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LRM BM 21 GRAD Saumur



BM 21 GRAD Saumur
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C'est l'héritier de la Katioucha
Parmi les véhicules militaires les plus emblématiques de la période de la Guerre froide, le BM-21 « Grad » occupe une place à part : plus de soixante ans après sa mise en service, ce lance-roquettes multiple soviétique reste aujourd'hui encore l'un des systèmes d'artillerie les plus répandus et les plus utilisés au monde, employé aussi bien par des armées régulières que par des forces irrégulières sur de nombreux théâtres de conflit contemporains.
Conçu par le bureau d'études de construction de compresseurs de Sverdlovsk, le BM-21 s'inscrit dans la filiation directe des célèbres Katioucha de la Seconde Guerre mondiale, ces lance-roquettes montés sur camion qui avaient marqué les esprits par la puissance de leurs tirs de saturation. Le système reçoit la désignation industrielle 2B5 et le nom de code GRAU 9K51 ; « Grad » signifie littéralement « grêle » en russe, une allusion limpide à la manière dont ses roquettes s'abattent en rafale sur une zone cible.
Une conception simple, robuste et redoutablement efficace
Le BM-21 entre en service dans l'Armée soviétique en 1963, en remplacement du système BM-14 de 140 mm alors vieillissant. Sa fabrication en série débute en 1965. Le véhicule de lancement associe un châssis de camion tout-terrain Ural-375D 6x6 à un bloc de quarante tubes lance-roquettes de 122 mm, disposés en quatre rangées de dix, monté sur une tourelle orientable à l'arrière du châssis. Cette architecture rudimentaire mais efficace permet au véhicule de circuler sur tous types de terrains tout en offrant une puissance de feu considérable : une salve complète de quarante roquettes peut être tirée en seulement vingt secondes, couvrant une zone entière en quelques instants.
Propulsé par un moteur V8 à essence développant environ 180 chevaux, le Grad atteint 75 km/h sur route et dispose d'une autonomie pouvant atteindre 750 kilomètres, lui conférant une mobilité stratégique précieuse pour l'appui-feu des unités mécanisées. Ses roquettes de 122 mm frappent en moyenne à une distance de 20 kilomètres, certaines munitions à portée étendue permettant d'atteindre 40 à 45 kilomètres. Le baptême du feu du système a lieu en mars 1969, lors du conflit frontalier sino-soviétique de l'île Damanski.
Caractéristiques techniques
Désignation
BM-21 « Grad » (index GRAU 9K51)
Pays d'origine
URSS
Entrée en service
1963
Châssis
Camion tout-terrain Ural-375D, 6x6
Motorisation
V8 essence, environ 180 ch
Vitesse maximale
75 km/h sur route
Autonomie routière
Jusqu'à 750 km
Lance-roquettes
40 tubes de 122 mm, disposés en 4 rangées de 10
Portée
Environ 20 km (jusqu'à 40-45 km avec roquettes à portée étendue)
Temps de tir
Salve complète de 40 roquettes en 20 secondes
Temps de mise en batterie
Environ 3 minutes
Équipage
Jusqu'à 5 hommes (conducteur, pointeur et aides, chargeurs)
 
 
Vue de face : calandre verticale caractéristique de l'Ural-375D, tubes lance-roquettes repliés vers l'avant, pare-chocs renforcé.
 
Vue de face : calandre verticale caractéristique de l'Ural-375D, tubes lance-roquettes repliés vers l'avant, pare-chocs renforcé.
Un système toujours en service à travers le monde
Fort de sa simplicité, de son faible coût et de sa robustesse, le BM-21 Grad a été exporté ou produit sous licence dans des dizaines de pays et a donné naissance à de nombreuses variantes : le Grad-1 allégé sur châssis ZiL-131, le Grad-V aéroporté pouvant être parachuté, le Grad-K modernisé avec conduite de tir améliorée, ou encore la version navale A-215 embarquée sur certains bâtiments de débarquement soviétiques. Des versions plus récentes ont également été adaptées sur des châssis plus modernes, comme l'Ural-4320 à motorisation diesel.

Le Grad reste largement utilisé dans le conflit russo-ukrainien, par les deux camps, malgré son âge — c'est un système simple et bon marché à produire massivement.

Usage par les deux belligérants

Le BM-21 fait partie de l'inventaire hérité de l'ex-URSS des deux armées, russe et ukrainienne, et continue d'être employé quasi quotidiennement sur le front, notamment dans le Donbass, pour l'appui-feu et les frappes de saturation contre les positions, véhicules et concentrations de troupes adverses.

Modernisations côté ukrainien

L'Ukraine a développé plusieurs évolutions du système d'origine :

  • Le BM-21UM « Berest » — une version modernisée montée sur châssis KrAZ-5401, avec un lanceur porté à 50 roquettes au lieu de 40.
    Une version modernisée équipe aussi la Garde nationale ukrainienne, montée sur un châssis MAN et dotée d'entraînements électriques ainsi que d'un système de conduite de tir numérique, ce qui réduit le temps de déploiement tout en améliorant la précision. Ce programme de modernisation vise à améliorer la mobilité, la précision et la survivabilité au combat de la flotte vieillissante de BM-21, dans le cadre d'un effort plus large de réarmement et d'adaptation aux réalités du combat moderne.

Un système technologiquement dépassé mais toujours pertinent
 Le BM-21UM « Berest »
— la refonte la plus poussée

Développé par l'usine de réparation de Shepetivka (groupe Ukroboronprom), présenté en 2018 :

  • Châssis : KrAZ-5401NE 4x4 (au lieu de l'Ural-375D 6x6 d'origine) — cabine à quatre portes, deux rangées de sièges pour 5 hommes d'équipage
  • Motorisation : moteur YaMZ-536, 312 ch (contre ~180 ch sur l'Ural d'origine), vitesse route supérieure à 90 km/h, autonomie jusqu'à 600 km (deux réservoirs de 165 l)
  • Puissance de feu accrue : 50 tubes de 122 mm au lieu de 40, disposés en un seul bloc rectangulaire de 5 rangées de 10
  • Conduite de tir numérique : système de contrôle de tir digital permettant de préparer le tir — y compris le relevé topographique/artillerie — sans quitter la cabine
  • Connectivité réseau-centrique : système d'information de combat intégré, capable de recevoir et croiser en temps réel des données issues de drones, radars de contre-batterie et autres capteurs de surveillance
  • GPS amélioré par rapport aux versions soviétiques d'origine

Un paradoxe notable : malgré la volonté affichée de réduire la dépendance envers la Russie, le Berest utiliserait un moteur YMZ-238D d'origine russe (GAZ) selon certaines sources — signe des difficultés d'une souveraineté industrielle totale même dans un contexte de guerre.

2. La version modernisée sur châssis MAN (Garde nationale, 2025)

Plus récente, présentée fin 2025 par la Garde nationale ukrainienne :

  • Châssis occidental MAN en remplacement du châssis soviétique
  • Entraînements électriques pour l'orientation et l'élévation du bloc de tubes (au lieu des mécanismes hydrauliques/manuels d'origine)
  • Système de conduite de tir numérique, réduisant fortement le temps de mise en batterie
  • Pilotage à distance : possibilité pour l'équipage d'opérer le système à distance de sécurité, ce qui réduit l'exposition au feu de contre-batterie — un avantage jugé essentiel dans un environnement où la contre-batterie ennemie (drones + artillerie) est particulièrement létale

Le fil conducteur de ces modernisations

Dans les deux cas, l'objectif est le même : conserver le concept simple et robuste du Grad (roquettes non guidées bon marché, production de masse) tout en corrigeant ses trois faiblesses historiques — le temps de mise en batterie trop long, l'exposition de l'équipage pendant le tir, et l'absence de connexion avec les capteurs modernes (drones, radars). C'est une réponse pragmatique à la guerre de contre-batterie intensive qui caractérise le front ukrainien, où survivre après avoir tiré est devenu aussi important que le tir lui-même.

 

Malgré l'arrivée de systèmes plus modernes comme les HIMARS américains côté ukrainien, le Grad garde un rôle : il est peu coûteux, ses munitions sont produites en masse depuis des décennies, et il reste efficace pour du harcèlement d'artillerie à courte-moyenne portée (environ 20 km), même si sa précision reste bien inférieure à celle des systèmes guidés modernes.

Un usage documenté et médiatisé

Le système a été impliqué dans de très nombreux conflits à travers le monde, étant l'un des systèmes d'artillerie les plus répandus. Dans le conflit ukrainien spécifiquement, son usage est très documenté (vidéos de tirs, frappes sur positions, etc.) par les sources ukrainiennes comme russes, chacune mettant en avant ses propres frappes.

 

 


 

Aujourd'hui exposé dans des musées ou collections de matériel militaire, comme c'est ici le cas, le BM-21 Grad rappelle une période où l'affrontement Est-Ouest imposait aux deux blocs une course permanente à l'armement conventionnel. Sa silhouette massive, hérissée de tubes, reste l'une des images les plus reconnaissables de l'artillerie soviétique de la seconde moitié du XXe siècle — un système dont la longévité opérationnelle, plus de soixante ans après sa conception, témoigne de la réussite de son ingénierie.
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