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Obrez fusil « trois-lignes » modèle 1891 (Mosin-Nagant)

Obrez fusil « trois-lignes » modèle 1891 (Mosin-Nagant)
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Un « obrez » américain dans la guerre civile russe qui était un Mosin-Nagant M1891 de fabrication américaine, scié et reconverti en arme de poing
Cette armé est un Obrez de fusil trois-lignes modèle 1891 mais fabriqué aux États-Unis en 1914.
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Le fusil trois-lignes, c'est le nom russe du Mosin-Nagant (en russe trëkhlineïnaïa vintovka, « fusil à trois lignes »), le fusil réglementaire de l'armée russe puis soviétique.
Pourquoi « trois lignes » ? La ligne était une ancienne unité de mesure russe valant un dixième de pouce, soit 2,54 mm. Trois lignes donnent donc 7,62 mm, le calibre du fusil. Ce calibre est resté la norme russe pendant plus d'un siècle, avec le 7,62×54 mmR.
Quelques repères historiques :
- 1891 : adoption sous le nom de « modèle 1891 ». La conception combine le travail du capitaine russe Sergueï Mossine et des éléments proposés par le Belge Léon Nagant, d'où le double nom.
- Guerre russo-japonaise, Première Guerre mondiale, guerre civile russe : c'est l'arme de base du fantassin.
- 1930 : modernisation en modèle 1891/30, la version la plus produite, notamment pendant la Seconde Guerre mondiale. Elle a aussi servi comme fusil de précision (par exemple pour Vassili Zaïtsev ou Lioudmila Pavlitchenko).
- Versions courtes : les carabines M1938 et M1944.
- Avec plusieurs dizaines de millions d'exemplaires fabriqués (Russie, URSS, mais aussi Finlande, Chine, pays du bloc de l'Est…), c'est l'un des fusils militaires les plus produits de l'histoire.
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Arme des adversaires du pouvoir soviétique dans les années 1918–1920. » Le terme russe obrez (a-BRIESS ), littéralement « rognure », « bout coupé ») désigne une arme d’épaule dont on a scié la crosse et le canon pour la transformer en arme courte, facile à dissimuler sous un manteau.L’appellation « trois-lignes » (trio-khli-NIÉÏ-ka ) renvoie au calibre : trois lignes russes, soit 0,3 pouce ou 7,62 mm. C’est le nom officiel russe de ce que l’on appelle en Occident le Mosin-Nagant, conçu par le capitaine Sergueï Mossine et adopté par l’armée impériale en 1891.
Ce que montrent les photographies
L’objet exposé correspond bien à la description. On reconnaît sans difficulté les éléments caractéristiques du M1891 :
la culasse à verrou avec son levier droit terminé par une boule, typique du modèle 1891 d’origine (le levier coudé n’apparaîtra qu’en 1930) ;
le boîtier de culasse et, dessous, le magasin fixe à cinq cartouches avec son pontet et sa plaque de fond articulée ;
la vis traversante et un anneau de bretelle subsistant à l’avant du fût.
Les transformations propres à l’obrez sont nettes : la crosse a été sciée juste derrière la poignée et arrondie pour former une poignée de pistolet ; le fût et le canon ont été coupés peu après l’avant du boîtier ; la hausse, les garnitures avant et la baguette ont disparu. Le bois, très usé, craquelé et marqué de trous, témoigne d’un usage prolongé dans des conditions rudes. Il s’agit d’une transformation artisanale, non d’un modèle d’usine.
Les marquages du fabricant, normalement frappés sur le dessus du tonnerre, ne sont pas lisibles sur les photos. On ne peut donc pas dire avec certitude s’il s’agit d’un fusil Remington ou New England Westinghouse ; le cartel indique seulement « États-Unis ».
Pourquoi un fusil russe « made in USA » ?
En 1915, l’armée impériale russe, engagée dans la Grande Guerre, manquait cruellement de fusils : ses arsenaux de Toula, Ijevsk et Sestroretsk ne suffisaient pas.
Le gouvernement du tsar passa alors commande aux États-Unis : environ 1,5 million de fusils M1891 à Remington et 1,8 million à la New England Westinghouse Company, filiale créée spécialement pour ce contrat, qui racheta pour cela l’usine Stevens de Chicopee Falls (Massachusetts).
La production fut difficile et les exigences des inspecteurs russes sévères. Remington produisit un peu moins de 850 000 fusils et Westinghouse environ 770 000, mais seule une partie parvint en Russie avant la révolution de 1917 : quelque 130 000 pour Remington et autour de 225 000–250 000 pour Westinghouse.
Après la chute du tsar, les contrats furent annulés ; le gouvernement américain racheta les stocks restants pour éviter la faillite des deux industriels.
Une partie de ces fusils repartit ensuite vers la Russie, par exemple pour armer la Légion tchécoslovaque à Vladivostok ou les corps expéditionnaires alliés à Arkhangelsk et Mourmansk.
Une remarque sur la date « 1914 »
La date de 1914 inscrite sur le cartel pose question. Les commandes russes aux firmes américaines datent de 1915, et la production s’étale de 1915 à 1917 (voire 1918). Les fusils Westinghouse portent d’ailleurs tous la date « 1915 », quelle que soit leur année réelle de fabrication. Un fusil américain daté de 1914 est donc peu probable : il s’agit vraisemblablement d’une approximation ou d’une coquille du cartel, qu’il serait intéressant de vérifier auprès du musée ou sur l’arme elle-même.
L’obrez, arme emblématique de la guerre civile
Pendant la guerre civile (1918–1922) et les révoltes paysannes qui l’ont prolongée, l’obrez est devenu l’arme par excellence des insurgés, des « verts », des bandes armées et, plus largement, de tous ceux qui s’opposaient au pouvoir bolchevique dans les campagnes.
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Les « Verts » (zelionyé) désignent, pendant la guerre civile russe (1917-1922), des bandes armées paysannes qui se battaient à la fois contre les Rouges (bolcheviks) et contre les Blancs (contre-révolutionnaires). Ils formaient une sorte de « troisième camp ».
Pourquoi « verts » ? Le nom viendrait de la forêt : beaucoup de ces combattants étaient des déserteurs ou des paysans qui fuyaient la conscription et se cachaient dans les bois pour tendre des embuscades. Le vert évoque aussi, plus largement, la campagne et le monde paysan, par opposition aux couleurs politiques des deux grands camps.
Qui étaient-ils ? Il s'agissait surtout de paysans ordinaires qui refusaient :
- la mobilisation forcée, que les Rouges comme les Blancs imposaient ;
- les réquisitions de grain (la prodrazviorstka des bolcheviks) ;
- le retour des propriétaires terriens, qui menaçait dans les zones blanches.
Ils voulaient surtout qu'on les laisse tranquilles sur leurs terres. Leur programme, quand ils en avaient un, tenait souvent en quelques idées : la terre aux paysans, le libre commerce, et des « soviets sans communistes ».
Un mouvement très hétérogène. Le mot recouvre des réalités très différentes :
- des déserteurs cachés en forêt ;
- des insurrections paysannes massives, comme celle de Tambov (1920-1921), menée par Alexandre Antonov, que l'Armée rouge écrasa avec une extrême brutalité, y compris avec des gaz ;
- des bandes proches du brigandage, dirigées par des chefs locaux, les atamans, surtout en Ukraine ;
- des mouvements plus politiques, parfois liés aux socialistes-révolutionnaires. On y rattache souvent aussi l'armée anarchiste de Makhno en Ukraine, même si celle-ci avait sa propre identité (les « Noirs »).
Leur fin. Au début des années 1920, les bolcheviks les éliminent en combinant répression militaire, prises d'otages et concessions économiques. La NEP de 1921, qui remplace les réquisitions par un impôt en nature, retire une bonne partie des raisons de la révolte paysanne.
Dans ce contexte, l'obrez (a-BRIESS ), le fusil au canon scié, est d'ailleurs presque l'arme emblématique de ces insurgés paysans : facile à cacher sous un manteau, il se fabriquait à partir des nombreux Mosin-Nagant qui circulaient à l'époque
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Le fusil trois-lignes était omniprésent après l’effondrement de l’armée impériale ; le raccourcir permettait de le cacher sous un vêtement ou dans une charrette et de le porter discrètement lors des réquisitions et des contrôles.
Cette transformation avait un coût : sans crosse ni longueur de canon, l’arme perdait l’essentiel de sa précision et produisait un recul et une flamme considérables. L’obrez était une arme de proximité et d’embuscade. C’est pourquoi, dans l’iconographie soviétique, il est devenu le symbole du « koulak » ou du « bandit » armé contre le nouveau régime, image que reprend le cartel du musée.
Le cartel voisin, partiellement visible, mentionne une province (vraisemblablement « …???????? ???. », sans doute Iaroslavl) et février 1921 : l’ensemble de la vitrine semble donc consacré à la résistance armée au pouvoir soviétique dans les années 1918–1921.
En résumé
Cette arme est à double tranchant : il est dangereux pour sa cible, mais aussi pour celui qui le tient.
Ses dangers pour le tireur. Il tire la même cartouche puissante de 7,62×54R que le Mosin-Nagant complet, mais sans la crosse ni la longueur qui absorbent le recul. Celui-ci est donc brutal et peut blesser la main ou le poignet. Le canon scié produit un souffle et une flamme importants, qui peuvent assourdir et éblouir, surtout dans un espace clos. La culasse, déjà dure à manœuvrer sur le fusil d'origine, devient encore plus difficile à actionner sur une arme aussi courte, si bien que les tirs suivants sont lents. Enfin, l'arme est très imprécise au-delà de quelques mètres.
Pourquoi on l'utilisait quand même. Il ne faut pas pour autant le juger inutile. Pendant la guerre civile russe, les armes de poing étaient rares, alors que les Mosin-Nagant circulaient partout. Scier le canon et la crosse donnait une arme facile à cacher sous un manteau, adaptée au tir à bout portant, aux embuscades et aux coups de main, et très intimidante. Pour des paysans insurgés comme les « Verts », ce n'était pas une bonne arme, mais souvent la seule disponible.
En somme, l'????? était une arme de fortune : puissante à courte distance, mais pénible et risquée à utiliser. Son efficacité tenait davantage à la surprise et à la dissimulation qu'à ses qualités de tir.
Attention à la comparaison avec la lupara sicilienne qui est du même accabit une arme longue ordinaire qu'on scie pour la rendre courte et facile à cacher.
Les points communs :
ce sont des armes de fortune, tirées d'un objet courant de la campagne : le fusil de chasse du berger sicilien d'un côté, le fusil militaire qui traîne partout en Russie de l'autre ;
elles servent au tir à bout portant, à l'embuscade et à l'intimidation ;
elles sont devenues emblématiques d'un monde rural armé hors de l'État : les bandits et la Mafia en Sicile, les insurgés paysans en Russie.
La grande différence, c'est la munition. La lupara est un fusil de chasse à deux coups qui tire de la chevrotine : scier le canon disperse davantage les plombs, ce qui la rend redoutable à courte distance sans exiger de précision, et le recul reste gérable. L'????? tire au contraire une balle de fusil militaire : le raccourcir ne le rend pas plus facile à utiliser, seulement plus violent et plus imprécis. La lupara est donc, en quelque sorte, une arme de fortune « réussie », alors que l'????? reste un compromis douloureux.
Conclusion
L’objet est un fusil Mosin-Nagant modèle 1891 fabriqué aux États-Unis pour l’armée du tsar pendant la Première Guerre mondiale, puis scié artisanalement pour en faire un obrez pendant la guerre civile. Il résume à lui seul un parcours singulier : une arme américaine, commandée par un empire qui disparaît avant de la payer, finalement retournée contre le pouvoir qui lui a succédé.
Fiche d’identification
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Désignation
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Obrez (arme raccourcie) du fusil « trois-lignes » modèle 1891 (Mosin-Nagant)
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Fabrication
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États-Unis, contrat russe de la Première Guerre mondiale (Remington ou New England Westinghouse)
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Calibre
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3 lignes = 7,62 mm (cartouche 7,62×54 R)
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Mécanisme
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Culasse mobile à verrou, magasin fixe de 5 cartouches
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Transformation
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Crosse sciée en poignée « pistolet », canon et fût raccourcis, hausse et grenadière supprimées
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Usage
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Arme des adversaires du pouvoir soviétique, 1918 – années 1920
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Cartel du musée
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n° 5 – « ????? ???????????? ???????? ??????? 1891 ?. ???, 1914 ?. »
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