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Voir aussi Munition Volcano 120mm
Drone NMBT Char NMBT Présentation générale
Le NMBT (New Main Battle Tank), parfois désigné IMBT (Italian Main Battle Tank) dans certaines sources, est le futur char de combat principal développé par la coentreprise Leonardo Rheinmetall Military Vehicles (LRMV) pour succéder au C1 Ariete de l'armée italienne. Le démonstrateur a été dévoilé publiquement pour la première fois à l'occasion du salon Eurosatory 2026 à Paris (15-19 juin 2026).
LRMV est une coentreprise à parts égales (50/50) entre l'italien Leonardo et l'allemand Rheinmetall, créée fin 2024, avec siège social à Rome et des installations d'essais et d'intégration à La Spezia. Dans cette répartition industrielle, Rheinmetall est responsable de la plateforme (véhicule/châssis), tandis que Leonardo prend en charge l'électronique et l'armement.
Le démonstrateur exposé combine une caisse dérivée du Leopard 2A4/du démonstrateur technologique KF51 Panther de Rheinmetall (base ARV 3), avec une motorisation italienne, et une toute nouvelle tourelle intégrant des sous-systèmes des deux industriels. Les représentants de LRMV ont précisé que cette configuration de démonstration n'est pas destinée à la version de série : une nouvelle caisse est à l'étude, notamment pour améliorer la protection du dessous de caisse contre les mines, et pour permettre à terme une motorisation portée à environ 1 800 ch.
Contexte du programme
Le programme vise à remplacer la flotte de chars C1 Ariete, en service depuis les années 1990, dont l'action de modernisation ne suffit plus face à la menace croissante des missiles antichars guidés, des munitions rôdeuses et des drones FPV (First Person View). Le partenaire industriel initialement pressenti par Leonardo pour ce programme était KNDS, mais les négociations ont été rompues en 2024 en raison de désaccords sur le transfert de technologies, ce qui a également entraîné l'annulation d'un projet d'achat de 132 Leopard 2A8 destinés à faire la jonction avec le C1 Ariete vieillissant.
Le programme NMBT s'inscrit aux côtés du programme A2CS (Army Armored Combat System, ex-AICS), basé sur le véhicule Lynx KF41, dont les 4 premiers exemplaires ont été livrés à l'armée italienne le 27 janvier 2026. Environ 60% des travaux d'assemblage, d'homologation et de soutien logistique du programme resteront réalisés en Italie (sites de Rome et de La Spezia).
Les besoins actuels évoqués portent sur environ 132 chars, accompagnés de 140 véhicules de soutien, ainsi que des variantes spécialisées (dépannage, génie, franchissement), pour un total pouvant atteindre environ 380 véhicules sur l'ensemble de la famille.
Comment on en est arrivé là ?
L'histoire du NMBT commence, paradoxalement, ailleurs et sans l'Italie. Le 13 juin 2022, à l'occasion d'un précédent Eurosatory, Rheinmetall dévoile sur ses fonds propres un démonstrateur baptisé KF51 Panther un projet privé, non lié au programme franco-allemand MGCS (Main Ground Combat System) alors englué dans des négociations sans calendrier clair.
Le Panther reprend un châssis de Leopard 2A4 modifié (le râtelier à munitions cède la place à un opérateur système assis à gauche du pilote), coiffé d'une toute nouvelle tourelle biplace armée d'un canon lisse de 130 mm Rh-130 L52 un calibre inédit chez l'OTAN, promettant une puissance supérieure de 50 % à l'habituel 120 mm. Malgré cette vitrine technologique, l'armée allemande elle-même ne retient pas le Panther et lui préfère une commande classique de Leopard 2A8.
L'Italie change de partenaire en cours de route car Rome, de son côté, cherchait depuis 2023 à remplacer son char C1 Ariete (en service depuis 1995) et avait initialement jeté son dévolu sur le Leopard 2A8, via un protocole d'accord signé avec KNDS (le groupe franco-allemand) en décembre 2023. Le projet portait alors sur 132 chars de combat et 140 véhicules dérivés, pour un budget de 8,2 milliards d'euros courant jusqu'en 2037, avec une production locale prévue à La Spezia, chez OTO Melara.
Mais les négociations achoppent sur la question du partage industriel : l'Italie voulait produire elle-même l'essentiel du véhicule (Leonardo, OTO Melara, Iveco Defence Vehicles), tandis que KNDS ne proposait qu'une part congrue aux industriels italiens. Le 11 juin 2024, Leonardo et KNDS annoncent conjointement la rupture des négociations chacun renvoyant à l'autre la responsabilité de l'échec. Rheinmetall saisit l'opportunité. À peine ce constat d'échec posé, Leonardo se tourne vers l'autre géant allemand de l'armement terrestre. Le 3 juillet 2024, les PDG Roberto Cingolani (Leonardo) et Armin Papperger (Rheinmetall) signent à Rome un protocole d'accord, qui débouche en 2024 sur la création de la coentreprise à parts égales LRMV (Leonardo Rheinmetall Military Vehicles). Le nouveau char italien reprend alors, presque à l'identique, le cahier des charges abandonné avec KNDS : toujours 132 chars et 140 véhicules dérivés, mais bâtis cette fois sur la base du KF51 Panther plutôt que du Leopard 2A8. En parallèle, LRMV se voit aussi confier le volet véhicules de combat d'infanterie (programme A2CS, ex-AICS), basé sur le Lynx KF41 de Rheinmetall dont les quatre premiers exemplaires seront livrés à l'armée italienne le 27 janvier 2026, en présence du ministre de la Défense Guido Crosetto.
Eurosatory 2026
C 'est la première présentation publique. LRMV dévoile à Villepinte son concept de char pour l'Italie, sobrement baptisé NMBT (New Main Battle Tank) parfois désigné de façon impropre IMBT (Italian Main Battle Tank) dans la presse. Le prototype exposé associe une caisse de Leopard 2A4 (empruntée, en attendant la caisse définitive à une toute nouvelle tourelle intégrant des sous-systèmes des deux maisons mères. Le char en détail : une architecture encore en discussion
Le NMBT n'est pas un simple Panther repeint aux couleurs italiennes car Leonardo y apporte ses propres capteurs, son armement et ses systèmes de combat, tandis que la société IDV (Iveco Defence Vehicles) propose motorisation, suspension, chenilles et défense passive, et qu'un volet cybersécurité/guerre électronique complète l'ensemble.
Poids et gabarit — Selon la version finale retenue, le poids à vide (sans équipage ni équipement de combat) varierait de 61 à 67 tonnes, pour un poids maximal en ordre de combat pouvant atteindre 69,5 tonnes plaçant d'emblée le NMBT dans la catégorie des chars lourds, aux côtés du Leopard 2A8 (69,5 t également), du M1A2 Abrams (67 t) ou du Challenger 3. Un choix qui tranche avec la tendance de certaines armées à alléger leurs futurs chars.
Armement principal — Le canon 120 mm L55 initialement prévu, développé par Leonardo, doit tirer notamment la munition guidée Vulcano 120 (voir plus bas).
Fait notable : le char est conçu dès l'origine pour pouvoir recevoir un canon de 130 mm (le Rheinmetall Future Gun System, dérivé du canon du Panther) sans refonte structurelle. David Hoeder, directeur général de LRMV, a d'ailleurs indiqué que l'équipe de Rheinmetall avait réussi à convertir un exemplaire du calibre 120 au calibre 130 mm en moins de douze heures une démonstration de modularité assez spectaculaire. Le chargeur automatique conserve une capacité de 20 munitions prêtes à l'emploi quel que soit le calibre retenu. Équipage et postes interchangeables Contrairement à d'autres projets qui misent sur une tourelle inhabitée, l'armée italienne a fait le choix, débattu, d'une tourelle habitée par deux hommes (chef de char et tireur), complétée par deux membres d'équipage en caisse (pilote et opérateur système), soit un équipage total de quatre personnes — comme sur le Panther d'origine. Ce quatrième homme est spécifiquement affecté à la mise en œuvre du canon de 30 mm, des munitions rôdeuses et des moyens de lutte antidrone
À l'exception du poste de pilote, chaque membre d'équipage peut, grâce aux écrans multifonctions, reprendre les fonctions de n'importe quel autre poste y compris, en théorie, le chef de char pouvant commander le tir directement depuis la position du tireur. Motorisation encore en arbitrage — Aucun choix définitif n'a été communiqué à Eurosatory 2026 sur le groupe motopropulseur. Rheinmetall et Leonardo évaluent en parallèle des moteurs IDV et MTU, ainsi que des transmissions Renk, Sapa et ZF. La filiale italienne IDV a notamment présenté un V12 candidat de 1 300 kW (1 770 ch) et 6 000 Nm de couple, avec système de refroidissement à double circuit et compatibilité drive-by-wire.
Répartition industrielle — Environ 60 % de la valeur ajoutée du programme devrait revenir à l'industrie italienne, cohérent avec l'exigence qui avait fait capoter les discussions avec KNDS deux ans plus tôt.
Armement et détection
Canon lisse de 120 mm, calibre L55 — dans un premier temps le Rh-120 L55A1 de Rheinmetall, appelé à être remplacé par le canon 120 mm/L55 conçu par Leonardo Chargeur automatique avec 20 obus prêts à tirer Mitrailleuse coaxiale de 12,7 mm Le drone, chaînon manquant plutôt que produit fini
Un point important, souvent mal compris : Leonardo est très clair sur le fait qu'il ne développe pas de drone ou de désignateur spécifique pour accompagner le Vulcano 120. L'entreprise se concentre sur la définition des exigences du système de munition lui-même, sans le lier à un modèle particulier de vecteur de désignation. Le quadricoptère générique montré aux côtés de la munition à Eurosatory 2026 n'est donc qu'une illustration de principe — une charge utile compatible avec un illuminateur laser miniaturisé — pas une annonce de programme.
Le concept d'emploi, calculé au chronomètre
Même sans nommer de produit précis, les ingénieurs de Leonardo ont détaillé un concept d'emploi suffisamment abouti pour qu'on puisse en reconstituer la mécanique complète. Le drone évoqué volerait bien en avant du char, acquerrait la cible, puis se maintiendrait en vol stationnaire à une distance de 2 à 4 km de l'objectif — une distance qui n'est pas arbitraire : c'est elle qui dicte la portée nécessaire de l'illuminateur laser embarqué.
Le reste du calcul découle directement des caractéristiques déjà connues du projectile. Avec des cibles visées entre 10 et 30 km et une vitesse moyenne du Vulcano 120 comprise entre 500 et 600 m/s, le temps de vol du projectile — en trajectoire tendue — s'étend approximativement de 20 à 60 secondes selon la distance d'engagement. Or, la fenêtre d'illumination effective envisagée par les ingénieurs de Leonardo ne dure, elle, qu'environ 10 secondes. Ce chiffre n'est pas non plus choisi au hasard : il résulte d'un compromis entre l'incertitude sur l'instant exact d'impact, la consommation d'énergie du système, les contraintes de refroidissement du laser, et surtout le risque de détection — un illuminateur actif qui reste allumé trop longtemps devient une cible facile pour les contre-mesures adverses. Le drone (ou tout autre vecteur de désignation) doit donc être capable de synchroniser très précisément sa fenêtre d'éclairage avec la phase terminale du vol du projectile, sans l'activer ni trop tôt ni trop tard.
Un désignateur, ça existe déjà — juste pas encore assigné à un drone précis
Ce qui manque, ce n'est donc pas la technologie du désignateur en elle-même : Leonardo dispose déjà d'un produit de référence dans ce domaine, le Type 163 LTD (Laser Target Designator), considéré comme une sorte de standard OTAN de facto — plus de 750 exemplaires déjà livrés dans au moins 23 pays de l'Alliance. Compact (environ 2 litres, moins de 2,5 kg) et déjà optimisé pour guider spécifiquement les munitions Vulcano à autodirecteur SAL, il offre une portée de désignation supérieure à 10 km. Mais ce boîtier n'est, à ce jour, associé à aucune plateforme porteuse précise pour le rôle envisagé aux côtés du Vulcano 120 : il peut aussi bien être porté à dos d'homme par une équipe de désignation au sol (à la manière d'une équipe JTAC de contrôle aérien avancé), monté sur un véhicule terrestre, que théoriquement embarqué à bord d'un drone.
Le marché plus large des désignateurs laser aéroportés propose d'ailleurs déjà plusieurs solutions concurrentes qui pourraient, en théorie, remplir ce rôle : le RATTLER d'Elbit Systems, le SCARAB de L3Harris, le DHY308 LW de CILAS, le HAMMER de BAE Systems, ou encore le TYR de Thales preuve que la brique technologique existe bel et bien dans l'industrie, sans qu'aucun choix n'ait pour l'instant été arrêté pour le couple Vulcano 120 / plateforme de désignation.
Une alternative sans désignateur du tout : le tir en ligne de vue directe
Leonardo envisage également un cas d'usage qui s'affranchit complètement de la problématique du drone : à portée plus courte (5 à 10 km), dans une configuration où le char engagerait une cible qu'il peut voir directement, le Vulcano 120 pourrait être utilisé sans désignateur extérieur, dans un rôle de neutralisation fonctionnelle plutôt que de destruction complète — par exemple en mettant hors d'usage les optiques ou les antennes d'un véhicule ennemi. C'est là qu'interviendra à terme la version à autodirecteur infrarouge imageur (IIR), qui rendra la munition totalement autonome vis-à-vis de toute désignation tierce, drone compris.
Une question de transparence du champ de bataille, pas seulement de matériel
Sur le fond, Leonardo situe la problématique de la désignation dans un contexte plus large que le seul choix d'un vecteur : celui de la transparence croissante du champ de bataille moderne, portée par la prolifération des systèmes aériens sans pilote de toutes tailles. L'entreprise part du principe que cette multiplication des capteurs aériens — drones de reconnaissance, essaims, plateformes ISR de tous types déjà déployées par les armées — devrait, à terme, fournir naturellement assez de cibles identifiées et de moyens de désignation disponibles sur le champ de bataille, en attendant que la version IIR rende le Vulcano 120 indépendant de cette contrainte.
Le véritable écosystème de désignation (drone, équipe au sol, ou véhicule dédié) reste donc, à ce stade, une question ouverte, à la charge des futurs opérateurs et de leurs partenaires industriels respectifs — chacun pouvant potentiellement choisir sa propre solution de désignation du marché, du moment qu'elle sait parler le même langage laser codé que l'autodirecteur SAL du projectile.
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