Le limes de Germanie supérieure et de Rhétie
En allemand, on l’appelle Obergermanisch-Raetischer Limes : c’est la frontière fortifiée que Rome a tenue entre le Rhin et le Danube. Elle mesure environ 550 km, de Rheinbrohl sur le Rhin (en amont de Coblence) jusqu’à Eining sur le Danube (près de Kelheim, en Bavière). C’est le plus long monument archéologique d’Europe. Il est inscrit au patrimoine mondial de l’UNESCO depuis 2005, au sein des « Frontières de l’Empire romain ».
Deux provinces, deux limes
La frontière suivait le découpage administratif. La jonction entre les deux tronçons se trouve dans le Rotenbachtal, près de Schwäbisch Gmünd (Bade-Wurtemberg).
Limes Germanicus Superior (environ 380 km)
Il dépendait de la province de Germanie supérieure (capitale : Mogontiacum, l’actuelle Mayence). Depuis Rheinbrohl, il traverse le Westerwald et le Taunus. Il dessine ensuite le saillant de la Wetterau, puis s’appuie sur le Main, qui sert de frontière fluviale. Il franchit enfin l’Odenwald et rejoint le Wurtemberg. Sa partie la plus spectaculaire est une ligne rigoureusement droite d’environ 80 km entre Walldürn et Welzheim.
L’obstacle se composait d’une palissade de bois, doublée plus tard d’un fossé et d’un talus.
- Sites emblématiques : la tour reconstituée de Rheinbrohl, le fort du Zugmantel (Taunus) et la Saalburg, fort entièrement reconstruit au début du XXe siècle.
Limes Raeticus (environ 165 km)
Il dépendait de la province de Rhétie (capitale : Augusta Vindelicum, l’actuelle Augsbourg). Il file vers l’est à travers le Jura souabe et la Franconie jusqu’au Danube.
Sa particularité : la palissade y a été remplacée par un véritable mur de pierre, épais d’environ 1 m et haut de 2 à 3 m. Les habitants l’ont surnommé plus tard la Teufelsmauer, le « mur du diable ».
- Sites emblématiques : Aalen, le plus grand fort de cavalerie au nord des Alpes, qui abritait une aile de mille cavaliers (ala milliaria). On peut citer aussi Weißenburg, Ruffenhofen et Eining (Abusina), au point d’arrivée sur le Danube.
Chronologie
- Vers 83 apr. J.-C. : Domitien, en guerre contre les Chattes, pose les premiers jalons dans le Taunus et la Wetterau.
- Sous Hadrien (vers 120) : une palissade continue matérialise la frontière.
- Vers 150-160, sous Antonin le Pieux : la ligne est avancée vers l’est. C’est le « limes antérieur », avec son grand tracé rectiligne.
- Fin IIe-début IIIe siècle : construction du fossé et du talus en Germanie supérieure et du mur de pierre en Rhétie.
- Vers 259-260 : c’est la Limesfall. Sous la pression des Alamans et dans la crise du IIIe siècle, Rome abandonne la ligne et se replie sur le Rhin et le Danube.
Fonctionnement
Le limes n’était pas un rempart conçu pour arrêter une armée. C’était une frontière contrôlée : il servait à surveiller les passages, à canaliser le commerce et à percevoir les droits de douane. On y compte environ 900 tours de guet et plus d’une centaine de forts et de fortins. Les tours restaient en contact visuel les unes avec les autres et pouvaient donner l’alerte aux garnisons des forts situés en retrait.
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