Mur d Hadrien Tyne and Wear Arbeia, South Shields Fort Romain









Mur d'Hadrien Tyne and Wear Arbeia, South Shields Fort Romain 
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À l’embouchure de la Tyne, le fort romain de South Shields a nourri la frontière nord de l’Empire, accueilli un empereur et abrité des bateliers venus des rives du Tigre. Il est aujourd’hui l’un des sites romains les mieux fouillés de Grande-Bretagne.
Au cœur de South Shields, entre les maisons de brique d’un quartier ouvrier, se dresse une imposante porte romaine à deux tours. Ce n’est pas un décor de cinéma : elle a été reconstruite à l’emplacement exact de l’originale, sur les fondations mêmes du fort d’Arbeia. Perché sur la colline du Lawe Top, face à la mer du Nord, le fort surveillait la principale route maritime vers le mur d’Hadrien.
Arbeia ne se trouve pourtant pas sur le tracé du mur, qui s’achève à Wallsend, à environ six kilomètres en amont. Mais le fort contrôlait le port fluvial par lequel transitait l’essentiel du trafic entre la frontière et le sud de la province. Il faisait donc pleinement partie du système défensif, et il est aujourd’hui inscrit au patrimoine mondial de l’UNESCO au titre des Frontières de l’Empire romain.
Un site occupé depuis la préhistoire
Bien avant les Romains, le promontoire attirait déjà les hommes : les premières traces d’occupation remontent à environ 3000 à 4000 ans avant notre ère, et une ferme de l’âge du fer datée vers 300 av. J.-C. a été fouillée. Au début du IIe siècle, un premier fort en bois est construit dans le secteur, avant même l’édification du mur d’Hadrien. On le connaît grâce aux vestiges de son agglomération civile, retrouvés sous le fort de pierre.
Lorsque Rome avance sa frontière jusqu’au mur d’Antonin, entre le Forth et la Clyde, vers 142, South Shields perd de son importance. Mais le mur d’Hadrien est réoccupé vers 158, et vers 163 un fort en pierre est bâti. Il couvre 1,67 hectare et abrite une unité de 480 fantassins et 120 cavaliers. Plusieurs inscriptions attribuent sa construction à la VIe légion Victrix.
Le grenier de la frontière
Le tournant survient entre 205 et 207. La plupart des bâtiments sont rasés et remplacés par treize greniers en pierre ; le fort est agrandi vers le sud jusqu’à 2,1 hectares. La garnison, la cinquième cohorte de Gaulois (cohors V Gallorum), loge dans la partie sud. Arbeia devient la base logistique des campagnes de l’empereur Septime Sévère en Écosse, entre 208 et 210, et sept greniers supplémentaires s’ajoutent pendant la guerre.
Des sceaux de plomb appartenant à la maison impériale, retrouvés sur place, laissent penser que l’empereur et sa famille ont séjourné au fort. Pour un temps, ce petit port du nord de la Bretagne se retrouve ainsi au centre de l’Empire. Après la mort de Sévère à York en 211, Rome quitte l’Écosse, mais la base continue d’approvisionner le mur d’Hadrien et les forts de l’arrière-pays. Les cultures locales ne suffisaient pas à nourrir les garnisons : le grain arrivait par mer du sud de l’Angleterre, voire du continent.
Au total, Arbeia a compté jusqu’à 24 greniers, alors qu’un fort ordinaire en possédait deux. Certains chercheurs l’identifient d’ailleurs au « Horrea Classis », les « greniers de la flotte », mentionné dans la Cosmographie de Ravenne, ce qui suggère qu’une partie de la flotte de Bretagne y était basée.

 
Des bateliers du Tigre au bord de la mer du Nord
À la fin du IIIe ou au début du IVe siècle, le fort est attaqué et incendié. Lors de sa reconstruction, les huit greniers du sud sont transformés en casernes, un nouveau quartier général est bâti et une vaste maison à cour est aménagée pour le commandant, avec salles à manger d’été et d’hiver, appartements privés et thermes. Ce raffinement témoigne de la volonté du chef de garnison de vivre selon les usages romains, même aux confins de l’Empire.
Cette dernière grande reconstruction coïncide probablement avec l’arrivée d’une nouvelle garnison : le numerus barcariorum Tigrisiensium, une unité de bateliers originaires des rives du Tigre, dans l’actuel Irak, mentionnée dans la Notitia Dignitatum. Le fort prend alors le nom d’Arbeia, le « lieu des Arabes ».
Le numerus barcariorum Tigrisiensium était une unité militaire romaine composée de bateliers originaires du fleuve Tigre, en Mésopotamie, et stationnée au fort d'Arbeia (l'actuel South Shields, en Angleterre
Origine du nom
  • Barcariorum vient de barcarius, qui désigne un marin ou un batelier.
  • Tigrisiensium fait référence au fleuve Tigre, en Mésopotamie (l'Irak moderne).
  • Le nom signifie donc  l'unité des bateliers du Tigre 
Rôle et mission
  • Transport et logistique : L'unité gérait des embarcations pour ravitailler les troupes romaines. 
  • Patrouille fluviale : Elle servait aussi de force de surveillance et d'éclaireurs sur les voies d'eau de la frontière nord de la Bretagne (l'actuelle Grande-Bretagne).
  • Implantation : Elle a été la dernière garnison permanente du fort d'Arbeia, protégeant l'estuaire de la Tyne jusqu'à la fin de la domination romaine.
    Contexte historique
  • Création : L'unité a probablement été formée au IVe siècle, lorsque Rome contrôlait des territoires le long du Tigre sous les empereurs Dioclétien et Galère. 
  • Déplacement : Après la perte de ces terres face aux Perses (en 363 apr. J.-C.), l'unité a été transférée en Bretagne romaine, comme l'atteste le document officiel de la Notitia Dignitatum
 
 
Il s’appelait auparavant probablement Lugudunum. L’unité reste en place jusqu’à la fin de la domination romaine en Bretagne.
Regina et Victor, deux destins d’exil
Les découvertes les plus émouvantes du site sont deux stèles funéraires mises au jour au XIXe siècle. La première est celle de Regina, affranchie de la tribu des Catuvellauni, originaire du sud de l’Angleterre, devenue l’épouse de Barates, un homme de Palmyre, en Syrie. Le monument, coûteux, la montre assise dans un fauteuil en osier, filant la laine à côté d’un coffret à bijoux. Il porte une inscription latine et une ligne en araméen palmyrénien qui dit en substance : « Regina, affranchie de Barate, hélas ! » Le sculpteur, sans doute lui aussi syrien, mêle traditions palmyrénienne et romano-britannique.

 
La seconde stèle est celle de Victor, un Maure d’Afrique du Nord, ancien esclave affranchi. Ensemble, ces deux monuments montrent à quel point la population d’une garnison romaine pouvait être cosmopolite : une Bretonne, un Syrien, un Africain et des bateliers mésopotamiens se sont côtoyés sur les bords de la Tyne.
Après Rome
La fin de l’autorité romaine, au début du Ve siècle, ne signe pas la fin du fort. Il sert encore de place forte contrôlant la campagne environnante, et les temps sont troublés : une fosse creusée dans la maison du commandant contenait les ossements de deux jeunes gens portant des traces de coups d’arme au crâne. Le site passe peut-être ensuite au domaine royal anglo-saxon, et il est cité comme lieu de naissance d’Oswin, roi de Deira, tué en 651. Il est probablement abandonné au IXe siècle, sans doute à cause des raids vikings.
De la redécouverte aux reconstructions
Durant tout le Moyen Âge et au-delà, les terres appartiennent à la cathédrale de Durham. En 1875, quand elles sont vendues pour construire des logements, seule la ligne du rempart ouest est encore visible. Des érudits locaux alertent la presse, un comité lève des fonds, et les fouilles commencent : c’est l’une des premières fouilles de grande ampleur d’un fort du nord de la Bretagne. La municipalité rachète une partie du terrain et crée un « parc des vestiges romains ».
Les fouilles d’Ian Richmond en 1949-1950 établissent l’histoire du fort, le musée ouvre en 1953, puis dans les années 1960 la ville démolit les maisons construites sur le site. À partir de 1975, un programme de fouilles et de reconstructions est lancé. La porte ouest, reconstruite telle qu’au IIe siècle, a été la première reconstruction élevée directement sur des vestiges romains, après une enquête publique. Ses tours à trois niveaux s’inspirent de forts romains conservés dans le désert libyen. Une caserne et une partie de la maison du commandant ont également été reconstituées.
Chronologie
Date
Événement
v. 3000 av. J.-C.
Premières traces d’occupation humaine sur le promontoire
v. 300 av. J.-C.
Ferme de l’âge du fer
Début IIe s.
Premier fort romain en bois, antérieur au mur d’Hadrien
122
Début de la construction du mur d’Hadrien, qui s’achève à Wallsend, à 6 km en amont
v. 163
Construction du fort en pierre (1,67 ha, env. 600 soldats)
205–207
Transformation en base de ravitaillement : 13 greniers, fort agrandi à 2,1 ha
208–210
Campagnes de Septime Sévère en Écosse ; 7 greniers supplémentaires
Fin IIIe – début IVe s.
Incendie puis reconstruction ; arrivée des bateliers du Tigre, le fort prend le nom d’Arbeia
Début Ve s.
Fin de l’autorité romaine ; le site reste occupé comme place forte
VIIe s.
Naissance probable d’Oswin, roi de Deira
IXe s.
Abandon probable, sans doute à cause des raids vikings
1875
Premières fouilles d’envergure ; création du « Roman Remains Park »
1953
Ouverture du musée
1975 →
Programme de fouilles et reconstructions (porte ouest, caserne, maison du commandant)
Visiter Arbeia
Le site est géré par North East Museums pour le conseil de South Tyneside. L’entrée est gratuite, sans réservation. On y découvre les fondations de deux quartiers généraux, de plusieurs greniers, deux tours d’angle, un four à tuiles et des latrines, ainsi que les reconstructions. La porte ouest abrite une exposition sur la reconstruction, une maquette du fort et un point de vue sur l’ensemble du site. Deux galeries, « Set in Stone » et « Amazing Finds », présentent les stèles et les objets du quotidien. Les horaires varient selon la saison : mieux vaut les vérifier sur le site officiel avant de venir.
Adresse : Arbeia, South Shields Roman Fort, Baring Street, South Shields NE33 2BB, Royaume-Uni. Arbeia se combine facilement avec Segedunum, à Wallsend, où commence le mur d’Hadrien.
 
   


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