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L’œil volant des artilleurs avec ce drone tactique SAGEM Sperwer F-423, exposé à l’entrée du musée de l’Artillerie de Draguignan
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| Face à face : le nez arrondi, les deux antennes dressées et les ailes en flèche du Sperwer. |
À Draguignan, au pied du musée de l’Artillerie, entre une tourelle, un obus géant et un canon tracté, se tient un engin qui ne ressemble à rien de ce qui l’entoure. Pas de tube, pas d’affût, pas de culasse : une silhouette grise et lisse, des ailes en flèche, deux dérives inclinées et une petite hélice à l’arrière. Posé sur son chariot de manutention aux roues rouillées, le Sperwer F-423 rappelle que l’artillerie moderne ne se contente plus de tirer loin. Elle doit d’abord voir loin.
Un drone né pour l’artillerie
Le Sperwer (« épervier » en néerlandais) est un drone tactique conçu par le groupe français SAGEM, aujourd’hui intégré à Safran. Dans l’Armée de terre, il équipait le Système de drone tactique intérimaire, ou SDTI, mis en œuvre par le 61e régiment d’artillerie, l’unité spécialisée dans le renseignement par drones et rattachée à la Brigade de renseignement. Sa mission : survoler la zone des combats, repérer les objectifs et transmettre en temps réel des images aux artilleurs et aux états-majors.
Le mot « intérimaire » dit bien son ambition de départ : il s’agissait d’une solution de transition. Le Sperwer a pourtant servi bien plus longtemps que prévu. La DGA en commandait encore des exemplaires supplémentaires fin 2013, pour des livraisons en 2015, et SAGEM avait produit au total plus de 25 systèmes et quelque 150 appareils pour plusieurs armées.
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| Le F-423 sur son chariot : fuselage court, ailes en flèche et dérives jumelles à l’arrière. |
Une machine pensée pour le terrain
Vu de près, le Sperwer révèle une architecture très particulière. Son moteur deux temps Rotax, logé à l’arrière du fuselage, entraîne une hélice propulsive en bois, encore visible sur l’exemplaire de Draguignan. Avec environ 4,2 mètres d’envergure, 3,5 mètres de long et quelque 330 kilos en charge, il atteignait près de 180 km/h et pouvait rester en l’air environ cinq heures, en transmettant des images d’objectifs situés jusqu’à 150 kilomètres de sa station au sol.
Le décollage et l’atterrissage étaient sans doute ses aspects les plus spectaculaires. Pas de piste : l’appareil était posé dans un berceau sur un rail, puis projeté dans les airs par un vérin pneumatique monté sur un camion. Au retour, il survolait la zone de récupération, coupait son moteur et ouvrait un grand parachute, tandis que trois coussins gonflables se déployaient sous le nez et sous chaque aile pour amortir le contact avec le sol. Un camion-grue venait ensuite le récupérer.
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| Trappes de visite, bandes de sécurité jaunes et noires et immatriculation F-423 sur le flanc. |
De l’Afghanistan au musée
Le Sperwer a connu le feu. Le 61e régiment d’artillerie l’a déployé en Afghanistan de novembre 2008 à juin 2012, pour des missions de protection des troupes, de renseignement et d’appui des unités au sol. Les armées canadienne et néerlandaise l’ont, elles aussi, engagé sur ce théâtre. Le drone a également été exporté vers la Grèce, la Suède, le Danemark et le Canada, souvent sous d’autres désignations.
Sa succession était prévue dès le milieu des années 2010 : en 2016, Safran annonçait que le Patroller, un drone tactique de plus grande endurance développé à partir de l’expérience du Sperwer, prendrait la relève au sein du 61e RA. Retiré du service, le F-423 a trouvé sa place dans le parcours du musée, où il illustre le passage d’une artillerie qui observait depuis le sol ou depuis un avion piloté à une artillerie qui dispose de ses propres yeux dans le ciel.
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| Vue arrière : logo SAGEM, hélice propulsive en bois, cocardes et élevons du bord de fuite. |
Une pièce d’histoire très récente
Ce qui frappe à Draguignan, c’est le contraste. Autour du drone, les pièces exposées racontent des siècles d’artillerie fondée sur la puissance et la portée. Le Sperwer, lui, ne porte aucune arme : sa force tenait à ses capteurs, à sa liaison de données et à la rapidité avec laquelle il pouvait transmettre une information. Les deux antennes dressées sur son dos, le hublot de son nez et les nombreuses trappes de visite témoignent de cette vocation d’observateur.
Aujourd’hui, alors que les drones occupent une place centrale dans les conflits, ce petit appareil gris fait figure de pionnier. Il rappelle que, bien avant les essaims de drones actuels, les artilleurs français avaient déjà appris à faire voler leur propre œil au-dessus du champ de bataille.
En bref
Appareil : SAGEM Sperwer, système SDTI de l’Armée de terre
Exemplaire exposé : F-423
Unité utilisatrice : 61e régiment d’artillerie (Brigade de renseignement)
Envergure / longueur : environ 4,2 m / 3,5 m
Masse au décollage : environ 330 kg
Vitesse / endurance : jusqu’à 180 km/h / environ 5 heures
Lancement et récupération : catapulte pneumatique sur camion ; parachute et coussins gonflables
Engagement : Afghanistan, novembre 2008 – juin 2012
Successeur : Safran Patroller
Lieu d’exposition : musée de l’Artillerie, Draguignan (Var)