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Robots et drones du combat de contact de l'Armée de Terre à Eurosatory 2026



Robots et drones du combat de contact : le stand de l'armée de Terre à Eurosatory 2026
 
Trois mini-robots terrestres et un micro-drone, réunis sur un même îlot de démonstration
Introduction
Sur un espace dédié du salon Eurosatory 2026, aménagé en terrain accidenté fait de graviers et de rochers, le ministère des Armées présentait un aperçu concret de la robotisation du combat de contact : trois mini-robots terrestres les Systèmes robotisés PR, MO et GR  ainsi qu'un micro-drone aérien, le Sonora de la start-up Harmattan AI, posé sur un rocher de décor aux côtés d'une maquette du drone tactique Capa-X.
Réunis sur le même îlot, ces quatre systèmes illustrent la montée en puissance de la robotique légère au sein des forces terrestres françaises, destinée à la reconnaissance, à l'observation et à l'intervention à distance, au plus près du combattant débarqué.
1. Une famille de trois mini-robots terrestres : SRPe, SRMo, SRGr
Selon la fiche officielle du ministère des Armées, ces trois plateformes appartiennent à la catégorie des mini-robots du premier standard de robotique terrestre et forment une famille de tailles différentes — SRPe, SRMo et SRGr — fonctionnant toutefois avec le même logiciel et une tablette de téléopération commune, de type Panasonic Toughbook durcie. Chaque robot est doté de kits interchangeables en cinq secondes, ce qui permet d'adapter rapidement sa charge utile à la mission du moment, et l'ensemble fonctionne au sein d'un réseau dit « maillé » : un seul opérateur, depuis une unique tablette, peut recevoir les images de tous les robots connectés et prendre alternativement le contrôle de chacun d'entre eux.
Cette architecture en famille de robots aux tailles échelonnées, pilotables depuis une interface commune, illustre la logique retenue par l'armée de Terre pour équiper ses groupes de combat : plutôt que des systèmes isolés et hétérogènes, un socle logiciel et matériel partagé, décliné en plusieurs gabarits selon le besoin tactique du moment.
Le Système robotisé PR (SRPe) : le plus petit de la famille
À peine plus gros qu'une paire de jumelles montée sur roues, le Système robotisé PR — vraisemblablement le SRPe dans la nomenclature officielle — est le plus compact des trois. Ce minuscule robot à roues à crampons, tenant presque dans la main, embarque une caméra frontale et des antennes de communication, et vise une reconnaissance rapprochée légère : glisser un œil dans un espace confiné, sous un véhicule, ou dans l'embrasure d'une porte, sans exposer le combattant. Sa très petite taille en fait un outil de « levée de doute » immédiate, complémentaire des plateformes plus lourdes de la même famille.
 Système robotisé PR , posé à côté de sa tablette de téléopération Panasonic Toughbook, Eurosatory 2026.

 
 
 Le Système robotisé MO (SRMo) : l'observation légère
Système robotisé MO
Le Système robotisé MO se présente comme un petit robot à chenilles, léger et compact, équipé d'une caméra orientable à visée jour/nuit montée à l'avant. Sa taille réduite et ses chenilles en fibre de carbone lui permettent de se faufiler dans des espaces restreints ou de franchir de petits obstacles tout en restant discret. Comme les autres membres de la famille, il est piloté via une console durcie associée à une tablette Panasonic, offrant à l'opérateur un retour vidéo en temps réel pour des missions de reconnaissance rapprochée ou de surveillance ponctuelle — une position intermédiaire entre la discrétion extrême du SRPe et la polyvalence plus lourde du SRGr.
Système robotisé GR (SRGr)
Système robotisé GR (SRGr) la plateforme du génie, version militarisée du NERVA de Nexter
Plus imposant, le Système robotisé GR combine plusieurs paires de chenilles articulées (flippers) lui conférant une meilleure capacité de franchissement sur terrain accidenté — comme le suggérait sa mise en scène au pied d'un rocher lors de la démonstration. Il est doté d'un bras manipulateur articulé multi-axes terminé par une pince, ainsi que d'une caméra panoramique orientable montée sur rotule, lui permettant d'inspecter et de manipuler des objets à distance.
Selon la fiche officielle du ministère des Armées, le SRGr (Système Robotisé pour le Génie) est un système robotisé de moyenne plateforme destiné au renseignement de contact, à mettre en œuvre par des combattants débarqués, de jour comme de nuit, aussi bien en environnement urbain qu'en terrain ouvert ou vallonné. Robuste et discret, il est en réalité issu du secteur civil : il s'agit de la version militarisée du NERVA XX, un robot développé par Nexter Robotics, filiale à 100 % du groupe Nexter (aujourd'hui KNDS) spécialisée dans la conception, la fabrication et le soutien de mini-robots militaires et de sécurité publique adaptés aux milieux hostiles. Nexter Robotics a été créée dès 2013 à Satory, dans les Yvelines, après une première présentation du robot Nerva au salon Eurosatory.
La filiale livre depuis plusieurs années des dizaines de robots à l'armée de Terre française, ainsi qu'à des unités spécialisées comme le GIGN. Ses systèmes couvrent un large spectre d'usages, de la simple reconnaissance à la neutralisation d'objets explosifs, en passant par l'intervention en milieu confiné ou hostile. Le SRGr s'inscrit ainsi dans un mouvement plus large de robotisation du génie de l'armée de Terre, aux côtés d'autres systèmes robotisés présentés au même salon comme le Système de dépollution de zone (SDZ), un engin nettement plus lourd dédié au déminage de grandes surfaces — le SRGr occupant pour sa part un segment plus léger et plus mobile, taillé pour accompagner directement le combattant débarqué au plus près du terrain.
Le SRGr, avec son bras articulé et sa caméra panoramique orientable, Eurosatory 2026.

 
 
 
Comparaison de gabarit : le petit robot PR au premier plan, à côté du SRGr, bien plus imposant, exposé sur le même îlot.

 

 

 

 
1.4 Tableau comparatif de la famille
Nom d'exposition
Systèmes robotisés PR, MO et GR
Désignations probables
SRPe, SRMo, SRGr — famille du 1er standard de robotique terrestre
Gabarit
PR : le plus petit (tient dans une main) — MO : intermédiaire, à chenilles — GR : le plus imposant, à flippers et bras articulé
Locomotion
PR : petites roues à crampons — MO : chenilles en fibre de carbone — GR : chenilles articulées (flippers)
Capteurs
Caméra frontale et antennes (PR) ; caméra orientable jour/nuit (MO) ; caméra panoramique sur rotule (GR)
Bras manipulateur
Réservé au SRGr, multi-axes avec pince
Kits de mission
Modules interchangeables en 5 secondes, communs à toute la famille
Téléopération
Tablette durcie Panasonic Toughbook, commune à la famille, réseau maillé multi-robots
Missions
Observation, détection, cartographie et renseignement de contact à distance
Base technique (GR)
Version militarisée du robot civil NERVA XX de Nexter Robotics (groupe KNDS)
2. Le Sonora : le micro-drone aérien complémentaire de Harmattan AI
Sonora : le micro-drone aérien complémentaire de Harmattan AI

 
Discret posé sur un rocher de décor, aux côtés d'une maquette du drone tactique Capa-X, le petit quadricoptère blanc exposé sur le même stand n'a rien d'anecdotique : il s'agit du Sonora, un micro-drone conçu par la start-up parisienne Harmattan AI, devenue en quelques mois l'un des acteurs les plus en vue de l'industrie française de défense. Aux côtés des trois mini-robots terrestres, il illustre le volet aérien de cette même logique de reconnaissance légère et à bas coût au plus près du combattant.
 

 
Le drone Sonora posé sur un rocher factice, sur le stand du ministère des Armées consacré au combat de contact.
2.1 Un drone pensé pour l'entraînement au combat de contact
Face à la place devenue « incontournable » des micro-drones sur le champ de bataille, portée par leur excellent rapport coût-bénéfice, l'armée de Terre a exprimé fin 2024 un besoin d'un millier de micro-drones destinés avant tout à l'entraînement des combattants. Après une mise en concurrence organisée par la Direction générale de l'armement (DGA) dans le cadre du « pacte drones aériens de défense », le marché a été attribué à Harmattan AI six mois seulement après l'expression du besoin, avec une commande ferme de 1 000 exemplaires du Sonora. La totalité de cette première commande a été livrée fin janvier 2026, avec pour objectif prioritaire d'équiper les unités engagées dans l'exercice Orion 2026, avant une généralisation plus large à la formation et à la préparation opérationnelle des combattants de l'armée de Terre.
2.2 Une conception modulaire à coût maîtrisé
Selon la documentation technique de Harmattan AI, l'architecture du Sonora est entièrement modulaire, ce qui permet de remplacer ou de réparer facilement ses composants pour prolonger sa durée de vie opérationnelle, réduire les temps d'arrêt et simplifier la maintenance sur le terrain. L'industriel met en avant une capacité de renseignement, de surveillance et de reconnaissance (ISR) fiable, à une fraction du coût des drones conventionnels. La DGA a de son côté souligné que ce drone permet de surveiller ou de reconnaître rapidement de grandes surfaces ou des zones difficiles d'accès, de jour comme de nuit, sans communiquer le prix unitaire de l'appareil au-delà d'un « coût maîtrisé » pour l'ensemble de l'opération.
Vue rapprochée du Sonora, avec sa télécommande posée à proximité : un appareil conçu pour être simple à mettre en œuvre et à entretenir sur le terrain.
2.3 Harmattan AI, une licorne née dans l'urgence du réarmement
Le succès du Sonora s'inscrit dans l'ascension rapide de Harmattan AI, devenue la première start-up de la base industrielle et technologique de défense (BITD) française à obtenir le statut de « licorne », après que sa valorisation a dépassé le milliard d'euros à la faveur d'une levée de fonds à laquelle a notamment participé Dassault Aviation. Au-delà du marché français, l'entreprise a également décroché une commande de 3 000 « systèmes autonomes » auprès du ministère britannique de la Défense, confirmant l'intérêt international suscité par sa gamme de drones à bas coût.
Au-delà de sa vocation initiale d'entraînement, le Sonora devait également être engagé dès 2026 dans au moins une opération extérieure française, sur les flancs oriental et septentrional de l'Union européenne, selon la presse spécialisée. Sa présentation à Eurosatory 2026, sur le stand institutionnel du ministère des Armées consacré au combat de contact, confirme son statut de vitrine du savoir-faire français en matière de drones à bas coût, dans un contexte où l'armée de Terre cherche par ailleurs à renouveler en urgence l'ensemble de sa gamme de drones tactiques, entre l'arrêt du programme Patroller et le lancement des nouveaux appels d'offres ADAPT et SDTL.
3. Une même logique : la robotisation légère au plus près du combattant
Présentés côte à côte sur le même îlot, les Systèmes robotisés PR, MO et GR, ainsi que le micro-drone Sonora, dessinent les contours d'un même effort : mettre entre les mains du combattant débarqué des outils de reconnaissance et d'observation légers, modulaires et à coût maîtrisé, capables de « lever le doute » avant d'exposer un homme. Le SRPe privilégie la discrétion et la miniaturisation, le SRMo un compromis entre légèreté et capacité d'observation, le SRGr la polyvalence et la capacité de manipulation, tandis que le Sonora ajoute la dimension aérienne à ce dispositif au sol.
Ce type de plateformes s'inscrit dans une dynamique d'investissement plus vaste : la Loi de programmation militaire 2024-2030 prévoit un effort de plusieurs milliards d'euros en faveur des systèmes robotisés — drones aériens, navals et robots terrestres — et la Direction générale de l'armement a lancé courant 2026 une demande d'informations en vue de l'acquisition d'une centaine de plateformes polyvalentes terrestres de combat plus lourdement armées. Autant de signes que la robotisation du champ de bataille terrestre français continue de s'accélérer, bien au-delà des seuls robots de reconnaissance présentés ici.
Sources