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Merci Vincent Hisorique voir ICI History See Here Ou comment Traverser la ville sans toucher le pavé, XVIIe et XVIIIe siècles Une cabine close, deux longs bâtons, deux hommes pour la porter : pendant près de deux siècles, la chaise à porteurs a été le moyen le plus commode de circuler dans des villes aux rues étroites et boueuses. Le Musée Automobile de Vendée, à Talmont-Saint-Hilaire, en présente un exemplaire richement doré.
Des litières antiques aux chaises de Naples
Se faire porter à bras d’hommes est un privilège très ancien : l’Égypte des pharaons, la Chine impériale et Rome, avec sa lectica, connaissaient déjà la litière. La chaise à porteurs proprement dite, une caisse fermée où l’on s’assied, réapparaît en Europe à la Renaissance. Dès 1594, un voyageur anglais signale à Naples et à Gênes des chaises que l’on loue comme on prendrait aujourd’hui un taxi. Londres adopte le système en 1634, sous la forme d’un monopole accordé par le roi.
L’arrivée en France
En France, une tradition attribue la mode de la chaise à la reine Margot, au début du XVIIe siècle. Mais c’est vers 1640 que la chaise fermée, probablement imitée du modèle anglais, s’impose à Paris. Le succès est rapide. En 1659, Molière ouvre une scène des Précieuses ridicules sur l’entrée de Mascarille en chaise, qui refuse de payer ses porteurs jusqu’à ce que l’un d’eux le menace de son bâton. L’année suivante, le Dictionnaire des Précieuses de Somaize vante dans la chaise un rempart contre la boue et le mauvais temps.
Comment elle fonctionne
La caisse, en bois léger, est juste assez large pour une personne assise. On y entre par l’avant, par une porte qui occupe toute la face, et l’on voit le dehors par des glaces sur trois côtés, que des rideaux permettent d’occulter. Deux bâtons de bois souple se glissent dans des ferrures fixées de chaque côté. Les porteurs, l’un devant, l’autre derrière, les empoignent et soulagent leurs bras avec des bretelles de cuir passées sur les épaules.
Ces bâtons, que l’on retirait et remettait sans cesse, seraient à l’origine de l’expression « mener une vie de bâton de chaise ». Il existait aussi une version à roues tirée par un seul homme, la brouette, surnommée vinaigrette.
À la cour comme à la ville
À Versailles, des chaises de louage, les « chaises bleues », attendaient aux grilles et menaient les visiteurs jusqu’au château pour quelques sous. Louis XIV et Madame de Maintenon avaient chacun la leur. Les grandes maisons possédaient des chaises particulières, portées par des domestiques en livrée, et le décor devenait alors une affaire de prestige : panneaux peints de fleurs, d’armoiries ou de scènes galantes, bois sculpté et doré, intérieur garni de velours ou de damas. Au XVIIIe siècle, des peintres s’en font une spécialité, comme Antoine Vernet à Avignon.
La chaise du musée
L’exemplaire de Talmont-Saint-Hilaire montre bien cette recherche d’apparat. Les panneaux crème sont rehaussés de rameaux et de médaillons dorés, les angles sont soulignés de colonnettes torsadées, l’intérieur est tendu de soie rose. Le toit, en forme de pavillon, porte une corbeille ajourée que surmonte un aigle doré aux ailes déployées. Sur le flanc, on distingue le bâton de portage engagé dans sa ferrure.
Le musée l’a mise en scène avec une passagère coiffée à la mode ancienne et deux porteurs en tricorne, habit bleu galonné, gilet et culotte rouges, jabot de dentelle. La date précise et la provenance de cette chaise restent à confirmer auprès du musée : l’aigle et les palmes de son décor pourraient indiquer une fabrication ou un remaniement plus tardifs que le costume des mannequins.
Repères
Le déclin
La Révolution met fin à l’usage de la chaise en France : elle rappelle trop l’Ancien Régime, et les fiacres, plus rapides, ont pris le relais dans des rues mieux pavées. Elle survit quelque temps en Grande-Bretagne et, jusqu’au début du XXe siècle, dans certaines stations thermales où l’on porte les curistes jusqu’aux bains. Les chaises conservées deviennent des objets de décoration et de collection. On peut en voir de très belles au Musée national de la voiture, à Compiègne, et à la galerie des Carrosses de Versailles.
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