les cavités laissées dans la couche de cendres par la décomposition des corps des victimes, il parvint à reconstituer la forme exacte des êtres vivants au moment de leur mort. Ces moulages d'une saisissante réalité qui montrent des hommes, des femmes, des enfants et même des animaux figés dans leurs derniers instants eurent un impact émotionnel et scientifique considérable.
Cette technique, affinée par ses successeurs, permit de révéler non seulement la forme des corps, mais aussi leurs vêtements, leurs expressions et leurs postures, offrant un témoignage unique sur les derniers moments de l'éruption. Les moulages sont visibles aujourd'hui dans le Jardin des Fugitifs et dans d'autres zones du site
Les successeurs de Fiorelli
Après Fiorelli, Michele Ruggiero et Giulio De Petra poursuivirent les fouilles dans son esprit. La fin du XIXe siècle vit la découverte de zones importantes comme la Via dell'Abbondanza et plusieurs quartiers résidentiels de la Regio I. La technique de documentation s'améliora encore avec l'introduction de la photographie archéologique, qui permit de conserver une trace visuelle précieuse des découvertes avant leur dégagement complet.
L'ère moderne : Maiuri et la grande exploration (1924 – 1961)
Amedeo Maiuri, qui dirigea les fouilles de 1924 à 1961, est probablement le plus grand archéologue que Pompéi ait connu depuis Fiorelli. Durant ses trente-sept années de direction, il supervisa l'exploration de vastes zones encore inconnues et révéla des aspects fondamentaux de la ville antique. C'est sous sa direction que fut mis au jour la majeure partie du quartier de la Via dell'Abbondanza, avec ses nombreuses boutiques, tavernes et maisons qui donnèrent une image vivante du commerce et de la vie quotidienne pompéienne.
Maiuri introduisit également des innovations méthodologiques importantes, notamment l'étude stratigraphique des fouilles, qui permet de distinguer les différentes phases d'occupation d'un site. Ses travaux sur la Maison du Ménandre, la Villa des Mystères et la Villa de Diomède sont encore aujourd'hui des références incontournables.
Parmi les grandes découvertes de l'ère Maiuri, la Villa des Mystères occupe une place particulière. Fouillée entre 1929 et 1930, cette vaste villa suburbaine révéla dans son triclinium une frise peinte d'une extraordinaire qualité et d'une énigmatique signification. Ces fresques du IIe siècle avant J.-C., représentant des scènes qui ont été interprétées comme les rites d'initiation aux mystères dionysiaques, constituent l'un des cycles picturaux les mieux préservés de l'Antiquité et font encore l'objet de débats entre spécialistes.
La Villa des Mystères illustre parfaitement l'apport de Maiuri : non seulement la fouille fut menée avec rigueur, mais il veilla à ce que les fresques soient préservées in situ et que la villa soit présentée au public dans des conditions permettant d'apprécier l'ensemble de son dispositif décoratif. Cette approche anticipait ce qui allait devenir un principe fondamental de l'archéologie contemporaine : la préservation et la mise en valeur sur place.
Les défis contemporains et le Grand Projet Pompéi (1961 – aujourd'hui)
À partir des années 1960 et 1970, les archéologues prirent conscience d'un paradoxe cruel : les fouilles qui avaient révélé Pompéi au monde en menaçaient désormais la survie. Les bâtiments mis au jour, exposés aux intempéries, à la végétation et au tourisme de masse (jusqu'à 2,5 millions de visiteurs par an), se dégradaient à une vitesse alarmante. De nombreuses fresques, qui avaient survécu deux mille ans sous les cendres, se détériorèrent en quelques décennies après leur mise au jour.
Cette prise de conscience conduisit à un ralentissement délibéré des fouilles au profit de la conservation et de la restauration des zones déjà dégagées. La priorité n'était plus de découvrir de nouveaux secteurs, mais de sauvegarder ce qui avait déjà été mis au jour. Ce changement de paradigme fut difficile à accepter mais s'imposa progressivement comme une nécessité absolue.
Le Grand Projet Pompéi (depuis 2012)
En 2012, face à l'ampleur des dégradations avec des pans entiers de murs s'effondrant régulièrement l'Union Européenne et le gouvernement italien lancèrent le Grand Projet Pompéi, doté d'un budget de 105 millions d'euros. Ce programme ambitieux visait à sécuriser le site, à restaurer les structures fragilisées, à améliorer l'accueil des visiteurs et à renouveler les méthodes de fouilles.
Les résultats de ce programme ont dépassé toutes les espérances. Les nouvelles fouilles menées dans le cadre du projet, notamment dans la Regio V et la Regio IX, ont livré des découvertes extraordinaires 2012 – aujourd'hui : Le Grand Projet Pompéi
Lancé en 2012 avec un financement de 105 millions d'euros de l'Union Européenne et du gouvernement italien, le Grand Projet Pompéi (Grande Progetto Pompei) vise simultanément la sécurisation des structures fragilisées, la restauration des décors, l'amélioration de l'accueil des visiteurs, et la reprise de fouilles dans des secteurs stratégiques. Les nouvelles campagnes menées dans la Regio V et la Regio IX depuis 2017 ont livré des découvertes de premier ordre, dont certaines ont fait la une de la presse mondiale.
Parmi les trouvailles les plus spectaculaires de cette période : le Thermopolium de la Regio V avec ses fresques d'animaux marins et ses aliments carbonisés encore dans leurs récipients (2020), les fresques de la Maison de Léda et le Cygne, la Maison d'Orion, et en 2021 le char de cérémonie intact découvert dans une villa suburbaine près de Civita Giuliana.
II. Évolution de la méthodologie des fouilles
Les méthodes traditionnelles (XVIIIe – XIXe siècle)
Les premières fouilles de Pompéi ressemblaient davantage à une extraction minière qu'à une démarche scientifique. Alcubierre et ses équipes creusaient des galeries horizontales à travers la couche volcanique, prélevaient les objets de valeur (statues, bronzes, bijoux, fresques découpées), et rebouchaient les galeries pour éviter les infiltrations d'eau. Cette méthode causa des destructions irrémédiables et priva la postérité d'un contexte archéologique précieux.
La fouille "par le haut", introduite progressivement à partir de la fin du XVIIIe siècle et systématisée par Fiorelli, constitua un progrès décisif. Plutôt que de creuser des galeries, on décapage la couche volcanique depuis la surface, en procédant pièce par pièce et en documentant chaque découverte avant de la déplacer ou de la consolider. Cette approche permet de préserver les relations spatiales entre les objets — informations cruciales pour comprendre les modes de vie.
Les moulages de plâtre : une innovation majeure
L'invention des moulages de plâtre par Fiorelli en 1863 est l'une des contributions les plus célèbres de l'archéologie pompéienne à la discipline dans son ensemble. La technique repose sur un constat simple : les corps des victimes, décomposés sous les cendres au fil des siècles, ont laissé des cavités de forme précise dans la couche volcanique solidifiée. En injectant du plâtre liquide dans ces cavités — repérées grâce à une sonde — on obtient un moulage fidèle de la victime dans sa posture au moment de la mort.
Ces moulages révèlent avec une cruauté saisissante les derniers instants de l'éruption : un homme protégeant sa bouche de sa main, une femme recroquevillée sur elle-même, un chien enchaîné se débattant dans ses liens. Aujourd'hui, la technique du moulage a été perfectionnée par l'injection de résine transparente, qui permet de distinguer les ossements à l'intérieur du moulage, et surtout par le scanner 3D, qui restitue une image tridimensionnelle complète sans contact avec la cavité.
La stratigraphie et la documentation moderne
L'introduction de la stratigraphie — l'étude des couches successives de dépôts archéologiques — permit de comprendre l'histoire des bâtiments bien au-delà du seul moment de l'éruption. À Pompéi, les fouilles stratigraphiques révélèrent que de nombreuses maisons avaient connu plusieurs phases de construction et de réaménagement sur plusieurs siècles, et que la ville que nous connaissons est en réalité la superposition de plusieurs villes successives.
La documentation systématique accompagne désormais chaque étape des fouilles : relevés topographiques précis, photographie stratigraphique, dessin archéologique, prélèvement d'échantillons pour analyse en laboratoire. Les journaux de fouilles, aujourd'hui numérisés et accessibles en ligne pour les campagnes récentes, constituent une source irremplaçable d'informations.
Les technologies numériques contemporaines
Le XXIe siècle a apporté à l'archéologie pompéienne un arsenal technologique sans précédent. La photogrammétrie — technique permettant de reconstituer en trois dimensions un objet ou une structure à partir d'une série de photographies — permet de documenter les fouilles avec une précision millimétrique et de créer des modèles 3D des bâtiments et des objets. Le scanner laser terrestre complète cet arsenal en mesurant avec précision les volumes et les surfaces.
Les analyses en laboratoire ont également connu une révolution. La spectrométrie de masse permet de dater avec précision les matériaux organiques. L'analyse ADN des restes humains et animaux révèle les relations de parenté entre les victimes et la composition génétique de la population pompéienne. L'analyse isotopique des dents permet de déterminer le lieu d'origine des individus et leur régime alimentaire. L'analyse des pollens et des graines carbonisés restitue le paysage végétal de la cité au moment de l'éruption.
Le Système d'Information Géographique (SIG) permet enfin d'intégrer toutes ces données dans un espace numérique commun, de les croiser et de les analyser spatialement. Pompéi dispose aujourd'hui d'un SIG complet qui enregistre la localisation précise de chaque découverte depuis les fouilles les plus anciennes — dans la mesure où les archives le permettent — jusqu'aux campagnes les plus récentes.
Tableau récapitulatif de l'évolution méthodologique
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Période
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Méthode
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Responsables
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Caractéristiques et apports
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XVIIIe s.
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Fouilles en galeries
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Alcubierre, La Vega
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Extraction d'objets sans contexte, galeries rebouchées, pertes irrémédiables
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1760-1800
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Fouilles horizontales
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La Vega, Paderni
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Premières tentatives de documentation, ouverture de pièces entières
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1806-1815
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Fouilles par zones
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Bonucci, Romanelli
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Introduction de plans et relevés, ouverture au public
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1860-1900
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Méthode Fiorelli
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Fiorelli, Ruggiero
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Numérotation systématique, fouilles par le haut, moulages de plâtre (1863), publications exhaustives
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1900-1960
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Stratigraphie
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Maiuri, De Petra
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Étude des couches archéologiques, conservation in situ, protection des fresques
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1960-2000
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Archéologie préventive
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Diverses équipes
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Ralentissement des fouilles, priorité à la conservation, documentation photographique systématique
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2012-auj.
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Archéologie numérique
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Grand Projet Pompéi
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Photogrammétrie, scanner 3D, ADN ancien, analyse isotopique, SIG, réalité augmentée
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L'organisation topographique : les neuf Regiones
Le système Fiorelli (1858)
En 1858, deux ans avant sa nomination officielle à la direction du site, Giuseppe Fiorelli proposa de diviser la cité en neuf grandes zones appelées Regiones (Régions), elles-mêmes subdivisées en Insulae (îlots délimités par les rues) et en numéros individuels attribués à chaque entrée de bâtiment. Ce système hiérarchique à trois niveaux — Regio / Insula / numéro de porte — permit pour la première fois d'identifier avec précision la localisation de n'importe quelle découverte.
Ainsi, la référence "VI, 12, 2" désigne sans ambiguïté possible l'entrée numéro 2 de l'insula 12 de la Regio VI — soit la Maison du Faune. Ce système, d'une logique et d'une efficacité remarquables, est toujours en vigueur aujourd'hui dans toutes les publications scientifiques consacrées à Pompéi. Il est complété, pour les zones situées hors des murs de la ville, par des références spécifiques aux routes (HGW pour Herculaneum Gate West, etc.) et aux fonds cadastraux.
Il convient de souligner que ce découpage est purement fonctionnel et ne correspond pas à une organisation administrative ou sociale de la cité antique. Les Romains avaient leur propre système de division de la ville en vici (quartiers) et en pagi (districts), dont on connaît partiellement les noms grâce aux inscriptions : le Pagus Augustus Felix Suburbanus désignait la zone extra-muros, tandis que les inscriptions électorales mentionnent des quartiers comme Forensis, Saliniensis, Campaniensis et Urbulanensis.
Présentation détaillée des neuf Regiones
La ville intra-muros couvre environ 66 hectares, dont une grande partie reste encore à fouiller — en particulier les Regiones III et IV, presque intactes. Chaque Regio présente un caractère propre qui reflète à la fois sa position dans la trame urbaine et son histoire architecturale.
Les neuf Regiones de Pompéi intra-muros
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Regio
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Position
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Axes / Limites
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Monuments et maisons remarquables
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Regio I
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Sud-est
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Via dell'Abbondanza (est), Porte de Stabies
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Maison du Ménandre, Fullonica de Stephanus, Jardin des Fugitifs, Thermopolium
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Regio II
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Sud-est
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Amphithéâtre, Grande Palestre
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Maison d'Octavius Quartio, Maison de Vénus dans la coquille, Praedia de Julia Felix
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Regio III
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Nord-est
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Secteur peu fouillé, Porte de Nola
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Insula des Chastes Amants (découv. 2019), maisons en cours de fouille
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Regio IV
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Nord-est
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Entre Porte de Capua et Porte de Nola
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Secteur largement non fouillé, lapilli encore en place, fouilles récentes du Grand Projet
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Regio V
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Nord
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Axe de la Via di Nola, Porte du Vésuve
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Thermopolium de la Regio V (2020), Maison de Léda et le Cygne, découvertes majeures du Grand Projet
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Regio VI
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Nord-ouest
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Via di Mercurio, Porte d'Herculanum
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Maison du Faune, Maison des Vettii, Maison du Poète Tragique, Maison du Satyre
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Regio VII
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Centre
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Forum, zone administrative et religieuse
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Forum, Temple de Jupiter, Temple d'Apollon, Thermes du Forum, Basilique
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Regio VIII
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Centre-sud
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Forum Triangulaire, quartier des spectacles
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Grand Théâtre, Odéon, Temple d'Isis, Forum Triangulaire, Caserne des Gladiateurs, Casa del Cinghiale
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Regio IX
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Centre-est
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Quartier résidentiel dense
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Maison du Centenaire, Maison de Marcus Lucretius, fouilles en cours Regio IX du Grand Projet
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Les zones suburbaines (extra-muros)
Au-delà des neuf Regiones intra-muros, l'espace suburbain de Pompéi recèle un patrimoine tout aussi exceptionnel. La zone suburbaine est traditionnellement divisée en quatre secteurs géographiques correspondant aux principales sorties de la ville :
• Regio Suburbanum Nord (Porta Ercolano) : la Rue des Sépulcres avec ses nécropoles, la Villa de Cicéron, la Villa des Colonnes à mosaïque, et la célèbre Villa des Mystères — joyau absolu de la peinture antique avec ses fresques du IIe siècle av. J.-C.
• Regio Suburbanum Est (Porta Vesuvio) : la Villa de T. Siminius Stephanus, qui a livré la mosaïque de l'Académie de Platon (MANN, inv. 124545), et le site récent de Civita Giuliana où fut découvert en 2021 le char de cérémonie intact.
• Regio Occidentalis (côté mer) : la Maison de M. Fabius Rufus, gigantesque demeure sur trois niveaux dominant la mer Tyrrhénienne, et les Thermes Suburbains décorés de fresques érotiques exceptionnelles.
• Regio Suburbanum Marinae (sud-ouest) : le port commercial et militaire de Pompéi, les entrepôts, et une zone résidentielle de luxe encore largement inexplorée.
Ces zones suburbaines ne bénéficient pas du système Regio/Insula de Fiorelli, qui ne s'applique qu'à l'espace intra-muros. Elles sont référencées par le nom de la porte à travers laquelle on les atteignait (HGW, HGE pour Herculaneum Gate West et East, VGN pour Vesuvian Gate North, etc.) et par le nom du fonds cadastral sur lequel elles ont été fouillées.
L'état des fouilles par Regio
L'avancement des fouilles est très inégal d'une Regio à l'autre. Les Regiones VI, VII et VIII, situées dans la partie occidentale et centrale de la ville — la plus ancienne — sont presque entièrement dégagées. Les Regiones I et II, dans le secteur sud-est, ont été largement explorées par Maiuri dans les années 1930-1960. En revanche, les Regiones III et IV, au nord-est, demeurent pour l'essentiel sous les lapilli, et c'est précisément dans ces zones vierges que les campagnes récentes du Grand Projet ont livré les découvertes les plus spectaculaires.
La Regio V, partiellement fouillée au XXe siècle, fait l'objet depuis 2017 d'une campagne intensive qui a mis au jour des maisons extraordinairement bien conservées. La Regio IX, dont certains secteurs avaient été explorés au XIXe siècle avec des méthodes rudimentaires, fait également l'objet de nouvelles fouilles qui révèlent des stratigraphies complexes et des phases de construction inédites.
Conclusion
L'étude des fouilles de Pompéi illustre de manière exemplaire la transformation de l'archéologie en discipline scientifique rigoureuse. Des galeries désordonnées creusées à la recherche de trésors royaux au XVIIIe siècle aux analyses ADN et aux modèles 3D du XXIe siècle, c'est toute l'histoire d'une science qui s'est construite, perfectionnée et internationalisée.
Le système des Regiones, imaginé par Fiorelli avec une remarquable prescience, constitue la colonne vertébrale de cette organisation scientifique. En dotant chaque découverte d'une adresse unique et immuable, il a permis d'accumuler et de transmettre des connaissances sur plusieurs générations de chercheurs, créant un corpus documentaire qui n'a pas d'équivalent dans l'archéologie mondiale.
Aujourd'hui, alors qu'environ un tiers de la ville intra-muros reste encore à fouiller, et que l'immense territoire suburbain n'est qu'effleuré, Pompéi continue de promettre des découvertes majeures. Chaque campagne de fouilles apporte son lot de révélations — sur l'art, sur la société, sur l'économie, sur la démographie de la cité romaine du Ier siècle. La cité figée par le Vésuve reste, deux mille ans après sa destruction, le site archéologique le plus vivant du monde.
| Petit Lexique |
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Atrium : Pièce centrale d'une maison romaine, ouverte sur le ciel par le compluvium et dotée d'un bassin (impluvium) pour recueillir les eaux de pluie.
Domus : Maison privée romaine de type traditionnel, organisée autour de l'atrium et du péristyle.
Fauces : Couloir d'entrée d'une maison romaine, reliant la rue à l'atrium.
Insula : Dans le système Fiorelli, îlot de maisons délimité par des rues. Au sens romain, désigne aussi un immeuble collectif.
Lapilli : Petites roches volcaniques projetées lors de l'éruption, qui constituent la majeure partie du dépôt recouvrant Pompéi.
Opus vermiculatum : Technique de mosaïque utilisant de très petites tesselles pour réaliser des motifs figuratifs très détaillés.
Peristyle : Cour intérieure entourée d'un portique à colonnes, élément d'influence grecque ajouté aux maisons pompéiennes les plus aisées.
Regio : Dans le système Fiorelli, l'une des neuf grandes zones de la ville de Pompéi, subdivisée en insulae numérotées.
Stratigraphie : Méthode archéologique consistant à étudier les couches successives de dépôts pour reconstituer la chronologie d'un site.
Tablinum : Pièce de réception principale d'une maison romaine, ouverte sur l'atrium et donnant sur le péristyle.
Tesselle : Petit cube de pierre, de verre ou de céramique constituant l'unité de base d'une mosaïque.
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