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SEPECAT Jaguar GR.1 c'est un avion d'attaque anglo-français, à travers l'exemplaire d'essais XX109 conservé au City of Norwich Aviation Museum le XX109, portant les marques du 54e Squadron (« GH »), exposé au City of Norwich Aviation Museum.
Une coopération anglo-française pionnière Le SEPECAT Jaguar naît en 1965 d'un accord entre le Royaume-Uni et la France, qui décident de fusionner leurs besoins respectifs plutôt que de financer chacun de son côté un nouvel avion d'entraînement et d'appui tactique. En mai 1966 est créée à cet effet la société SEPECAT (Société Européenne de Production de l'Avion d'École de Combat et d'Appui Tactique), coentreprise à parts égales entre le constructeur britannique British Aircraft Corporation (BAC) et le français Breguet Aviation.
Le projet initial, un simple avion-école, prend rapidement de l'ampleur pour intégrer des exigences supersoniques, une capacité de reconnaissance et même la frappe nucléaire tactique. La répartition du travail entre les deux pays est restée un modèle de coopération industrielle équilibrée : Breguet fabrique le nez, le fuselage central et le train d'atterrissage, tandis que BAC produit les ailes, les entrées d'air, la dérive et la partie arrière du fuselage. Les deux motoristes Rolls-Royce et Turboméca développent conjointement un tout nouveau réacteur pour l'appareil, le Rolls-Royce/Turboméca Adour, un turboréacteur à double flux avec post-combustion. Le prototype effectue son premier vol le 8 septembre 1968, et l'avion entre en service opérationnel dès 1973 dans les deux pays.
Construit à plus de 570 exemplaires toutes versions confondues, le Jaguar reste en service pendant plus de trente ans dans l'armée de l'air française et la Royal Air Force, ainsi que dans plusieurs forces aériennes étrangères Inde (où il fut également construit sous licence par HAL), Oman, Nigeria, Équateur.
La version britannique monoplace, désignée Jaguar GR.1 par la RAF (« Jaguar S » chez le constructeur), diffère de la version française par un système de navigation et d'attaque plus complet et par l'emploi de canons ADEN de 30 mm plutôt que de canons DEFA français. Fiche technique (Jaguar GR.1)
L'appareil XX109 : un avion d'essais plutôt qu'un chasseur de ligne
L'exemplaire conservé à Norwich, immatriculé XX109, est le deuxième Jaguar GR.1 de série sorti des chaînes de production. Il effectue son premier vol le 16 novembre 1972 depuis le site de BAC à Warton. Contrairement à la plupart de ses semblables, qui rejoignirent directement les escadrons opérationnels de la RAF, XX109 fut affecté dès le 1er mai 1973 à l'Aeroplane and Armament Experimental Establishment (A&AEE) de la Royal Aircraft Establishment à Boscombe Down, où il fut employé comme avion d'essais de contraintes structurelles et pour des essais d'emport d'armements.
Une bombe et une nacelle de reconnaissance photographique, typiques de la charge militaire du Jaguar, exposées sous l'appareil.
L'atterrissage sur l'autoroute M55 (1975)
Le fait d'armes le plus célèbre de XX109 reste sans doute sa participation, le 26 avril 1975, à une démonstration spectaculaire destinée à prouver la capacité du Jaguar à opérer depuis des terrains sommaires ou des infrastructures endommagées en temps de guerre une caractéristique centrale de la philosophie de dispersion tactique de l'OTAN durant la Guerre froide. Décollant du terrain d'essais de BAC à Warton, l'appareil, piloté par le pilote d'essais Tim Ferguson, se posa avec l'aide d'un parachute de freinage sur la chaussée de l'autoroute M55, alors en construction près de Weeton, dans le Lancashire, avant de redécoller peu après.
L'exercice, largement couvert par la presse britannique de l'époque et immortalisé depuis par plusieurs artistes aéronautiques, illustrait de façon spectaculaire la robustesse du train d'atterrissage du Jaguar et sa capacité à opérer depuis des surfaces improvisées une démonstration de faisabilité qui, en pratique, ne fut que très rarement mise en œuvre de manière opérationnelle par la suite.
Fin de carrière et rôle d'entraînement au chargement des armes
Les essais de l'A&AEE se poursuivent jusqu'en 1986 ; XX109 retourne alors à Warton, où il est déclaré « Cat 5 GIA » (irréparable en unité) par les services d'approvisionnement du ministère de la Défense le 17 octobre de la même année. Plutôt que d'être ferraillé, l'appareil est transféré à la base de RAF Coltishall, dans le Norfolk, où il sert d'avion d'entraînement au chargement des armements (« Weapon Load Trainer ») et participe au développement du système AEDIT du Jaguar. Il effectue son dernier vol le 24 octobre 1986.
En 1990, à l'approche de la guerre du Golfe, XX109 est de nouveau mobilisé pour un usage d'essai : il sert à tester la livrée de camouflage désertique « rose » destinée aux Jaguar britanniques appelés à opérer dans la péninsule Arabique. Il conserve cette livrée pendant plus d'une décennie.
Préservation au City of Norwich Aviation Museum
En 2003, à l'occasion du 30e anniversaire de l'entrée en service du Jaguar, XX109 est repeint aux couleurs du 54e Escadron de la RAF — code « GH » — en hommage à Graham Hall, une figure associée à cet escadron, et transformé en avion d'exposition statique. Toujours propriété de la RAF, il est prêté au City of Norwich Aviation Museum à partir de 2003 puis déplacé sur le site en septembre 2004.
Avec la fermeture de la base de RAF Coltishall en mars 2006, l'appareil est déclaré excédentaire aux besoins de l'armée de l'air. Le musée présente alors une offre de rachat, qui est acceptée le 6 juillet de la même année : XX109 devient officiellement propriété du City of Norwich Aviation Museum. Il y est depuis restauré et repeint dans une version plus soignée de sa livrée du 54e Escadron, et exposé en extérieur, visible depuis la route voisine.
XX109 présenté aux côtés d'autres avions du musée, sous une nacelle de reconnaissance et une bombe factices.
En résumé
Loin d'avoir mené une carrière opérationnelle classique au sein d'un escadron de première ligne, le Jaguar XX109 aura passé l'essentiel de son existence comme avion d'essais et de développement — un rôle qui lui aura valu, entre autres, l'un des atterrissages les plus insolites de l'histoire aéronautique britannique, sur une autoroute encore en travaux. Cette trajectoire particulière, associée à sa préservation soigneuse au City of Norwich Aviation Museum, en fait aujourd'hui un témoin précieux de la coopération technique et industrielle anglo-française qui a donné naissance au Jaguar.
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