Le véhicule photographié ici, avec sa plaque « AMO 91 » et sa caisse à ridelles en bois, correspond à la configuration de base du camion à plateau, la plus répandue de la production AMO F-15, à partir de laquelle furent également dérivées de nombreuses versions spécialisées (ambulance, autobus, fourgon postal, camion de pompiers, véhicule blindé).
L'histoire de l'AMO F-15 commence en Italie. En 1909, sur commande de l'armée du royaume d'Italie, le constructeur Fiat conçoit un camion militaire polyvalent destiné au transport de troupes et de matériel : le Fiat 15, présenté en 1910. Ce modèle introduit une nouveauté technique pour l'époque, une alimentation en carburant par pompe à essence, en remplacement du système par gravité.
Une version améliorée, le Fiat 15 Ter, est produite en Italie à partir de 1913 et diffusée largement pendant la Première Guerre mondiale : plus de 26 000 exemplaires sont construits au total, utilisés notamment par l'Italie, la France, l'Empire britannique et les États-Unis.
Dès 1915, un accord de coopération est signé entre l'Italie et la Russie pour la construction sous licence du Fiat 15 Ter. Une usine dédiée, l'usine AMO de Moscou, est construite sur le modèle des usines Fiat italiennes entre 1917 et 1919 ; durant cette période, 1319 exemplaires sont assemblés à Moscou à partir de pièces fournies par Fiat. Mais la révolution d'Octobre puis la guerre civile qui s'ensuit interrompent le projet de production autonome.
Naissance du premier camion soviétique (1924)
Le lancement effectif de la production purement soviétique n'intervient qu'en 1924. Le concepteur en chef Vladimir Tsipulin dirige l'adaptation des plans italiens aux capacités industrielles locales, avec une équipe comprenant Evgueni Vajinski (plans de production), B. D. Strakanov (montage et adaptations), S. I. Guerman (qualité de carrosserie) et N. S. Korolev (assemblage). Deux exemplaires de référence du Fiat 15 Ter sont conservés dans une salle spéciale pour servir de modèles.
Le premier exemplaire sort de l'usine dans la nuit du 1?? novembre 1924. Le 6 novembre, le dixième et dernier véhicule d'une présérie est achevé. Le 7 novembre 1924, ces dix camions, spécialement peints en rouge pour l'occasion, défilent sur la place Rouge à Moscou à l'occasion de l'anniversaire de la révolution d'Octobre.
Le 25 novembre suivant, trois de ces exemplaires (numéros 1, 8 et 10) sont engagés dans un essai routier de longue distance pour le compte de l'armée soviétique, sur l'itinéraire Moscou – Tver – Vychni Volotchok – Novgorod – Léningrad – Vitebsk – Smolensk – Roslavl – Moscou. Les résultats concluants de cet essai permettent le lancement de la production en série dès mars 1925.
Production et évolutions
La production augmente ensuite de façon constante : 113 exemplaires en 1925, 342 en 1926, pour atteindre un total cumulé de 6 971 unités (toutes versions confondues) en 1931. Le camion connaît plusieurs améliorations en cours de production :
De nombreuses versions dérivées voient le jour à partir du châssis de l'AMO F-15 : ambulance (dès 1925), autobus public puis privé (dès 1925-1926), fourgon postal, camion-citerne, et surtout camion de pompiers — la version « Promet » de 1926-1929, produite à 308 exemplaires, dont certains ont survécu jusqu'à nos jours dans des musées.
En 1927, le châssis du F-15 sert également de base au premier véhicule blindé soviétique produit en série, l'AMO BA-27, destiné aux besoins de l'Armée rouge.
À partir de 1930, une variante à moteur américain est produite en parallèle, donnant naissance à l'AMO-2. Les deux modèles sont abandonnés en 1931 au profit de l'AMO-3, entièrement composé de pièces soviétiques, qui deviendra brièvement le ZIS-3.
Postérité et exemplaires conservés
En 1933, l'usine AMO est rebaptisée ZIS (Zavod Imeni Stalina, « usine au nom de Staline »), puis ZIL en 1956 après la déstalinisation entreprise par Nikita Khrouchtchev (Zavod Imeni Likhatchiova, du nom de l'ancien directeur de l'usine Ivan Likhatchiov).
Les camions AMO F-15 ont joué un rôle majeur dans la motorisation des débuts de l'URSS, mais leur usage intensif dans des conditions difficiles explique qu'il n'en subsiste aujourd'hui que très peu d'exemplaires authentiques dans les musées — un camion de pompiers conservé au musée Polytechnique de Moscou, une version similaire au musée des sapeurs-pompiers de Saint-Pétersbourg, et un troisième exemplaire chez ZIL. Les véhicules visibles aujourd'hui en exposition, comme celui photographié ici, sont le plus souvent des reconstitutions ou des restaurations réalisées à partir d'éléments d'origine ou de reproductions fidèles.
Fiche technique