Médiéval Merovingiens Tombe Reine Arnegonde St Denis St Germain en Laye MAN









Médiéval Merovingiens  Tombe Reine Arnegonde St Denis St Germain en Laye MAN
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Que nous apprennent ces bijoux, retrouvés dans une tombe, sur la défunte qui les portait ?
En 1959, à l’occasion de fouilles entreprises dans la basilique Saint-Denis, un sarcophage de pierre qui réserve bien des surprises est découvert. Cette tombe contient en effet la dépouille d’une reine mérovingienne accompagnée d’un luxueux mobilier funéraire. Depuis la seconde moitié du Ve siècle, les aristocrates avaient pris l’habitude de se faire inhumer à proximité de la tombe de saint Denis afin de se placer sous sa protection. Le premier roi mérovingien à faire de même est Dagobert, en 639. Par la suite et avec les déplacements du centre du pouvoir, la basilique cessa un temps d’être nécropole royale pour le redevenir officiellement sous les Capétiens à partir du IXe siècle, jusqu’à Louis XVIII au début du XIXe siècle.
L’IDENTIFICATION DE LA DÉFUNTE
D’emblée la sépulture est reconnue comme féminine par la présence de bijoux caractéristiques des Mérovingiennes [ image principale ]. La parure comprend principalement une paire de fibules (sorte de broche), des épingles de vêtement, une garniture de ceinture et des boucles d’oreilles. Tous réalisés dans des métaux précieux comme l’or et l’argent, ces objets annoncent déjà l’appartenance à un haut rang social. Une bague d’or [ détail b ] portée au pouce gauche attire aussitôt l’attention du fouilleur. C’est un anneau sigillaire, et son chaton porte une inscription. Disposées en cercle, les lettres gravées composent le nom de la défunte, ARNEGUNDIS (Arégonde), et elles encadrent un monogramme central décrypté REGINE (reine). Le nom de cette reine apparaît bien dans la fameuse Histoire des Francs écrite à la fin du VIe siècle par l’évêque Grégoire de Tours. Aucun doute n’est possible sur l’identification de la reine.
Arégonde fut l’une des épouses du roi Clotaire Ier (règne 511-561), lui-même dernier fils de Clovis, premier roi des Francs (règne 481-511) et fondateur de la dynastie mérovingienne. En 539, elle donna naissance au futur roi Chilpéric Ier. L’évêque Grégoire de Tours raconte même comment Arégonde se retrouva mariée à Clotaire, déjà époux de sa sœur aînée Ingonde. Cette dernière avait prié le roi de rechercher un excellent époux, riche et sage, pour sa sœur. Clotaire, très enclin à la volupté, ne trouvant pas mieux que lui-même, l’épousa sur-le-champ.
UNE ORFÈVRERIE RAFFINÉE D’OR ET DE GRENATS
À l’époque mérovingienne, les techniques d’orfèvrerie ont atteint une grande perfection. L’orfèvrerie cloisonnée a la faveur de l’aristocratie, en particulier au VIe siècle, comme le montre la paire de fibules d’Arégonde [ détail c ]. D’origine orientale, cette technique consiste à insérer entre des cloisons d’or formant résille des plaquettes de grenats, pierres précieuses rouges venues d’Inde ou de Ceylan (Sri Lanka). Les gemmes sont disposées sur une feuille d’or striée nommée « paillon », afin de leur donner plus d’éclat. Ce type de fibule était utilisé pour fermer le haut d’une tunique. Une seule suffisait d’ordinaire, comme la fibule retrouvée dans une tombe anonyme du même site [ image 1 ], mais la reine se distingue en en possédant deux. Peut-être a-t-elle voulu lancer une nouvelle mode. L’habileté des orfèvres mérovingiens apparaît également dans la grande épingle [ détail d ] en argent et or à trois nodules incrustés de grenats. Placée au niveau de la poitrine, elle devait maintenir le voile en place comme les épingles d’or plus petites, découvertes de part et d’autre de la tête de la reine.
UNE BOUCLE D’OREILLE ÉGARÉE
Comme c’est aussi le cas pour les fibules en cloisonné, les boucles d’oreilles à corbeille de tradition byzantine ne sont pas identiques [ détail e ]. L’une est de plus grande qualité que l’autre, moins soignée. Peut-être la reine en avait-elle perdu une et l’a-t-elle fait refaire par un artisan local moins expérimenté.
LA GARNITURE DE CEINTURE
Mais l’accessoire le plus spectaculaire de cet ensemble est l’importante garniture de ceinture [ détail f ]. Elle a été réalisée à partir d’une armature d’argent massif niellée. Dans les parties en creux, l’argent est revêtu d’une tôle d’or parsemée de pierres serties et décorée de filigranes [ détail g ]. Ces techniques d’orfèvrerie se retrouvent aussi sur des fibules telle la fibule d’Humbécourt [ image 2 ]. Cette mode ne s’est diffusée qu’à partir de la fin du VIe siècle, et la reine dut être parmi les premières à se parer d’un tel bijou.
UNE TOMBE BIEN PRÉSERVÉE
Placé dans le sous-sol de la basilique de Saint-Denis, le sarcophage d’Arégonde a été protégé des infiltrations d’eau qui auraient pu endommager son contenu. De nombreux restes organiques (os, cuir, tissus) ont ainsi pu y subsister. Les récentes recherches scientifiques auxquelles ils ont été soumis ont permis d’apporter de nouveaux renseignements sur la reine. Les analyses des ossements d’Arégonde (dont on ignore la date de naissance) indiquent qu’elle était petite (entre 1,50 m et 1,60 m) et mince. Celles de ses dents révèlent qu’elle serait décédée vers l’âge de soixante ans. L’examen de sa dépouille a également montré que la reine avait souffert de la poliomyélite dans son enfance et en avait gardé un pied déformé. Adulte, elle devait être diabétique, car ses os présentent l’épaississement caractéristique de cette maladie.
Les parures d’Arégonde montrent des traces d’usure, preuve qu’elles ont été longtemps portées. La reine devait beaucoup y tenir. Dans tous les cas, elles donnent un bon aperçu du luxe qui règne à la cour de Paris quand elle décède vers 580. Arégonde, en digne reine, quitta ce monde en grand apparat comme le voulait la coutume mérovingienne. Parée de tous ses bijoux, elle était enveloppée dans un long manteau de soie aux manches brodées d’or et teint à la pourpre. Cette couleur d’un rouge profond était traditionnellement réservée à l’empereur et à son entourage dans l’Antiquité.
Christine Vève
Permalien : https://www.panoramadelart.com/parure-de-la-reine-aregonde

 

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