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ZIS 42 M Moscou



ZIS  42 M Moscou 
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ZIS-42M : le meilleur semi-chenillé soviétique de la guerre
Conçu avant la guerre, lancé en pleine tourmente en 1942, ce camion à chenilles de l’usine Staline a été produit à plus de six mille exemplaires. Un survivant restauré par l’atelier d’Evgueni Chamanski roule encore à Moscou.
Dans les années 1930 et 1940, le semi-chenillé est une idée fixe des ingénieurs militaires : on remplace le pont arrière d’un camion par des bogies chenillés et l’on obtient, en théorie, un véhicule tout-terrain à peu de frais. En pratique, l’engin est plus lent qu’un camion à roues motrices, il consomme trois à trois fois et demie plus que le camion de base et ses bandes s’usent vite. Beaucoup s’y sont essayés ; seuls les Français, les Américains et, en partie, les Soviétiques y sont vraiment parvenus. Le ZIS-42 est la réussite la plus aboutie de ces derniers.
Précision de vocabulaire : on parle souvent de « ZIL-42 », mais l’usine moscovite portait alors le nom de Staline (ZIS). Elle n’a été rebaptisée Likhatchev (ZIL) qu’en 1956, bien après la fin de la production. Le nom d’époque est donc ZIS-42.
 
Le ZIS-42M en mouvement
 
De Kégresse au ZIS-22M
L’idée remonte à Adolphe Kégresse, responsable du garage impérial de Nicolas II, qui avait monté des chenilles souples sur des voitures Russo-Balt avant la Première Guerre mondiale. Dans les années 1930, l’institut NATI reprend et perfectionne le principe sur des camions de série. Une limite demeure pourtant : dans les systèmes classiques, la bande de caoutchouc est entraînée par friction sur les roues motrices. Elle patine, il faut la tendre fortement, elle s’allonge, déjante ou se rompt au pire moment.
Le ZIS-22 puis le ZIS-22M, dérivés du ZIS-5, apportent la solution. La chenille n’est plus entraînée par friction mais par un barbotin denté qui engrène sur ses plaques métalliques. Le ZIS-22M passe ses essais sur polygone à l’été 1941, mais l’invasion allemande et l’évacuation partielle de l’usine interrompent la mise en production.
Une naissance en pleine guerre
Au printemps 1942, une partie de l’outillage revient à Moscou. Le 13 avril, le Comité d’État à la Défense signe le décret n° 1587s sur la production des semi-chenillés ZIS-42. Dès le 27 avril, le prototype, qui n’est autre que le ZIS-22M de 1941, est éprouvé en tractant un obusier de 122 mm modèle 1938 (2,9 t avec son avant-train), avec en plus une demi-dotation de munitions et huit servants dans la caisse. La commission note qu’il franchit sans difficulté fossés de 1,5 m de large, cratères, prés détrempés et pentes d’une dizaine de degrés.
Les ambitions sont grandes : on imagine le ZIS-42 en transporteur, en tracteur d’artillerie, en porteur de lance-roquettes Katioucha, voire en base de transport de troupes blindé ou d’automoteur. Le plan prévoit 4 000 exemplaires pour 1942 ; l’usine n’en livre que 752, les premiers en septembre. Dès la fin de l’année apparaît la version améliorée, le ZIS-42M.
Vue de trois quarts avant au musée. On distingue la grille qui protège radiateur et phares, le sabot avant et la cabine en bois typique des camions de guerre.

 
 
 
Ce qui change avec le 42M
Le ZIS-42M reçoit un moteur plus puissant, un radiateur renforcé, une grille qui protège le radiateur et les phares, ainsi qu’un sabot sous l’avant. La puissance exacte varie selon les sources : 76 ch pour un moteur de type ZIS-5M d’après certaines, 84 ch pour un moteur de type ZIS-16, produit à Miass dans l’Oural où une partie de l’usine avait été évacuée, d’après d’autres.
La base reste le ZIS-5V, version de guerre simplifiée du camion ZIS-5 : ailes plates en tôle pliée et cabine en bois. Les photos le montrent bien, avec la cabine à lames verticales et les garde-boue anguleux.
Un train de roulement remarquable
À l’arrière, deux bogies oscillants, suspendus sur les demi-arbres du pont, remplacent les roues. Chaque bogie porte un barbotin à l’avant, entraîné par une chaîne Gall, et une roue de tension à l’arrière. Entre les deux, quatre galets doubles montés sur balanciers sont protégés par un carter, bien visible sur la première photo. Un galet porteur soutient le brin supérieur. La chenille, large de 415 mm, est une bande caoutchouc-toile garnie de plaques métalliques. Pour la neige profonde ou les marais, on pouvait monter des skis sur les roues avant.
Lors d’essais comparatifs menés en 1943-1944 face à des véhicules capturés et à du matériel allié, ce train de roulement s’est montré supérieur à ses équivalents étrangers, surtout sur la neige.
Au service de l’Armée rouge
Sur le front, le bilan est plus nuancé. Les rapports remontés au comité technique de la direction automobile de l’armée concluent que le ZIS-42 convient comme véhicule de transport mais moins comme tracteur, sa fiabilité et sa maniabilité étant jugées insuffisantes au combat. Il sert néanmoins au transport et à la traction de pièces d’artillerie jusqu’au début des années 1950. Il a aussi servi de base à l’automoteur antiaérien ZIS-43. La production s’arrête en 1946, après 6 372 exemplaires.
Année
Exemplaires produits
1942
752
1943
2 115
1944
2 334
1945
1 102
1946
69
Un rescapé moscovite
Des milliers de ZIS-42 construits, il ne reste presque rien. L’atelier d’Evgueni Chamanski a restauré un exemplaire retrouvé en Carélie, que l’historien Yuri Pacholok présente comme le seul ZIS-42 de première série connu, construit à l’automne 1942. Présenté au musée « Moteurs de guerre », 9 rue Rogojski Val, il a participé à des démonstrations dynamiques et à la marche commémorative du 7 novembre sur la place Rouge.
La grille de protection visible sur la photo prise au musée est l’une des caractéristiques associées au ZIS-42M. La frontière entre les deux versions était toutefois floue, les améliorations ayant été introduites progressivement sur la chaîne.
Fiche technique
Caractéristique
Valeur
Désignation
ZIS-42 / ZIS-42M (souvent appelé « ZIL-42 » a posteriori)
Constructeur
Usine Staline (ZIS), Moscou – train chenillé conçu au NATI
Production
1942–1946, 6 372 exemplaires (ZIS-42 et 42M confondus)
Base
Camion ZIS-5V, version simplifiée de guerre du ZIS-5
Moteur (ZIS-42M)
6 cylindres essence ; 76 ch (ZIS-5M) ou 84 ch (type ZIS-16) selon les sources
Train arrière
Deux bogies oscillants, barbotin à chaîne Gall, 4 galets doubles sous carter, galet porteur supérieur
Chenilles
Bande caoutchouc-toile à plaques métalliques, largeur 415 mm
Équipements 42M
Grille de protection du radiateur et des phares, sabot avant
Emplois
Transport, tracteur d’artillerie (obusier de 122 mm), base de l’automoteur antiaérien ZIS-43
Exemplaire exposé
Musée « Moteurs de guerre », Moscou – restauration atelier E. Chamanski