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Le plein à la manivelle
Une pompe à essence des années 1920-1930 au Musée automobile de Vendée
Dans un coin du musée, un décor de garage d'autrefois : un mur peint de médaillons « Automobiles – Stock », une plaque émaillée « Stock Dunlop », un gendarme poussant sa bicyclette… et, au premier plan, une haute pompe à essence rouge.
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La pompe à essence rouge devant le décor de garage du musée.
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Elle rappelle une époque où faire le plein était une petite opération manuelle, menée à la force du bras par le garagiste.
Avant la pompe, le bidon
Au début de l'automobile, il n'existe pas de station-service. L'essence se vend en bidons de métal scellés, chez le marchand de cycles, le quincaillier, l'épicier ou le garagiste. Le stockage est strictement encadré : à Angers, par exemple, un marchand de cycles obtient en 1902 l'autorisation de conserver jusqu'à 1 500 litres d'essence en récipients fermés, avec des ventes autorisées de jour seulement.
Après la Première Guerre mondiale, le nombre de voitures explose et le bidon devient vite peu pratique. Au début des années 1920, les premiers « appareils distributeurs d'essence » apparaissent au bord des trottoirs, installés devant les garages avec l'accord des municipalités, qui perçoivent une redevance d'occupation du sol. À la fin de la décennie, ils se sont multipliés dans les villes, au point de poser des problèmes d'encombrement.
Une pompe à bras
La pompe exposée appartient à cette première génération. Sa colonne de fonte peinte en rouge repose sur une large base évasée, boulonnée au sol au-dessus de la cuve enterrée. Sur le côté, une manivelle permet au garagiste d'aspirer l'essence et de l'envoyer dans le tuyau souple qui descend jusqu'au réservoir de la voiture. Aucun moteur électrique : tout se fait à la main, tour après tour.
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| La colonne de fonte, la manivelle et le tuyau de distribution. |
Au-dessus de la colonne, un boîtier rectangulaire muni d'une petite porte abrite le mécanisme de mesure, qui indique la quantité délivrée. Plus haut encore, un cylindre de verre, protégé par quatre tiges métalliques, permet de voir passer le carburant. Ce voyant avait une fonction de confiance : le client pouvait constater de ses yeux qu'il recevait bien de l'essence, et pas de l'air. Le chapeau qui coiffe l'ensemble recevait souvent un globe lumineux aux couleurs de la marque de carburant, véritable enseigne visible de loin.
La petite plaque fixée sur la colonne porte sans doute le nom du fabricant, mais elle n'est pas lisible sur les photos. De nombreux constructeurs, français et américains, produisaient alors ce type de pompes à manivelle, avant l'arrivée des pompes électriques à cadran puis à compteur.
De la pompe du garagiste à la station-service
Dans les années 1930, les simples pompes de trottoir laissent peu à peu la place à de véritables stations-service, avec plusieurs pompes, compresseur pour le gonflage des pneus, atelier et parfois téléphone. Les pompes deviennent électriques, les compteurs plus précis, et les grandes compagnies pétrolières imposent leurs couleurs et leurs enseignes.
La pompe du musée témoigne de ce moment de transition, où l'automobile se démocratise mais où le plein garde quelque chose d'artisanal. Avec sa silhouette élancée et son rouge éclatant, elle est aussi devenue un objet de collection très recherché, symbole de toute une époque de la route.