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Sous Marin 1960 Bathyscaphe Trieste Naval Undersea Museum Keyport



Sous Marin Bathyscaphe Trieste  Naval Undersea Museum  Keyport
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Le Trieste ou le bathyscaphe qui a conquis le point le plus profond de l'océan Le 23 janvier 1960, un étrange engin en forme de sous-marin trapu s'enfonçait lentement dans les eaux du Pacifique, au large de Guam. À son bord, deux hommes s'apprêtaient à atteindre un lieu qu'aucun être humain n'avait jamais vu : le fond de la fosse des Mariannes, point le plus profond des océans du globe. Cet engin, c'est le Trieste, un bathyscaphe dont l'histoire mêle ingéniosité suisse, financement italien et exploit américain.
Une conception suisse, un financement italienun pavillon américain d'où son classement dans les USA
Le Trieste est conçu par le physicien suisse Auguste Piccard, déjà célèbre pour ses ascensions stratosphériques en ballon dans les années 1930. Convaincu que les mêmes principes physiques permettant de s'élever dans l'atmosphère pouvaient, inversés, permettre de descendre dans les profondeurs marines, Piccard imagine un « ballon des profondeurs » : une immense flotteur rempli d'essence, un liquide plus léger que l'eau et pratiquement incompressible même à très grande pression, surmontant une sphère habitable capable de résister à l'écrasement.
Le projet est financé par la ville de Trieste, en Italie, qui lui donne son nom. La construction s'achève en 1953. L'engin effectue alors plusieurs années de plongées d'essai en mer Méditerranée, validant peu à peu le concept et repoussant, plongée après plongée, les records de profondeur.
Une architecture unique : le principe du bathyscaphe

 
Contrairement à un sous-marin classique, le Trieste ne doit pas sa flottabilité à des ballasts d'air comprimé, inefficaces aux pressions extrêmes des grands fonds, mais à un immense flotteur rempli d'essence. Ce flotteur, qui constitue l'essentiel du volume et de la silhouette allongée de l'engin, comprend plusieurs réservoirs d'essence séparés par des cloisons, ainsi que des tanks à eau de mer servant de ballasts pour la plongée. Une trémie à billes de fer (grenaille) sert de lest largable : en cas de besoin, les billes, retenues par des électro-aimants, peuvent être libérées pour alléger l'engin et permettre une remontée d'urgence, même en cas de panne électrique totale, puisque les aimants ne retiennent la grenaille que sous tension.
Sous ce flotteur est suspendue une petite sphère d'observation en acier — remplacée en 1959 par une sphère plus résistante, fabriquée par les aciéries allemandes Krupp et capable de supporter des pressions correspondant à plus de 11 000 mètres de profondeur. C'est dans cette sphère exiguë, à peine assez grande pour deux hommes, que se trouvent le poste de pilotage, le hublot d'observation et les commandes des ballasts, des propulseurs, des projecteurs et du largage de lest. Un tunnel d'accès traverse le flotteur pour relier la sphère au pont supérieur, où se trouvent l'écoutille d'entrée et un schnorchel permettant de respirer en surface avant la plongée.
23 janvier 1960 : la plongée dans l'abysse de Challenger Deep
Racheté par l'US Navy en 1958 pour ses recherches océanographiques, le Trieste est engagé dans une série de plongées au large de Guam qui culminent avec la tentative la plus audacieuse jamais menée : descendre au fond du Challenger Deep, dans la fosse des Mariannes, à près de 10 900 mètres de profondeur.
Le 23 janvier 1960, Jacques Piccard, fils du concepteur, et le lieutenant de vaisseau américain Don Walsh prennent place dans la sphère et entament la descente. Il leur faut environ cinq heures pour parcourir les quelque 10 900 mètres qui les séparent de la surface. À l'intérieur de l'habitacle, la température chute jusqu'à environ 7 °C, et l'espace est si restreint que les deux hommes ne disposent que de quelques barres de chocolat pour toute nourriture. Une fois au fond, ils n'y resteront que vingt minutes, le temps d'observer, à travers le hublot, des formes de vie — notamment des poissons plats — dont l'existence à une pression aussi écrasante surprend alors les scientifiques. La remontée demande ensuite près de trois heures. Au total, l'expédition aura duré près de neuf heures. Depuis cet exploit, resté longtemps unique, aucun autre engin habité n'était retourné au fond du Challenger Deep avant les expéditions du XXIe siècle.
Après le record : une seconde carrière au service de la marine

 
Sa mission historique accomplie, le Trieste ne prend pas sa retraite pour autant. Basé à San Diego, en Californie, il continue de servir les besoins de recherche de la marine américaine dans le Pacifique. En avril 1963, légèrement modifié, il est transféré à New London, dans le Connecticut, pour participer aux recherches consécutives au naufrage du sous-marin nucléaire USS Thresher. En août de la même année, le Trieste parvient à localiser l'épave par près de 2 560 mètres de fond et contribue à documenter les causes de la catastrophe.
Cette mission marque la fin de sa carrière active. Certains de ses éléments seront réemployés dans la construction de son successeur, le Trieste II, tandis que le bathyscaphe original est retiré du service et placé en exposition permanente.
Le Trieste aujourd'hui : une pièce maîtresse du patrimoine naval
Le Trieste est aujourd'hui conservé au Naval Undersea Museum de Keyport, dans l'État de Washington, dédié à l'histoire de la plongée sous-marine et des technologies sous-marines américaines. Suspendu au plafond du hall d'exposition, l'engin impressionne par ses dimensions : sa coque cylindrique, rayée de bandes blanches et rouge sombre, s'étire sur près de dix-huit mètres, tandis que la petite sphère d'observation, à peine visible sous l'imposant flotteur, rappelle à quel point l'exploit de 1960 tenait dans un espace dérisoire face à l'immensité qu'il a permis d'atteindre.

 
Aux côtés du Trieste, le musée présente des panneaux explicatifs détaillant son fonctionnement — réservoirs d'essence, trémies de lest, aimants de largage, gondole d'observation — ainsi que des photographies de l'équipage et une carte retraçant l'itinéraire de la plongée historique de 1960, entre Guam, les Philippines et le point stellaire du Challenger Deep. Plus qu'une simple relique, le Trieste demeure le symbole d'une des grandes premières de l'exploration humaine : celle du point le plus inaccessible de notre planète, plus profond encore que l'Everest n'est haut.