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La Chevrolet Master 1939 sous l’uniforme ou quand une berline familiale américaine devient voiture d’état-major
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Chevrolet Master 1939 en livrée militaire bicolore,
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Au milieu des Jeep, des GMC et des Dodge qui peuplent chaque année les commémorations du Débarquement, elle détonne. Pas de caisse à munitions, pas de bâche, mais des ailes galbées, une calandre chromée en cascade et des marchepieds : la Chevrolet Master de 1939 est une voiture de tous les jours, passée sous les drapeaux. Photographiée en Normandie lors du 55e anniversaire du D-Day, en 1999, elle rappelle que la guerre ne s’est pas faite qu’en véhicules tout-terrain.
Une berline de grande série
En 1939, Chevrolet est le premier constructeur automobile américain en volume.
Sa gamme de voitures particulières se divise alors en deux séries : la Master 85, la plus simple, et la Master DeLuxe, mieux équipée et dotée de la suspension avant à roues indépendantes « Knee-Action ». Toutes deux partagent la carrosserie de l’année, reconnaissable à sa calandre verticale à barrettes horizontales, à ses phares posés sur les ailes et aux ouïes latérales du capot.
Sous le capot tourne le fameux six-cylindres en ligne à soupapes en tête, surnommé « Stovebolt » : 3,5 litres (216 pouces cubes) et 85 chevaux, associés à une boîte manuelle à trois rapports. Robuste, simple et facile à réparer, ce moteur fera la réputation de la marque pendant des décennies.
L’année 1939 voit aussi apparaître en option le levier de vitesses au volant à assistance par dépression.
De la concession à l’état-major
Avant et au début de la Seconde Guerre mondiale, l’armée américaine achète des berlines civiles directement sur catalogue pour transporter officiers et personnalités. Les voitures reçoivent une peinture mate réglementaire, un numéro d’immatriculation militaire peint sur le capot et, à partir de l’entrée en guerre, l’étoile blanche d’identification. Ces « staff cars » servent aux liaisons, au transport des généraux et aux déplacements de l’état-major, loin du front ou juste derrière.
La production civile américaine s’arrête en février 1942 pour laisser place à l’effort de guerre ; les modèles 1941-1942 de Chevrolet, Ford et Plymouth deviennent alors les voitures d’état-major les plus courantes. Les Chevrolet d’avant-guerre, comme ce modèle 1939, rejoignent le parc au gré des réquisitions et des achats, et certaines franchissent l’Atlantique.
Lire les marquages mais Attention
Chaque inscription portée par la voiture photographiée raconte quelque chose. En voici le décodage :
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Marquage
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Signification
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Étoile blanche cerclée
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Marque d’identification alliée. Le cercle, souvent interrompu comme ici, s’est généralisé pour l’opération Overlord en 1944.
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« U.S.A. 12S54 » sur le capot
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Numéro d’immatriculation militaire du véhicule, peint en blanc sur les flancs du capot.
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Plaque rouge à étoiles
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Plaque d’officier général : deux étoiles pour un major général (général de division), trois pour un lieutenant général (général de corps d’armée).
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Écusson « Airborne – AA »
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Insigne de la 82e Division aéroportée, parachutée sur le Cotentin dans la nuit du 5 au 6 juin 1944.
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« 82AB » / « HQ-1 » sur le pare-chocs
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Codes d’unité : 82e Airborne, véhicule n° 1 du quartier général.
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Plaque « 99-D-DAY »
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Plaque commémorative « Normandy 1944 – 55th Anniversary », propre au rassemblement de 1999.
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En bref : Cette peinture bicolore sable/marron n'est pas une livrée réglementaire de l'US Army en 1942,-44 et l'ensemble de la voiture mélange des éléments de périodes différentes. C'est une restauration « d'inspiration » par un collectionneur, pas une reproduction fidèle.
La voiture
C'est une Chevrolet Master Deluxe 1939, une berline civile. Au début de la guerre (1941-1942), l'armée américaine a acheté ou réquisitionné beaucoup de berlines civiles comme voitures d'état-major. Elles étaient normalement repeintes en olive drab mat, la teinte standard. Certaines ont gardé un temps leur peinture civile, mais pas ce genre de schéma deux tons « militarisé ».
Le « camouflage » sable
Des peintures couleur sable ont bien existé côté américain, surtout en Afrique du Nord (Tunisie, 1943) et dans quelques schémas de camouflage expérimentés aux États-Unis en 1942. Mais ils étaient appliqués de façon utilitaire, souvent à la brosse sur l'olive drab. Ils ne ressemblaient pas à une carrosserie bicolore brillante avec ailes et toit marron.
Le lien avec la 82nd Airborne ne colle pas avec 1942
- La 82nd devient division aéroportée le 15 août 1942, à Camp Claiborne (Louisiane), puis part s'entraîner à Fort Bragg. En 1942, elle est donc aux États-Unis, où l'olive drab est la règle.
- Elle n'arrive en Afrique du Nord (Maroc, puis Kairouan en Tunisie) qu'en mai 1943, avant la Sicile (juillet 1943) et l'Italie. C'est le seul contexte où une teinte sable serait éventuellement plausible, et en 1943, pas en 1942.
Les autres détails anachroniques ou incohérents
- L'étoile dans un cercle au pochoir est typique de 1944 (Normandie). En 1942, l'étoile blanche était généralement simple, sans cercle.
- Le fanion rouge à trois étoiles correspond à un lieutenant général. La 82nd était commandée par un major général (deux étoiles), Ridgway puis Gavin.
- L'autocollant de la 1st Infantry Division sur le pare-brise ne correspond pas à la 82nd.
- La plaque « 99-D-DAY, Normandy 1944, 55th anniversary » montre que les photos datent des commémorations du Débarquement de 1999. Le marquage de pare-chocs « 82AB / HQ-1 » évoque le QG de la division, donc plutôt la période 1944.
Conclusion : si le propriétaire voulait une voiture d'état-major de la 82nd en Normandie en 1944, elle aurait dû être olive drab. Une teinte sable ne se défendrait qu'en Afrique du Nord ou en Sicile en 1943. Et en 1942, la division n'avait pas encore quitté les États-Unis.
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Les photos montrent deux présentations bien différentes. La première voiture porte l’olive drab mat, la teinte réglementaire de l’armée américaine en 1944, et arbore un fanion de major général. La seconde a reçu une livrée bicolore chocolat et sable, carrosserie brillante et jantes assorties, avec la plaque à trois étoiles, l’étoile blanche sur les portières et l’insigne de la 82e Airborne.
Cette seconde présentation relève davantage de l’hommage que de la reconstitution stricte : les voitures d’état-major engagées en Normandie étaient normalement peintes en olive drab. De même, en juin 1944, la 82e Airborne était commandée par le major général Matthew Ridgway, un officier à deux étoiles ; il n’en obtiendra une troisième qu’en 1945, à la tête du XVIIIe corps aéroporté. Rien de choquant pour autant : dans les rassemblements, chaque propriétaire compose sa voiture comme un clin d’œil à une unité ou à un personnage.
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| Face avant : calandre en cascade, phares sur les ailes, fanion étoilé et drapeau américain sur l’aile. |
Fiche technique
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Caractéristique
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Chevrolet Master 1939 (berline 4 portes)
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Constructeur
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Chevrolet (General Motors), États-Unis
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Séries
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Master 85 et Master DeLuxe
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Moteur
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6 cylindres en ligne, soupapes en tête, env. 3,5 L (216 pouces cubes)
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Puissance
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85 ch
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Transmission
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Boîte manuelle 3 rapports, propulsion
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Freins
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Hydrauliques aux quatre roues
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Empattement
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environ 2,85 m (112¼ pouces)
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Poids
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environ 1 300 kg
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Usage militaire
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Voiture d’état-major (staff car), transport d’officiers
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En conclusion
La Chevrolet Master 1939 militaire n’a ni la notoriété de la Jeep ni la puissance du GMC. Elle incarne pourtant un pan méconnu de l’histoire : celui des voitures civiles mobilisées, qui ont transporté généraux et estafettes sur les routes d’Europe. Aujourd’hui préservées par des passionnés, elles continuent de défiler en Normandie, entre mémoire et fête populaire.
Les caractéristiques techniques sont données à titre indicatif et peuvent varier selon la série et les options.