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La Bretagne et Rome
La Conquête de la Bretagne
Jules César 55 et 54 av. J.-C. Suétone, dans la Vie des douze Césars écrira « Il est le premier Romain à franchir la Manche et à poser le pied sur l'île de Bretagne. » Les premières activités militaires romaines en Bretagne furent menées par Jules César lors de ses campagnes en Gaule. En soumettant les peuples gaulois, César prit conscience des relations étroites qui existaient entre Gaulois et Bretons— des Bretons avaient aidé les Vénètes contre ses légions, et de nombreux réfugiés gaulois trouvaient asile outre-Manche.
En août 55 av. J.-C., César traversa la Manche pour la première fois avec deux légions une expédition de reconnaissance plutôt qu'une véritable conquête. Il combattit les tribus locales sur le rivage mais ne s'enfonça pas dans les terres. L'année suivante, en juillet 54 av. J.-C., il revint avec une force bien plus importante — cinq légions et deux mille cavaliers. Cette fois il franchit la Tamise, défit une coalition bretonne dirigée par Cassivellaunos et reçut la soumission de plusieurs rois du sud de l'île.
Cependant César décida de ne pas s'installer. Peu désireux de diviser ses forces, il conclut une paix rapide, prit des otages et repartit en Gaule avec la promesse d'un tribut annuel à Rome. Comme le noter Strabon, les frais d'entretien d'une légion de garrison égaleraient le montant des impôts qu'on pourrait percevoir la conquête n'était pas rentable. César avait surtout voulu impressionner à Rome ses détracteurs et le peuple et montrer qu'aucun obstacle pas même l'océan mystérieux ne pouvait l'arrêter.
Caligula 39-40 apr. J.-C. et la non-invasion Suetone dans la vie des Douze Césars ecrira « Postremo quasi perpetraturus bellum, derecta acie in litore Oceani ac ballistis machinisque dispositis, nemine gnaro aut opinante quidnam coepturus esset, repente ut conchas legerent galeasque et sinus replerent imperavit, "spolia Oceani" vocans "Capitolio Palatioque debita
Près d'un siècle s'écoula entre les expéditions de César et la véritable conquête. Pendant cette période, le sud de la Bretagne s'intégra progressivement dans la sphère d'influence romaine par le commerce et la diplomatie. Des royaumes pro-romains s'établirent dans le sud-est de l'île. En 39 apr. J.-C., l'empereur Caligula massa des troupes près de Gesoriacum (Boulogne-sur-Mer) et y fit édifier un phare il planifiait visiblement une expédition en Bretagne. L'épisode qui suivit est l'un des plus étranges de l'histoire militaire romaine. Caligula rassembla ses troupes en formation de combat face à la Manche et, leur ordonna de ramasser des coquillages qu'il appela le « butin de l'Océan dû au Capitole et au Palais. » Certains historiens modernes pensent qu'il s'agissait en réalité d'un ordre de ramasser des matériaux de construction le mot latin musculi désigne à la fois des moules et des huttes de génie militaire mais la signification exacte de cet épisode reste mystérieuse. Quoi qu'il en soit, Caligula renonça finalement à l'invasion pour des raisons budgétaires et politiques. Mais les troupes qu'il avait rassemblées resteront contonnées sur palce et ainsi mobilisées elles fournirent à son successeur Claude le noyau de la force d'invasion.
Claude 43 apr. J.-C.la vraie conquête
L'annexion proprement dite de la Bretagne incomba à l'un des empereurs les moins attendus pour une telle entreprise Claude, que ses contemporains considéraient comme un lettré maladroit, boiteux et bègue alors qu'il fut un des plus grans empereurs. En 43 apr. J.-C., il envoya en Bretagne quatre légions (II Augusta, IX Hispana, XIV Gemina et XX Valeria Victrix) sous le commandement du sénateur Aulus Plautius fort d'une armée de près de quarante mille hommes.
Les plans d'attaque prévoyaient un débarquement simultané en trois points différents Lympne, Douvres et Richborough pour forcer les Bretons à scinder leurs forces. Mais les Bretons, qui n'avaient pas cru à cette expédition après la pantalonade de Caligula, avaient laissé la côte sans défenses. Les légions débarquèrent pratiquement sans opposition. Les batailles décisives eurent lieu sur la Medway et la Tamise, où les Catuvellauni la tribu la plus puissante du sud-est furent défaits.
Claude lui-même se rendit en Bretagne pour presider à l'entrée triomphale dans Camulodunum (Colchester), la capitale des Catuvellauni qu'il désigna comme capitale de la nouvelle province romaine. Il n'y séjourna que seize jours suffisamment pour recevoir la soumission de onze rois bretons avant de retourner à Rome où il fut accueilli triomphalement. Aulus Plautius devint le premier gouverneur de Bretagne avec mission de conquérir le reste de l'île.
Le fils de Claude fut nommé Britannicus en souvenir de la conquête de la Bretagne. Hélas même avec un nom, destiné à immortaliser la gloire du père,il faut une des victimes de Néron, son demi-frère, pas biologique qui le fit empoisonner à 14 ans. La pacification difficile 43-84 apr. J.-C. Tacite dans la vie d 'Agricola decrira Rapt, massacre, pillage — c'est ce qu'ils appellent du faux nom d'autorité. Et lorsqu'ils font le vide, ils parlent de pacification.
Elle durant plus d'un demi siècle La Fosse Way et les premières résistances Après le départ de Claude, la pacification du territoire conquis s'avéra bien plus longue et difficile que la conquête initiale. Le gouverneur Publius Ostorius Scapula, arrivé en 47, traça une voie de 350 km avec fossé la Fosse Way délimitant provisoirement la Bretagne romaine au sud. Au nord et à l'ouest, les tribus résistaient farouchement.
Caratacus, chef des Catuvellauni échappé de la défaite, prit la tête de la résistance bretonne pendant plusieurs années, menant une guerre de guérilla depuis le Pays de Galles. Ses discours, rapportés par Tacite, sont parmi les plus éloquents de l'Antiquité sur le thème de la résistance à Rome.
La plus grave menace à la domination romaine vint d'une reine Boudicca (ou Boadicée), veuve du roi des Icéniens Prasutagus. Lorsque Rome annexa brutalement son royaume à sa mort, confisquant ses biens et maltraitant sa famille, Boudicca souleva les Icéniens et plusieurs autres tribus. Ses armées détruisirent Camulodunum, Londinium (Londres) et Verulamium (Saint Albans), massacrant selon Tacite jusqu'à 70 000 Romains et Bretons romanisés.
Suetonius Paulinus, gouverneur occupé à réduire la résistance druidique à Anglesey, dut précipitamment ramener ses légions vers l'est. Il vainquit finalement Boudicca dans une bataille rangée dont le lieu exact est inconnu, mais qui mit fin à la révolte. Boudicca s'empoisonna plutôt que d'être capturée. La répression fut sévère mais tempérée par les instructions de Rome qui voulait éviter de nouveaux soulèvements.
Agricola 78-84 apr. J.-C. la conquête au bout du monde
C'est sous le gouvernement de Gnaeus Julius Agricola dont le beau fils l'historien Tacite nous a laissé une biographie détaillée de ses campagnes que Rome poussa ses conquêtes en Bretagne au maximum de leur extension. Agricola anéantit la résistance au Pays de Galles, soumit les Brigantes dans les Pennines, puis marcha résolument vers le nord, envahissant ce que les Romains appelaient la Calédonie (l'Écosse actuelle).
Sa stratégie était brillante il combinait les avancées terrestres de ses légions avec des opérations navales de la flotte romaine qui circonnavigua pour la première fois l'île de Bretagne, confirmant ainsi définitivement son insularité. En 83 apr. J.-C., lors de la bataille du mont Graupius, il écrasa une coalition calédonienne dirigée par Calgacus dans ce qui fut la bataille la plus septentrionale de l'histoire romaine.
Mais l'empereur Domitien, jaloux du prestige de son général et préoccupé par des crises sur d'autres frontières de l'Empire, rappela Agricola à Rome en 84. La Calédonie ne fut jamais véritablement soumise, et les légions se replièrent progressivement vers le sud. L'expérience d'Agricola avait démontré que la conquête totale de la Bretagne était militairement possible — mais que son coût dépassait les bénéfices que Rome pouvait en tirer.
Provincia Britania Les Frontières Le Mur d'Hadrien
La décision d'Hadrien fut de renoncer à la politique de conquête« Marguerite Yourcenar dans la vie d'HAdrien écrira eCe rempart devint l'emblème de mon renoncement à la politique de conquête : au pied du bastion le plus avancé, je fis ériger un temple au dieu Terme. » L'abandon de la politique de conquête en Bretagne cristallisa sous l'empereur Hadrien (117-138 apr. J.-C.). Hadrien, prince de la Pax Romana, souhaitait avant tout consolider la domination romaine à l'intérieur des frontières existantes plutôt que de les étendre indéfiniment. En visitant la Bretagne en 122 apr. J.-C., il fut frappé par la difficulté de maintenir l'ordre dans le nord de l'île et décida de matérialiser définitivement la frontière par un ouvrage monumental.
Cette décision ne fut pas unanimement approuvée. Les généraux favorables à la poursuite de la conquête auraient préféré une reprise des hostilités. Mais Hadrien était convaincu que la consolidation valait mieux que l'expansion — et la construction du mur allait de plus occuper efficacement les légions, maintenant leur discipline et leurs compétences d'ingénierie.
C' est une fortification en pierre et en tourbe construite à partir de 122 apr. J.-C. Il traverse le nord de l'Angleterre d'est en ouest, de la mer du Nord à la mer d'Irlande, sur environ 117 kilomètres (80 miles romains). C'est la frontière la plus fortement fortifiée de tout l'Empire romain.
Rôle du Mur d'Hadrien
Le rôle du Mur d'Hadrien fut multiple et complexe bien au-delà de la simple barrière militaire que son aspect imposant pourrait suggérer. Les historiens modernes s'accordent sur plusieurs fonctions complémentaires.
Rôle militaire et de surveillance Le mur permettait de détecter et ralentir les incursions des tribus calédoniennes — les Pictes principalement — plutôt que de les arrêter totalement. Ses milecastles et tourelles assuraient une surveillance permanente de la frontière, permettant d'alerter rapidement les forts principaux en cas d'incursion. Les portes dans les milecastles permettaient également aux patrouilles romaines de sortir au nord pour des missions de reconnaissance. Rôle douanier et économique
Les portes traversant le mur servaient de postes de contrôle pour la perception de taxes sur les produits importés ou exportés. Le commerce entre la Bretagne romaine et les tribus du nord n'était pas interdit mais il était contrôlé et taxé. Cette fonction économique explique pourquoi les portes des milecastles s'ouvraient vers le nord elles étaient des points de passage officiels autant que des ouvertures militaires.
Rôle politique et symbolique
Le mur était avant tout un symbole de la puissance impériale romaine. Sa construction occupa les légions pendant des années, maintenant leur discipline et leurs compétences. Sa présence imposante affirmait la volonté de Rome de fixer définitivement sa frontière — un message autant destiné aux tribus du nord qu'aux populations romaines de Bretagne qui pouvaient se sentir protégées.
Rôle social — séparer deux mondes
Le mur séparait symboliquement et physiquement deux modes de vie la Bretagne romanisée au sud, avec ses villes, ses routes, ses temples et ses marchés et la Bretagne barbare au nord, avec ses tribus, ses clans et ses traditions celtes. Cette séparation n'était jamais absolue car des populations vivaient au nord du mur dans la zone de contrôle romaine mais elle matérialisait une frontière culturelle autant que militaire.
Sous le règne d'Antonin le Pieux (138-161 apr. J.-C.), Rome tenta de nouveau d'avancer la frontière en Bretagne. Le gouverneur Quintus Lollius Urbicus natif de Numidie (Algérie actuelle), ayant servi en Judée lors de la révolte de Bar Kokhba — mena une série de campagnes couronnées de succès dans le sud de l'Écosse actuelle et commença vers 142 apr. J.-C. la construction d'un second mur, plus au nord.
Le Mur d'Antonin reliait le Firth of Forth à la Clyde — la partie la plus étroite de l'Écosse — sur environ 63 kilomètres. Il était donc moitié moins long que le Mur d'Hadrien, mais gardait des caractéristiques propres.
Rôle du Mur d'Antonin
Le Mur d'Antonin avait des objectifs à la fois militaires et politiques. Il isolait les Maeatae de leurs alliés calédoniens plus au nord et formait une zone tampon au nord du Mur d'Hadrien. Il facilitait également les mouvements de troupes d'est en ouest dans cette région difficile.
Tout comme son prédécesseur son objectif principal n'était pas uniquement militaire il permettait surtout à Rome de contrôler une région et d'en retirer des taxes, et sur un plan politique, d'isoler les rebelles du nord de la Bretagne de tout sujet déloyal de l'Empire qui voudrait entrer en leur contact pour coordonner une révolte. L'abandon du Mur d'Antonin
La construction du Mur d'Antonin prit douze ans. Mais dès son achèvement, les difficultés commencèrent. Vers 160 apr. J.-C., sous le règne de Marc Aurèle, les tribus du nord principalement les Pictes exercèrent une pression croissante que les garnisons du Mur d'Antonin ne purent contenir. Le mur fut abandonné et les troupes romaines se replièrent derrière le Mur d'Hadrien qui redevint la frontière permanente de l'Empire en Bretagne.
Cette retraite définitive ne signifiait pas la fin de toute activité militaire romaine au nord du Mur d'Hadrien. Des forts avancés comme Newstead (Trimontium) continuèrent d'être occupés pendant des périodes, et des patrouilles franchissaient régulièrement le mur. Mais la frontière fixe et permanente de la Bretagne romaine resta désormais le Mur d'Hadrien jusqu'au retrait des légions au début du Ve siècle.
https://zweilawyer.com/2016/04/29/battaglie-nella-britannia-tardo-antica-367-476-d-c/
La Bretagne après la fin de la domination romaine
La période qui suivit la fin de la domination romaine en Bretagne fut riche en batailles et en luttes intestines visant à obtenir la domination de l'île ou d'une partie de celle-ci.
Le départ des dernières légions de Bretagne ne fut pas un fait inattendu et soudain, comme certains livres voudraient nous le faire croire. Déjà à la fin du IIIe siècle, face aux incursions maritimes continuelles des Francs et des Saxons, l'Empire avait organisé le Litus Saxonicum, un système de fortifications situées des deux côtés de la Manche, qui servait à défendre les possessions romaines et à coordonner les activités de la classis britannica (la flotte stationnée en Bretagne).
Le Litus Saxonicum fut mis à rude épreuve tout au long du IVe siècle, au point que les envahisseurs parvinrent même à tuer le Comes litoris Saxonici per Britannias (commandant du Litus Saxonicum) Nectaridus en 367. Bien que se trouvant dans une situation plutôt compliquée, en 383 de nombreuses troupes britanniques se joignirent à Magnus Maximus dans sa tentative d'usurper le trône impérial. Malgré l'échec, les soldats ne revinrent plus en Bretagne. Le processus de dégarnissement des garnisons se poursuivit, en raison également de la situation de plus en plus difficile en Gaule et dans les autres provinces : les barbares fédérés voulaient plus de droits, ceux qui restaient hors des frontières voulaient y entrer, et Rome se trouvait dans une situation d'instabilité politique continuelle. Ce fut un énième usurpateur britannique, Constantin III, qui emmena les dernières légions sur le continent.
Par ailleurs, ce même Constantin III, connu aussi sous le nom de Constantin II, devint l'un des souverains mythiques de la Bretagne, au point que certaines légendes le considèrent comme le père d'Ambrosius Aurelianus et d'Uther Pendragon. En 410 donc, il n'y avait plus de contingents romains en Bretagne. De nombreux soldats restèrent probablement sur place, en particulier ceux qui avaient épousé des femmes du lieu, et la nombreuse population bretonno-romaine demeura également. Le vrai problème résidait dans la présence de nombreuses tribus, unifiées par l'autorité romaine et désormais de nouveau prêtes à se combattre entre elles.
Dans une telle situation, il fut impossible de s'accorder sur un souverain unique capable de maintenir les institutions romaines et de coordonner l'activité d'une nouvelle armée — seule possibilité pour endiguer les incursions continuelles non seulement des Jutes, des Angles et des Saxons, mais aussi des Scots et des Pictes, qui franchissaient désormais sans problème le mur d'Hadrien.
C'est à cette époque, vers 429, qu'arriva en Bretagne l'évêque Germain d'Auxerre, père spirituel et bon commandant militaire. Il parvint à rassembler une armée, en recrutant très probablement des soldats et des fils de soldats qui conservaient encore une certaine familiarité avec le métier des armes, et les conduisit à une victoire importante contre les forces conjointes des Angles et des Pictes au cri de « Alléluia » (on parle en effet de la Bataille de l'Alléluia).
Hormis cette victoire, pendant près de trente ans la Bretagne fut déchirée par des luttes entre clans et des invasions barbares. De cette période, nous avons très peu d'informations, mais il semble que l'activité commerciale fondée sur les paiements monétaires ait cessé, de même que le fonctionnement des bains publics, la production de céramique et l'entretien des routes. Après quatre cents ans de latin comme langue officielle, on revint à l'ancien idiome. Les Bretons, peuple de langue celtique qui s'était tant de fois révolté contre le pouvoir de Rome, pouvaient retourner à leurs origines.
Vers 440 émergea la figure d'un chef tribal qui reste aujourd'hui encore à mi-chemin entre histoire et mythe, celle de Vortigern. Mais un chef tribal reste un chef tribal, quel que soit le pouvoir qu'il puisse avoir : il a déjà bien assez de difficultés à maintenir les siens unis, sans avoir besoin d'ennemis extérieurs. En effet, il semble que le bon Vortigern était tellement en difficulté face aux tribus du nord qu'il eut la brillante idée d'appeler justement les Saxons comme soldats mercenaires lesquels n'hésitèrent pas à débarquer sur l'île avec trois navires chargés d'hommes. C'étaient d'excellents combattants, menés par les frères Hengist et Horsa, et ils servirent Vortigern avec succès. En échange, Vortigern épousa la fille du roi saxon et leur céda le Kent, l'île de Wight et celle de Thanet.
Les Saxons provenaient du nord de l'Allemagne et du Danemark (Jutland). La division en trois tribus distinctes ne change rien au fait que les Jutes, les Saxons et les Angles appartenaient à la même population, comme l'ont démontré récemment certaines études sur l'ADN. Ils parlaient des dialectes très proches de la même langue, et il est très compliqué de distinguer les découvertes archéologiques relevant de l'une ou l'autre tribu. La seule différenciation semble être la meilleure facture des biens retrouvés dans les tombes des Jutes, ce qui s'explique cependant facilement par les contacts commerciaux avec le nord de la Gaule. Ne commet donc aucune erreur l'historien qui préfère le terme « Saxons » à « Anglo-Saxons » ou au peu élégant (mais plus correct que ce dernier) « Juto-Anglo-Saxons ».
Le but des deux frères était cependant tout autre : fonder un royaume indépendant. Ils avaient besoin d'une armée, mais il ne leur fut pas difficile de convaincre leurs compatriotes restés sur le continent de les rejoindre en Bretagne, une île fertile et pratiquement sans défense.
À la fin, Vortigern ne parvint plus à payer les mercenaires, qui se mutinèrent. La population britannique, opprimée par les barbares, en vint même à demander, en 446 (ce qu'on appelle le Gemitus Britannorum, « le gémissement des Bretons »), l'aide du général romain Flavius Aetius, alors occupé à combattre les Huns. L'année suivante, ce fut l'évêque-commandant Germain qui rejoignit la Bretagne, probablement pour maintenir l'unité des Bretonno-romains et organiser une forme de défense. En réalité, il faut souligner que les historiens ne sont absolument pas certains de ce second séjour anglais de l'évêque.
Il reste que, vers 450, toute la partie orientale de la Bretagne était dominée par les Saxons. Ces derniers parvinrent aussi à repousser définitivement les Pictes au-delà du mur d'Hadrien, en les battant en 452. Selon certains récits, en 454 Hengist parvint à décapiter la chaîne de commandement des Bretons lors de la « Nuit des longs couteaux » (le même nom fut repris plus tard pour les meurtres nazis de 1934).
Lors d'une rencontre, le chef saxon parvint à prendre par surprise des centaines de chefs britanniques, qu'il fit massacrer par ses hommes. Il s'agit d'un événement non avéré (Bède, par exemple, n'en parle pas), mais il semble que Vortigern soit mort justement en 454.
La première véritable bataille entre Vortimer, fils de Vortigern, et l'armée de Hengist fut livrée en 455 à Aegelesthrep ou Aylesford (le gué d'Aegle). Horsa et le fils de Vortigern, Catigern, y perdirent la vie, mais les chroniques ne nous disent pas laquelle des deux armées remporta la victoire.
En 457, les deux armées s'affrontèrent de nouveau près de Crecganford (Crayford). Cette fois, les Angles parvinrent à faire un massacre parmi les Britanniques, en tuant plus de 4 000 un nombre vraiment élevé compte tenu de la période historique.
Une troisième bataille se déroula en 466, à Wippedsfleot, mais il s'agissait d'un affrontement de moindre ampleur, avec 200 à 300 guerriers au total. Aucune source ne rapporte l'issue de la bataille, mais certaines mentionnent la mort de douze chefs britanniques.
Il ne faut pas s'étonner du nombre d'hommes engagés par les commandants dans ces batailles de l'Antiquité tardive. Les grandes batailles rangées étaient devenues de plus en plus rares durant les derniers siècles de l'Empire, et dans une province comme la Bretagne, les véritables guerriers, entraînés à l'art de la guerre, devaient être peu nombreux. Ce que nous qualifions de « batailles » dans les chroniques romaines serait passé pour de simples escarmouches, à peine dignes d'une mention — mais il ne faut pas oublier que ces affrontements de 200 à 500 soldats jetèrent les bases d'une nouvelle nation, trouvant souvent une large place dans les chroniques ultérieures.
Pour en revenir au conflit entre Anglo-Saxons et Britanniques, il y eut une quatrième bataille vers 473. Hengist et Aesc, son fils, infligèrent aux Bretons une lourde défaite. Beaucoup d'entre eux s'enfuirent, laissant les barbares piller leurs terres. Il semble que Vortimer perdit également la vie à cette occasion, laissant ses hommes sans chef.
Nous voici arrivés en 476. Tandis qu'à Rome Odoacre s'apprêtait à déposer du trône Romulus Augustule, en Bretagne une nouvelle vague d'Anglo-Saxons était sur le point de s'abattre...
Beaucoup seront tentés d'imaginer les Saxons comme d'énormes guerriers couverts de fer, et les pauvres Bretonno-romains comme de petits hommes en tunique à la merci des barbares. En réalité, l'armement des deux populations devait être plutôt semblable à celui des soldats romains du Ve siècle.
Le contact avec une armée organisée et bien armée avait dû conduire les barbares y compris les envahisseurs de la Bretagne — à utiliser un équipement similaire. La base était représentée par le binôme bouclier-lance.
Une protection en cuir durci, portée éventuellement par-dessus une tunique rembourrée, constituait une excellente protection, surtout associée à un couvre-chef réalisé dans le même matériau. Voilà, un guerrier ordinaire se présentait probablement sur le champ de bataille avec cet équipement, auquel s'ajoutaient peut-être des javelots.
Les commandants, les officiers et les soldats les plus fortunés pouvaient se permettre davantage. Les rembourrages et les lanières de cuir laissaient place à des lorica hamata ou squamata (cottes de mailles ou d'écailles superposées), et les couvre-chefs à des casques métalliques de type Intercisa et Spangenhelm. On en a retrouvé un exemplaire du premier type près du fort de Gariannonum (qui faisait partie du Litus Saxonicum), sur la côte de l'East Anglia, très semblable à ceux retrouvés dans les Balkans et en Hongrie, inspirés de la mode militaire perse. Le casque de Gariannonum était formé de quatre plaques de fer réunies par une crête centrale (on parle de « casques à crête ») et de deux bandes latérales, avec l'ajout d'une protection pour la nuque et pour les joues.
La spatha était plutôt rare et davantage répandue dans le sud de l'île que dans le nord, du moins d'après les découvertes tombales (les épées sont présentes dans 22 % des tombes au sud, contre seulement 3 % au nord). Dans Battles of the Dark Ages, l'auteur nous informe qu'une épée coûtait l'équivalent d'une Ferrari, et c'est peut-être précisément pour cette raison qu'un processus de personnification de l'arme se mit en place chez les peuples germaniques (les sagas du nord semblent le confirmer). Au Ve siècle, la plupart des épées étaient forgées sur le modèle des épées romaines, avec de splendides lames damassées (pattern welded), mais les poignées devinrent beaucoup plus décorées et précieuses qu'elles ne l'étaient dans l'Empire, précisément pour souligner le caractère unique de chaque lame.
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