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L'expédition : 17 décembre 1922 – 7 janvier 1923
Cette Citroën B2 Autochenille K1 est donc celle de la Traversée du Sahara (1922-1923), et non de la Croisière Noire.
Pour la Croisière Noire (1924-1925), Citroën utilisa des autochenilles B2 améliorées, une version évoluée et plus robuste, spécialement renforcée pour les 20 000 km du parcours transafricain.
Traversée du Sahara Déc. 1922 – Jan. 1923 VéhiculeB2 K1 (original) Distance3 200 km TrajetTouggourt → Tombouctou
Croisière NoireDatesOct. 1924 – Juin 1925V Véhicule B2 améliorée Distance 20 000 kmTrajet Algérie → Madagascar
Le contexte : un défi impossible Le Sahara est alors une immensité réputée infranchissable par voie terrestre — un voyage de six mois à dos de chameau pour traverser cet océan de sable. André Citroën veut démontrer qu'une liaison automobile rapide entre la France métropolitaine et l'Afrique occidentale française est non seulement possible, mais aussi commercialement et stratégiquement viable.
Plus grand désert du monde, il s'étend sur près de 9 millions de km². Franchir cette "mer de sable" du nord au sud par voie terrestre prend six mois à dos de chameau quand on y survit. Des explorateurs courageux avaient tenté l'aventure en automobile dès 1910, certains y avaient laissé la vie. L'armée française elle-même, après la mort tragique du général Laperrine dans le Tanezrouft, avait renoncé aux expéditions transsahariennes.
C'est dans ce contexte qu'André Citroën, visionnaire et homme de communication hors pair, décide de relever le défi. Depuis 1920, il dispose d'une arme secrète : le système d'autochenilles mis au point par Adolphe Kégresse, avec ses chenilles en caoutchouc souple capables de glisser sur le sable là où des roues s'enliseraient. Il faut maintenant en faire la démonstration au monde entier.
« Il s'agit d'établir une liaison nord-sud entre l'Algérie et l'Afrique occidentale en créant une piste automobile, ouvrant une voie d'accès vers les pays du cœur de l'Afrique, à l'époque terriblement isolés. »
Les hommes de l'expédition
L'expédition est initiée et financée par André Citroën depuis Paris. Sur le terrain, elle est placée sous le double commandement de deux personnalités complémentaires :
Georges-Marie Haardt en est le Chef d'expédition. Directeur général des usines Citroën, homme de rigueur, d'autorité et d'audace. C'est son véhicule qui porte le nom de Scarabée d'Or l'emblème doré de l'expédition. Embarqué avec lui : Flossie, sa petite chienne terrier blanche, mascotte de la mission.
Louis Audouin-Dubreuil — Second de mission. Ancien officier de l'armée de l'air, spécialiste du Sahara, connaisseur des pistes et des peuples du désert. Il pilote le Croissant d'Argent. Son expérience du terrain est précieuse pour naviguer dans l'immensité sans repères.
En tout, 10 explorateurs composent les équipages des cinq autochenilles, assistés de mécaniciens et de guides locaux.
Les cinq autochenilles et leurs emblèmes
Chaque véhicule reçoit un totem distinctif, à la manière d'une escadre militaire :
Scarabée d'Or Haardt (commandant)
Croissant d'Argent Audouin-Dubreuil
Tortue Volante 3e équipage
Bœuf Apis 4e équipage
Chenille Rampante 5e équipage
Une sixième autochenille est confiée aux journalistes du journal Le Petit Parisien, chargés de couvrir l'événement jusqu'à In-Salah. André Citroën a tout prévu : cette expédition sera un coup médiatique autant qu'un exploit technique.
La préparation a demandé 2 ans de preparation
Dès janvier 1921, un service spécial est créé chez Citroën pour préparer la traversée. Des missions de reconnaissance sont conduites en amont pour repérer les pistes, localiser les puits d'eau et établir des dépôts de ravitaillement. Car les contraintes logistiques sont colossales :
Ressource Quantité embarquée par convoi
Provisions alimentaires 2 tonnes
Eau potable 30 litres (renouvelés aux puits)
Essence 190 litres par véhicule
Armement Mitrailleuses (protection contre les rezzis)
Les zones traversées comportent des risques non seulement naturels, mais aussi humains : la présence de rezzis marocains et libyens (groupes de pillards) rend certains secteurs potentiellement dangereux.
L 'expédition se déroule sur 21 jours en 15 étapes,
Le convoi emprunte l'itinéraire classique des pistes caravanières, là où des générations de marchands et de nomades ont traversé le désert à dos de chameau. Mais là où une caravane mettait six mois, les autochenilles vont accomplir le trajet en moins de trois semaines.
17 décembre 1922
Départ de Touggourt, en Algérie. Les cinq autochenilles s'élancent dans le désert au petit matin. Une stèle commémorative, encore visible aujourd'hui, marque le point de départ.
Traversée du Grand Nord saharien
Le convoi franchit le Tidikelt puis le Mouydir. Les pistes caravanières guident la route mais le sable se montre parfois capricieux. Les chenilles en caoutchouc font merveille.
Les gorges de l'Arak
Passage spectaculaire à travers les gorges rocheuses de l'Arak, puis remontée vers le massif du Hoggar. Le relief y est minéral et grandiose, très différent des ergs sableux du nord.
Le Tanezrouft
L'épreuve la plus redoutée : le Tanezrouft, surnommé "la terre de la soif" ou "le pays de la peur". Une étendue désertique absolue, sans eau, sans végétation, sans repères. C'est ici que le général Laperrine avait trouvé la mort en 1920. Les autochenilles le franchissent sans incident majeur.
Le désert soudanais
Après le Tanezrouft, le convoi entre dans le désert soudanais. La végétation commence à réapparaître timidement. Le Niger n'est plus très loin.
7 janvier 1923
Arrivée triomphale à Tombouctou, sur les rives du fleuve Niger. L'expédition dépose le premier courrier postal transsaharien de l'histoire. La France entière apprend la nouvelle par la presse.
Le retour
Initialement, l'expédition devait s'arrêter à Tombouctou. Mais face à la fiabilité remarquable des véhicules, les équipages décident de revenir par le même chemin. L'exploit est ainsi doublé.
24 février 1923
André Citroën en personne part à la rencontre de l'expédition avec 3 autochenilles, près du puits de Tadjmout, en Algérie. Les retrouvailles sont chaleureuses et très médiatisées.
Les performances des véhicules : les autochenilles pesaient 1 700 kg chacune et consommaient en moyenne 30 L/100 km. Selon les terrains, leur vitesse variait de 4 km/h sur les dunes difficiles à 19 km/h sur les pistes plus fermes.
L'anecdote : Flossie, la chienne qui inspira Milou
À bord du Scarabée d'Or, une passagère inattendue : Flossie, la petite chienne terrier blanc de Georges-Marie Haardt. Elle est la mascotte de l'expédition et parcourt les 3 200 km du Sahara aux côtés des explorateurs. Quelques années plus tard, le dessinateur belge Hergé s'inspire de cette aventure pour créer les aventures de Tintin et Flossie devient Milou, le célèbre fox-terrier blanc compagnon du célèbre reporter.
Si André Citroën avait orchestré l'expédition comme une opération de communication, les conséquences dépassèrent de très loin ses espérances initiales :
Sur le plan géographique
L'expédition expose des routes jusqu'alors inexplorées ou mal connues. Les équipages réalisent des relevés cartographiques précieux, ouvrant des voies qui seront exploitées pour le commerce et le transport dans les décennies suivantes.
Sur le plan commercialFortement médiatisée par la presse européenne, le cinéma et les livres, l'expédition expose le potentiel commercial du transport routier transsaharien pour le tourisme, l'industrie et le commerce. Elle démontre qu'une liaison rapide entre la France et ses colonies d'Afrique occidentale est désormais possible.
Sur le plan industriel la fiabilité des autochenilles Citroën-Kégresse est prouvée au monde entier dans les conditions les plus extrêmes. Les commandes militaires et civiles afflueront. Citroën deviendra une référence mondiale en matière de véhicules tout-terrain.
Sur le plan de l'explorationCette traversée ouvre directement la voie aux trois grandes croisières suivantes :
Expédition Dates Trajet
Croisière Noire 1924–1925 Algérie → Madagascar (~20 000 km)
Croisière Jaune 1931–1932 Beyrouth → Pékin (Asie centrale)
Croisière Blanche 1934 Canada (Grand Nord)
Le retour triomphal à Paris
Au retour de la mission, le Scarabée d'Or est exposé en grande pompe au Musée de l'Armée à l'Hôtel des Invalides à Paris. Le maréchal Pétain lui-même préside une conférence du général Estienne sur les enseignements militaires de l'expédition. La France entière célèbre ces pionniers qui ont, en 21 jours, accompli ce que les caravanes mettaient six mois à réaliser.
« Ce raid en quinze étapes et vingt et un jours a permis d'établir une liaison entre l'Afrique du Nord et le Soudan, et d'ouvrir une voie d'accès vers les pays du cœur de l'Afrique, à l'époque terriblement isolés. »
Vont suivre 3 autres expéditions
| Expédition | Dates | Trajet |
|---|---|---|
| Croisière Noire | 1924–1925 | Algérie → Madagascar (~20 000 km) |
| Croisière Jaune | 1931–1932 | Beyrouth → Pékin (Asie centrale) |
| Croisière Blanche | 1934 | Canada (Grand Nord) |
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Caractéristique
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Valeur
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Moteur
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4 cylindres en ligne monobloc, soupapes latérales
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Cylindrée
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1 452 cm³
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Puissance
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20 ch à 2 100 tr/min
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Boîte de vitesses
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3 rapports + réducteur sur pont arrière
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Propulsion
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Système Kégresse-Hinstin (entraînement négatif, poulie motrice à l'arrière)
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Longueur
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3,65 m
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Largeur
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1,40 m
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Hauteur
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1,68 m
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Suspension
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Ressorts elliptiques avant et arrière
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