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La Motorisation et La doctrine d'emploi de la Confederation helvetique face aux menaces à l 'aube de la Seconde Guerre mondiale
Introduction
La Suisse occupe une place singulière dans l'histoire militaire de la Seconde Guerre mondiale. Seule nation d'Europe continentale à avoir préservé son intégrité territoriale tout au long du conflit sans jamais être envahie, la Confédération helvétique dut cette sauvegarde à un ensemble de facteurs : une géographie montagneuse formidable, une doctrine militaire de défense nationale intransigeante, une mobilisation générale éclair et une politique étrangère savamment équilibrée.
La décennie 1930-1940 fut pour l'armée suisse (Schweizer Armee / Armée suisse / Esercito svizzero) une période de modernisation intense mais difficile. Confrontée à la montée des périls fasciste et nazi dans ses pays voisins Allemagne, Italie et Autriche la Confédération investit des moyens considérables pour moderniser son armée, notamment dans le domaine des véhicules blindés et motorisés.
L'industrie helvétique, bien que de taille modeste, fit preuve d'une remarquable capacité d'innovation en développant des solutions indigènes adaptées aux spécificités du terrain alpestre. Les chars, automitrailleuses, véhicules tout-terrain et camions militaires suisses de cette période combinent influences étrangères et génie national dans une synthèse originale que ce document se propose d'explorer.
Contrairement aux autres nations neutres déjà étudiées dans cette série (Belgique, Pays-Bas, Danemark, Norvège), la Suisse n'eut jamais à engager ses matériels dans un combat réel contre un adversaire étranger durant la guerre. Ses véhicules furent pourtant au cœur d'une stratégie de dissuasion qui s'avéra remarquablement efficace.
Contexte Stratégique et Doctrine Militaire Suisse La Spécificité Helvétique est que sa neutralité fut garantie par les grandes puissances depuis le Congrès de Vienne (1815) et confirmée par le Traité de Versailles (1919), Mais neutralité n'est pas synonyme de désarmement. Bien au contraire, la doctrine militaire helvétique reposait depuis le XIXe siècle sur le principe de la nation armée : chaque citoyen masculin valide était soldat, et la Confédération maintenait une armée de milice capable de mobiliser plusieurs centaines de milliers d'hommes en quelques jours. Le général Henri Guisan, nommé commandant en chef de l'armée suisse en août 1939, incarna parfaitement cet esprit de résistance. Sa célèbre allocution du Rütli en juillet 1940 prononcée alors que la France venait de capituler et que la Suisse se retrouvait encerclée par les puissances de l'Axe affirma la volonté de résistance totale de la Confédération. La doctrine militaire suisse des années 1930 reposait sur deux piliers complémentaires : Une défense des frontières et des axes de pénétration par des unités d'infanterie fortement soutenues par l'artillerie Repli stratégique vers le Réduit national, le massif alpin central, où l'armée pourrait se défendre indéfiniment en interdisant les tunnels ferroviaires stratégiques que l'Allemagne et l'Italie avaient besoin pour leurs communications. La Motorisation dans la Doctrine Suisse L'introduction des véhicules motorisés dans l'armée suisse suivit un chemin original dicté par les contraintes du terrain alpestre. Si les plaines du Plateau suisse permettaient l'emploi de véhicules blindés classiques, les hauts cols et les vallées étroites des Alpes imposaient des solutions très différentes. Les années 1930 virent plusieurs débats au sein de l'état-major sur le rôle exact des blindés dans la doctrine de défense nationale. Certains officiers, inspirés par les théories de Fuller et de De Gaulle, préconisaient la création d'unités blindées autonomes. D'autres, majoritaires, considéraient que le terrain suisse se prêtait mal à la guerre de chars à grande échelle et privilégiaient l'emploi des blindés comme appui direct à l'infanterie dans les secteurs de plaine. Cette conception influença directement les acquisitions matérielles : plutôt que des chars lourds difficiles à manœuvrer dans les vallées alpines, la Suisse privilégia des véhicules légers, des automitrailleuses manœuvrières et des camions tout-terrain robustes capables d'opérer dans toutes les conditions climatiques. L'Industrie de Défense Suisse La Suisse disposait d'une industrie d'armement de qualité, bien que de taille modeste. Plusieurs entreprises jouèrent un rôle clé dans l'équipement de l'armée : On va trouver Eidgenössische Konstruktionswerkstätte (K+W) à Thoune : principal atelier d'État pour la construction et la modification de chars et de véhicules blindés. Saurer AG à Arbon : constructeur de camions et de véhicules militaires, fournisseur principal de l'armée pour les camions de transport. Bucher-Guyer à Niederweningen : spécialiste des véhicules tout-terrain et des tracteurs agricoles reconvertis pour usage militaire. Hispano-Suiza à Genève : producteur de moteurs d'avions et de canons automatiques de 20 mm utilisés sur les véhicules blindés. SLM (Schweizerische Lokomotiv- und Maschinenfabrik) à Winterthour : construction de matériels ferroviaires blindés et de certains composants de chars. Cette base industrielle permit à la Suisse de modifier et d'adapter les chars acquis à l'étranger selon ses besoins spécifiques, et de développer des véhicules originaux comme le tracteur de montagne Saurer RR-11. Les Véhicules Blindés Suisses Les Chars de Combat Char LTL (Panzerkampfwagen LTL) Praga LT vz. 35 modifié Le premier char moderne acquis en nombre significatif par la Suisse fut le Praga LT vz. 35, char léger tchécoslovaque de conception avancée pour son époque. La Suisse en commanda 24 exemplaires en 1935, qui furent livrés et modifiés par les ateliers K+W de Thoune pour répondre aux spécifications helvétiques. Les modifications apportées par les Suisses furent substantielles : remplacement de l'armement principal par un canon de 24 mm Oerlikon, adaptation de la radio aux standards de l'armée suisse, et renforcement du système de suspension pour les routes de montagne. Ces chars formèrent le premier bataillon de chars suisse, la 1re Compagnie de chars (1. Panzerkompanie). Le Pz 35 suisse se distinguait de son homologue tchécoslovaque par son armement : le canon automatique Oerlikon de 24 mm, bien que de calibre inférieur au canon de 37 mm d'origine, offrait une cadence de tir bien supérieure, précieuse contre les cibles légères et l'infanterie. Ce choix reflétait la doctrine suisse privilégiant la polyvalence sur la puissance antichar pure. Char LTH Praga LT vz. 38 (version suisse) Fort de son expérience avec le Pz 35, la Suisse négocia en 1938 l'achat de 24 exemplaires du successeur du Praga, le LT vz. 38 — le même char qui, sous le nom de Panzerkampfwagen 38(t), allait être massivement utilisé par la Wehrmacht après l'annexion de la Tchécoslovaquie. La version suisse, désignée LTH, différait sensiblement du modèle standard. La livraison du LTH fut partiellement perturbée par l'annexion allemande de la Tchécoslovaquie en mars 1939. Après des négociations tendues avec Berlin qui exigea initialement la cession des chars à la Wehrmacht, la Suisse obtint finalement la livraison de la quasi-totalité de sa commande, bien que dans des délais rallongés. Le LTH équipa la 2e Compagnie de chars et représente probablement le meilleur char en service dans l'armée suisse en 1940. Son blindage de 30 mm sur le front de la caisse lui conférait une protection acceptable contre les canons antichars légers de l'époque, et sa mobilité sur routes pavées était excellente. Chars Renault FT et NC1 C 'est un héritage de la Grande Guerre car comme la plupart des armées européennes, la Suisse avait acquis des chars Renault FT après la Première Guerre mondiale. Une vingtaine d'exemplaires furent en service dans les années 1920, complètement obsolètes mais maintenus pour la formation des équipes. Dans les années 1930, quelques Renault NC1 (version améliorée du FT) les complétèrent. Projets de chars indigènes Nahkampfwagen et NK I
L'été 1940 constitua la période la plus dangereuse pour la neutralité suisse. Après la capitulation française (22 juin 1940), la Confédération se retrouva totalement encerclée par les puissances de l'Axe : l'Allemagne au nord et à l'est, l'Italie au sud, et la France occupée à l'ouest. Hitler envisagea sérieusement l'invasion de la Suisse plusieurs plans furent élaborés par l'OKW, notamment l'Opération Tannenbaum.
Face à cette menace existentielle, l'armée suisse atteignit un niveau de mobilisation sans précédent. Plusieurs centaines de milliers d'hommes furent mobilisés, et les chars Pz 35 et LTH furent placés en alerte maximale dans leurs positions de réserve. Les blindés suisses, peu nombreux mais modernes pour leur époque, constituaient un élément de dissuasion réelle dans ce contexte. Les calculs allemands de l'époque estimaient qu'une invasion de la Suisse nécessiterait l'engagement d'au moins 15 à 21 divisions, avec des pertes importantes dans les Alpes. Ce coût opérationnel, jugé excessif par rapport aux bénéfices stratégiques, fut l'une des raisons pour lesquelles Hitler renonça finalement à l'invasion même si la décision fut aussi influencée par les besoins logistiques suisses et la neutralité commerciale helvétique. Comparaison avec les Autres Nations Neutres La comparaison entre la Suisse et les autres nations neutres de la période permet de comprendre pourquoi les unes furent envahies et l'autre non. Ce tableau illustre que la Suisse combina plusieurs avantages absents chez ses voisins : un terrain exceptionnel, une doctrine adaptée à ce terrain, une profondeur stratégique réelle grâce aux Alpes, et une mobilisation de masse efficace. Les blindés helvétiques, bien que peu nombreux, s'inscrivaient dans une stratégie globale cohérente plutôt que d'être une solution isolée. L'Innovation Technique Helvétique Malgré ses moyens limités, la Suisse fit preuve d'une remarquable capacité d'innovation dans le domaine des véhicules militaires. Plusieurs contributions helvétiques méritent d'être soulignées : Canon Oerlikon de 20 mm : arme de référence mondiale pour les véhicules blindés légers et la défense antiaérienne, produite en Suisse et utilisée sur les chars suisses comme sur de nombreux véhicules alliés et allemands. Tracteur Saurer RR-11 : conception de tracteur semi-chenille de montagne considérée comme référence en Europe dans sa catégorie. Motocyclette Condor : véhicule militaire entièrement helvétique, robuste et adapté aux conditions alpines. Système de fortification en galerie : les ateliers K+W développèrent des solutions innovantes pour l'armement des positions fortifiées du Réduit, incluant des embrasures pour chars. Canon antichar de 47 mm Bofors-Suisse : version helvétique du canon suédois, produite sous licence avec améliorations propres. Cette capacité d'innovation reflétait à la fois la tradition industrielle helvétique — horlogerie de précision, métallurgie, chimie — et la nécessité stratégique de ne pas dépendre exclusivement de fournisseurs étrangers susceptibles d'être coupés par les événements. Les Limites et Faiblesses Pour être complet, il convient de mentionner également les faiblesses de l'outil militaire suisse dans le domaine des blindés et des véhicules motorisés : Nombre insuffisant de chars modernes : 48 chars au total étaient clairement insuffisants pour toute opération offensive et même pour une défense mobile efficace dans les zones de plaine. Absence de chars moyens ou lourds : les Pz 35 et LTH étaient des chars légers dont le blindage pouvait être percé par les canons antichars standard allemands dès 1940. Doctrine trop déflatrice pour les blindés : la concentration sur le Réduit signifiait en pratique l'abandon des blindés dans les zones de plaine où ils auraient pu être les plus utiles. Dépendance partielle vis-à-vis de fournisseurs étrangers : les châssis tchécoslovaques, les moteurs étrangers et certains armements venaient d'outre-frontières, vulnérabilité potentielle en cas de blocus. Motorisation insuffisante de l'infanterie : comme dans les autres armées de l'époque, une large proportion des unités d'infanterie suisses se déplaçait encore à pied ou en véhicules hippomobiles. Inventaire Récapitulatif
Blindés en Service dans l'Armée Suisse (1939-1940)
6.2 — Principaux Softskins de l'Armée Suisse
Les camouflages de l'armée suisse de la période 1930-1945 sont un sujet particulièrement peu documenté dans la littérature maquettiste internationale. Les sources primaires — archives militaires fédérales à Berne, publications de l'armée suisse — sont en allemand, français et italien, et peu traduites. Ce document synthétise les informations disponibles en distinguant clairement ce qui est CERTAIN (attesté par des photos d'époque ou des documents officiels) de ce qui est PROBABLE (déduit du contexte) ou HYPOTHÉTIQUE (suggestion du maquettiste basée sur des analogies).
La Peinture Militaire Suisse L'armée suisse avait ses propres règlements de peinture et de camouflage, distincts de ceux des armées voisines (Allemagne, France, Italie). Contrairement à la Wehrmacht qui publiait des directives centralisées précises avec des références RAL standardisées, l'armée helvétique laissait une plus grande latitude aux unités et aux ateliers locaux— notamment les ateliers K+W de Thoune qui effectuaient les modifications et l'entretien des blindés. Une conséquence une variation entre véhicules du même type était plus importante que dans les armées allemande ou française. Deux Pz 35 sortant des ateliers K+W à des dates différentes pouvaient présenter des teintes légèrement différentes selon les stocks de peinture disponibles. L'influence des origines étrangères
Beaucoup de véhicules suisses arrivaient de chez leurs fabricants étrangers avec une peinture d'origine : Les chars Pz 35 et LTH arrivaient de Tchécoslovaquie peints en vert gris tchecoslovaque — ils étaient ensuite repeints aux ateliers K+W de Thoune selon les standards suisses. Les camions Saurer sortaient d'usine dans une teinte grise standardisée propre à Saurer AG. Les véhicules de liaison étrangers (Citroën, Ford, Mercedes) conservaient parfois leur peinture civile, modifiée par une couche de peinture militaire appliquée localement. Les Renault FT étaient d'anciens véhicules français rénovés avec la peinture disponible à chaque époque. Les trois périodes distinctes
Les Couleurs de Base
Le Vert Gris Suisse La couleur de base des véhicules militaires suisses de cette période est un vert gris caractéristique — proche mais distinct du gris allemand (Dunkelgrau RAL 7021) et du vert olive français. Cette teinte, parfois appelée Heeresgrün (vert de l'armée) ou Feldgrau helvétique dans les sources suisses, est plus verte et légèrement plus claire que le Dunkelgrau allemand. Tableau des Équivalences de Peinture Ces équivalences sont des approximations basées sur les photos d'époque, les descriptions dans les sources secondaires et la comparaison avec les peintures originales sur les quelques véhicules préservés. Elles ne constituent pas des références officielles et peuvent varier selon les lots de fabrication d'époque.
Mais il faut être honnête avec le maquettiste : la teinte exacte du vert gris suisse de la période 1930-1945 fait l'objet de débats dans la communauté des collectionneurs et spécialistes suisses. Plusieurs facteurs expliquent cette incertitude :
L'absence de système de codification standardisé équivalent au RAL allemand dans l'armée suisse de l'époque — les peintures étaient commandées à des fournisseurs civils locaux selon des spécifications approximatives.a variation des lots de fabrication — différentes quantités et qualités de pigments selon les années et les fournisseurs. Le vieillissement des peintures originales sur les véhicules de musée la teinte visible aujourd'hui n'est pas nécessairement identique à la teinte d'origine après 80 ans. Le très faible nombre de photos couleur d'époque disponibles pour la Suisse — la quasi-totalité de la documentation est en noir et blanc Schémas de Camouflage par Type de Véhicule Chars Pz 35 (Praga LT vz. 35 suisse) Le Pz 35 arriva en Suisse depuis la Tchécoslovaquie avec une peinture de sortie d'usine en vert gris tchecoslovaque — teinte proche du vert olive, légèrement grisé. Après les modifications aux ateliers K+W de Thoune (remplacement du canon, adaptation radio, renforcement suspension), les chars recevaient une nouvelle couche de peinture suisse.
Couleur unie vert gris (1936-1938) Dans les premières années de service, les Pz 35 étaient peints en couleur unie vert gris — sans schéma de camouflage particulier. Cette approche était cohérente avec la doctrine de l'époque qui n'envisageait pas encore un camouflage élaboré pour des chars destinés à la défense dans le Plateau suisse.
Bicolore vert gris + taches vertes (1939-1940)
À partir de la crise des Sudètes (1938) et surtout à la mobilisation de 1939, un schéma bicolore apparaît sur les Pz 35. Des taches irrégulières de vert foncé sont appliquées sur le fond vert gris, créant un motif de camouflage adapté au terrain du Plateau suisse — champs, haies, bosquets. Ces taches étaient appliquées de manière non standardisée — chaque équipe de peintre produisait un motif légèrement différent.
Schéma 3 Tricolore (usage hivernal 1940-1945)
En période de mobilisation (1939-1945), un schéma tricolore apparaît sur certains Pz 35 — le fond vert gris, des taches vertes foncées, et des taches brun terre adaptées au terrain automnal. Ce schéma n'est pas universellement documenté pour les chars suisses et reste hypothétique pour certains véhicules spécifiques.
Schéma 4 Blanc hivernal (décembre-mars)
Comme toutes les armées européennes de l'époque, l'armée suisse utilisait un badigeon blanc lavable sur ses véhicules en période hivernale. Cette peinture blanche — à base de chaux ou d'un liant lavable à l'eau — était appliquée de manière non uniforme, laissant souvent transparaître la couleur de fond par endroits. Elle s'usait naturellement et était rarement reappliquée de manière parfaite.
Char LTH (Praga LT vz. 38 suisse)
Le LTH arriva en Suisse à partir de 1939 dans des circonstances difficiles (négociations avec l'Allemagne). Sa peinture de sortie d'usine tchecoslovaque était légèrement différente de celle du Pz 35 les ateliers de Praga utilisaient un vert légèrement plus sombre pour le vz. 38.
Après modification aux ateliers K+W de Thoune, le LTH recevait la même peinture suisse standard que le Pz 35. On peut donc appliquer les mêmes schémas que pour le Pz 35 — les deux chars étant repeints selon les mêmes standards dans les mêmes ateliers.
Certaines sources indiquent que les derniers LTH livrés en 1940, dans la précipitation des négociations avec l'Allemagne, arrivèrent en Suisse avec la peinture grise allemande Dunkelgrau — les Allemands ayant partiellement contrôlé la production après l'annexion de la Tchécoslovaquie. Ces exemplaires auraient été rapidement repeints en vert gris suisse à Thoune, mais il est possible que certains aient été utilisés brièvement avec ce schéma gris allemand. Camions Saurer 4 CT1D et RR-11 Les camions Saurer constituaient la flotte principale de l'armée suisse. Ils bénéficiaient d'une peinture spécifique légèrement différente des chars — plus proche d'un gris olive que d'un vert gris, cohérente avec l'usage prévu de transport en zone arrière plutôt que de combat avancé.
Le Saurer RR-11, tracteur semi-chenille de montagne, utilisait la même teinte de base que les camions. Ses chenilles en métal étaient généralement peintes en noir ou laissées en métal naturel avec une légère couche de peinture antirouille.
Véhicules Blindés Légers
3.5 — Véhicules de Liaison et de Commandement
Les véhicules de liaison tels que les Citroën Traction, Ford, Steyr, Mercedes présentent la plus grande variété de peintures, car ils provenaient de fabricants civils et étaient souvent peints localement dans les ateliers régimentaires.
Certains véhicules de commandement d'officiers supérieurs étaient parfois utilisés avec leur peinture civile d'origine — notamment du noir ou du gris foncé — avec simplement les cocardes suisses apposées. Cette pratique était plus courante au début de la mobilisation (1939) quand les stocks de peinture militaire étaient limités.
Motocyclettes Condor A580 et autres Les motocyclettes militaires suisses recevaient une peinture sombre — généralement un gris vert très foncé sur les parties métalliques, avec le cuir des selles et des sacoches en brun naturel.
Marquages, Insignes et Numéros de Véhicules
La Croix Suisse
Le principal insigne des véhicules militaires suisses était la Croix fédérale Eidgenössisches Kreuz — une croix blanche sur fond rouge, les couleurs nationales suisses. Cette croix était apposée sur les flancs et parfois sur le toit des véhicules blindés pour permettre l'identification par les observateurs aériens.
La croix suisse sur les véhicules militaires différait légèrement de la croix civile elle était généralement peinte en blanc directement sur la peinture vert gris du véhicule, sans fond rouge. La forme était une croix grecque (bras égaux) plutôt qu'une croix allongée.
Numéros de Véhicules et Codes Tactiques
Les chars suisses portaient des numéros d'identification peints en blanc ou en jaune sur les flancs de la tourelle et/ou sur le glacis. Ces numéros suivaient un système simple : numéro de compagnie + numéro individuel du char.
1re Compagnie (Pz 35) : numéros 101 à 124 — peints en blanc sur les flancs de tourelle. 2e Compagnie (LTH) : numéros 201 à 224 — même système. Les camions Saurer portaient une plaque minéralogique militaire noire avec caractères blancs — format suisse standard.
Camouflages Naturels et Techniques de Dissimulation
La Végétation — Le Camouflage Principal
L'armée suisse, forte de sa tradition de combat en milieu alpin et boisé, accordait une très grande importance au camouflage par végétation naturelle. Les branches de conifères, les branchages, le foin et les herbes étaient utilisés massivement pour dissimuler les véhicules — aussi bien les chars que les camions et artillerie.
Des anneaux ou crochets soudés sur la coque des chars permettaient de fixer facilement cette végétation. Les maquettistes souhaitant représenter un char suisse de l'été 1940 — période de tension maximale — peuvent donc légitimement représenter leurs modèles couverts de branches de résineux, ce qui était la réalité opérationnelle.
Les Filets de Camouflage L'armée suisse utilisait des filets de camouflage Tarnnetze pour dissimuler les véhicules à l'arrêt, notamment dans les positions préparées. Ces filets, tendus sur des piquets au-dessus et autour du véhicule, étaient garnis de lambeaux de toile peinte en vert, brun et beige reproduisant les motifs de la végétation locale.
Le Camouflage d'Hiver La Suisse, avec ses hivers alpins rigoureux et ses nombreux mois d'enneigement dans les Alpes, avait développé une doctrine de camouflage hivernal précise. Deux approches coexistaient :
Badigeon blanc lavable peinture à l'eau à base de chaux appliquée à la brosse ou au pistolet. Avantage : peut être retirée au printemps. Inconvénient : s'efface rapidement sous la pluie et le gel. Housses en tissu blanc des couvertures blanches en coton étaient parfois utilisées pour recouvrir partiellement les véhicules à l'arrêt dans la neige. Le camouflage blanc n'était pas parfait les traces de chenilles et les traces de pneus dans la neige révélaient la position des véhicules aussi sûrement que la couleur des véhicules eux-mêmes. La doctrine suisse préconisait donc de positionner les véhicules dans les zones à végétation persistante forêts de conifères, haies plutôt que dans les zones à découvert. Résumé par Période
Conclusion
Les véhicules blindés et motorisés de l'armée suisse de la période 1930-1940 représentent un cas d'étude fascinant : comment une petite nation, aux ressources limitées et soumise aux contraintes d'une neutralité permanente, parvint à doter son armée d'outils militaires suffisamment crédibles pour dissuader les plus grandes puissances militaires de l'époque.
La Suisse ne disposait ni de la masse de l'Union soviétique ni de la sophistication technologique de l'Allemagne. Ses 48 chars légers, ses camions Saurer ne pouvaient rivaliser quantitativement avec les armadas blindées de la Wehrmacht. Mais ils n'étaient pas destinés à le faire : ils s'inscrivaient dans une stratégie de défense totale où chaque élément — terrain, doctrine, mobilisation, fortifications, et oui, chars et véhicules motorisés — contribuait à rendre le coût d'une invasion prohibitif.
L'originalité helvétique fut de développer ses propres solutions industrielles là où les autres nations neutres dépendaient presque entièrement de fournisseurs étrangers. Le tracteur Saurer RR-11, le canon Oerlikon de 20 mm, la motocyclette Condor : autant de réalisations qui illustrent la capacité de l'industrie suisse à produire des matériels militaires de qualité adaptés aux besoins spécifiques du terrain alpin.
Aujourd'hui, alors que la Suisse maintient toujours une politique de neutralité et une armée de milice, les leçons de 1930-1940 restent d'actualité : la crédibilité de la défense nationale repose non seulement sur les matériels disponibles, mais sur la cohérence entre terrain, doctrine, organisation et volonté politique de résister. C'est cette cohérence que les véhicules blindés et motorisés de l'entre-deux-guerres contribuèrent à mettre en œuvre, permettant à la Confédération helvétique de traverser indemne la pire tempête que l'Europe ait connue au XXe siècle.
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