. Présentation
Le RDS-1 littéralement « produit 501 est le nom de code du premier engin nucléaire soviétique, mis à feu le 29 août 1949 sur le polygone d'essais de Semipalatinsk, dans la steppe kazakhe. Cet essai met fin au monopole nucléaire américain établi depuis Hiroshima et Nagasaki en 1945, et ouvre la course aux armements qui structurera la Guerre froide pendant plus de quatre décennies.
Le sigle RDS a donné lieu, dans la culture populaire soviétique, à plusieurs interprétations non officielles
Moteur à réaction de Staline
La Russie le fait elle-même
Alors que sa signification technique originelle était plus prosaïque : moteur à réaction spécial un nom de couverture destiné à masquer la nature réelle du projet.
Réplique grandeur nature du RDS-1 exposée au pavillon « Atom » du VDNKh, à Moscou.
La sphère noire correspond à l'enveloppe extérieure de l'engin ; les boîtiers bruns au sommet regroupent les connexions du système de mise à feu.
Le projet atomique soviétique et le KB-11
Le programme nucléaire soviétique est lancé officiellement en 1943 sous la direction scientifique d'Igor Kourtchatov, mais prend une ampleur décisive après Hiroshima. Le développement de l'arme proprement dite est confié au bureau d'études KB-11 , installé dans une ville fermée créée spécialement à cet effet : Sarov, alors rebaptisée Arzamas-16 pour des raisons de secret. C'est le Los Alamos Soviétique
Le directeur technique du projet est le physicien Iouli Khariton.
Le renseignement soviétique joue un rôle documenté dans l'accélération du projet : des informations techniques sur le programme américain Manhattan, obtenues notamment via le réseau d'espionnage entourant Klaus Fuchs, permettent aux ingénieurs du KB-11 de s'appuyer sur une architecture déjà validée plutôt que de repartir de zéro. Le RDS-1 reprend ainsi, dans ses grandes lignes, l'architecture générale de la bombe américaine « Fat Man » larguée sur Nagasaki, tout en étant conçu et fabriqué avec des matériaux et une industrie entièrement soviétiques.
3. Caractéristiques générales
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Caractéristique
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Valeur
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Type
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bombe à implosion, cœur au plutonium
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Puissance
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environ 22 kilotonnes
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Masse
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environ 4,6 tonnes
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Dimensions
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3,7 m de long, 1,5 m de diamètre
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Date d'essai
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29 août 1949, 7 h 00 (heure de Moscou)
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Lieu d'essai
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polygone de Semipalatinsk (RSS du Kazakhstan)
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Direction scientifique
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Igor Kourtchatov
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Conception technique
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Iouli Khariton, KB-11 (Sarov)
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Principe de fonctionnement
Comme son homologue américain, le RDS-1 repose sur le principe de l'implosion : une charge sphérique de plutonium, maintenue en dessous du seuil critique dans des conditions normales, est comprimée symétriquement par la détonation quasi simultanée d'un réseau de charges explosives conventionnelles réparties tout autour du noyau. Cette compression augmente brutalement la densité du plutonium, déclenchant la réaction en chaîne de fission qui libère l'énergie de l'explosion.
Sur la réplique exposée, on distingue nettement, au sommet de la sphère, les boîtiers de connexion reliés par un réseau dense de câbles blindés : ils correspondent au système d'amorçage électrique chargé de déclencher la détonation simultanée des charges explosives disposées autour du noyau — un élément technique déterminant, la synchronisation devant être précise à quelques microsecondes près pour obtenir une compression parfaitement symétrique.
L'essai du 29 août 1949
Le 29 août 1949 à 7 heures du matin, heure de Moscou, l'engin est mis à feu au sommet d'une tour métallique érigée sur le polygone de Semipalatinsk. L'explosion, dont la boule de feu éclipse un instant l'éclat du soleil, souffle la tour et soulève un immense nuage de poussière caractéristique des essais aériens de l'époque. Il s'agit du tout premier essai nucléaire de l'histoire soviétique, ainsi que du premier essai nucléaire réalisé au sol sur ce polygone, qui deviendra par la suite le principal site d'essais nucléaires de l'URSS.
La nouvelle de l'essai, détectée par des avions de surveillance américains ayant capté des traces radioactives caractéristiques dans l'atmosphère, provoque une onde de choc politique aux États-Unis, qui ne s'attendaient pas à voir Moscou franchir ce seuil technologique avant plusieurs années encore.
Postérité et conservation
Après la série d'essais qui suit le RDS-1, l'URSS engage la production en série de ses premières armes nucléaires opérationnelles à partir de 1951. Le maquette originale du RDS-1, ainsi que le pupitre de mise à feu utilisé lors de l'essai et une enveloppe de bombe aérienne fabriquée pour ce programme, sont aujourd'hui conservés au musée des armes nucléaires de Sarov (VNIIEF), toujours situé dans l'ancienne ville fermée où l'engin fut conçu.
Une réplique grandeur nature, est exposée au public au pavillon « Atom » du VDNKh à Moscou un centre d'exposition permanent inauguré par Rosatom, consacré à l'histoire de l'énergie atomique civile et militaire soviétique puis russe, où elle figure aux côtés d'autres pièces emblématiques telles que le réacteur expérimental F-1 ou une maquette de la « Tsar Bomba » (AN602), l'engin thermonucléaire le plus puissant jamais mis à feu.
Conclusion
Le RDS-1 marque un tournant décisif du XXe siècle : en brisant le monopole nucléaire américain quatre ans à peine après Hiroshima, il inaugure une course aux armements qui façonnera durablement les relations internationales de la seconde moitié du siècle. Sa conception, à la croisée du renseignement, de la physique théorique et d'un effort industriel colossal mené dans le plus grand secret à Sarov, en fait l'un des objets techniques les plus significatifs de l'histoire de la Guerre froide.