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Contexte historique
La défaite de 1870 face à la Prusse est un traumatisme national profond. Elle révèle brutalement les carences organisationnelles de l'armée française, et notamment celles du Service de Santé. Les hôpitaux de campagne étaient sous-équipés, les évacuations chaotiques, les médecins en nombre insuffisant. La leçon prussienne est amère : l'ennemi avait su organiser un service médical efficace, mobile et hiérarchisé.
La loi du 27 juillet 1872 institue le service militaire universel et oblige à refondre l'ensemble de l'organisation militaire. Pour le Service de Santé, la loi du 16 mars 1882 marque une rupture décisive : elle supprime la tutelle des intendants militaires sur les médecins et crée la Direction centrale du Service de Santé, désormais dirigée par des médecins militaires. C'est la première fois depuis le Directoire que les médecins reprennent le contrôle de leur service. L'École du Service de Santé militaire de Lyon est créée en 1889 pour former les futurs médecins militaires, en remplacement de l'École de Strasbourg perdue en 1870.
L'École principale du service de santé de la Marine fut installée à Bordeaux en 1890, grâce à l'action du doyen Albert Pitres, qui réussit son intégration à la Faculté de médecine et de pharmacie où étaient inaugurés la chaire de pathologie tropicale d'Alexandre Le Dantec et le Musée colonial et ethnographique. Il fallait une ville universitaire pour délivrer le doctorat et le port de Bordeaux avait une tradition de l'Outre-mer. Organisation générale du Service de Santé
Le Service de Santé est organisé en échelons emboîtés, du plus proche du combat au plus éloigné :
L'infirmerie régimentaire
L'infirmerie régimentaire est le premier maillon de la chaîne sanitaire. Installée en garnison dans les bâtiments du régiment, elle assure en temps de paix la visite médicale quotidienne des soldats, les soins courants, la surveillance hygiénique et la sélection médicale des conscrits.
En campagne, l'infirmerie se transforme en poste de secours avancé (PSA), installé au plus pres des combats, généralement dans un batiment réquisitionné (ferme, eglise, mairie). Le médecin-major trie les blessés : les valides retournent au combat, les blessés legers sont soignés sur placé, les blessés graves évacués vers les ambulances. Chaque régiment d'infanterie possède une ambulance mobile : un caisson a quatre roues attelé de chevaux, contenant instruments chirurgicaux, pansements, médicaments. Ce caisson suit le régiment en campagne.
Le personnel médical au régiment Les officiers de santé
Le corps des médecins militaires est structuré en grades assimilés aux grades de l'armée de terre. La loi de 1882 consacre cette assimilation et garantit aux médecins militaires les mêmes droits et prérogatives que les officiers combattants.
Composition type du service de santé d'un régiment d'infanterie
Un régiment d'infanterie de ligne de la Troisième République comprend généralement 3 bataillons de 4 compagnies, soit environ 2 000 a 3 000 hommes. Le service de santé type est le suivant :
Les infirmiers et brancardiers
es infirmiers militaires dépendent des Sections d'Infirmiers Militaires (SIM) créées depuis 1862 et rattachées a chaque région militaire. En 1914, a la mobilisation, les effectifs d'infirmiers passent de 8 870 a 108 870 hommes. Les infirmiers militaires constituent la masse du personnel de santé au contact direct des soldats. En temps de paix, ils tiennent l'infirmerie régimentaire, preparent les médicaments sous la supervision du pharmacien, et assurent les soins quotidiens. Certains sont formés a des tâches spécialisées : infirmiers de visite, infirmiers d'ecriture (administratifs), infirmiers d'exploitation (intendance sanitaire).
Les brancardiers, souvent recrutés parmi les soldats les moins aptes au combat, ont une fonction cruciale : ramasser les blessés sur le champ de bataille et les acheminer jusqu'aux postes de secours. C'est un travail d'une extreme dangerosite, effectue sous le feu ennemi.
Le ramassage des blessés reste l'un des points faibles chroniques du service de santé jusqu'en 1914. Les brancardiers manquent de formation, de materiel (brancards, voitures) et sont souvent employes a d'autres tâches en temps de paix. Uniformes et distinctions Le caducée (baton d'Esculape avec serpent) est l'emblème du corps médical militaire. Il figure sur les boutons, les insignes de col et les accessoires. Ne pas confondre avec le caducée d'Hermes (deux serpents) parfois utilisé par erreur. La grande tenue — tunique noire
Le règlement du 2 août 1872 fixe la grande tenue des officiers du Service de Santé. Elle se distingue nettement par ses couleurs spécifiques qui differencient le corps médical de l'infanterie et de la cavalerie.
Galons de grade
Les galons sont portes sur les manches. Les galons dorés sont réservées aux médecins et pharmaciens. Les veterinaires portent des galons argentes, ce qui permet de les distinguer rapidement. La grenadière est un galon supérieur torsadé (tresse en spirale), placé au dessus des galons plats. Elle marque les officiers supérieurs (chef de bataillon et au-dessus). Son absence ou présence sur un uniforme permet donc d'identifier le grade avec précision.
La vie du service de santé au quotidien
En garnison
En temps de paix, la vie du service de santé régimentaire est rythmee par des tâches répétitives mais essentielles. Chaque matin, la visite médicale rassemble les soldats malades ou blessés. Le médecin-major examiné, prescrit, consigne dans les registres. Il surveille l'hygiène des casernes, inspecte les cuisines, vérifie la qualité de l'eau et des aliments.
La surveillance médicale des recrues est une mission centrale : examens a l'incorporation, selections des aptes et inaptitudes, vaccinations. La loi de 1872 introduit des examens médicaux systematiques qui constituent souvent pour les jeunes ruraux leur premier contact avec la médecine organisée.
En campagne En campagne, la chaîne sanitaire s'articule en trois échelons :
1. Le Poste de Secours de Compagnie (PSC) : tenu par un infirmier, il assure le premier pansement au plus pres du feu. Les blessés y sont etiquetes (triage primitif).
2. Le Poste de Secours de Bataillon (PSB) : tenu par un aide-major, il assure les soins d'urgence, les pansements definitifs pour les blessés legers, et prepare l'évacuation des blessés graves.
3. Le Poste de Secours Régimentaire (PSR) : sous la responsabilité du médecin-major chef, il constitue le premier niveau chirurgical. C'est ici que se pratiquent les amputations d'urgence et les interventions vitales.
L'évacuation des blessés reste le probleme chronique de toute la période 1872-1914. Les voitures sanitaires sont rares, les brancardiers insuffisants. La réglementation de 1910 tente d'y remedier en imposant l'évacuation rapide vers les hôpitaux de l'arrière. Les hôpitaux militaires En dehors des régiments, le Service de Santé gere un reseau d'hôpitaux militaires permanents implantes dans les grandes villes de garnison. Ces etablissements assurent la chirurgie, la convalescence et la formation médicale. Les plus importants sont le Val-de-Grace a Paris, Lille, Lyon, Strasbourg (perdu en 1870) et Bordeaux. Ces hôpitaux sont également des centres d'enseignement : l'École du Val-de-Grace formé les futurs médecins militaires spécialistes, l'École de Lyon (1889) formé les praticiens généraux.
Recrutement et formation des médecins militaires Avant 1889, les médecins militaires sont recrutés parmi les jeunes docteurs en médecine civils, attirés par la securite d'emploi et le statut d'officier. Ils effectuent des stages dans les hôpitaux militaires pour s'acclimater aux spécificités de la médecine militaire.
L'École du Service de Santé militaire de Lyon, créée en 1889, marque un tournant : elle formé désormais des élèves-médecins militaires dans un cadre spécifiquement militaire, combinant études medicales et formation militaire. C'est le modèle qui perdurera jusqu'a nos jours.
Malgre ces efforts, de 1882 a 1912, moins de 50% des docteurs en médecine civils participent aux stages organises par le Service de Santé. En août 1914, une minorite seulement des médecins mobilises est titulaire du grade d'aide-major. Les lacunes de preparation médicale seront cruellement révélées par la Grande Guerre.
La Grande Guerre transforme radicalement le Service de Santé : les effectifs d'infirmiers passent de 8 870 en 1914 a 108 870 a la mobilisation. Des équipés chirurgicales mobiles sont creees, les ambulances automobiles apparaissent, et des infirmières civiles sont intégrées au dispositif des 1916.
Conclusion
Le Service de Santé militaire de la période 1872-1914 est une institution en pleine transformation. Sorti humilie de la guerre de 1870, il se reconstruit progressivement sous la Troisième République, gagnant son independance administrative en 1882, dotant ses médecins d'un statut d'officiers a part entiere et se donnant un outil de formation propre en 1889.
Au régiment, le médecin-major chef est une figure centrale : soignant, administrateur, hygieniste et officier a la fois. Ses aides-majors assurent au quotidien la santé des bataillons. Infirmiers et brancardiers forment la masse indispensable du dispositif.
Les uniformes du règlement 1872, avec leur drap noir, leurs parements cramoisis et leurs galons dorés, donnent aux médecins militaires une identite visuelle forte et distinguée, reflet d'un corps fier de son rôle et de son histoire. |
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