Vedette Elco 80 PT PT-796 Tail Ender Battleship Cove Fall River, Massachusetts
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Photographies tirées du site de Bill Malloney
Voir Aussi
Vedette Higgins Industries 78 pieds PT 309 Fredericksburg
Vedette Elco Dragon Lady 80 pieds PT-617 Dragon Lady Battleship Cove Fall River, Massachusetts
Historique ICI
History Here
Pourquoi « Tail Ender » ?
Le surnom dit tout. Le PT-796 était le dernier de son type à être construit littéralement le dernier PT boat Higgins sorti des chaînes de production de La Nouvelle-Orléans. « Tail Ender » celui qui ferme la marche un surnom mérité et parfaitement choisi.
La construction
Le PT-796 fut mis sur cale le 3 mai 1945, lancé le 23 juin, et achevé après la fin de la guerre le 26 octobre 1945.
Une construction légèrement différente des PT précédents
La coque était constituée de deux couches de planches. Contrairement aux PT boats précédents où les couches étaient posées en diagonale, la couche extérieure de la coque du PT-796 est posée longitudinalement — une modification de la conception apportée aux vedettes Higgins à la fin de 1944. De plus, au lieu de deux couches d'acajou, la couche intérieure est en épicéa. Les deux couches sont maintenues par des rivets en cuivre et des vis en bronze, avec une feuille de toile imprégnée de colle marine entre elles.
Caractéristiques techniques
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Caractéristique
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Valeur
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Constructeur
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Higgins Industries — La Nouvelle-Orléans
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Longueur
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78 pieds (23,80 mètres)
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Largeur
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20 pieds 8 pouces (6,30 mètres)
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Tirant d'eau
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4 pieds (1,22 mètre)
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Déplacement
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48 tonnes
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Propulsion
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3 moteurs Packard V-12 de 1 200 ch chacun — 3 hélices
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Vitesse
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41 nœuds (76 km/h)
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Autonomie
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358 milles à 35 nœuds — 1 050 milles à 11 nœuds
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Armement
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1 canon de 40 mm — 4 torpilles de 533 mm — 2 affûts doubles de 12,7 mm — 1 canon de 37 mm — 8 grenades sous-marines — 2 canons de 20 mm
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La Seconde Guerre mondiale — et l'absence de combat
Mis en service trop tard pour participer à la Seconde Guerre mondiale, le PT-796 ne vit jamais l'action. La guerre se termina en août 1945, un mois avant même son achèvement.
La vie après-guerre
Le PT-796 fut affecté temporairement après la guerre à l'Escadron de vedettes lance-torpilles 1, patrouillant dans les Caraïbes et au large de la côte Est.
Dépouillé de son armement, il fut ensuite affecté à la Naval Operational Development Force et au Naval Ship Research Development Laboratory à Panama City, Floride, où il fut utilisé pour des expériences de remorquage à grande vitesse pendant le développement d'équipements pour les opérations en eaux fluviales.C'est là que le PT-796 vécut son heure de gloire la plus inattendue et la plus savoureuse.
En 1961, il participa à la parade inaugurale de John F. Kennedy, repeint aux couleurs du PT-109— ce qui put dérouter les passionnés de PT boats avisés, voyant une Higgins de plus petite taille représenter la véritable Elco de 80 pieds originale du futur président.
L'anecdote est délicieuse le PT-796 représentait le PT-109 d'Elco alors qu'il était une Higgins, deux types de vedettes différents ! Mais pour la parade présidentielle, la symbolique importait plus que la rigueur historique.
Avant l'inauguration de Kennedy, le PT-796 fut peint avec le numéro de coque « 109 » pour représenter le PT-109 et fut remorqué sur un porte char dans la parade inaugurale du président Kennedy le 20 janvier 1961 à Washington, DC. L'USS Joseph P. Kennedy Jr. DD-850 participait également à la cérémonie.
La récupération et la restauration
Le PT-796 resta en service jusqu'à son désarmement le 7 juillet 1970. Il fut acquis par PT Boats, Inc. / J.M. « Boats » Newberry. Stocké sur un berceau à Memphis, Tennessee, pendant plusieurs années, puis restauré par PT Boats, Inc.
Le 14 août 1975, il fut transporté à Battleship Cove à Fall River, Massachusetts, et placé en exposition statique au PT Boat Museum avec le PT-617
Il a été classé au registre national des lieux historiques et nommé National Historic Landmark le 14 janvier 1986.
Le PT-796 et le PT-617 — un duo unique au monde
Ces deux vedettes — la Higgins PT-796 et l'Elco PT-617 — forment à Battleship Cove le seul duo de PT boats restaurés exposés ensemble dans le monde. Elles représentent parfaitement la dualité de la « flotte moustique » américaine — les deux grands constructeurs, les deux styles, les deux silhouettes si différentes — réunies pour l'éternité dans un même musée.
La « flotte moustique » une idée révolutionnaire
À la veille de la Seconde Guerre mondiale, la US Navy disposait des cuirassés et porte-avions les plus puissants du monde mais elle manquait d'un outil essentiel pour les guerres côtières et insulaires qui allaient se dérouler dans le Pacifique et en Méditerranée : une vedette rapide armée de torpilles, capable de frapper des navires bien supérieurs en taille et de disparaître dans l'obscurité avant que l'ennemi ne puisse réagir.
Le concept du PT boat — Patrol Torpedo boat — répondait à cette nécessité avec une audace remarquable. Une coque en bois de 23 à 24 mètres, propulsée par trois puissants moteurs Packard, atteignant 40 nœuds (74 km/h), armée de torpilles, de canons et de mitrailleuses — et dont l'équipage de douze à quinze hommes devait affronter des destroyers, des croiseurs et des barges de ravitaillement ennemies dans les eaux les plus dangereuses du monde.
Ces petits bateaux en bois surnommés la « flotte moustique » par leurs équipages allaient jouer un rôle considérable dans deux théâtres d'opérations très différents : le Pacifique, où ils furent employés presque exclusivement par des unités Elco, et la Méditerranée, qui vit opérer principalement les vedettes Higgins.
Les origines
L'histoire des PT boats américains commence au Royaume-Uni. En 1939, l'ingénieur britannique Hubert Scott-Paine, de la British Power Boat Company, avait développé une vedette planante de 70 pieds particulièrement réussie. Il traversa l'Atlantique avec ses plans et proposa son design à la US Navy.
La Marine américaine, intéressée, organisa des comparaisons les fameux « plywood derbies » (derbies de contre-plaqué) entre les différents constructeurs. Deux firmes émergèrent rapidement comme les candidates principales :
Elco Electric Launch Company dont l'usine était située à Bayonne, New Jersey. Elco avait acheté le design Scott-Paine, le perfectionné et proposait une vedette de 80 pieds
Higgins Industries basée à La Nouvelle-Orléans, Louisiane, fondée par le bouillant entrepreneur Andrew Jackson Higgins, spécialisée dans les embarcations à faible tirant d'eau adaptées aux bayous louisianais
Une troisième firme Huckins Yacht Company de Jacksonville, Floride obtint également un contrat limité mais ses vedettes, plus lentes et moins maniables, ne furent jamais engagées au combat.
Les Vedettes Elco ou La Reine du Pacifique
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Elco était à l'origine une firme de construction de bateaux de plaisance haut de gamme, filiale du Electric Boat Company de Groton, Connecticut le même groupe qui construisait les sous-marins américains. Cette double expertise vedettes rapides et propulsion sous-marine — allait se révéler précieuse.
Après avoir acheté le design Scott-Paine et l'avoir soumis à de nombreux essais en mer, Elco développa ses propres variantes successives de 70 à 77 puis à 80 pieds en affinant à chaque fois la forme de la coque, la puissance motrice et l'armement. La version finale de 80 pieds (24,40 mètres) fut standardisée et produites en grande série à partir de 1942.
Caractéristiques techniques de l'Elco 80 pieds
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CARACTÉRISTIQUE
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VALEUR
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Constructeur
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Elco (Electric Launch Company) — Bayonne, New Jersey
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Longueur
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80 pieds — 24,40 mètres
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Largeur (maître-bau)
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20 pieds — 6,10 mètres
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Déplacement
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38 tonnes à pleine charge
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Propulsion
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3 moteurs Packard 12 cylindres de 1 350 ch chacun — soit 4 050 ch au total
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Vitesse maximale
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40 à 41 nœuds (74-76 km/h)
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Vitesse de croisière
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23 à 25 nœuds
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Autonomie
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500 milles nautiques à 20 nœuds
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Équipage
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12 à 17 hommes selon la version
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Construction
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Double couche de placage d'acajou encollée — fixée par des centaines de rivets en cuivre et des vis en bronze
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Armement standard
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4 torpilles de 21 pouces (533 mm) — 1 canon Bofors de 40 mm — 2 mitrailleuses doubles de 12,7 mm — 1 canon Oerlikon de 20 mm — grenades sous-marines
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Nombre construit
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399 unités — le chiffre le plus élevé des deux constructeurs
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Théâtre principal
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Pacifique — utilisées presque exclusivement dans ce théâtre
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La production industrielle
A son apogée, l'usine Elco de Bayonne employait plus de 3 000 hommes et femmes travaillant en trois équipes six jours par semaine. Elle produisait en moyenne un PT boat toutes les 60 heures soit presque deux par semaine. C'était une performance industrielle remarquable pour des embarcations nécessitant une construction soigneuse en bois lamellé.
La coque Elco était construite selon un procédé soigneusement mis au point. Deux couches de planches d'acajou, orientées perpendiculairement l'une par rapport à l'autre, étaient collées et fixées par des centaines de rivets en cuivre et des vis en bronze. Le résultat était une coque légère, solide et facilement réparable avec des moyens de fortune sur les lignes de front avancées du Pacifique une qualité essentielle dans des opérations où les bases de maintenance étaient souvent à des centaines de milles des zones de combat.
La silhouette de l'Elco 80 pieds était reconnaissable entre toutes. Sa proue haute et effilée, sa superstructure relativement importante avec une timonerie bien dégagée, ses deux tourelles de mitrailleuses doubles bien visibles de part et d'autre du cockpit central tout contribuait à lui donner une prestance que les Higgins n'avaient pas tout à fait.
Cette superstructure plus développée avait un coût car elle rendait les Elco légèrement plus visibles et plus vulnérables en surface par temps calme. Mais elle offrait aussi plus de confort relatif à l'équipage lors des longues patrouilles nocturnes dans le Pacifique.
Les Vedettes Higgins
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Si Elco était une entreprise de tradition industrielle et navale, Higgins Industries représentait quelque chose d'entièrement différent avec l'énergie débordante d'un entrepreneur autodidacte du Sud américain, convaincu que ses bateaux pouvaient être les meilleurs du monde et prêt à se battre contre l'establishment militaire pour le prouver.
Andrew Jackson Higgins avait fondé sa firme à La Nouvelle-Orléans en 1930. Sa spécialité initiale était les embarcations à très faible tirant d'eau adaptées aux conditions particulières des bayous louisianais ces marécages côtiers où les fonds sont changeants et les obstacles nombreux. Cette expertise dans les coques capables de naviguer en eaux peu profondes allait s'avérer d'une valeur inestimable pour la conception des barges de débarquement qui portèrent les soldats alliés sur les plages de Normandie et du Pacifique.
Le général Eisenhower lui-même déclara après la guerre qu'Andrew Jackson Higgins était « l'homme qui a gagné la guerre » en référence à ses barges de débarquement LCVP (Landing Craft, Vehicle, Personnel) qui permirent les grands débarquements amphibies de la Seconde Guerre mondiale. Ses vedettes lance-torpilles, moins célèbres, méritent une attention égale.
Higgins Industries fabriqua au total 20 094 embarcations de toutes sortes pendant la guerre dont la grande majorité étaient des barges de débarquement. Seulement 199 de ces embarcations étaient des vedettes lance-torpilles PT boats.
Caractéristiques techniques de la Higgins 78 pieds
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CARACTÉRISTIQUE
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VALEUR
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Constructeur
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Higgins Industries — La Nouvelle-Orléans, Louisiane
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Longueur
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78 pieds — 23,80 mètres — soit 2 pieds de moins que l'Elco
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Largeur (maître-bau)
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20 pieds — 6,10 mètres — identique à l'Elco
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Déplacement
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35 à 56 tonnes selon version et chargement
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Propulsion
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3 moteurs Packard 12 cylindres de 1 350 ch — même motorisation que l'Elco
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Vitesse maximale
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40 à 41 nœuds — identique à l'Elco
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Autonomie
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Comparable à l'Elco
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Équipage
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12 à 17 hommes
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Construction
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Double couche de placage d'acajou — même technique que l'Elco mais aménagement intérieur différent
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Armement standard
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4 torpilles Mk 8 ou Mk 13 — 1 canon Bofors de 40 mm (à la poupe) — 1 canon Oerlikon de 20 mm (à la proue) — 2 mitrailleuses doubles de 12,7 mm — grenades sous-marines
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Différence de disposition
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Forepeak (partie avant) plus grand — offrant un espace de rangement supérieur à l'Elco
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Nombre construit
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199 unités
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Théâtre principal
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Méditerranée — aussi utilisées dans les Aléoutiennes et en Extrême-Orient
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La grande différence visuelle entre une Elco et une Higgins se voyait immédiatement au premier coup d'œil la Higgins avait beaucoup moins de superstructure que son concurrent de Bayonne. Sa timonerie était plus basse, plus compacte, et l'ensemble de la vedette donnait une impression de sobriété que les équipages appréciaient pour ses qualités de discrétion en opération.
Cette silhouette plus basse avait des avantages tactiques réels — une vedette moins visible était une vedette qui survivait plus longtemps lors des approches nocturnes de côtes ennemies. En Méditerranée, où les opérations se déroulaient souvent à portée des canons côtiers allemands et italiens, cette discrétion pouvait faire la différence entre la vie et la mort.
L'aménagement intérieur de la Higgins était également différent de celui de l'Elco notamment avec un forepeak (compartiment avant) plus grand, offrant un espace de rangement supplémentaire précieux pour les longues patrouilles. Cette différence d'aménagement reflétait les priorités différentes des deux constructeurs — Elco privilégiait la vitesse pure et l'armement visible, Higgins l'efficacité opérationnelle et le confort relatif de l'équipage.
Elco contre Higgins
La rivalité entre Elco et Higgins ne se limita pas aux essais militaires — elle prit parfois des dimensions presque sportives, avec les fameux « plywood derbies » (derbies de contre-plaqué) qui voyaient les vedettes des deux constructeurs s'affronter en vitesse, en maniabilité et en tenue de mer.Ces essais comparatifs ne furent pas toujours menés de manière totalement équitable. Lors des premiers tests, les Elco furent testées à un poids inférieur à celui des Higgins avantageant mécaniquement les premières. La Marine dut ensuite organiser des tests plus rigoureux à Miami Beach pour établir une comparaison objective et les résultats montrèrent que les deux vedettes avaient des performances comparables lorsqu'elles étaient évaluées dans les mêmes conditions.
Cette rivalité eut une conséquence heureuse carelle poussa les deux constructeurs à améliorer constamment leurs designs, conduisant à des vedettes de plus en plus efficaces au fil de la guerre.
Tableau comparatif — Elco 80 pieds contre Higgins 78 pieds
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Critère
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ELCO 80 pieds
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HIGGINS 78 pieds
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Longueur
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80 pieds (24,40 m)
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78 pieds (23,80 m)
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Déplacement
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38 tonnes
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35-56 tonnes
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Moteurs
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3 x Packard 1 350 ch
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3 x Packard 1 350 ch
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Vitesse max.
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40-41 nœuds
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40-41 nœuds
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Superstructure
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Plus haute et développée
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Plus basse et sobre
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Forepeak (avant)
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Standard
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Plus grand — rangements supérieurs
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Tenue de mer
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Bonne — proue haute
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Comparable — différente en gros temps
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Production
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399 unités
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199 unités
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Théâtre favori
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Pacifique (quasi exclusif)
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Méditerranée (principale)
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Vedette célébre
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PT-109 — JF Kennedy
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PT-309 — « Oh Frankie »
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Survivantes
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Quelques exemplaires en musée
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PT-305 (New Orleans) et PT-309 (Fredericksburg)
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Malgré leurs différences, les vedettes Elco et Higgins partageaient de nombreuses caractéristiques fondamentales qui les rendaient interchangeables du point de vue opérationnel :
La même motorisation — trois Packard 12 cylindres de 1 350 ch chacun — avec le même carburant à haut indice d'octane
La même vitesse maximale — environ 40-41 nœuds — qui était leur atout principal
La même technique de construction en double couche de placage d'acajou
Le même armement de base — torpilles, mitrailleuses de 12,7 mm, canons de 20 et 40 mm
Les mêmes pièces de rechange — les Packard et de nombreux équipements étaient standardisés entre les deux types
Les mêmes tactiques d'emploi — approche nocturne, tir de torpilles, retraite rapide
Les Opérations
Pearl Harbor et les Philippines
Les PT boats étaient présents dès le premier jour de la guerre américaine. Le 7 décembre 1941, des vedettes lance-torpilles se trouvaient à la fois à Pearl Harbor et à Manille lorsque les avions impériaux japonais attaquèrent. Armées seulement de leurs mitrailleuses de 12,7 mm, leurs artilleurs abattirent deux avions torpilleurs japonais rasant les flots. Six vedettes arrimées sur le pont d'un pétrolier à destination des Philippines tirèrent 4 000 coups sur les assaillants.
Mais c'est aux Philippines que les PT boats allaient connaître leur baptême du feu le plus dramatique. La Motor Torpedo Boat Squadron 3, sous les ordres du lieutenant John D. Bulkeley, ne disposait que de six vedettes — toutes des Elco — pour faire face à l'invasion japonaise des Philippines à partir du 8 décembre 1941.
Bulkeley et ses hommes firent preuve d'un courage remarquable dans des conditions impossibles — moteurs défaillants, manque de pièces de rechange, carburant sabotéau la cire, torpilles obsolètes, absence de relève. Ils menèrent des patrouilles nocturnes harassantes, attaquant les barges de ravitaillement japonaises et harcelant les côtes ennemies. Fin décembre 1941, Bulkeley s'infiltra dans la baie de Manille déjà occupée par les Japonais et coula plusieurs embarcations ennemies mouillées là
L'évacuation de MacArthur mars 1942
L'épisode le plus célèbre de toute l'histoire des PT boats fut sans conteste l'évacuation du général Douglas MacArthur de Corregidor en mars 1942 une opération menée avec des Elco.
En mars 1942, le général MacArthur commandant des forces alliées aux Philippines reçut l'ordre de quitter Corregidor pour l'Australie afin de prendre le commandement du théâtre du Pacifique sud-ouest. Il choisit Bulkeley et ses PT boats pour l'évacuer — préférant le risque d'une traversée en surface à bord de vedettes de bois plutôt que la sécurité relative d'un sous-marin dans lequel il refusait d'être « confiné sous les vagues ».
Le 11 mars 1942 à la nuit tombée, quatre PT boats — dont le PT-41 commandé par Bulkeley — quittèrent Corregidor avec MacArthur, sa femme Jean, son jeune fils Arthur, son aide de camp, son infirmière et ses principaux collaborateurs — soit 22 personnes en tout. Le voyage de plus de 800 kilomètres à travers les eaux contrôlées par la marine impériale japonaise fut accompli en trois jours malgré les tempêtes, les pannes de moteur et les rencontres avec des destroyers ennemis. MacArthur arriva à Mindanao le 13 mars, d'où il put poursuivre par avion vers l'Australie.MacArthur avait promis : « Je reviendrai ». Et en effet — le 2 mars 1945, il revint aux Philippines en débarquant depuis... un PT boat. Le cercle était bouclé.
Le Pacifique — la guerre des îles
Dans le Pacifique, les PT boats presque toutes des Elco — jouèrent un rôle crucial dans la guerre des îles qui s'étendit des Philippines aux Salomons, de la Nouvelle-Guinée aux Aléoutiennes.
Leur mission principale évolua rapidement. Théoriquement conçues pour attaquer les grands navires de guerre à la torpille, les vedettes lance-torpilles se révélèrent moins efficaces que prévu dans ce rôle — leurs torpilles des années 1920 n'atteignaient que 28 nœuds, bien en deçà de la vitesse des destroyers japonais qu'elles devaient intercepter. En revanche, elles excellèrent dans l'interdiction des lignes d'approvisionnement côtières — chassant et coulant les barges japonaises qui ravitaillaient les garnisons insulaires de nuit, le long des côtes de Nouvelle-Guinée, des Salomons et des Philippines.
Les conditions d'opération dans le Pacifique étaient particulièrement éprouvantes. Les équipages vivaient dans des conditions primitives sur des bases avancées — tentes, chaleur écrasante, moustiques porteurs de malaria, ravitaillement incertain. Leurs vedettes, malmenées par la navigation intensive dans des eaux semées de récifs et de corail, nécessitaient un entretien constant. Les moteurs Packard — puissants mais gourmands — dévoraient du carburant à haut indice d'octane dont l'approvisionnement était toujours aléatoire.
La Méditerranée
Pendant que les Elco combattaient dans le Pacifique, les vedettes Higgins étaient préférentiellement affectées au théâtre méditerranéen et particulièrement aux opérations le long des côtes italiennes et françaises.
Les conditions d'opération en Méditerranée étaient très différentes de celles du Pacifique. Les distances étaient moindres, mais les côtes ennemies étaient bien défendues — batteries côtières allemandes et italiennes, patrouilles de MAS (l'équivalent italien des PT boats) et de E-boats allemands. Les eaux étaient parsemées de mines. Et les opérations se déroulaient souvent en coordination avec les Forces côtières britanniques qui avaient leur propre tradition de guerre des vedettes.
Les escadrons de Higgins basés à Bastia en Corse — comme le PTRon 22 du PT-309 — menèrent leurs opérations le long de la côte ligure et de la Riviera française, interdisant les routes de ravitaillement allemandes et attaquant les convois côtiers. Ces opérations étaient particulièrement dangereuses car les Allemands avaient mis en place un système de défense côtière dense avec des batteries de canons, des mines et des patrouilles régulières.
Parmi les épisodes les plus remarquables de la guerre des PT boats en Méditerranée, on notera la capture de l'état-major naval italien au large de la Sicile en 1943 — accomplie par deux vedettes qui intercept une embarcation transportant des amiraux italiens tentant de fuir après l'armistice. Et la participation d'un PT boat au Débarquement de Normandie du 6 juin 1944 — où une vedette engagea en duel une batterie d'artillerie côtière nazie.
Les Hommes Célèbres des PT Boats
Le lieutenant John D. Bulkeley fut sans conteste le plus célèbre commandant de PT boats de la guerre celui qui porta le mythe de ces petites vedettes de bois aux oreilles du grand public américain.Commandant de la Motor Torpedo Boat Squadron 3 aux Philippines, Bulkeley mena ses hommes dans des conditions impossibles pendant les premiers mois de la guerre dans le Pacifique. Son audace, son mépris du danger et ses succès dans des conditions désespérées lui valurent la Medal of Honor la plus haute décoration militaire américaine en 1942.
C'est Bulkeley qui commanda le PT-41 lors de l'évacuation de MacArthur — l'opération la plus célèbre de toute l'histoire des PT boats. Après les Philippines, il rentra aux États-Unis où il fut utilisé comme outil de propagande et de recrutement — parcourant le pays pour vendre des bons de guerre et recruter des candidats pour les vedettes lance-torpilles. C'est d'ailleurs lui qui admit le jeune John Kennedy dans le programme de formation des PT boats après l'avoir interrogé personnellement.Selon ses propres aveux, Bulkeley avait tendance à exagérer les performances des PT boats dans ses discours de recrutement — une habitude qui créa parfois une confiance excessive parmi les jeunes commandants qui osaient attaquer des cibles trop bien défendues. Cette culture de l'audace était à double tranchant.
John Fitzgerald Kennedy PT-109
Aucun épisode de l'histoire des PT boats n'a marqué aussi profondément la mémoire collective américaine que la nuit du 1er au 2 août 1943 dans le détroit de Blackett, aux îles Salomon la nuit où le PT-109 fut coulé.
Le lieutenant junior grade John F. Kennedy — futur 35e président des États-Unis — commandait le PT-109, un Elco de 80 pieds, depuis avril 1943. Dans la nuit du 1er au 2 août, quinze PT boats furent envoyés intercepter le « Tokyo Express » — les destroyers japonais qui ravitaillaient les garnisons des îles Salomon de nuit. Le groupe de Kennedy, composé de quatre vedettes, patrouillait dans le détroit de Blackett.
À 02h27, le destroyer japonais Amagiri surgit de l'obscurité à toute vitesse et percuta le PT-109 le coupant en deux. La moitié arrière coula immédiatement. La moitié avant, encore à flot grâce à ses compartiments étanches, demeura en surface pendant environ 12 heures avant de couler à son tour.
Deux hommes de l'équipage moururent dans la collision. Kennedy lui-même blessé au dos sauva plusieurs de ses hommes en les remorquant à la nage jusqu'à une île voisine, tenant dans sa bouche la courroie du gilet de sauvetage d'un homme gravement brûlé. Les onze survivants atteignirent une île tenue par les Japonais, puis une autre plus petite à l'écart de la route japonaise.
Après six jours de survie sur ces îles contactant des éclaireurs des Salomon qui transmirent leurs messages Kennedy et son équipage furent sauvés le 8 août 1943. Kennedy reçut la Navy and Marine Corps Medal pour sa bravoure et fut hospitalisé plusieurs mois pour ses blessures au dos des blessures qui allaient le tourmenter pour le reste de sa vie.Pendant ses campagnes électorales, Kennedy faisait régulièrement référence à son service sur le PT-109. Lorsqu'un journaliste lui demanda un jour comment il était devenu un héros de guerre, Kennedy répondit avec son humour caractéristique : « C'est involontaire ils ont coulé mon bateau. »
Les Vedettes des autres pays
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