Le Tochka-U, vieux missile soviétique au cœur de la guerre d'Ukraine C 'est le SS 21 Scarab B désignation soviétique/russe : 9K79-1 Tochka-U ou OTR-21B C 'est un système de missile balistique tactique de courte
Conçu au milieu des années 1970, l'OTR-21 Tochka-U a été tiré par les deux camps depuis 2014. Ses restes sont aujourd'hui exposés au cœur de Kyiv, sur la place Saint-Michel.
Au pied du clocher doré du monastère Saint-Michel-au-Dôme-d'Or, au milieu des blindés calcinés, une longue carcasse vert olive couverte de graffitis attire les passants. Ses ailerons sont tordus, son extrémité arrachée, et une section de queue noircie gît à côté, entourée de ses gouvernes en treillis. C'est un OTR-21 Tochka-U, un missile balistique tactique soviétique qui, malgré son âge, a marqué plusieurs épisodes de la guerre.
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| Le corps du missile exposé place Saint-Michel, à Kyiv, devant les panneaux consacrés à Marioupol. |
Un héritage de la guerre froide
Le Tochka (« point » en russe) est développé par le bureau d'études de construction de machines de Kolomna pour remplacer les fusées non guidées de la famille Luna (FROG pour l'OTAN). Entré en service en 1975, il donne aux divisions soviétiques une frappe précise à quelques dizaines de kilomètres derrière la ligne de front, contre des postes de commandement, des dépôts, des aérodromes ou des concentrations de troupes.
La version améliorée Tochka-U, adoptée en 1989, porte la portée d'environ 70 à environ 120 km et améliore la précision. C'est un système compact et mobile : le lanceur, monté sur un camion amphibie à six roues, peut se mettre en batterie et tirer en peu de temps, puis quitter sa position.
Fiche technique
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Désignation
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OTR-21 Tochka-U (missile 9M79-1) — code OTAN SS-21 « Scarab B »
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Origine
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URSS, bureau d'études KBM (Kolomna)
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Mise en service
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Tochka : 1975 — version améliorée Tochka-U : 1989
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Catégorie
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Missile balistique tactique à courte portée
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Portée
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Environ 70 km (Tochka) ; jusqu'à environ 120 km (Tochka-U)
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Dimensions
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Environ 6,4 m de long, 65 cm de diamètre
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Masse
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Environ 2 tonnes au lancement
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Propulsion
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Moteur-fusée à propergol solide
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Guidage
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Inertiel ; précision de l'ordre de quelques dizaines de mètres pour la version U
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Lanceur
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Véhicule 9P129 sur châssis amphibie 6×6, un missile par lanceur
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Charges
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Explosive, à sous-munitions ; versions nucléaires à l'époque soviétique
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Valeurs approximatives issues de sources ouvertes.
Comment le reconnaître
Sur les débris exposés à Kyiv, plusieurs éléments permettent l'identification :
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Le corps cylindrique vert olive d'environ 65 cm de diamètre, beaucoup plus massif qu'un missile de croisière.
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Les gouvernes en treillis (en « nid d'abeille ») à l'arrière, qui pilotent le missile en vol. On les voit, grises et détachées, autour de la section de queue calcinée.
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Les ailes stabilisatrices situées sur l'arrière du corps, visibles sur la carcasse principale.
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Section de queue calcinée et gouvernes en treillis, avec en arrière-plan les véhicules détruits de l'exposition.
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Un missile très exporté et souvent employé
Le Tochka a équipé l'armée soviétique puis la plupart des États issus de l'URSS (Russie, Ukraine, Biélorussie, Kazakhstan, Arménie, Azerbaïdjan…), ainsi que la Syrie et le Yémen. Il a été utilisé dans de nombreux conflits : les guerres de Tchétchénie, la guerre russo-géorgienne de 2008, la guerre civile syrienne, le conflit au Yémen et la guerre du Haut-Karabakh de 2020.
La Russie l'a progressivement remplacé par l'Iskander, plus moderne, à partir des années 2010, et affirmait l'avoir retiré de ses brigades de missiles avant 2022.
Dans la guerre en Ukraine
À la chute de l'URSS, l'Ukraine hérite d'environ 500 missiles Tochka. Lors de la guerre du Donbass de 2014-2015, l'armée ukrainienne en tire une centaine. À la veille de l'invasion de février 2022, son stock serait tombé à environ 90 missiles, et le Tochka-U constitue alors sa seule arme de frappe à « longue » portée, confiée à la 19e brigade de missiles.
Malgré les démentis de Moscou, la Russie en a elle aussi tiré dès les premières semaines de l'invasion à grande échelle. Des enquêteurs en sources ouvertes ont documenté des colonnes de lanceurs portant les marquages tactiques russes « V », notamment en Biélorussie et dans la région de Louhansk au printemps 2022.
L'épisode le plus meurtrier reste la frappe sur la gare de Kramatorsk, le 8 avril 2022. Un Tochka-U à sous-munitions s'abat sur la gare où des milliers de civils attendent un train d'évacuation ; plus de cinquante personnes sont tuées. Moscou en attribue la responsabilité à l'Ukraine en arguant qu'elle seule utilise encore ce missile, une version réfutée par les analyses de trajectoire et les preuves d'emploi russe recueillies par des organisations comme Bellingcat et le Conflict Intelligence Team.
Côté ukrainien, le stock d'avant-guerre est épuisé début 2023. La 19e brigade reprend pourtant ses tirs à partir de novembre 2023, de façon sporadique, grâce à des missiles remis en état, probablement avec l'aide de l'industrie spatiale et balistique de Dnipro (Pivdenmash/Ioujmach), régulièrement visée par la Russie.
L'exposition de la place Saint-Michel
Depuis 2022, la place Mykhaïlivska accueille une exposition en plein air de matériel militaire russe détruit : chars, blindés, véhicules de transport et débris de missiles, mais aussi des voitures civiles criblées d'éclats. Des panneaux photographiques retracent la destruction de villes comme Marioupol.
Les visiteurs couvrent les carcasses d'inscriptions : noms de villes, messages aux soldats, références au régiment Azov, défenseur de Marioupol, et nombreuses insultes adressées au président russe. Le Tochka-U exposé ne provient donc pas d'une frappe récente sur la capitale, dont les attaques reposent aujourd'hui surtout sur les drones Shahed, les missiles de croisière et les balistiques Iskander ou Kinjal. Il témoigne d'une arme d'une autre époque, qui a pourtant marqué les débuts de la guerre.