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Reconstitution grandeur nature d'un char à quatre chevaux Musée de Xinzheng Province du Henan République populaire de Chine
Chronologie
Pour comprendre le char de guerre chinois, il faut le replacer dans la longue chronologie des dynasties et des conflits qui ont façonné la Chine antique. Du règne des Zhou occidentaux à l'unification par Qin Shi Huang, plus de huit siècles de guerres incessantes ont fait du char à la fois l'instrument de domination militaire et le symbole du rang aristocratique.
Les Sept Royaumes combattants
La période des Royaumes combattants voit s'affronter sept grandes puissances dans des guerres d'une ampleur inédite. Chacune développe ses propres tactiques, forges et arsenaux. C'est dans ce creuset militaire que le char de guerre connaît sa forme la plus aboutie, avant d'être supplanté par les nouvelles armes de la révolution militaire chinoise du IVe siècle.
Les Sept Royaumes Combattants — Zhànguó Q Xióng Chine ancienne vers 475 à 221 avant J.-C. ou la Chine avant l’unité
Introduction Pendant près de deux siècles et demi, la Chine ancienne vécut sous le signe de la guerre, de la ruse et de la transformation. La période dite des Royaumes combattantss’étend approximativement de 475 à 221 avant notre ère. Elle voit sept grands états — les « Sept Héros » (Q Xióng) — se disputer la domination sur la plaine chinoise dans une spirale de guerres, d’alliances, de trahisons et de réformes institutionnelles sans précédent. Cette époque est placée sous le signe paradoxal de la destruction créatrice : les champs de bataille sont aussi des laboratoires d’idées. C’est durant ces années de chaos que naît la philosophie chinoise — confucéanisme, taoïsme, légisme, mohisme et que se forgent les grandes structures administratives, juridiques et militaires qui fonderont l’Empire pendant deux millénaires.
L’héritage des Zhou et la fragmentation
Cette période des Royaumes combattants s’inscrit dans le déclin constant et étalé dans le temps de la dynastie Zhou (1046-256 av. J.-C.), l’une des plus longues de l’histoire chinoise. Depuis leur capitale Luoyi, les rois Zhou avaient organisé la Chine selon un système féodal : des vassaux tenaient des fiefs en échange de loyauté militaire et de tributs. Mais dès le VIII? siècle avant notre ère, ce système est délégué progressivementà des grands seigneurs locaux. La période qui précède les Royaumes combattants dite des « Printemps et Automnes » (722-481 av. J.-C.) voit déjà les grands seigneurs s’émanciper du pouvoir royal Zhou. Des centaines de petits états s’affrontent, fusionnent, disparaissent. Au début du IVe siècle avant notre ère, il n’en reste plus que sept, chacun assez puissant pour disposer de plus de 10 000 chars de bataille qui est l’unité de mesure de la puissance militaire de l’époque.
Arrive alors un événement majeur la partition du rpyaume de Jin (453 av. J.-C.)
L’acte inaugural de la période est conventionnellement fixé en 453 avant J.-C. : le puissant royaume de Jin, situé dans l’actuel Shanxi, est divisé par trois grandes familles aristocratiques rivales les Zhao, les Wei et les Han qui se partagent son territoire. Cette fragmentation crée trois nouveaux états et achève de transformer le paysage politique chinois.
En 403 avant J.-C., le roi Zhou rec onnaît officiellement cette division. La Chine compte désormais sept grandes puissances. Ces sept états sont souvent décrits selon leur orientation géographique :
Qin à l’ouest, Chu au sud, Qi à l’est, Yan au nord-est, et le trio central Wei-Zhao-Han hérité de Jin. Chacun développe sa propre identité politique, culturelle et militaire. Les Sept Royaumes
Qin Qín Capitale : Xianyang actuellement. Shaanxi qui situé dans la Plaine de Guanzhong, nord-ouest Il atteint son apogée au IVe–IIIe s. av. J.-C. grace aux réformes Shang Yang Victorieux en 221 av. J.-C. ce royaume est conquérant et unificateur Du plus occidental et initialement le moins considéré des sept, Qin se transforme radicalement grâce aux réformes du légiste Shang Yang (359-338 av. J.-C.) : centralisation administrative, méritocratie militaire, agriculture intensiv e. Ces réformes lui confient une supériorité structurelle sur ses rivaux. Son contrôle du bassin du Sichuan (316 av. J.-C.) lui donne une base agricole intarissable. Après 238, Qin Shi Huang lance les guerres d’unification et annexe les six autres royaumes en neuf ans (230–221 av. J.-C.), fondant le premier Empire chinois. Chu
Capitale : Ying, actuellement Hubei / puis Chen qui se situe dans Grand Sud, vallée du Yangtsé s’étendait vers le sud. Culturellement distinct des royaumes du nord, il était réputé pour son art raffiné, sa laque, et sa tradition poétique (Qu Yuan, le poète exilé, en est la figure tutulaire). Malgré sa taille, Chu souffrit d’une aristocratie conservatrice résistant aux réformes. La prise de sa capitale Ying par Qin en 278 av. J.-C. sonna son déclin définitif.Il atteint son apogée au V?–IV? s. av. J.-C. Mais il est annexé par Qin en 223 av. J.-C.
Qi
Capitale : Linzi actuellement. Shandong sur la Côte est, bassin de la mer Jaune il atteint son apogée IVe s. av. J.-C., sous le roi Wei
Qi était la puissance commerciale et intellectuelle par excellence. Sa capitale Linzi était l’une des plus grandes villes du monde de l’époque, avec une population estimée à 300 000 habitants. L’Académie Jixia, fondée sous son patronage, accueillit les plus grands philosophes des Cent Écoles, dont Mencius et Xunzi. Son déclin fut accéléré par une coalition de cinq royaumes qui occupa sa capitale pendant cinq ans (284–279 av. J.-C.). Il est annexé par Qin en 221 av. J.-C. C 'est d ailleurs le dernier royaume annexé Wei ? Wèi
Capitale : Anyi puis Daliang Il se situe dans Plaine centrale, Hénan–Shanxi il atteint son apogée Apogée : IVe s. av. J.-C., sous le marquis Hui
Issu de la division de Jin, Wei fut à son apogée le royaume le plus puissant de la période, pionnier des réformes légistes sous Li Kui et Wu Qi. Sa position centrale en fit à la fois le maître du jeu et la cible idéale de tous ses voisins. Il fut affaibli par deux défaites retentissantes face au royaume de Qi (bataille de Guiling, 353 av. J.-C., et bataille de Maling, 341 av. J.-C.). Sa capitale Daliang fut inondée par détournement du Fleuve Jaune lors de son annexion par Qin Il est Annexé par Qin en 225 av. J.-C. suite aux inondations de Daliang. Zhao Zhào
Capitale : Handan actuellement. Hebei situé dans le Nord-centre, Shanxi–Hebei il atteint son apogée IIIe s. av. J.-C., sous le roi Wuling
Zhao était la puissance militaire par excellence du nord, fameux pour avoir adopté sous le roi Wuling (325–299 av. J.-C.) la tactique de cavalerie légère des nomades steppes une révolution dans l’art militaire chinois. Zhao était le seul rival capable de tenir tête à Qin sur le long terme. La bataille de Changping (260 av. J.-C.) fut son tombeau : après une défaite catastrophique, 400 000 soldats zhao furent massacrés. Zhao ne se relèvera jamais.
Il est annexé par Qin en en 228 av. J.-C. Han Hán Capitale : Xinzheng , actuellement Hénan dans la Région : Hénan central il atteint son apogée IV s. av. J.-C.
Le plus petit et le plus fragile des Sept, Han à ne pas confondre avec la future dynastie Han occupait une position centrale mais exposée, encadré par des voisins plus puissants. Il donna naissance au philosophe légiste Han Feizi, dont les écrits influencèrent directement la politique de Qin. Han fut le premier à être annexé, et presque sans combats, tant il était affaibli. Sa chute en 230 ouvrit la série d’annexions fulminantes qui dévorerènt les six royaumes en moins d’une décennie.
Il est le premier annexé par Qin en 230 av. J.-C. Yan
Capitale : Ji , actuellement dans la périphérie de Pékin IL est dans laRégion Nord-est, Hebei–Liàoning il atteint son apogée III s. av. J.-C., sous le roi Zhao
C 'est le plus septentrionale des royaumes, Yan était éloigné des centres de pouvoir et souvent marginalisé. Il connut son heure de gloire sous le roi Zhao (311–279 av. J.-C.) qui, en envoyant le général Yue Yi à la tête d’une coalition de cinq royaumes, réussit à envahir et occuper presque intégralement le puissant Qi pendant cinq ans. Yan est aussi connu pour l’épisode de Jing Ke, l’assassin envoyé tuer Qin Shi Huang en 227 av. J.-C. qui échoua. Sa chute suivit de peu celle de Zhao.
Il est annexé par Qin en : Annexé par Qin en 222 av. J.-C.
Stratégies et alliances : le jeu des puissances
Hezong et Lianheng : deux visions du monde
Face à la montée en puissance de Qin, les six autres royaumes étaient déchirés entre deux stratégies fondamentales théorisées par les « diplomates-stratèges » de l’époque. Le Hezong « union verticale »consistait à former une coalition des six royaumes contre Qin, en s’appuyant sur l’axe nord-sud. Le Lianheng « liaison horizontale » visait au contraire à s’allier avec Qin pour se protéger et recevoir des récompenses territoriales aux dépens des voisins.
Le stratège Su Qin incarna le Hezong : il réussit un temps à fonder une coalition des six royaumes contre Qin, parvenant à bloquer l’expansion qinoise durant quinze ans. Son rival Zhang Yi porta le Lianheng : il usa de diplomatie et de mensonges pour démanteler les alliances anti-Qin l’une après l’autre, isolant chaque royaume. C’est la stratégie Lianheng qui l’emporta.
L’art de la guerre en pratique
La période vit une véritable révolution militaire. L’armée de masse à base de paysans-soldats remplaça les corps d’élite aristocratiques. La cavalerie légère d’inspiration nomade, introduite par le roi Wuling de Zhao, révolutionna la mobilité tactique. Les guerres de siège progressent en sophistication : machines de jet, mines, détournements de cours d’eau. La bataille de Changping (260 av. J.-C.) aligna selon les sources des armées de plusieurs centaines de milliers d’hommes de chaque côté.
C’est dans ce contexte que fut rédigé ou compilé L’Art de la guerre de Sun Tzu — un texte qui distille en treize chapitres les principes de la stratégie fondée sur l’intelligence, la ruse et l’économie de forces plutôt que sur la seule force brute. Son descendant Sun Bin, stratège de Qi, mit ces principes en pratique lors des batailles de Guiling et de Maling.
L’âge d’or de la pensée chinoise : les Cent Écoles
Paradoxalement, cette période de destruction fut l’une des plus fécondes de toute l’histoire intellectuelle de l’humanité. Face au chaos politique, les penseurs cherchèrent des réponses fondamentales : comment gouverner?
Comment vivre ? Quel est le principe de l’ordre cosmique ? Ce foisonnement philosophique est connu sous le nom de « Cent Écoles » (Baijiazh?ngmíng). Le confucéanisme de Confucius (551-479 av. J.-C.) et de Mencius prônait la bienveillance, les rites et la vertu comme fondements du gouvernement. Le légisme de Shang Yang et Han Feizi avançait que seules des lois strictes et impersonnelles pouvaient maintenir l’ordre. Le taoïsme de Laozi et de Zhuangzi cherchait l’harmonie avec le principe cosmique du Dao. Le mohisme de Mozi défendait l’amour universel et l’utilité pratique. Le militarisme de Sun Tzu théorisait la guerre comme art rationnel. Ces écoles s’affronterènt, se croisèrent et s’influencèrent dans les cours royales.
L’Académie Jixia, fondée dans le royaume de Qi et la plus grande institution intellectuelle de l’époque, accueillit des centaines de lettrés venus de tous les royaumes. Elle incarna ce moment unique où la compétition militaire entre états se doublait d’une compétition intellectuelle tout aussi vive.
La fin des Sept et la naissance de l’Empire
Le génie de Qin Shi Huang (r. 238-210 av. J.-C.) fut de transformer la supériorité structurelle accumulée par deux siècles de réformes en une campagne de conquête foudroyante. En neuf ans (230-221 av. J.-C.), aidé de ses généraux Wang Jian, Meng Tian et Wang Ben, il annexa les six royaumes l’un après l’autre : Han (230), Zhao (228), Wei (225), Chu (223), Yan (222), Qi (221).
En 221 avant J.-C., pour la première fois de son histoire, la Chine est unifiée sous un seul souverain. Ying Zheng, roi de Qin, prend le titre de Huangdi — Empereur — et devient Qin Shi Huang, le Premier Empereur. Il unifie les poids et mesures, les caractères d’écriture, les axes des routes. Il commence la Grande Muraille. Il crée le modèle de l’État centralisé qui structurera la Chine pendant vingt-deux siècles.
Les Sept Royaumes combattants n’auront duré que deux siècles et demi. Mais leurs guerres, leurs réformes, leurs philosophes et leurs stratèges ont forgé la civilisation chinoise plus durablement que bien des dynasties plus longues. C’est dans le creuset de leurs conf lits que naît la Chine.
Le char au cœur du système militaire chinois
Période Shang aux Zhou
On assite à la monté en puissance du char et à son hégémonie du char Le char de guerre fait son apparition en Chine vers 1200 av. J.-C., introduit depuis les steppes d'Asie centrale par les cultures indo-européennes. Les Shang l'adoptent immédiatement et en font l'arme décisive de leur élite guerrière. Les fouilles de l'ancienne capitale Anyang ont révélé des dizaines de tombes royales contenant des chars entiers, ensevelis avec leurs chevaux et leurs conducteurs témoignage de l'importance sacrée et militaire de ces véhicules.
Sous les Zhou, le char devient le fondement du système militaire féodal. La puissance d'un État se mesure littéralement en nombre de chars : les textes classiques distinguent le « pays aux mille chars » (qian sheng zhi guo , la puissance moyenne, du « pays aux dix mille chars » (wan sheng zhi guo), la grande puissance. Cette unité de compte illustre à quel point le char structure toute la pensée militaire et politique de l'époque.
La révolution militaire des Royaumes combattants
À partir du Ve siècle av. J.-C., une profonde mutation transforme la guerre en Chine. Les États passent d'armées aristocratiques de quelques milliers de chars à des armées de conscription comptant des centaines de milliers de fantassins. Cette révolution militaire a plusieurs causes : l'extension des conflits à des terrains accidentés impraticables pour les chars, l'invention et la généralisation de l'arbalète (nu ), et le contact avec les peuples cavaliers des steppes du nord.
C'est le royaume de Zhao qui, le premier, adopte massivement la cavalerie montée au style nomade, sous l'impulsion du roi Wuling (vers 307 av. J.-C.). Cette « réforme du vêtement barbare et de l'équitation » Hufu qishe marque un tournant décisif . Le char de guerre ne disparaît pas, mais son rôle évolue : d'arme principale, il devient instrument de commandement, de transport d'officiers et de prestige. 1
Description d'un char de guerre chinois
Structure générale
Le char de guerre chinois de la période Zhou-Royaumes combattants est un véhicule à deux roues, tiré par deux ou quatre chevaux, avec une caisse ouverte à l'arrière permettant à des combattants de prendre placele combat. Sa conception est le fruit de plusieurs siècles de perfectionnement, alliant légèreté, solidité et maniabilité sur le champ de bataille.
L'équipage
Il se compose tout comme dans l'Antiquite Orientale Assyrien Hittite Egypte de trois hommes aux fonctions précises La composition de l'équipage d'un char de guerre est codifiée avec une précision remarquable dans les textes militaires chinois. Chaque position a son nom, ses attributions et son rang social. Le char n'est pas seulement une arme : c'est une microsociété hiérarchisée en mouvement.
Le cocher/ yu Le cocher occupe la position centrale, les pieds écartés sur le plancher de la caisse, les rênes des quatre chevaux entre les mains. Son rôle est capital : de sa maîtrise dépend l'efficacité des deux combattants à ses côtés. Conduire quatre chevaux lancés au galop tout en manœuvrant dans la mêlée est un art qui requiert des années d'apprentissage. Les textes de l'époque listent les Cinq Arts du conducteur de char (wu yu ), codifiant chaque aspect de la conduite militaire.
L'archer / she
Positionné à gauche du cocher, l'archer est l'arme principale à longue distance. Il manie l'arc composite (gong ), arme de haute technologie fabriquée à partir de couches de bois, de corne et de tendons collés sous pression — un travail d'artisan exigeant parfois plusieurs années. La portée de ces arcs pouvait dépasser 200 mètres, et un archer entraîné tirait plusieurs flèches par minute depuis un char en mouvement. Durant la période des Printemps et Automnes, l'archer est souvent le noble lui-même, le propriétaire du char.
Le lancier/ zhong
À droite du cocher, le lancier (u hallebardier est l'arme de combat rapproché. Il manie la ge (?), hallebarde à lame bronze perpendiculaire à une longue hampe, ou la ji (?), combinaison de lance et hallebarde apparue plus tard. La ge est l'arme emblématique de la guerre sur char chinoise car sa forme en crochet permet d'accrocher et de tirer les adversaires, d'abattre les conducteurs ennemis, de trancher les rênes des chars adverses. La longueur des hampes — parfois plus de 3 mètres est calculée pour atteindre les occupants des chars adverses lors des passes.
Période Xinzheng capitale de l'État de Zheng
L'État de Zheng dans le monde des Royaumes combattants
L'État de Zheng occupe une position particulière dans l'histoire des Royaumes combattants. Fondé en 806 av. J.-C. par le duc Huan de Zheng, frère du roi You des Zhou, il est d'abord un petit État vassal central. Sa capitale, Xinzheng (littéralement « Nouvelle Zheng »), dans l'actuelle province du Henan, devient l'un des centres politiques et culturels de la Chine de l'époque.
Zheng est finalement absorbé par le royaume Han en 375 av. J.-C. Mais les fouilles archéologiques menées depuis les années 1960 à Xinzheng ont révélé un ensemble de nécropoles aristocratiques exceptionnellement bien conservées, dont de nombreuses tombes avec chars et chevaux les fameuses « tombes à chars » (che ma keng ) — qui constituent une source archéologique irremplaçable pour comprendre la guerre sur char de la période des Printemps et Automnes.
Les tombes à chars
La pratique de l'inhumation des chars avec leurs chevaux et parfois leurs conducteurs est attestée depuis les Shang et se poursuit jusqu'à l'époque Han. Ces tombes à chars constituent une source archéologique d'une richesse incomparable. À Anyang, capitale des Shang, plus de 50 fosses à chars ont été mises au jour. À Xinzheng, les nécropoles de l'État de Zheng ont livré des dizaines de chars bien conservés, permettant de reconstituer avec précision leur structure, leur harnachement et leur armement.
Les reconstitutions présentées au Musée de Xinzheng s'appuient directement sur ces découvertes archéologiques locales. Les proportions des chars, le harnachement des chevaux, l'armure des guerriers et leurs armes reproduisent fidèlement ce que les fouilles ont révélé sur la guerre de l'État de Zheng aux VIIe–Ve siècles av. J.-C.
Le déclin du char et son héritage
Le déclin du char de guerre en Chine est le fruit d'une longue mutation qui s'étale sur deux siècles. Dès le IVe siècle av. J.-C., les grandes batailles de la période des Royaumes combattants impliquent des armées de plusieurs centaines de milliers de fantassins, où le char ne joue plus qu'un rôle secondaire. La cavalerie montée à l'image steppique, adoptée d'abord par Zhao puis par les autres royaumes, se révèle plus rapide, plus flexible et moins coûteuse.
Le char conserve néanmoins un rôle fonctionnel jusqu'à la fin des Royaumes combattants : transport d'officiers et de commandants, poste de commandement mobile, vecteur de drapeaux et de communication sur le champ de bataille. Il reste surtout un puissant symbole social et religieux — les grandes tombes aristocratiques continuent d'être dotées de chars jusqu'à l'époque Han, témoignant de leur valeur symbolique bien au-delà de leur obsolescence militaire.
L'héritage du char de guerre chinois dépasse la seule histoire militaire. Il a structuré pendant des siècles la langue — le caractère ? (char) se retrouve dans des dizaines de mots liés au mouvement, au transport et à la guerre, la pensée politique et la poésie classique. Les Odes du Livre des Chants (Shijing ??) chantent les départs en guerre sur char comme l'image même du courage aristocratique et de la séparation douloureuse. C'est là le plus bel hommage à cette arme qui fut, pendant huit siècles, le cœur battant de la puissance militaire chinoise.
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