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Le fusil Arisaka Type 38 et le fantassin impérial japonais
Dans les salles du Musée de l’Armée, aux Invalides, un mannequin vêtu d’un uniforme de drap kaki se tient au garde-à-vous, l’arme au pied. Le fusil qu’il tient est l’un des plus emblématiques de l’histoire militaire du XX? siècle : l’Arisaka Type 38, arme réglementaire de l’infanterie japonaise de la guerre russo-japonaise jusqu’à la capitulation de 1945. Monté de sa longue baïonnette Type 30 à quillon recourbé, il incarne à lui seul quarante ans d’histoire de l’armée impériale.
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Vue d’ensemble : le fantassin en uniforme kaki, le fusil Arisaka Type 38 au pied, baïonnette au canon.
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Un nom qui ne désigne pas 1938
Contrairement à une idée répandue, le « 38 » ne renvoie pas à l’année 1938. Les armes japonaises de cette époque étaient désignées selon l’année de règne de l’empereur. Le Type 38 (sanpachi-shiki hoheij?, « fusil d’infanterie modèle 38 ») correspond à la 38? année de l’ère Meiji, soit 1905. De même, la baïonnette Type 30 date de la 30? année Meiji, c’est-à-dire 1897.
Le nom « Arisaka » vient du colonel Arisaka Nariakira, qui avait conçu le fusil Type 30 adopté en 1897. Les leçons de la guerre russo-japonaise (1904-1905) conduisirent le major Nambu Kijir? à en tirer une version améliorée : ce sera le Type 38, plus simple, plus fiable et mieux protégé contre la poussière et la boue.
Fiche technique
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Caractéristique
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Arisaka Type 38
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Pays
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Empire du Japon
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Adoption
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1905 (38? année de l’ère Meiji)
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Concepteurs
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Arisaka Nariakira (Type 30), amélioré par Nambu Kijir?
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Mécanisme
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Culasse mobile rotative, dérivée du système Mauser
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Munition
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6,5 × 50 mm SR Arisaka
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Magasin
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5 cartouches, chargées par lame-chargeur
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Longueur
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Environ 1,28 m (sans baïonnette)
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Longueur avec baïonnette
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Environ 1,66 m
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Masse
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Environ 4 kg
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Production
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Environ 3,4 millions d’exemplaires (1905-1945)
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Une arme robuste et précise
Le mécanisme du Type 38 reprend les principes du Mauser allemand mais les simplifie. La culasse ne compte que peu de pièces et le gros bouton de chien, bien visible sur nos photographies, permet de réarmer l’arme à la main. Beaucoup d’exemplaires recevaient aussi un couvre-culasse coulissant, une tôle qui accompagnait le mouvement de la culasse pour protéger le mécanisme de la poussière ; les soldats l’enlevaient souvent parce qu’il cliquetait.
Sa munition de 6,5 mm était peu puissante comparée aux calibres européens de l’époque (8 mm Lebel, 7,92 mm Mauser, .303 britannique). Mais tirée dans un long canon, elle brûlait presque entièrement sa poudre : recul modéré, faible flamme à la bouche, excellente précision. Ces qualités convenaient bien à des soldats souvent de petite taille. L’armée jugea toutefois ce calibre insuffisant dans les années 1930 et adopta en 1939 le Type 99 en 7,7 mm, sans jamais parvenir à remplacer entièrement le Type 38.
Sur le boîtier de culasse figurait le chrysanthème impérial à seize pétales, rappelant que l’arme appartenait à l’empereur. À la capitulation, ce symbole fut très souvent meulé sur les armes remises aux Alliés.
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| Détail du mécanisme : levier de culasse à boule et gros bouton de chien caractéristique des Arisaka. |
La baïonnette Type 30
Le fusil exposé porte sa baïonnette Type 30, adoptée en 1897 et utilisée successivement sur les Type 30, Type 38 et Type 99. C’est un sabre-baïonnette à un seul tranchant, avec une lame d’environ 40 cm pour une longueur totale d’environ 51 cm et une masse proche de 700 g. Environ 8,4 millions d’exemplaires furent produits jusqu’en 1945.
Son détail le plus reconnaissable est le quillon recourbé en crochet, présent sur les fabrications anciennes. Il servait en principe à bloquer ou détourner la lame adverse ; les versions de guerre tardives l’abandonnèrent au profit d’une garde droite, plus rapide à fabriquer. La poignée en bois tenue par des vis et le pommeau en « tête d’oiseau » visibles ici correspondent eux aussi aux premières séries.
Sur le talon de la lame, on distingue un petit poinçon formé de cercles accolés. Il semble s’agir de la marque des « boulets de canon empilés », utilisée par les arsenaux de Tokyo (Koishikawa) puis de Kokura, qui indiquait l’origine de fabrication.
Une fois montée, la baïonnette portait la longueur totale de l’arme à plus d’1,60 m, souvent davantage que la taille du soldat. Ce choix traduisait une doctrine qui accordait une place majeure à l’assaut à la baïonnette et à l’esprit offensif.
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La baïonnette Type 30 montée : quillon en crochet, plaquettes en bois vissées et poinçon d’arsenal sur le talon de la lame.
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Une carrière mondiale
Le Type 38 ne fut pas seulement l’arme du Japon. Son histoire croise celle de nombreux pays :
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Première Guerre mondiale : le Japon combat aux côtés de l’Entente. La Russie, à court de fusils, achète plusieurs centaines de milliers d’Arisaka ; le Royaume-Uni en acquiert aussi, notamment pour l’instruction et la Royal Navy.
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Légions tchécoslovaques : lors de la guerre civile russe, elles étaient presque entièrement équipées de fusils Arisaka Type 30 et Type 38.
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Chine : des Type 38 achetés ou capturés équipèrent plusieurs divisions chinoises, certains étant même recalibrés en 7,92 mm Mauser.
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Seconde Guerre mondiale : il reste l’arme la plus répandue de l’infanterie japonaise, de la Mandchourie au Pacifique, aux côtés du Type 99.
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Après 1945 : on le retrouve en Indonésie, en Asie du Sud-Est et en Corée, où il continue de servir dans les conflits de la décolonisation.
Pourquoi aux Invalides ?
Le Musée de l’Armée présente l’histoire militaire mondiale à travers les armes et uniformes de nombreuses nations. Cette vitrine japonaise permet de comparer le fantassin impérial à ses contemporains européens, alliés ou adversaires, à une époque où le Japon s’impose comme une grande puissance militaire après ses victoires sur la Chine (1895) et la Russie (1905).
L’ensemble exposé illustre bien cette armée en pleine modernisation : un fusil moderne inspiré des meilleurs modèles européens, un uniforme kaki adapté au combat moderne, mais aussi une baïonnette démesurée qui témoigne d’une doctrine encore fortement attachée au corps-à-corps.