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GAZ V Moscou



GAZ V Moscou 
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GAZ-V : le semi-chenillé oublié de l’Armée rouge
Donné pour disparu, ce « polutorka » monté sur chenilles a été ressuscité après plus de vingt ans de travail par l’atelier d’Evgueni Chamanski. Il est aujourd’hui exposé au musée moscovite « Moteurs de guerre ».
Au premier regard, on croit reconnaître la silhouette familière du GAZ-AA, le camion d’une tonne et demie que les Soviétiques surnommaient affectueusement « polutorka ». Même calandre verticale, mêmes ailes galbées héritées du Ford AA, même cabine à toit noir. Mais à l’arrière, les roues jumelées ont cédé la place à deux imposants bogies chenillés. Cet engin, c’est le GAZ-V, un semi-chenillé produit à quelques centaines d’exemplaires à la fin des années 1930 et dont aucun survivant n’était connu jusqu’à récemment.
Le GAZ-V de profil

 
 
 
Des chenilles du tsar aux bureaux du NATI
L’histoire commence bien avant la guerre. Dès la fin des années 1920, l’URSS s’intéresse aux véhicules semi-chenillés, et c’est l’ingénieur Grigori Abramovitch Sonkine qui prend la tête des travaux. Son point de départ est le système inventé par Adolphe Kégresse, l’ancien responsable du garage impérial et chauffeur de Nicolas II, dont les chenilles souples à bande de caoutchouc avaient déjà fait leurs preuves. Sonkine ne se contente pas de copier : il retravaille les bogies pour leur donner davantage de liberté de mouvement dans le plan vertical, afin de mieux épouser les irrégularités du terrain.
À l’Institut scientifique automobile et tracteur (NAMI, devenu NATI en 1931), les prototypes se succèdent. Le NATI-2 utilise des organes Ford ; le NATI-3 adopte ensuite la base du GAZ-AA, logique puisque ce camion devient le plus répandu du pays. Vient ensuite le NATI-V-3. Ces engins sont envoyés dans le Grand Nord, notamment sur la péninsule de Taïmyr, où les expéditions géologiques soviétiques cherchent des ressources minérales : un banc d’essai grandeur nature, particulièrement impitoyable.
Un « polutorka » tout-terrain
De ces essais naît la version de série, produite en 1938 et 1939 à l’usine GAZ Molotov de Gorki et à l’usine de réparation automobile de Leningrad (LARZ). Elle reçoit le nom de GAZ-V, la lettre « V » signifiant vezdekhod, « tout-terrain ». Selon les sources, entre 660 et 700 exemplaires auraient été assemblés.
La mécanique reste très proche du camion de base. Le moteur est le quatre-cylindres en fonte de la voiture GAZ-M1 « Emka » : 3,28 litres pour 50 chevaux, de quoi emmener l’ensemble à 35 km/h environ. Les bogies chenillés sont entraînés par les demi-arbres du pont arrière d’origine. Dans la cabine, rien ou presque ne distingue le GAZ-V d’un polutorka ordinaire, hormis le levier du frein de transmission et celui du réducteur emprunté au trois-essieux GAZ-AAA. Aucun chauffage n’est prévu : l’équipage se contente de la chaleur rayonnée par le moteur.
 
Vue de trois quarts avant : l’avant est celui d’un GAZ-AA classique. La plaque porte le nom de l’atelier restaurateur

 
 
Le train de roulement est la partie la plus spectaculaire. Chaque chenille se compose d’une bande souple en caoutchouc et toile, garnie de crampons métalliques boulonnés, qui s’enroule autour de roues pneumatiques servant de poulies. Le carter latéral nervuré protège le mécanisme de suspension. Détail révélateur : le massif galet porteur central, bien visible au-dessus de la chenille, distingue le GAZ-V de son successeur plus répandu, le GAZ-60.
 
Gros plan sur le bogie : bande caoutchouc-toile, crampons métalliques et galet porteur central caractéristique du GAZ-V.

 
 
Une carrière discrète
Pendant la guerre, ces semi-chenillés servent à transporter des hommes, à tracter des pièces d’artillerie ou à porter des mitrailleuses antiaériennes. Au 1er janvier 1941, l’Armée rouge comptait 1 461 GAZ-60 et GAZ-V. Les militaires ne les apprécient guère : le moteur de 50 ch est trop faible pour ce type de propulsion, la consommation s’envole et la conduite n’est pas aisée. Beaucoup d’exemplaires finissent donc leur carrière dans l’économie civile des régions septentrionales, là où leur capacité à franchir neige et marécages compte davantage que leur vitesse. Avec le temps, ils disparaissent presque tous.
Vingt ans de restauration
L’exemplaire du musée a été retrouvé dans le nord du kraï de Krasnoïarsk. Les chercheurs n’ont exhumé que des fragments de châssis d’un véhicule de 1939 et quelques pièces en mauvais état. Reconstituer un camion complet, conforme à l’original, a demandé plus de vingt ans à l’atelier d’Evgueni Chamanski, spécialiste des véhicules soviétiques rarissimes.
Le châssis roulant a été présenté pour la première fois en août 2022, lors de la 22e Oldtimer-Galerie d’Ilia Sorokine à Moscou. La carrosserie a été achevée à l’automne 2024, et le GAZ-V a rejoint l’exposition « Moteurs de guerre », installée dans l’ancien combinat automobile n° 4, rue Rogojski Val. Il y côtoie d’autres raretés restaurées par le même atelier, comme le tracteur d’artillerie Komintern ou le ZIS-32, premier camion soviétique à quatre roues motrices.
Fiche technique
Caractéristique
Valeur
Désignation
GAZ-V (« V » pour vezdekhod, « tout-terrain »)
Origine
URSS – NATI (G. A. Sonkine), usine GAZ Molotov et LARZ
Production
1938–1939, entre 660 et 700 exemplaires selon les sources
Base
Camion GAZ-AA « polutorka » (dérivé du Ford AA)
Moteur
4 cylindres essence de la GAZ-M1 « Emka », 3,28 l, 50 ch
Transmission
Boîte 4 vitesses + réducteur issu du GAZ-AAA
Train arrière
Bogies chenillés à bandes caoutchouc-toile, entraînés par les demi-arbres du pont arrière
Vitesse maximale
Environ 35 km/h
Successeur
GAZ-60
Exemplaire exposé
Musée « Moteurs de guerre », Moscou – restauration atelier E. Chamanski