Delaunay-Belleville S4 Une conduite intérieure à carrosserie souple Weymann au Musée Automobile de Vendée
Avant 1914, Delaunay-Belleville fournit le tsar et plusieurs rois. Au milieu des années 1920, la marque de Saint-Denis vit sur ce prestige avec des modèles plus modestes, comme la S4 de 11 CV. L'exemplaire du Musée Automobile de Vendée a été habillé à Nantes d'une carrosserie souple en simili cuir, selon le procédé Weymann.
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| La Delaunay-Belleville S4 du musée : caisse grise tendue de simili cuir, ailes noires, roues à rayons de type artillerie et roue de secours sur l'aile avant. |
Des chaudières aux voitures de luxe
L'histoire commence loin de l'automobile. Vers 1850, Julien Belleville fonde à Saint-Denis, au nord de Paris, une fabrique de chaudières marines. Louis Delaunay le rejoint en 1867, épouse sa fille et prend la direction de l'entreprise. En 1903, il crée avec l'ingénieur Marius Barbarou, âgé de 28 ans, la Société anonyme des automobiles Delaunay-Belleville.
La première voiture est exposée au Salon de Paris de 1904 et reçoit un accueil enthousiaste. Barbarou lui dessine un radiateur rond qui devient la signature de la marque. En 1906, le tsar Nicolas II achète une 40 HP ; les rois Georges Ier de Grèce et Alphonse XIII d'Espagne roulent aussi en Delaunay-Belleville. En 1909, la marque est le premier constructeur français à proposer un moteur six cylindres.
La S4, une 11 CV dans une marque en déclin
Après la Première Guerre mondiale, Delaunay-Belleville descend en gamme. La P4 de 1919 est une quatre-cylindres de 2 litres, suivie en 1922 par la P4B de 2,6 litres à arbre à cames en tête. La S4 lui succède vers 1925 comme modèle de 12 HP, soit 11 CV fiscaux, en dessous des six-cylindres de la marque. Elle est produite jusqu'en 1927.
Son moteur est un quatre-cylindres en ligne à arbre à cames en tête, de 2 120 cm³ selon la fiche du musée, avec allumage par magnéto et démarreur électrique. La boîte a quatre rapports, et la voiture reçoit des freins et des amortisseurs sur les quatre roues. La fiche du musée lui donne 80 km/h.
Malgré une fabrication soignée, la S4 se vend mal. On lui reproche une ligne datée, une voie étroite et un prix supérieur à celui de ses concurrentes de chez Delahaye ou Hotchkiss. Après le départ de Barbarou, la qualité baisse et, à la fin des années 1920, la marque a perdu son rang ; elle se tourne vers les camions et les véhicules militaires.
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Le radiateur en coupe-vent, le nom de la marque en lettres cursives et les trois phares. En dessous, la plaque rappelant l'origine de la carrosserie.
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La carrosserie souple Weymann
Charles Weymann (1889-1976), venu de l'aviation, met sur le marché en 1921 un procédé de carrosserie inspiré des fuselages d'avion. L'ossature est en bois très léger, mais ses pièces ne se touchent pas : elles sont reliées par des ferrures métalliques, ce qui supprime les grincements. Les grandes surfaces sont garnies de mousseline tendue sur un grillage, avec une couche d'ouate de coton, puis l'ensemble est recouvert de simili cuir ou de toile enduite. Des baguettes d'aluminium cachent les raccords.
La caisse obtenue est légère et silencieuse, ce qui améliore aussi les performances. Elle a ses défauts : elle protège peu en cas d'accident, ses matériaux craignent l'humidité et sa surface reste mate. Le procédé connaît pourtant un grand succès dans les années 1920. Weymann revendique 123 licenciés et des droits perçus sur environ 70 000 carrosseries. La mode passe en une dizaine d'années, vers 1929-1931, quand la carrosserie en acier s'impose.
L'exemplaire de Talmont-Saint-Hilaire
La plaque fixée à l'avant de la voiture résume son histoire : un châssis nu Delaunay-Belleville, carrossé en 1926 par R. Bouteiller sous licence Weymann, puis restauré dans son état d'origine en 1967 par la Carrosserie Bouteiller S.A., quai Henri-Barbusse à Nantes. La restauration a donc été confiée, quarante et un ans plus tard, à la carrosserie nantaise qui porte le nom de son premier carrossier. La fiche du musée date la voiture de 1927.
La caisse est une conduite intérieure à six glaces et six places. Un panneau posé devant la voiture précise qu'il s'agit d'une « carrosserie souple réalisée en simili cuir ». La conduite est à droite.
La fin de la marque
Dans les années 1930, Delaunay-Belleville propose des moteurs américains Continental, puis une six-cylindres à quatre roues indépendantes proche de la Mercedes-Benz 230 ; la fiche du musée parle d'une construction sous licence Daimler-Benz à partir de 1934. Après la guerre, la production n'est plus que symbolique : six voitures en 1947, quatre en 1948, année où l'usine est vendue à Robert de Rovin.
Le Musée Automobile de Vendée, à Talmont-Saint-Hilaire, présente cette S4 parmi plus de 200 véhicules réunis depuis 1939 par la famille Giron.
Fiche technique
Modèle : Delaunay-Belleville Type S4
Année : 1926 selon la plaque, 1927 selon la fiche
Carrosserie : Conduite intérieure souple, licence Weymann, 6 places
Carrossier : R. Bouteiller, Nantes
Moteur : 4 cylindres en ligne
Cylindrée : 2 120 cm³
Puissance fiscale : 11 CV
Boîte de vitesses : 4 rapports et marche arrière
Transmission : Aux roues arrière
Freins : Mécaniques
Vitesse : 80 km/h
D'après la fiche du musée et la plaque fixée à l'avant de la voiture.