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Artiste
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Gian Lorenzo Bernini (1598–1680)
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Commanditaire
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Pape Urbain VIII (Maffeo Barberini)
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Réalisation
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1624 – 1633
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Matériau
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Bronze doré
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Hauteur
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environ 29 mètres
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Lieu
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Maître-autel de la basilique Saint-Pierre, Vatican
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Le mot ciborium (du latin, lui-même issu du grec kibôrion, qui désignait à l'origine la coque du fruit du lotus égyptien, utilisée comme récipient) a deux sens liés en architecture religieuse, mais très proches dans leur logique.
1. Le sens architectural (celui du baldaquin de Bernini)
Dans ce sens, un ciborium est une structure architecturale en forme de dais, posée sur quatre colonnes (parfois plus), qui surmonte et met en valeur un élément sacré situé en dessous — le plus souvent un autel, mais parfois aussi une tombe ou une relique.
C'est exactement la définition donnée pour le baldaquin de Saint-Pierre : techniquement appelé ciborium ou baldaquin, il s'agit d'une grande structure en bronze sculpté de style baroque, surmontant le maître-autel de la basilique Saint-Pierre.
Ce qui distingue un ciborium d'un simple « dais décoratif » :
2. Le sens liturgique (à ne pas confondre)
Dans un second sens, plus restreint, un ciborium désigne aussi un petit récipient couvert, souvent en métal précieux, utilisé pour conserver les hosties consacrées dans le tabernacle. Ce sens dérive de la même racine — la « coupe » qui abrite quelque chose de précieux — mais il s'agit d'un objet liturgique portable, pas d'une architecture.
Pourquoi ce mot pour le baldaquin de Bernini ?
Le choix du terme technique ciborium plutôt que simplement baldaquin souligne que l'œuvre de Bernini n'est pas un décor accessoire, mais une structure à part entière, chargée d'une fonction sacrée précise : elle abrite et sacralise visuellement l'autel, exactement comme le petit ciborium liturgique abrite l'hostie — sauf qu'ici, l'échelle est celle d'un édifice de 29 mètres de haut, à la mesure de la basilique tout entière
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Qu'est-ce qu'une colonne salomonique ?Une colonne salomonique (ou colonne tortile, colonne torse) est une colonne dont le fût, au lieu d'être droit et lisse comme dans les ordres classiques (dorique, ionique, corinthien), s'enroule en spirale sur lui-même, comme une mèche de pain torsadée ou un bâton de sucre d'orge. L'origine légendaire : le Temple de SalomonLa tradition chrétienne fait remonter l'archétype de ces colonnes aux mythiques Jachin et Boaz du Temple de Salomon à Jérusalem, qui délimitaient le vestibule de cet édifice sacré par excellence. La légende veut que ce type de colonne ait été suggéré directement par Dieu à Salomon lors de la construction du Temple — ce qui en fait, dans l'imaginaire religieux, une véritable « architecture divine ». Historiquement, cette croyance est un mythe : bien que la tradition les rattache au Temple de Salomon (le Premier Temple, construit au Xe siècle avant notre ère puis détruit), les colonnes torses sont en réalité un motif décoratif d'origine orientale, caractéristique de certaines architectures de l'Antiquité tardive et repris par l'art byzantin. Au IVe siècle, l'empereur Constantin rapporta à Rome une série de colonnes torses et les offrit à l'ancienne basilique Saint-Pierre pour orner le maître-autel et le presbyterium — un don représenté notamment dans le tableau La Donation de Constantin, réalisé par l'atelier de Raphaël. Ces colonnes soutenaient la pergula, la structure surélevée qui surmontait le tombeau de saint Pierre, et c'est dans cet ensemble que se trouvent les racines de la longue tradition des colonnes tortiles qui se développera du Moyen Âge jusqu'à l'époque baroque. Lorsque Bernini conçut le baldaquin, il se heurta à un problème concret : les colonnes torses originales de la basilique constantinienne étaient beaucoup trop petites pour l'immense hauteur de la nouvelle coupole de Saint-Pierre. Il dut donc trouver comment les réutiliser symboliquement sans en trahir le sens. C'est finalement Carlo Maderno lui-même qui suggéra la solution retenue : un baldaquin à colonnes dorées, monumentales, directement inspirées du modèle salomonique. Le projet de Bernini devait réunir quatre éléments distincts : l'imitation des colonnes salomoniques, l'aspect en bronze des baldaquins précédents, ainsi qu'un double couronnement combinant baldaquin et coupole. Le couronnement initial comportait des arcs entrelacés destinés à porter une statue du Rédempteur, avant d'être remplacé par quatre volutes à dos de dauphin — le dauphin étant un symbole de résurrection, placé de façon monumentale au sommet de la structure. Le baldaquin de Saint-Pierre fit une telle école qu'au cours du XVIIe siècle, l'exemple des colonnes tortiles fut repris dans de nombreuses autres œuvres — notamment l'église Santa Maria della Misericordia de Lisbonne (1656-1659) de Guarino Guarini, détruite depuis lors. Le théoricien espagnol Juan Andrés Ricci de Guevara alla jusqu'à proposer un véritable « ordre salomonique » complet, défini à partir de la colonne torse. On observe ainsi une lente évolution : dans les traités de Filarete, Leon Battista Alberti, Luca Pacioli ou Palladio, ces colonnes n'étaient citées que comme un élément anormal, étranger à l'Antiquité gréco-romaine classique — jusqu'à ce que leur autonomie formelle soit pleinement reconnue et codifiée comme un nouvel ordre à part entière, le « salomonique intégral ». |
Jachin et Boaz — les deux colonnes du Temple de SalomonLa tradition chrétienne reconnaît l'archétype des colonnes salomoniques dans les mythiques colonnes Jachin et Boaz du Temple de Salomon à Jérusalem, qui délimitaient le vestibule de cet édifice sacré par excellence. Indaginiemisteri Description bibliqueSelon le récit biblique (Premier Livre des Rois, chapitre 7), ces deux colonnes monumentales en bronze furent fondues par un artisan nommé Hiram de Tyr et placées de part et d'autre de l'entrée du vestibule (l'oulam) du Temple de Jérusalem, construit par le roi Salomon au Xe siècle avant notre ère. Elles n'étaient pas porteuses au sens structurel — elles se dressaient librement, indépendantes du bâtiment, comme des marqueurs symboliques de seuil plutôt que comme des éléments de soutien architectural. Chacune portait un nom, gravé ou associé traditionnellement à sa fonction symbolique :
Réunis, ces deux noms formeraient une sorte de proclamation : « Il affermira en force » — une déclaration sur la stabilité et la puissance de la dynastie davidique et du royaume, portée symboliquement par le Temple lui-même. Fonction symboliqueCes colonnes marquaient le seuil entre le monde profane et l'espace sacré du Temple — une fonction de porte symbolique, de passage rituel, que l'on retrouve dans de nombreuses traditions architecturales religieuses (portails de cathédrales, propylées grecs, etc.). Le lien avec le baldaquin de BerniniC'est cette paire de colonnes légendaires qui, selon la tradition, aurait inspiré des siècles plus tard le motif des colonnes torses (« salomoniques ») rapportées à Rome par Constantin pour orner l'ancienne basilique Saint-Pierre — et c'est cette même lignée symbolique, remontant jusqu'à Jachin et Boaz, que Bernini a voulu prolonger et magnifier en concevant les quatre immenses colonnes torsadées de son baldaquin au XVIIe siècle. Il faut noter une nuance historique importante : le Temple auquel la tradition rattache ces colonnes torses est le Premier Temple, construit au Xe siècle avant notre ère puis détruit — mais la forme torsadée elle-même est en réalité un motif décoratif plus tardif, d'origine orientale, caractéristique de l'Antiquité tardive et repris par l'art byzantin. Autrement dit, le lien entre Jachin/Boaz et la forme « torse » que l'on connaît est davantage une construction légendaire médiévale et baroque qu'une réalité archéologique attestée sur les colonnes bibliques originales. |
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Une pasquinade désigne une satire ou un pamphlet anonyme, généralement bref et écrit en vers ou en formule mordante, qui tourne en dérision une personnalité — le plus souvent politique ou religieuse — en dénonçant ses abus, ses travers ou ses décisions impopulaires.
Origine du mot
Le terme vient directement de Pasquino, le nom donné à Rome à une statue antique très abîmée (probablement un fragment représentant Ménélas portant le corps de Patrocle), installée au XVIe siècle près de la Piazza Navona. Pasquino faisait partie des « statues parlantes » de Rome — plusieurs statues sur lesquelles on accrochait des placards, l'une répondant de façon ironique aux questions politiques ou sociales posées par l'autre.
Fonctionnement de la pratique
Ces satires anonymes, qui tournaient en ridicule leur sujet — souvent le pape lui-même — étaient appelées « pasquinades ». Concrètement, les Romains rédigeaient des textes critiques, parfois très osés, et les affichaient anonymement, la nuit, sur le socle de la statue. Comme leur auteur restait introuvable, la statue elle-même semblait « parler » et critiquer les puissants — d'où l'idée de « statue parlante ». C'était une forme de liberté d'expression populaire tolérée (ou du moins difficile à réprimer), qui permettait de critiquer le pouvoir sans en subir directement les conséquences.
Exemple emblématique : la pasquinade contre Urbain VIII
C'est exactement ce mécanisme qui produisit la formule que nous avons vue à propos du baldaquin de Bernini : « Quod non fecerunt barbari, fecerunt Barberini », une pasquinade célèbre laissée accrochée à la statue de Pasquino sur un coin de la Piazza Navona, raillant le pape Urbain VIII pour avoir fait démonter le bronze antique du Panthéon.
Sens élargi du mot aujourd'hui
Par extension, le mot « pasquinade » est resté dans la langue française et italienne pour désigner, plus largement, tout écrit satirique mordant et souvent anonyme visant une personnalité publique — un peu l'équivalent ancien de ce que serait aujourd'hui un mème ou un tract satirique viral.
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