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Voir aussi sur maquetland La revue Navale des Batiments et des hommes ayant servi notre pays depuis le debut
La Fondation
En 1624, quand le cardinal Armand Jean du Plessis de Richelieu entre au Conseil du roi Louis XIII, la France n'existe plus sur mer ou presque. Les décennies des guerres de Religion ont ruiné les finances royales et dévasté les côtes. Il n'y a ni arsenal digne de ce nom, ni flotte permanente, ni corps d'officiers formés. Les quelques vaisseaux disponibles appartiennent à des seigneurs féodaux, à des compagnies privées ou à des étrangers au service de la Couronne. Le commerce maritime est à la merci des corsaires barbaresques et de la Royal Navy anglaise. Richelieu comprend d'emblée que la puissance d'un État se mesure à sa capacité maritime. Îles britanniques, Espagne, Provinces-Unies : les grandes puissances de l'époque sont toutes des puissances navales. La France, malgré ses façades
L'Édit de Saint-Germain-en-Laye (octobre 1626) En octobre 1626, Richelieu obtient de Louis XIII la création de la charge de « Grand maître, chef et surintendant général de la navigation et du commerce de France ». C'est l'acte de naissance de la Marine d'État française : unifiée, permanente, placée sous l'autorité directe du gouvernement du roi. Pour centraliser le pouvoir maritime, Richelieu rachète la charge d'amiral de France au duc Henri de Montmorency et supprime le poste de vice-amiral, regroupant toute l'autorité navale entre ses propres mains. La mer n'est plus subie — elle est utilisée. C'est un changement de mentalité décisif pour l'indépendance du royaume.
Colbert et l'Apogée de la Marine Royale (1661–1715)
Si Richelieu a posé les fondations, c'est Jean-Baptiste Colbert qui construit l'édifice. Nommé secrétaire d'État à la Marine par Louis XIV en 1669, Colbert transforme en profondeur la marine française. Il crée les grands arsenaux de Brest, Toulon, Rochefort et Lorient — ces villes-arsenaux qui rythmeront pour des siècles la vie maritime de la France. Il codifie les règlements, organise le corps des officiers, crée les classes de matelots, instaure l'Inscription maritime — ancêtre du registre d'immatriculation des marins.
Sous son impulsion, la flotte française passe d'une poignée de vaisseaux vétustes à une force de 270 bâtiments en 1683, rivalisant avec la Royal Navy et la flotte hollandaise. C'est la période la plus glorieuse de la Marine royale : les batailles d'Agosta et de Palerme (1676), les victoires de l'amiral Duquesne, la gloire des galères de Louis de Vendôme. Les grands noms de la période Abraham Duquesne s'illustre à la bataille de Palerme en 1676, infligeant une défaite décisive à la flotte hispano-hollandaise et blessant mortellement l'amiral De Ruyter, le plus grand marin des Provinces-Unies. Jean Bart, corsaire de Dunkerque issu du peuple, force le blocus britannique et délivre un convoi de blé pour sauver la France de la famine. Ces noms entrent dans la légende de la Royale.
Le XVIIIe Siècle La Révolution et l 'Empire C 'est une successions de victoires et de Défaites La Marine française joue un rôle décisif dans la guerre d'indépendance américaine. Le 5 septembre 1781, le comte de Grasse remporte la bataille de la baie de Chesapeake contre la flotte britannique de l'amiral Graves.
Cette victoire stratégique coupe la retraite maritime des troupes du général Cornwallis à Yorktown, contraignant les Britanniques à capituler. La France contribue ainsi de façon déterminante à la naissance des États-Unis d'Amérique.
Le chevalier de Suffren, surnommé « le bailli de Suffren », s'illustre quant à lui dans l'océan Indien entre 1781 et 1783, livrant cinq batailles acharnées contre la Royal Navy avec un génie tactique que les Britanniques eux-mêmes reconnaîtront. Il reste l'un des plus grands tacticiens navals de l'histoire de France.
Mais la Révolution saigne la Marine : l'émigration massive des officiers nobles prive la flotte de son encadrement expérimenté. L'Empire accorde la priorité aux armées de terre continentales. Malgré des épisodes glorieux les combats de Prairial, les exploits de Surcouf dans l'océan Indien, le génie de Latouche-Tréville la Marine française ne peut plus rivaliser avec la Royal Navy. Le désastre d'Aboukir (1798), où l'amiral Nelson détruit la flotte de l'Orient au mouillage, et surtout la catastrophe de Trafalgar (21 octobre 1805) signent la fin de la puissance navale française pendant plus d'un demi-siècle. La défaite de
Villeneuve, vaincu par Nelson, laisse la mer aux Britanniques pour le reste de l'ère napoléonienne.
Le XIXe Siècle Renaissances et Innovations La Marine française renaît sous Louis-Philippe et Napoléon III. Alliée aux Britanniques contre la Russie lors de la guerre de Crimée (1853–1856), elle engage les premiers cuirassés de l'histoire ces « bateaux blindés » révolutionnaires qui rendent les vaisseaux de bois obsolètes en quelques années. La Gloire, lancée en 1859 à Toulon, est le premier cuirassé océanique de l'histoire navale mondiale. L'expansion coloniale et la Jeune École
Sous la IIIe République, la Marine joue un rôle majeur dans la constitution du second empire colonial français du Tonkin, à Madagascar, en Afrique occidentale et en Océanie. L'amiral Courbet s'illustre en Extrême-Orient. La « Jeune École » théorise l'usage des torpilleurs et des sous-marins contre les cuirassés, préfigurant la guerre sous-marine du XXe siècle.
Les Deux Guerres Mondiales La Grande Guerre
La Première Guerre mondiale est d'abord une guerre navale de blocus et de sous-marins. La Marine française sécurise la Méditerranée et participe aux opérations amphibies des Dardanelles (1915). Elle protège les convois transatlantiques et lutte contre les sous-marins allemands. Cent mille marins français servent sous les couleurs de la Royale entre 1914 et 1918.
La Seconde Guerre mondiale
Le 3 juillet 1940, la flotte britannique ouvre le feu sur la flotte française ancrée à Mers el-Kébir, refusant que les navires tombent aux mains de l'Allemagne nazie. 1 297 marins français périssent.
Le sous-marin Casabianca, commandé par le commandant L'Herminier, s'échappe de Toulon lors du sabordage et poursuit la lutte depuis Alger. Le cuirassé Richelieu, réfugié à Dakar puis refondu aux États-Unis, combat aux côtés des Alliés jusqu'en 1945. Le porte-avions Beam transporte des avions depuis les États-Unis. La Marine française libre participe au débarquement de Normandie et à la libération de la France.
La Guerre Froide et la Dissuasion Nucléaire
Après 1945, la France reconstruit sa marine et fait le choix stratégique de la dissuasion nucléaire autonome. En 1960, de Gaulle lance le programme des sous-marins nucléaires lanceurs d'engins (SNLE). Le Redoutable, premier SNLE français, est mis en service en 1971. Depuis lors, la France maintient en permanence au moins un SNLE en patrouille océanique la composante « bastion » de la Force de Frappe assurant la dissuasion 24 heures sur 24, 365 jours par an.
Aujourd'hui, quatre SNLE de la classe Le Triomphant constituent l'épine dorsale de la dissuasion nucléaire française. Chacun emporte jusqu'à seize missiles balistiques M51, capables de frapper à plus de 10 000 kilomètres de distance. C'est la garantie ultime de la souveraineté nationale.
La Marine française s'est dotée d'un groupe aéronaval depuis 1961. Le Clemenceau (1961) et le Foch (1963) ont assuré la projection aérienne pendant trente ans. Le Charles de Gaulle, seul porte-avions nucléaire non américain du monde, mis en service en 2001, est le fleuron actuel de la flotte. Capable d'emporter quarante avions de combat Rafale Marine, il constitue l'instrument central de la diplomatie de force française. La Marine Nationale Aujourd'hui La Marine nationale de 2026 est l'une des cinq premières marines de guerre mondiales. Elle opère sur tous les océans avec une permanence à la mer qui n'a jamais été interrompue depuis des décennies. Ses missions couvrent la dissuasion nucléaire, la protection des approches maritimes françaises, la lutte contre la piraterie, la surveillance des zones économiques exclusives françaises — les plus vastes du monde avec 11 millions de km² — et les opérations extérieures.
Pourquoi « La Royale » ?
La Marine nationale est encore aujourd'hui familièrement appelée « La Royale ». Cette appellation vient de l'Ancien Régime, quand les régiments de l'armée appartenaient à des seigneurs ou à des nobles, tandis que la Marine était celle du roi lui-même, financée sur les deniers royaux. Elle était la Marine du Roi La Royale. Quatre siècles plus tard, ce surnom est resté, témoignage vivant de ses origines monarchiques et de sa fierté institutionnelle.
Chronologie des 400 Ans
Les Célébrations du Quadricentenaire (2026)
L'année 2026 est placée sous le signe du quadricentenaire de la Marine nationale. Le ministère des Armées et le ministère de la Culture s'associent dans un partenariat inédit pour faire de cet anniversaire un temps fort de sensibilisation nationale, tourné vers la jeunesse et les territoires.
Conclusion
Quatre Siècles de Fidélité Quatre cents ans. De l'édit de Richelieu signé à Saint-Germain-en-Laye par un cardinal qui n'avait jamais navigué, à la patrouille silencieuse d'un sous-marin nucléaire au fond de l'Atlantique — la continuité est vertigineuse. La Royale a traversé les monarchies, la Révolution, les Empires et les Républiques sans jamais interrompre sa mission : protéger la France et ses intérêts sur toutes les mers du monde. Elle a connu des heures de gloire — la Chesapeake, Palerme, les campagnes de Suffren — et des heures d'amertume — Trafalgar, Mers el-Kébir, Toulon. Elle a évolué des galères à rames aux sous-marins nucléaires, de la voile au réacteur, de la poudre noire au missile M51. Elle a inventé le cuirassé, la guerre sous-marine moderne, le porte-avions à propulsion nucléaire.
En 2026, 36 000 marins — femmes et hommes — perpétuent cette tradition vieille de quatre siècles. Ils naviguent en ce moment même dans le golfe de Guinée, en mer Rouge, dans l'Arctique, dans le Pacifique. Sur tous les océans, La Royale veille. Depuis 400 ans.
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